CCV
Le rapport (éléologique est d'abord, en tant que rapport immédiat, une conformité extérieure des choses avec le but, et la notion est posée en face d'un objet présupposé. Le but est, par conséquent, un but fini, en partie par son contenu, en partie parce que pour se réaliser il a besoin d'une condition extérieure, d'un objet qu'il a devant lui et qui lui fournit le matériel de sa réalisation. La détermination de lui-même n'est par conséquent ici qu'une détermination formelle. De plus, dans cet état immédiat, le particulier, qui, en tant que détermination de la forme, est la subjectivité du but, et en tant que se réfléchissant sur luimême, est le contenu, apparaît comme se différenciant do la totalité de la forme, c'est-à-dire de la subjectivité en soi, ou de la notion même du but (1). C'est cette différence qui fait la finité du but au dedans de lui-même. Le contenu est par là aussi bien limité, contingent, et extérieur au but,
(1) Sî l'on considère le but dans son moment immédiat, c'est-à-dire, si l'on sépare le but de l'objet ou de la chose dont il est le but, ou, ce qui revient au même, si l'on s'arrête au but subjectif et qu'on considère ce but comme une simple forme subjective extérieure à l'objet (ainsi que se l'est représenté Kant, et qu'on se le représente ordinairement), on aura d'un côté la forme subjective, c'est-à-dire une détermination particulière, et de l'autre le contenu de cette même forme, c'est-à-dire une autre détermination particulière, et ces déterminations différeront de la totalité même de la forme subjective, qui, en soi ou virtuellement, contient la totalité de la notion, c'està-dire la notion d'uu but absolu. C'est cette différence ou séparation de l'élément subjectif et de l'élément objectif qui constitue le moment de la finité du but.
que l'objet est lui-même un objet limité, et simplement posé en face du but.
Zusatz. Lorsqu'on parle du but on n'a généralement devant les yeux que la finalité finie. D'après cette manière de considérer la finalité, les choses ne porteraient pas avec elles leur propre détermination, mais elles ne seraient que des moyens employés pour réaliser un but qui est hors d'elles. C'est là, au fond, le point de vue utilitaire qui a joué autrefois un grand rôle dans la science, mais qui est maintenant tombé en discrédit, car on a reconnu qu'il est insuffisant pour expliquer la vraie nature des choses. Sans doute, il faut accorder une réalité aux choses finies, par cela même qu'on les considère comme ne constituant pas la plus haute réalité, et comme s'élevant au-dessus d'ellesmêmes par une nécessité qui leur est inhérente. Car celte négation des choses finies est leur propre dialectique, et pour saisir cette dialectique, il faut commencer par se placer au sein de leur réalité positive. Pour ce qui concerne cet autre point de vue qui se produit dans la considération de la finalité, à savoir, ces intentions bienveillantes qui, dans la nature, manifesteraient la sagesse divine, il faut remarquer que, par la recherche de ces fins vis-à-vis desquelles les choses ne sont que des moyens, on ne s'élève pas, d'une part, au-dessus du fini, et, de l'autre, on tombe facilement dans des réflexions superficielles, comme, par exemple, que non-seulement la vigne est faite pour l'homme, mais que le liège a été destiné à fournir des bouchons. Autrefois on écrivait des livres entiers dans ce sens, et l'on pourra aisément voir que par ce moyen on n'avance ni les vrais intérêts de la religion ni ceux de la
science. La finalité extérieure précède immédiatement Vidée; mais il arrive souvent que ce qui approche le plus d'une chose est ce qui s'en éloigne le plus.
§ CGVI.
Le rapport téléologique forme un syllogisme dans lequel le but subjectif est uni à l'objet qui lui est extérieur par un moyen terme qui fait leur unité. Ce moyen terme c'est Y activité conforme au bat (1), qui s'empare immédiatement de l'objet comme d'un moyen et le subordonne au but (2).
Zasatz. Le développement de la finalité dans son élévation à l'Idée parcourt trois degrés, c'est-à-dire la finalité est d'abord finalité subjective, puis finalité qui se réalise, et enfin finalité réalisée. — Nous avons d'abord la finalité subjective qui, en tant que notion pour soi, contient déjà la totalité de ces moments. Le premier de ce moment c'est l'universel identique avec soi, c'est, pour ainsi dire, la première eau à l'état neutre, où tout est enveloppé, et où rien n'est encore séparé. Le second moment contient la particularisation de l'universel, par laquelle celui-ci se donne un contenu déterminé. Mais comme ce contenu particulier a été posé par l'activité de l'universel, celui-ci revient par ce contenu sur lui-même et rentre dans son unité. C'est ainsi que, lorsque nous nous proposons un but, nous disons que nous nous décidons à quelque chose, et en
(1) Zwcckmassige Thlitigkeit. Le but est essentiellement actif, ce qui fait qu'il s'empare immédiatement de l'objet.
(2) Il faut distinguer le Milte, moyeu terme, et le MiUcl, moyen.
NOTION. — NOTION OBJECTIVE. o21
disant cela nous nous considérons comme dans un état de possibilité, et comme ouverts, si l'on peut ainsi dire, à telle ou (elle détermination. Mais celte expression veut dire ensuite qu'en nous décidant nous (le sujet) sortons de notre état intérieur, et nous nous mettons en rapport avec l'objet. C'est là ce qui amène le développement ultérieur de l'activité finale, qui, partant de la fin purement subjective, se tourne vers le dehors (s'objective).
§ CCVII.
1) Le but subjectif est le syllogisme où la notion générale (1) s'unit par le particulier à l'individuel, de telle façon qu'il partage (2) ce dernier en tant qu'il constitue la détermination de soi-même (3); c'est-à-dire que, d'une part, il particularise cette notion encore indéterminée et en fait un contenu déterminé, et qu'il pose aussi l'opposition du sujet et de l'objet; et que, d'autre part, il y revient sur lui-même (ù), par là qu'en comparant la subjectivité de la notion présupposée vis-à-vis de l'objectivité avec la totalité qu'il enveloppe (5) il la détermine
(1) Du but.
(2) Urlheiït : juge. Le but en se réalisant juge, c'est-à-dire distingue, sépare les éléments qui entrent dans sa réalisation, et qui le font ce qu'il est dans sa réalité.
(3) Le texte a : en tant qu'il est la détermination de soi-même (als die Selbstbeslimmung). Le but subjectif partage l'individuel, ou l'individualité, comme a le texte; cela revient à dire que dans le but subjectif l'individualité du but est uu moment, un ternie du syllogisme, et que cette individualité, en se déterminant pour réaliser le but, particularise et détermine la notion générale et indéterminée du but, etc., ainsi que c'est dit dans ce qui suit.
(4) Die RuckeJir in sich ist .• est le retour sur soi.
(5) Mit der in sich zusammengeschlossenen Totalitdt : avec la totalité enveloppée, renfermée ensemble en soi, c'est-à-dire eu lui, but subjectif.
VÉRA. — Logique de Hegel. 11. — 21
comme incomplète (1), ce qui fait qu'il se tourne vers le dehors (2).
§ CCVIII.
2) Cette activité tournée vers le dehors se met d'abord en rapport comme individualité (individualité qui dans le but subjectif est identique avec la particularité où, outre le contenu, est comprise aussi l'objectivité extérieure) (o) d'une façon immédiate avec l'objet, et s'en empare comme d'un moyen (4). C'est la notion qui est cette puissance immédiate, parce qu'elle est celte négativité identique avec ellemême, où l'être de l'objet n'est qu'un moment. — Le moyen terme entier est maintenant cette puissance de la
(1) Il (le but subjectif) non-seulement reconnaît, mais détermine la subjectivité telle qu'elle est ici, comme incomplète (cm Mangelhaftes : comme une chose où il y a un manque).
(2) Le but subjectif se tourne vers le dehors (nach Aussen kehrt), c'està-dire commence à s'objectiver, à devenir but objectif, à se réaliser d'une façon concrète, parce qu'il y a virtuellement en lui plus qu'il n'y a dans la subjectivité présupposée en face de l'objectivité, ou, si l'on veut, du sujet en en face de l'objet. Car le but subjectif contient virtuellement la totalité du but, le but complètement réalisé, taudis que la subjectivité, eu tant que simple subjectivité de la notion, n'est qu'un moment du but, et un moment qui n'est pas adéquat à son objet. C'est ce qui fait que le but, tout en déterminant cette subjectivité, la détermine comme inadéquate, et par là se sépare en même temps d'elle, et se tourne vers le dehors. Ce qui constitue un retour du but sur lui-même, ce retour où le but s'affranchit de sa forme purement subjective, et commence à s'objectiver.
(3) Dans le but subjectif, qu'on peut aussi appeler notion virtuelle du but, ou, suivant le langage strictement hégélien, notion du but, l'individualité du but, en se déterminant, se particularise, et c'est en ce sens que le particulier est identique avec l'individuel. Cette particularisation du but fait son contenu, et en même temps elle se lie à un objet extérieur, comme elle peut s'y lier dans le but subjectif. En me décidant subjectivement suivant une fin, je me décide aussi objectivement.
(4) Miïtel, moyen, instrument, qu'il faut distinguer de Mille, moyen terme.
nolion en tant qu'activité avec laquelle l'objet se trouve immédiatement uni comme moyen, et à laquelle il est soumis.
REMARQUE
Dans la finalité finie le moyen terme se brise en deux moments extérieurs l'un à l'autre, l'activité et l'objet qui sert de moyen. Le rapport du but, en tant que puissance, avec l'objet et la subordination de l'objet au but ont lieu d'une façon immédiate (c'est la première prémisse du syllogisme), par là que l'objet est posé dans la notion, en tant qu'idéalité qui est pour soi, comme n'ayant pas en luimême de réalité. Ce rapport ou cette première prémisse devient elle-même le moyen terme, qui contient en même temps le syllogisme, par là que par ce rapport le but unit son activité, où il est contenu et où il domine (1), avec l'objet.
Zusaiz. La réalisation du but implique des médiations. Mais il est aussi nécessaire qu'il se réalise d'une façon immédiate. Le but s'empare immédiatement de l'objet, parce qu'il est la puissance qui domine l'objet, parce qu'il contient la particularité et dans celle-ci contient aussi l'objet. — L'être vivant a un corps ; l'âme s'en empare, et elle s'y objective immédiatement. Mais ce n'est pas sans travail que Pâme elle-même fait de son corps un moyen. L'homme doit d'abord, pour ainsi dire, prendre possession de son corps, pour que celui-ci puisse devenir l'instrument de l'âme.
(1) On ne saurait séparer le but de son activité, car le but n'est but qu'autant qu'il est but actif. Le but est donc contenu daus son activité. Mais c'est par cette activité qu'il domine et qu'il se réalise.
û2& LOGIQUE. TROISIÈME PARTIE.
§ GCiX.
3) L'activité du but, ainsi que son moyen, sont encore dirigés vers le dehors, parce que le but n'est pas encore identique avec l'objet. Par conséquent, il doit encore s'unir par des médiations avec lui. Dans cette seconde prémisse Je moyen est, en tant qu'objet, dans un rapport immédiat avec l'autre extrême du syllogisme, avec l'objectivité en tant que présupposée, — le matériel (1). Ce rapport est la sphère du mécanisme et du çhimisme qui maintenant sont les instruments du but, et dont le but constitue la vérité et la notion dans sa liberté. Que le but subjectif, en tant que puissance qui engendre ces processus (2), où les objets entrent en collision et s'absorbent les uns les autres, tout en se tenant hors d'eux, s'y conserve (3), c'est là la ruse de la raison.
Zusatz. La raison est aussi rusée que puissante. Sa ruse consiste surtout dans celte activité médiatrice qui, pendant qu'elle laisse les objets agir les uns sur les autres et s'user dans leur frottement réciproque conformément à leur nature sans intervenir d'une façon immédiate dans
(1) Parce qu'ici le moyen est l'objet où le but s'est déjà réalisé, mais réalisé d'une façon limitée, finie. Cet objet et, par suite, le but lui-même sont eu présence d'une objectivité présupposée, c'est-à-dire d'une objectivité où le but continue à se réaliser, et qui constitue comme un matériel préparé d'avance pour sa réalisation.
(2) Ah die Machl dieser Processe : comme puissance de ces processus.
(3) Sich selbst (die Machl) ausser ihnen hall, und das in ihnen sich erhaltende ist ; elle (la puissance) se tient hors d'eux (les processus) et c'est ce qui se conserve, se maintient en eux. Hegel dit que celte puissance est le but subjectif. Par but subjectif il ne faut pas entendre ici le but subjectif tel que le but est à son point de départ, mais le but subjectif réalisé.
NOTION. NOTION OBJECTIVE. o'2ô
ce processus, elle ne fait en même temps qu'accomplir ses fins. On peut dire en ce sens que la Providence divine est vis-à-vis du monde et des événements qui s'y passent la ruse absolue. Dieu accorde aux hommes de satisfaire leurs passions et leurs intérêts particuliers, et ce qui se trouve réalisé par là ce sont ses desseins, qui ne sont pas les desseins de ceux dont il se sert pour les accomplir.