‹ Logique de Hâegel (volume 2)Chapitre 6 sur 80 · CXVIII · texte numérisé non relu

CXVIII

L'égalité n'est que l'identité de deux termes qui ne sont pas les mêmes, qui ne sont pas identiques, et l'inégalité est un rapport de termes inégaux. Par conséquent, l'égalité et l'inégalité ne sont pas deux côtés, ou deux points de vue indifférents l'un à l'égard de l'autre, mais l'un apparaît dans l'autre. Par conséquent encore, la différenciabilité est la différence de la réflexion, ou différence en elle-même, différence déterminée (2).

Zusatz. Pendant que les termes purement différents se produisent comme indifférents l'un à l'égard de l'autre, l'égalité et l'inégalité, au contraire, sont deux déterminations

(Ij Par conséquent, lors même que l'on découvrirait deux feuilles complètement identiques, cela ne prouverait rien contre la loi des indiscernables. Car si les deux feuilles ne diffèrent pas entre elles, elles diffèrent d'autre chose.

(2) C'est-à-dire que la différenciabilité est le moment immédiat et virtuel de la différence proprement dite, qui est la différence réfléchie ou de l'essence, une différence qui est inhérente au terme même différencié, qui est ainsi une différence en elle-même, c'est-à-dire une différence qui n'est pas telle par l'adjonction d'un élément extérieur, et qui enfin est par cela même une différence déterminée en ce qu'elle est la différence propre du terme différencié. Par exemple, la différence de la feuille est une différence détermiuée. la différence de la feuille, et pas d'autre chose; ce qui fait que les feuilles diffèrent, lors même qu elles ne différeraient pas entre elles.

qui sont absolument en rapport, et dont l'une ne saurait être pensée sans l'autre. Ce passage de la simple différenciabilité à l'opposition a aussi lieu dans la conseience ordinaire, car nous accordons que la comparaison n'a un sens qu'autant qu'elle présuppose l'existence d'une différence, et, réciproquement, que la différenciation présuppose l'existence de l'égalité. C'est ce qui fait qu'on n'attribue pas une bien grande pénétration à celui qui en différenciant les choses ne différencie que celles dont la différence est d'une évidence immédiate, telle que la différence d'une plume à écrire et d'un chameau; comme, d'un autre côté, on ne dira pas qu'il est allé bien loin dans la faculté de comparer celui qui sait comparer des objets très-rapprochés, tels qu'un hêtre et un chêne, un temple et une église. Par conséquent, ce que nous demandons c'est l'identité dans la différence, et la différence dans l'identité. Il arrive cependant fort souvent dans la sphère des sciences empiriques que l'on oublie l'une de ces déterminations, et que tantôt l'on s'attache exclusivement à ramener les différences à l'identité, et tantôt, par contre, on s'attache d'une façon tout aussi exclusive à découvrir de nouvelles différences. C'est ce qui a lieu surtout dans la science de la nature. Ici, d'un côté, on s'applique à découvrir des substances, des formes, des espèces, etc., toujours nouvelles, ou bien, suivant une autre direction, à démontrer comme composés des corps qui jusqu'ici avaient été considérés comme simples, les anciens faisant sourire à cet égard les physiciens et les chimistes modernes pour s'en être tenus à quatre éléments, et à quatre éléments qui ne sont pas même des éléments simples. Mais, d'un autre côté, et par contre, on n'aperçoit que l'identité, ce

qui fait que, par exemple, non-seulement on considère comme essentiellement identiques les sphères électrique et chimique, mois qu'on ne voit dans les processus organiques delà digestion et de l'assimilation qu'un simple processus chimique. Nous avons fait observer plus haut (§ 103, Zusalz)([ue, tandis qu'on appelle souvent comme par dérision la nouvelle philosophie, la philosophie de l'identité, c'est tout au contraire cette philosophie qui démontre le vide de l'identité de l'entendement, c'est-à-dire, de l'identité qui fait abstraction de la différence. En même temps, elle ne s'arrête pas non plus à la simple différence, mais elle saisit l'unité interne des choses.

§ GXIX.

2) La différence en soi est la différence essentielle (1), le positif et le négatif, de telle façon que le positif constitue un rapport identique avec lui-même en ri étant pas le négatif, et que celui-ci est une différence pour soi (2) en ri étant pas le positif. Par là que de cette façon chacun d'eux n'est pour soi qu'en n'étant pas l'autre, chacun d'eux apparaît dans l'autre, et n'est qu'autant que l'autre est. La différence de l'essence est, par conséquent, l'opposition (3) suivant laquelle le terme différencié n'a pas devant

(1) Ou de l'essence.

(2) Le texte a : Das Unterschiedene fur sich : le terme différencié pour soi : expression équivalente à celle qui désigne le positif, car un terme, ou le terme différencié pour soi est le terme qui est en rapport avec soi, ou avec lui-même.

(3) Entgegensetzung : ''opposition proprement dite.

lui un contraire en général, mais son contraire (1), c'est-àdire chacun des deux contraires n'a sa détermination spéciale que dans son rapport avec l'autre, il ne se réfléchit sur lui-même qu'autant qu'il se réfléchit sur l'autre, et qu'il est aussi l'autre. Chacun d'eux est ainsi son autre de l'autre (2).

REMARQUE

La différence en soi (3) donne la proposition : Toutes choses sont essentiellement différenciées, ou, comme on l'exprime aussi : De deux prédicats opposés il ri y en a qu'un qui convienne à une chose, et il ri y a pas de troisième terme entre les deux. — Celte proposition contredit de la façon la plus expresse le principe d'identité, en ce que suivant ce principe une chose ne doit être en rapport qu'avec ellemême, tandis que suivant celte proposition elle doit être un terme opposé, un terme qui est en rapport avec son contraire. C'est là le procédé irrationnel ordinaire de l'abstraction, qui place deux propositions contradictoires, en en faisant des lois, l'une à côté de l'autre sans même les

(1) Nicht ein Anderes tiberhaupt, sondern sein Anderes : pas un autre en général, mais son autre. Ainsi dans la sphère de l'être VEtwas, le quelque chose, a en face de lui V Anderes, Vautre, mais l'autre en général, tandis qu'ici le rapport étant formé par des termes réfléchis, chaque contraire se trouve lié non à un autre, mais à son autre contraire, c'est-à-dire, à un contraire qui est en lui, qu'il contient, et sans lequel il ne serait pas lui-même ce qu'il est.

(2) Iedes ist so des Andern sein Anderes. En effet, si chacun des contraires est relativement à l'autre son contraire, chacun d'eux n'est pas simplement le contraire, mais son contraire de l'autre.

(3) An sich : en soi, ou immédiate, c'est-à-dire la différence de l'entendement, qui n'est pas en et pour soi, ou la différence telle qu'elle est dans la raison spéculative.

DOCTRINE DE i/ESSENCE. RAISON DE INEXISTENCE. 31

comparer. — La proposition qui énonce l'exclusion du troisième terme est la proposition de l'entendement déterminé (1) qui veut écarter la contradiction, et qui en l'écartant y tombe. A doit être ou + A, ou — A. Ici on énonce déjà le troisième terme, A, qui n'est ni + ni — , et qui est tout aussi bien posé comme + A que comme — A. Supposons que + V signifie six milles à l'ouest, et — V six milles à Test. + et — se détruisent, mais les six milles d'étendue rien demeurent pas moins ce qu'ils sont avec ou sans l'opposition. On pourrait même dire que le simple plus et minus du nombre, ou bien le plus et le minus de la direction abstraite (2) ont le zéro pour troisième terme. En tout cas, on devra reconnaître que cette opposition vide, ce -h et ce — , ne trouve pas même son application dans des déterminations abstraites, telles que le nombre, la direction, etc. (3).

Dans la théorie des notions contradictoires on appelle l'une des deux notions le bleu, par exemple (ainsi l'on y appelle aussi notions des choses telles, que la représentation sensible de la couleur), et l'autre ce qui n est pas bleu (4), de sorte que cet autre terme n'est pas un terme affirmatif, le jaune, par exemple, mais un terme négatif purement

(1) Déterminé, c'est-à-dire ici, abstrait, par là même qu'il s'arrête à l'un des contraires.

(2) L'est et l'ouest.

(3} C'est-à-dire que si ce principe est faux lorsqu'il s'agit de déterminations abstraites, telles que le nombre, la direction est et ouest, etc., à plus forte raison le sera-t-il lorsqu'il s'agit de déterminations plus concrètes de la nature et de l'esprit.

(4) Nichlblau: le non-bleu. C'est-à-dire que le terme contradictoire na doit pas être un terme indéterminé, un terme opposé quelconque, car il ne serait pas, par cela même, un terme contradictoire.

o"2 LOGIQUE. DEUXIÈME PARUE.

abstrait (1).— On verra dans le paragraphe suivant, que le négatif est en lui-même tout aussi bien le positif; ce qui est déjà impliqué dans la détermination suivant laquelle le terme opposé à un autre est l'autre de celui-ci (2). — On prétend relever le vide de l'opposition de ce qu'on appelle notions contradictoires par l'expression sonore de celte loi universelle que « de tous les prédicats opposés il n'y en a qu'un qui puisse s affirmer de chaque chose»; de telle sorte que, d'après cette loi, l'esprit serait ou blanc ou non blanc , jaune ou non jaune, et ainsi à l'infini.

Comme on oublie que l'identité et l'opposition sont elles-mêmes opposées, la proposition qui exprime l'opposition on l'emploie aussi, sous forme de principe de contradiction, pour rendre celle qui exprime l'identité (3), et l'on déclare comme logiquement fausse une notion qui n'aurait aucun des deux caractères contradictoires (4), ou bien qui les aurait tous les deux, comme, par exemple, la notion d'un cercle carré (5). Maintenant, bien qu'un cercle polygone, et un arc de cercle rectiligne soient précisément en

(1) Das Abslrakt-Negalives : le négatif abstrait, c'est-à-dire, un terme qui ne se réfléchissant pas sur son contraire n'a pas de caractère déterminé.

(2) Sein Anderes ist : est son autre, et non l'autre d'un autre terme quelconque.

(3) Ce sont les deux propositions qui se trouvent au commencement de cette Remarque.

(4) Ceci se rapporte à la première proposition, celle qui exprime l'opposition ou la différence, et suivant laquelle toute chose doit être essentiellement différenciée.

(5) Ainsi ces deux propositions, ou principes par lesquels on veut exprimer une seule (t même chose, admettent elle-mêmes l'opposition. Car quand on dit que de deux attributs contradictoires il n'y en a qu'un qui puisse appartenir au sujet, mais qu'il lui appartient essentiellement (c'est le principe de contradiction ou d'identité), c'est comme si l'on disait que toutes choses sont essentiellement différenciées.

opposition avec cette proposition, les géomètres ne se font pas faute de considérer et de traiter le cercle comme un polygone d'un nombre infini de côtés. Mais il faut dire aussi que la simple déterminabilité du cercle, ou d'un être en général n'est point une notion. Dans la notion du cercle se trouvent contenus comme caractères également essentiels le centre et la circonférence, entre lesquels il y a cependant opposition et contradiction (1).

La polarité qui joue un si grand rôle dans la physique, contient une détermination plus juste de l'opposition. Mais, si la physique s'en tient, pour ce qui concerne la pensée, à la logique ordinaire, elle reculera devant les conséquences auxquelles elle sera amenée en développant la notion de polarité (2).

(I) C'est-à-dire que, pour s'assurer qu'il n'y a pas de contradiction dans un terme, il ne sufût pas de considérer sa déterminabilité dans sa forme abstraite et générale, ou de le comparer avec un autre terme, comme, par exemple, devoir s'il n'y a pas de contradiction dans la définition de l'homme — L'homme est un être raisonnable — ou bien, si le cercle et le carré se contredisent ; mais il faut embrasser un terme en son entier, dans l'ensemble de ses déterminations et de ses rapports. On découvrirait par là que la contradiction constitue un des éléments constitutifs de sa nature, bien que la contradiction ne paraisse pas dans la définition,, ou qu'on croie l'avoir éliminée en rapprochant un terme d'un autre, et en disant que, l'un n'étant pas l'autre, ils s'excluent réciproquement. C'est aiusi qu'on découvrirait des contradictions dans l'homme ■ — on y découvrirait même la contradiction de la rationnalilé et de Vir rationnante — comme on en découvre dans le cercle, bien que le cercle ne soit pas le carré.

(2 La différence, c'est-à-dire les deux termes de la différence, ou les termes différenciés, tels qu'ils se sont produits en sortant de l'égalité et l'inégaliié, ont amené Y opposition et la contradiction proprement dite, ou le positif et le négatif. Les termes opposés et contradictoires sont des termes égaux et inégaux, identiques et différents, et dont l'identité et la différence sont ainsi constituées que l'identité et la différence de l'un sont intimement liées à l'identité et à la différence de l'autre; de telle sorte qu'un terme n'est lui-même que parce qu'il est son autre que lui-même, et qu'il n'est

VÉRA. — Logique de Hegel. II. — 3

Zusatz \ . Dans le positif on a de nouveau l'identité, mais dans un sens plus élevé, savoir, en tant que rapport avec soi-même, qui est en même temps de telle façon qu'il n'est pas le négatif (1). Le négatif pour soi n'est rien autre chose que la différence elle-même (2). L'identité comme telle est d'abord l'identité indéterminée. Le positif, au contraire, est l'identité en tant qu'elle est déterminée à l'égard de son contraire, et le négatif est la différence comme telle déterminée de façon à n'être pas l'identité. C'est là la différence delà différence en elle-même (3). — On croit avoir dans

cet autre que pour être lui-même. « Toutes choses diffèrent : toutes choses sont identiques » , sont les deux propositions opposées qui expriment celte vérité. L'entendement et la réflexion extérieure les placent l'une à côté de l'autre sans les unir, et ils s'en servent d'une façon arbitraire et, en quelque sorte, à l'aventure pour affirmer tantôt l'identité sans la différence, tantôt la différence sans l'identité dans des sujets différents, ou dans le même sujet, tandis que l'identité et la différence constituent, en réalité, une seule et même notion, et coexistent d'une manière indissoluble dans un seul et même terme. Le principe de {'exclusion du troisième contient, au fond, cette unité, bien que l'entendement emploie aussi ce principe d'une façon indéterminée et irrationnelle, et qu'il prétende en faire le complément du principe de contradiction. Et, en effet, en disant que A est ou-{- A, ou — A, on admet qu'il y a un A qui est -\- A et — A à la fois. En disant que la quantité est ou positive ou négative, on admet que la quantité est positive et négative tout ensemble. En disant qu'un corps est lumineux ou opaque, on admet que le corps est à la fois lumineux et opaque, comme en disant qu'on est créancier ou débiteur, vendeur ou acheteur, on admet qu'il y a dans l'État un bien, une somme qui peut être la propriété des créanciers et des débiteurs, qui est indifférente à l'égard de tous les deux, et qui demeure la même, qu'elle soit dans les mains de l'un ou de l'autre. Voy. § suivant.

(1) Dass es nicht das Négative ist : c'est-à-dire qu'il n'est le positif qu'autant qu'il se réfléchit sur le négatif.

(2) En tant que différence négative.

(3) C'est-à-dire que le négatif n'est pas la simple différence, la différence comme telle, ou en elle-même, suivant l'expression du texte, mais une nouvelle différence, une différence plus concrète, en ce qu'elle n'est pas la différence de la simple identité, mais du positif.

le positif et dans le négatif une différence absolue. Mais ces deux déterminations sont toutes deux en soi une seule et même chose, et le positif on pourrait aussi l'appeler le négatif, et, réciproquement, le négatif on pourrait l'appeler le positif. C'est ainsi que l'avoir et le devoir ne sont pas deux espèces de propriétés particulières qui existent indépendamment l'une de l'autre. Ce que chez l'un, le débiteur, est le négatif, chez l'autre, le créancier, est le positif. Il en est de même de la voie vers l'est qui est en même temps une voie vers l'ouest. Par conséquent, le positif et le négatif se conditionnent essentiellement l'un l'autre, et ne sont que dans leur rapport réciproque. Le pôle nord de l'aimant ne peut être sans le pôle sud, ni celui-ci sans le pôle nord. Lorsqu'on brise un aimant, on n'a pas dans un de ses morceaux le pôle nord, et dans l'autre le pôle sud. De même, l'électricité positive et l'électricité négative ne sont pas deux électricités différentes qui existent chacune par elle-même. Dans l'opposition l'un des deux termes n'a pas seulement en face de lui un contraire, mais son contraire. La conscience ordinaire considère les termes différenciés comme indifférents l'un à l'égard de l'autre. On dit : je suis un homme, et autour de moi il y a l'air, l'eau, l'animal et des êtres autres que moi-même en général. Ici toutes choses sont séparées. L'objet de la philosophie consiste, au contraire, à supprimer l'indifférence, et à reconnaître la nécessité des choses, de telle façon qu'un contraire apparaisse comme opposé à son contraire. La nature inorganique, par exemple, ne doit pas être considérée comme simplement autre (lue la nature organique, mais comme le contraire nécessaire de la nature organique. Toutes deux sont liées par un

rapport réciproque essentiel, et l'une d'elles n'est qu'autant qu'elle exclut l'autre, et que par cela même est aussi en rapport avec l'autre. De même la nature n'est point sans l'esprit, et celui-ci n'est point sans la nature. C'est un point important que l'on a gagné lorsqu'on a débarrassé la pensée de cette façon de concevoir les choses suivant laquelle on dit : mais le contraire est aussi possible. Lorsqu'on parle ainsi on ne s'est pas encore affranchi de la contingence, tandis que, comme nous l'avons remarqué, la vraie pensée est la pensée qui pense la nécessité (1). — Lorsque la science nouvelle de la nature a étendu à la nature entière, en la reconnaissant comme une loi générale delà nature, l'opposition qu'elle avait d'abord observée comme polarité dans le magnétisme, elle a sans doute marqué un progrès essentiel dans la science. Mais il ne faut pas aussi, après avoir reconnu l'opposition, placer et affirmer ensuite à côté d'elle la simple différenciabilité (c2). Par exemple, on établit, d'un côté, et avec raison, entre les couleurs l'opposition polaire (ce sont les couleurs supplémentaires, comme on les appelle), et puis on n'y voit, d'un autre côté, que la différence indéterminée et purement quantitative du rouge, du jaune, du vert, etc.

Zusatz w2. A la place du principe exclusi tertii, qui est le principe de l'entendement abstrait, on devrait mettre le principe : Toutes choses sont opposées. Il n'y a, en effet, rien ni au ciel ni sur la terre, ni dans le monde de l'esprit, ni

(1) Denken der Nolhwendigheit : la pensée de la nécessité, la pensée qui pense la nécessité des choses, ou les choses suivant leur nécessité.

(2) Verschiedenheit : qui n'est pas la différence déterminée telle qu'elle est dans l'opposition proprement dite, mais la possibilité de l'oppositiou, ou l'opposition à l'état virtuel et immédiat.

dans celui de la nature auquel puisse s'appliquer le ou ceci, ou cela del'entendementcomme tel. Tout ce qui est est un être concret, et par suite contient la différence et l'opposition. La finité des choses finies consiste en ce que leur existence immédiate ne correspond pas à ce qu'elles sont en soi. Par exemple, la nature inorganique de l'acide est en soi en même temps la base, ce qui revient a dire que' l'acide est absolument en rapport avec son contraire. C'est ce qui fait qu'il ne demeure pas immobile dans l'opposition, mais qu'il s'efforce de réaliser ce qu'il est en soi. Ce qui meut le monde en général c'est la contradiction, et il est risible de dire qu'on ne peut penser la contradiction. Ce qu'il y a de vrai dans cette opinion c'est qu'on ne peut s'arrêter à la contradiction, et que celle-ci se supprime elle-même. Mais la contradiction supprimée n'est nullement l'identité abstraite, car celle-ci n'est elle-même qu'un côté de la contradiction. Le résultat immédiat de l'opposition posée comme contradiction est la raison d'être (1), qui contient tout aussi bien la différence que l'identité comme supprimées, et comme de simples moments idéaux.

§ cxx.

Le positif est cette différence (2) qui doit être pour soi, et qui en même temps ne doit pas être à l'état d'indifférence à l'égard du rapport avec son contraire. Le négatif doit, à son tour, constituer un terme indépendant et un rapport négatif avec lui-même, il doit être pour soi; mais en tant que né-

(1) Grund. Voy. §§ suiv.

,2) lenes Verschiedene : ce terme, cet être différencié.

o8 LOGIQUE. — DEUXIÈME PARTIE.

gatif il ne doit aussi avoir ce rapport négatif avec lui-même, son côté positif, que dans son contraire. Ainsi le positif et le négatif sont la contradiction réalisée; ils sont en soi les mêmes. Mais ils sont aussi tous deux les mêmes pour soi^ ou chacun d'eux supprime son contraire et se supprime lui-même tout ensemble (1). Ils passent ainsi dans la raison d'être. — Ou bien on peut dire : la différence essentielle, en tant que différence en et pour soi, n'est qu'en se différenciant immédiatement d'avec elle-même, et, par conséquent, elle contient l'identité. En d'autres termes, la différence totale, la différence qui est en et pour soi, est tout aussi bien elle-même que l'identité. — La différence qui est en rapport avec elle-même implique l'identité avec soi-même, et le terme opposé est en général celui qui contient les deux termes, soi-même et son contraire. L'intériorité de l'essence (2) ainsi déterminée est la raison d'être (3>

(1) Puisque l'un des deux termes se réfléchit nécessairement sur l'autre, et que l'un n'est qu'autant que l'autre est, et qu'il est dans l'autre, les deux termes ne sont chacun pour soi qu'en se supprimant l'un l'autre, et en se supprimant aussi chacun lui-même, c'est-à-dire en supprimant son être isolé et abstrait.

(2) Das In-sich-seyn : V être -en -soi, ou ce retour sur soi de l'essence, cette unité du positif et du négatif qui constitue la raison d'être.

(3) Le mouvement réfléchi de l'égalité et de l'inégalité a amené ce résultat, que chacun des deux termes est l'unité de tous les deux. L'égalité est ce moment réfléchi qui ne compare que d'après l'inégalité, et qui est, par conséqueut, médiatisé par son contraire, et l'inégalité se comporte, à son tour, de la même façon que l'égalité. Or, l'égalité qui s'est réfléchie sur elle-même et qui contient l'inégalité est le positif, et l'inégalité qui contient en ellemême un rapport avec son contraire, l'égalité, est le négatif. Le positif et le négatif sont d'abord les deux côtés de l'opposition. Il y a un côté positif et un côté négatif, et l'opposition fait leur rapport, ou leur totalité, ou, pour mieux dire, leur déterminabilité commune. Le positif et le négatif sont tous les deux opposés, de sorte qu'ils constituent tous les deux les moments absolus

de l'opposition. Dans cet état ils constituent un moment réfléchi indivisible, une médiation où chaque terme est lui-même et son autre que lui-même, et n'est eu rapport avec lui-même qu'en étant en rapport avec son autre que luimême. Par conséquent, chacun d'eux n'est, d'une part, qu'autant que l'autre est, et qu'il n'est pas l'autre, — il est Y être-posé, Gesetztseyn (voy. § 114). et par son propre nWtre pas (Nichtseyn) suivant l'expression hégélienne; et, d'autre part, il n'est ce qu'il est qu'autant que l'autre n'est pas : c'est la reflexion en soi. Par conséquent, dans cette médiation, ils sont tous les deux posés (gesetzte), c'est-à-dire ils se posent réciproquement. Mais par cela même qu'ils se posent l'un l'autre, ils se présupposent, et dans cet état il est indiférentque l'un d'eux soit le positif, ou le négatif. L'essentiel est qu'il y ait un positif et un négatif. C'est là le moment de la réflexion extérieure. Ici l'un des termes ne peut être sans l'autre, et chacun d'eux n'est qu'autant que l'autre est aussi, c'est-à-dire chacun d'eux est par son n'être-pas; de sorte que chacun d'eux n'est pas encore tous les deux. Ils sont identiques en soi, mais ils ne le sont pas pour soi. Cependant ce rapport qui fait que le positif n'est le positif qu'autant qu'il contient le négatif, et que le négatif n'est le négatif qu'autant qu'il contient le positif, fait en réalité l'identité de tous les deux. C'est là la contradiction proprement dite (Widersyruch) . Dans l'opposition les deux termes sont nécessairement unis, mais ils sont encore distincts et différents ; dans la contradiction chaque terme est lui-même, et il est indépendant (selbststcindig) ; mais il n'est lui-même qu'en n'étant pas luimême, c'est-à-dire en contenant son contraire, c'est-à-dire encore qu'il n'est lui-même qu'en se niant lui-même, et en annulant son indépendance. Ainsi chaque terme est lui-même en n'étant pas lui-même, et il n'est pas iuimême en étant lui-même; ou, pour mieux dire, il n'y a plus qu'un seul et même terme qui est et n'est pas, qui est en n'étant pas, et n'est pas en étant. Par là la différence du positif et du négatif a disparu, et le positif et le négatif se sont absorbés dans la raison d'être, Grund. Voy. § suivant. « Le positif et le négatif, dit Hegel, se conditionnent réciproquement et n'existent que dans leur rapport. Dans l'aimant, le pôle nord ne peut exister sans le pôle sud, ni celui-ci sans le premier. Et si l'on brise l'aimant, on n'aura pas le pôle nord dans un des deux morceaux, et le pôle sud dans l'autre; mais on aura les deux pôles dans les deux morceaux. De même dans l'électricité, l'électricité positive et l'électricité négative ne sont pas deux fluides différents et qui puissent subsister l'un sans l'autre. Dans l'opposition, le terme différencié n'a pas un autre terme vis-à-vis de l'autre, mais son autre terme. La conscience vulgaire considère les termes différenciés comme indifférents l'un à l'égard de l'autre. On dit : Je suis un homme, et je vois autour de moi l'air, l'eau, les animaux et autres choses. Et toutes ces choses sont là devant moi sans lien et sans rapport. Le but de la philosophie est, au contraire, de bannir l'indifférence, et de reconnaître la nécessité des choses, de telle façon qu'une chose apparaisse comme se trouvant en présence d'une

autre qui lui appartient. Ainsi, par exemple, on ne doit pas considérer la nature inorganique comme quelque chose qui est simplement autre que la nature organique, mais comme l'autre nécessaire de celle-ci. Toutes deux sont dans un rapport nécessaire, et chacune d'elles n'est qu'autant qu'elle exclut l'autre, et qu'elle est, en même temps, en rapport avec l'autre. De

même la nature n'est pas sans l'esprit, et celui-ci n'est pas sans la nature

C'est un progrès essentiel qu'a fait la science delà nature, dans les temps modernes, lorsqu'elle a posé en principe que la polarité magnétique est une opposition qui pénètre la nature entière, ou une loi universelle de la nature. A la place du principe de V exclusion du troisième, qui est le principe de l'entendement abstrait, on devrait mettre ce principe que « toutes choses contiennent une contradiction ». Il n'y a rien, en effet, dans le ciel, ni sur la terre, ni dans le monde de la nature, ni dans le monde de l'esprit, où ces abstractions et ces disjonctions de l'entendement (Entweder, oder, ou ceci, ou cela) trouvent leur application. Tout ce qui est, et qui possède une nature concrète, contient une différence et une opposition. La finité des choses consiste principalement en ce que leur être immédiat ne coïncide pas avec ce qu'elles sont en soi. Ainsi, par exemple, dans le règne inorganique l'acide est en soi la base, c'est-à-dire son être est lié par un rapport nécessaire à un terme autre que lui. Et ce n'est pas là une opposition dans laquelle l'acide demeure dans un état de repos, mais c'est une opposition qui le stimule à se poser' tel qu'il est virtuellement, ou en soi... C'est une des erreurs ridicules de l'ancienne logique, et de la manière commune de se représenter les choses, que de considérer l'identité comme une détermination plus essentielle et plus immanente aux choses que la contradiction, tandis que l'on devrait donner la préférence à la contradiction comme contenantune détermination plus essentielle et plus profonde. Car l'identité n'est qu'une détermination immédiate, l'être mort, tandis que la contradiction est la racine de tout mouvement et de toute vitalité. Ce n'est que parce qu'elle contient une contradiction qu'une chose se meut, et qu'elle est douée de tendance (Trieb) et d'activité... Le mouvement sensible et extérieur nous en fournit un exemple immédiat (ist sein unmitlelbares Daseyn, est son existence immédiate). Une chose se meut non parce qu'elle est ici dans un instant, et là dans un autre instant (jelzt, à présent), mais parce qu'elle est ici, et qu'elle n'est pas ici dans un seul et même instant, et que dans cet instant elle est, et elle n'est pas. On peut accorder aux anciens dialecticiens qu'il y a contradiction dans le mouvement, ainsi qu'ils le démontrent, mais il ne suit pas de là qu'il n'y a pas de mouvement; bien plutôt le mouvement est la contradiction réalisée (daseyende, existante). — Il eu est de même du mouvement interne, propre et spontané (Selbslbewegung). — Le désir en général (l'appétit, ou le nisus de la monade, Ventéléchie de l'essence simple et absolue) implique un être qui est en lui-même, et qui, eu même temps, et sous le même rapport renferme un manque et une négation de

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