CCX1I
Cependant ce qu'accomplit virtuellement le but en se réalisant (1) c'est la suppression de la subjectivité exclusive et de l'apparence de l'indépendance de l'objet vis-à-vis du sujet. En s'emparant du moyen la notion se pose comme essence en soi de l'objet. Dans les processus mécanique et chimique s'est déjà, pour ainsi dire, virtuellement évanouie l'indépendance de l'objet, et dans leur développement sous l'action du but disparaît l'apparence de cette indépendance, de cette position négative à l'égard de la notion. Et si le but accompli n'est déterminé que comme moyen et matériel, c'est que l'objet y est déjà posé comme un moment qui n'a point de réalité (2). Par là se trouve aussi effacée l'opposition du contenu et de la forme. Le bul, en s'enveloppant en lui-même parla suppression des déterminations de la forme, a posé la forme comme identique avec ellemême et pariant comme contenu, de telle façon que la notion en tant qu'activité de la forme n'a qu'elle-même pour contenu. Ainsi ce qu'était la notion de ce processus, savoir, l'unité en soi du sujet et de l'objet, se trouve maintenant posé par ce processus comme notion qui est pour soi : c'est là Vidée.
(1) Im dem Realisiren : c'est-à-dire pendant qu'il se réalise dans ce mouvement, dans cette série indéfinie de buts finis réalisés.
(2) An sich. nichliges, nur ideelles : en soi n'étant pas, n'étant qu'un objet idéal, — c'est-à-dire un moment subordonné de l'idée.
Zusatz. La fînité du but consiste en ce que dans sa réalisation le matériel qu'on y emploie comme moyen n'y vient, et n'y est approprié que du dehors. Mais dans le fait l'objet est déjà en soi la notion, et celle-ci en se réalisant comme but dans l'objet ne (ait que manifester sa propre nature interne (1). L'objectivité n'est, pour ainsi dire, que l'enveloppe sous laquelle se cache la notion. Que le but soit véritablement réalisé, c'est ce qu'on ne saurait voir dans les choses finies. La réalisation du but infini fait disparaître celte illusion qui nous fait croire qu'il n'est pas encore réalisé. Le bien, le bien absolu se réalise éternellement dans le monde, et le résultat est qu'il est déjà réalisé en et pour soi, et qu'il n'a pas besoin de nous attendre pour se réaliser. C'est cependant dans cette illusion que nous vivons, c'est elle qui est le mobile de nos actions et qui nous fait prendre un intérêt aux choses de ce monde. C'est l'idée elle-même qui dans son processus se crée cette illusion, qui se pose son contraire, et son activité consiste à faire disparaître cette illusion. C'est seulement de cette erreur que sort la vérité, et c'est là aussi que réside la conciliation de la vérité avec l'erreur et la Unité. Le contraire, ou l'erreur, en tant, que supprimé, est lui-même un moment nécessaire de la vérité, qui n'est qu'autant qu'elle engendre elle-même et pour elle-même ce résultat (2).
(1) ht nur die Manifestation seines eignen Innern : est seulement la manifestation de son propre intérieur. Puisque l'objet est fait pour le but, ou est déjà en soi le but, comme dit le texte, la notion en s'emparant de l'objet réalise, manifeste son intérieur, c'est-à dire sa virtualité.
(2) Le but ou la finalité est la notion qui est arrivée à la limite extrême du monde objectif. Touies les affirmations relatives à la cause, à la substance, au mécanisme, etc., reposent sur la notion absolue de cause, de sub-
st^nce, etc. Il en est de même du but. Et lorsqu'on dit qu? les choses ont un but, on veut dire qu'outre qu'elles sont soumises à des rapports de substance, de causalité, etc., elles sont soumises à une finalité absolue. Le centre produit dans l'objet mécanique une tendance à l'unité. Le chimisme réalise cette tendance par l'amalgame et la fusion des objets; mais il est, lui aussi, plutôt une aspiration vers l'unité que l'unité véritable. Comme on l'a vu, le processus chimique ne saurait affranchir l'objet de toute condition extérieure. Le phénomène chimique a besoin d'une sollicitation extérieure pour se produire; il ne donne qu'un produit neutre, et lorsqu'il cesse il ne saurait recommencer, se rallumer, suivant l'expression de Hegel; ce qui prouve que le principe de son unité, ou, pour mieux dire, de l'unité de l'objet est hors et au-dessus de lui. Ce principe est le but. Vis-à-vis du but, les objets mécaniqnes et chimiques ne sont que des moyens, des moyens qui sont faits pour le but, et dont celui-ci s'empare pour se réaliser. On place ordinairement le monde mécanique et chimique et la finalité l'un en face de l'autre sans les expliquer, ou bien on explique les choses tantôt par ce qu'on appelle causes mécaniques, et tantôt par les causes finales. Mais le monde mécanique et la finalité existent, et de plus ils sont en rapport, et l'essentiel est de savoir quel est ce rapport. « Leur existence, dit Hegel (Grande Logique), n'est pas la mesure du vrai, mais c'est bien plutôt le vrai qui est le critérium, qui doit déterminer laquelle de ces deux existences fait la vérité de l'autre. Car, de même qu'il y a dans l'entendement plusieurs degrés, de même il y a dans le monde objectif différents degrés qui, considérés séparément, n'offrent qu'une réalité limitée, incomplète et phénoménale. De ce que le monde mécanique et la finalité sont tous les deux, il ne suit pas qu'ils ont tous les deux la même réalité; et, comme ils sont opposés, la première question est de savoir lequel des deux contient la vérité. Mais comme ils sont tous les deux, une question plus précise et plus haute est de savoir s'il n'y a pas un troisième principe qui fait la vérité de tous les deux, ou bien, si ce n'est pas Vun d'eux qui fait la vérité de Vautre. Or, c'est la finalité qui s'est produite ici comme vérité du mécanisme et du chimisme. » On rattache en général la finalité à un entendement et à une volonté absolus, ou à un être doué de ces attributs, et qui serait séparé des choses dont il est la fin, — à un principe exlramundanum. Mais d'abord, en se représentant ainsi la finalité, on n'a pas la finalité, mais la finalité combinée avec des déterminations — l'entendement, la volonté, etc. — qui n'appartiennent pas à cette sphère de la notion. Et il ne faut pas oublier que la méthode consiste à siisir chaque idée à sa place, daus ses rapports et dans ses différences, et non à prendre et à mêler les idées au hasard, ou à y introduire arbitrairement des données expérimentales et psychologiques, comme on le fait ici. Ainsi, en plaçant dans la finalité la volonté absolue, non seulement on y introduit un élément étranger qui appartient à une autre sphère de la notion, ou qui est emprunté aux rapports de la conscience et de la volonté finies, rapports qu'on transporte
NOTION. NOTION OBJECTIVÉ, q*29
d'une manière vague, arbitraire et superficielle dans la finalité, mais on annule la finalité elle-même. Car si la volonté absolue est l'arbitraire absolu, la volonté est ce qu'il y a de plus opposé à la finalité; si elle est, au contraire, une volonté rationnelle et immuable, une telle volonté agit d'après des Gns; ce qui veut dire, en réalité, qu'elle agit d'après des idées, et que parmi ces idées il y a la finalité; ou, pour parler avec plus de précision, que la finalité est une déterrai nabi li té ou un moment, non de la volonté absolue, mais de l'absolue existence. Et, en effet, lorsqu'on dit que l'absolu en Dieu est ou l'être, ou la substance, ou la cause, ou le bien, ou la fin, etc., on veut dire que Dieu est toutes ces choses, et en même temps qu'il est autre en tant qu'être, autre en tant que substance, et autre en tant que finalité. Or, c'est précisément cette idée ou cette détermination de l'absolu qu'il s'agit de déterminer ici. — Pour ce qui concerne cette manière de se représenter le but comme séparé de l'objet, ou des choses dont il est le but, on fera remarquer qu'un tel but n'est qu'une abstraction, et que si on se le représente ainsi, c'est qu'on ne saisit pas la finalité dans l'ensemble et l'unité de ses moments. Le but doit essentiellement se réaliser, et il doit se réaliser non hors des choses, mais dans les choses dont il est le but. Et les choses doivent à leur tour se réaliser conformément au but, c'est-à-dire, elles doivent être en se ïéalisant ce que le but les fait être. Et lorsqu'on place par une séparation dolente et arbitraire le but d'un côté et les choses de l'autre, et qu'on considère celles-ci comme de simples moyens, on oublie que les moyens sont des moyens nécessaires, et les moyens du but, et que ce n'est que le but qui se réalise, et qui peut se réaliser dans les nuyens. — Voici maintenant les traits principaux de la déduction hégélienne. Le but, tel qu'il est sorti de l'unité chimique du monde objectif, est but immédiat, intérieur et subjectif. Sous cette forme, il n'est d'abord que le but à l'état indéterminé et d'indifférence, ou, si Ton veut, il n'est que le but. Mais le but est essentiellement actif et il doit se réaliser. Par conséquent, dans la notion du but subjectif se produisent immédiatement la tendance et le besoin de se réaliser. Ainsi, le but subjectif est déjà lui-même un syllogisme. Car on a le but, l'impulsion qui le porte à se réaliser ou à se déterminer, et l'objectivité encore indéterminée— l'universel abstrait — où il doit se réaliser. C'est là le premier syllogisme, ou le syllogisme formel et subjectif. Mais le but doit se réaliser, c'est-à-dire doit s'objectiver, car c'est là sa notion. Le but subjectif se tourne, par conséquent, vers le dehors, c'est-à-dire vers l'objet, et s'en empare — individualisation au but. — L'objet apparaît d'abord comme constituant une existence propre et indépendante du but (c'est le monde mécanique et chimique), et en même temps comme étant en rapport avec lui, et comme devant servir à sa réalisation. El ainsi l'objet est une présupposition du but. Mais comme ici on n'a encore que les éléments immédiats de sa réalisation, que le but n'a pas encore façonné le monde objectif et ne se l'est pas encore approprié, l'objet n'est d'abord qu'un moyen. Le but subjectif est déjà en
soi la notion entière du but, puisqu'il contient les trois moments du but. Mais le but a besoin d'un moyen, et c'est là ce qui fait sa finité. Ici le but apparaît comme constituant la forme, et l'objet comme constituant la matière où et par laquelle le but doit se réaliser. On a par conséquent trois termes : le but, le moyen et l'objet, ou la matière où le but doit se réaliser. Le moyen est ici, en même temps, le moyen terme du syllogisme, puisque c'est lui qui fait passer le but de son état subjectif à son état objectif. Cependant le moyen n'est plus ici un moyen terme abstrait et immédiat, mais un moyen dont le but s'est déjà emparé et qu'il a marqué de son empreinte. Ce n'est plus le marbre, mais le marbre qui est devenu statue ; ce n'est plus le principe humide à l'état neutre et inorganique, mais c'est le principe humide qui a été façonné par le but, et qui est devenu sang, chyle; etc. Par conséquent, le moyen terme n'est plus ici, comme dans le premier syllogisme, un terme abstrait et immédiat, mais un terme concret et médiat, où le but s'est déjà réalisé. De plus, il est en soi le syllogisme entier, en ce qu'il contient, d'une part, le but et l'activité du but, et de l'autre, l'objet où le but doit se réaliser par son intermédiaire. Cependant, les trois termes du syllogisme n'ont pas encore atteint à leur parfaite identification, et, par conséquent, le but réalisé n'est encore qu'un but fini. Et, en effet, bien que le but ait agi sur l'objet et qu'il l'ait transformé en moyen, celui-ci, par cela même qu'il est un moyen, tout en s'adaptant au but, conserve une partie de ses déterminations propres; et, d'un autre côté, bien que ce moyen ait mis le but en rapport avec le monde objectif, celui-ci, par cela même qu'il n'est uni au but que par un moyen fini, demeure, lui aussi, indépendant du but. Par conséquent, le produit qui sort de ce rapport est un produit fini quant à la forme, et, quant au contenu, un produit où se trouvent réunis le but et l'objet, mais seulement d'une manière incomplète et extérieure. Et cependant il faut que le but se réalise, car rien ne saurait résister à son action. Cela fait qu'il s'empare de ce produit, et qu'il l'emploie comme un nouveau moyen pour agir sur le monde objectif. Mais comme les conditions au milieu et en vertu desquelles s'exerce son activité sont les mêmes, le second produit offrira les mêmes caractères, ce qui amènera un nouveau développement du but, lequel donnera le même résultat, et ainsi à l'infini; de telle sorte qu'on aura une série de termes dont chacun ^era, tour à tour, moyen et produit, sans contenir la complète réalisation du but. Ccpendaut, ce mouvement indéfini de la finalité, qui est le progrès de la fausse infiuité, cache et pose la finalité absolue. Et, en effet, ce mouvement indéfini par lequel le but s'empare successivement des différents objets, prouve, d'une part, que l'objet ne saurait résister à son action, et, suivant l'expression hégélienne, qu'il n'a pas d'être vis-à-vis de lui; et, d'autre part, qu'il est prédispose et qu'il existe en vue de lui. Ce qui veut dire que l'objet contient virtuellement le but, et réciproquement, ou bien encore que le but, l'objet et le moyen, soit qu'on les considère dans leur rapport, soit qu'on les considère chacun
NOTION. IDÉE. Ool