CCIV
Le but est la notion qui a atteint à sa libre existence, qui est pour soi par la négation de l'objectivité immédiate. Jl est déterminé comme but subjectif, parce que cette négation n'est d'abord qu'une négation abstraite (1), ce qui fait
dance et de tension. Cela fait que ce produit est une unité formelle, et non une unité qui contient et exprime l'unité de la notion. En d'autres termes, ce qui fait l'imperfection et la finité du produit neutre c'est que son activité est neutralisée, c'est-à-dire que cette unité négative, ou cette activité du principe qui a amené la combinaison des extrêmes, a cessé d'agir et n'existe plus dans ce produit, de telle sorte que le processus chimique se troute arrêté dans le produit neutre, et que celui-ci ne saurait le continuer ou le recommencer. Cependant, par cela même que le produit neutre n'est pas la vraie et complète unité, cette unité, c'est-à-dire le principe commun et identique des extrêmes, est séparé de lui, et il lui est extérieur. Mais, d'un autre :ôté, tout en constituant une existence distincte, ce principe a un rapport avec mi, puisque c'est ce principe qui a rapproché les extrêmes, et qui les a unis dans le produit neutre. Or, l'action qu'exerce maintenant ce principe sur les objets est une action opposée à celle qu'il y exerçait d'abord. Là il les unissait, ici il les sépare de nouveau, et il les sépare pour les replacer d'abord dans leur état d'indépendance et de tension. Cependant, les objets qui sortent de leur état neutre pour revenir à leur liberté ne sont plus les objets tels qu'ils existaient primitivement, mais des objets qui se sont unis à d'autres objets, et qui s'en séparent pour former des combinaisons nouvelles. Ce qui se trouve posé au fond de ce processus, de ce mouvement de composition, de décomposition et de recomposition, c'est l'objectivité absolue, ou l'unité de la notion dans sa forme objective. L'objet s'unit à tous les objets, et cette union repose sur l'unité de la notion qui, en partant de l'identité abstraite et possible des objets (état de tension), réalise d'abord cette identité dans le produit neutre, et qui, en supprimant le produit neutre, réalise l'objectivité absolue. Cette identification et cette fusion des objets a pour résultat d'y supprimer toute extériorité, et de faire qu'il n'y ait plus d'objet étranger et extérieur à un autre objet. Or, la notion qui est arrivée à ce degré, c'est-à-dire qui a soumis tous les objets à sa force et à son activité absolue, c'est le but.
(1) C'est-à-dire qu'elle n'est pas la négation de la négation qui a lieu par la réalisation du but.
qu'il se trouve d'abord en face du monde objectif. Mais cette subjectivité du but est une détermination exclusive à l'égard de la totalité de la notion, et cela pour le but luimême, par là que toute déterminabilité se trouve posée en lui comme supprimée. Par conséquent, l'objet présupposé est une réalité qui n'a pas d'être pour lui. C'est le but luimême qui, dans cette contradiction de son identité avec lui-même, et de la négation et de l'opposition qui sont posées en lui, supprime l'opposition; c'est son activité qui nie l'opposition de façon à l'identifier avec lui. C'est là la réalisation du but, réalisation où le but, en se séparant de son moment subjectif, en s'objectivant, efface la différence de ces deux moments, et ne fait ainsi que rentrer en luimême et se conserver.
hemarque.
A ceux qui considèrent la notion de finalité comme superflue il faut rappeler la doctrine suivant laquelle la finalité est la notion de la raison (1), et qui l'oppose à l'universel abstrait de l'entendement où le particulier n'est pas dans l'universel, mais il est dans un simple rapport de subordination avec lui (2). — Il faut remarquer aussi que la distinction de la cause finale et de la cause purement efficiente, c'est-à-dire de ce qu'on entend généralement par cause, est de la plus haute importance. La cause appartient
(1) Vcrnunftbegriff.
(2) Le texte dit : sich nuv subsumirende auf das Besondere bezicht : il (l'universel, ou général) se met en rapport avec le particulier par un simple rapport de subsomplion, ce qui constitue un rapport extérieur en ce que l'universel se borne à prendre et à placer sous lui un terme qu'il trouve devant lui, et qui lui est donné.
à la nécessité encore enveloppée, à lu nécessité aveugle. Elle apparaît, par conséquent, comme passant dans son contraire, et comme perdant dans ce passage sa nature originaire. Ce n'est quen soi, ou pour nous que la cause est cause véritable dans l'effet, et qu'elle y revient sur ellemême. Le but, au contraire, est posé comme renfermant en lui-même la déterminabilité, ou ce qui dans la cause apparaît encore comme un élément extérieur, c'est-à-dire comme effet, de telle façon que le but dans son activité ne passe pas dans un autre terme, mais il se conserve, c'està-dire il ne produit que lui-même, et il est à la fin ce qu'il était au commencement ; et c'est en se conservant ainsi qu'il est l'être vraiment originaire. La pensée spéculative peut seule saisir la finalité, de même qu'elle peut seule saisir la notion qui elle aussi contient dans l'unité et l'idéalité de ses déterminations le jugement ou la négation, l'opposition du subjectif et de l'objectif, et la fait disparaître.
Dans la notion du but il ne faut pas penser aussi, ou pour mieux dire, seulement, la forme sous laquelle le but se produit dans la conscience comme une détermination qui est dans la représentation (1). Avec la notion de la finalité intérieure, Kant a ramené la science sur îe terrain de l'idée en général et de l'idée de la vie en particulier. La vie, telle que la conçoit Aristote, contient déjà la finalité intérieure, et elle s'élève bien au-dessus de la téléologie moderne qui n'a devant ses yeux que la téléologie extérieure et finie. Les besoins, les désirs sont les exemples les plus fa-
(tî Tire* que la pensée représentative ne saurait saisir le but daus son uuité.
miliers du but. Ce sont des contradictions senties, et qui ont lieu dans la sphère du sujet vivant, et où se produit l'activité qui nie la négation qui est déjà dans la simple subjectivité. La satisfaction rétablit la paix entre le sujet et l'objet, en faisant que l'objet qui, par suite de cette position exclusive elle-même où il se trouve placé, dans la contradiction qui existe encore (le besoin), se tient comme au delà delà limite, est supprimé par son union avec le sujet. — Ceux qui parlent tant de l'impossibilité de franchir les limites du fini, ou celles qui séparent le sujet et l'objet ont dans tout désir (1) l'exemple du contraire. Le désir est, pour ainsi dire, la certitude que le sujet n'est qu'un moment exclusif et qui n'a point de vérité, et que l'objet, à son tour, n'en a pas plus que le sujet. Et il réalise de plus cette certitude en supprimant l'opposition et la finité du sujet et de l'objet qui, pour ainsi dire, ne veulent rester l'un que sujet, et l'autre qu'objet.
A l'égard de l'activité du but on peut aussi faire remarquer que dans le syllogisme qui s'accomplit en lui, et où le but s'enveloppe en lui-même par le moyen de sa réalisation, a nécessairement lieu la négation des termes. C'est précisément la négation dont il vient d'être question, c'est-à-dire delà subjectivité aussi bien que de l'objectivité immédiate — le moyen et l'objet présupposé. — C'est la même négation qui a lieu dans l'élévation de l'esprit à Dieu à l'égard des choses contingentes du monde, ainsi qu'à l'égard de sa propre subjectivité. C'est, comme on l'a rappelé dans Y Introduction, et au § cxcir, le moment qu'on
(1) Trieb . désir, inclination, tendance.
néglige et qu'on écarte dans la forme que le syllogisme de l'entendement donne à cette élévation dans les preuves de l'existence de Dieu.