‹ Logique de Hâegel (volume 2)Chapitre 8 sur 80 · CXXIII · texte numérisé non relu

CXXIII

L'existence réfléchie est l'unité immédiate de la réflexion sur soi et de la réflexion sur un autre que soi. Elle constitue, par conséquent, un ensemble indéfini d'existences qui

d'être, leur différence a disparu. Maintenant la raison d'être est d'abord la raison d'être à l'état immédiat, ou en soi, c'est-à-dire la raison d'être qui peut être raison d'être de toutes choses, ou qui est apte à tous les rapporis de raison d être (Grundbeziehung). Mais par cela même qu'elle est la raison d'être, elle est la raison d'être de quelque chose. On a, par conséquent, la raison d'être, et la chose dont elle est la raison d'être; le Grund et le Bei griindeles, le fondement et la chose fondée. On voit ainsi reparaître la différence et l'opposition. Seulement ici, comme dan» les termes qui vont suivre, la contradiction ne forme plus le rapport des termes qui sont en présence, mais elle est enveloppée dans la constitution même de chaque lerme comme un moment que l'idée logique a franchi. Par conséquent, le rapport qu'on a ici est le rapport du Grund et du Begrùndeles, et c'est ce rapport qu'il s'iigit de saisir. Il en est, d'ailleurs, de la contradiction comme des déterminations précédentes. Elles sont toutes enveloppées dans la raison d'être et en constituent un élément intégrant. Mais, de même que Y être pur n'est plus ici Yêtre pur, ni la qualité, la simple qualité, de même la contradiction n'est plus la contradiction, mais la contradiction dans la raison d'être. C'est là un point qu'il ne faut jamais perdre de vue. — Ainsi donc, on a la raison d'être, et le quelque chose dont elle est la raison d'être. Or il n'y a au fond entre ces deux termes qu'une différence purement formelle. C'est la différence de la forme médiate et de la forme immédiate de la réflexion, dont il a été question au § cxu. Lorsque nous parlons de la raison d'être des choses, nous voulons voir les cho-es sous un double rapport : nous voulons les voir d'abord à l'état immédiat, et ensuite à l'état médiat. Quelque chose est — état immédiat — et a sa raison — état médiat. Ainsi, par exemple, si pour expliquer la forme de la cristallisation, on dit qu'elle a son fondement dans un arrangement particulier des molécules, la cristallisation ellemême n'est en réalité, et quant au contenu, que ce fondement même. Ou bien, si l'on dit que la raison d'être du mouvement de la terre autour du soleil est la force attractive du soleil, on ne fera qu'expliquer sous une forme réfléchie le phénomène lui-même. Car, pour ce qui concerne le contenu, cette force attractive est ce mouvement lui-même. Ou bien encore, lorsqu'eu

se réfléchissent les unes sur les autres, d'existences relatives qui dépendent les unes des autres, et qui engendrent un nombre infini de rapports formés par les raisons d'être et par ce dont elles sont les raisons d'être. Ces raisons d'être sont elles aussi des existences, et toutes ces exis-

présence d'un phénomène électrique nous disons que la raison d'être de ce phénomène est l'électricité, nous n'avons ici aussi devant nous que le même contenu sous sa forme médiate et réfléchie. Au fond, le Grund et le Begrùndetes ne sont qu'une seule et même chose. Car la raison d'être n'est telle que parce qu'il y a quelque chose dont elle est la raison d'être, et ce quelque chose est un terme qu'elle présuppose pour être la raison d'être, ce qui fait que ce quelque chose est, à son tour, la raison d'être de la raison d'être. Le Grund et le Begrundetes constituent, par conséquent, une seule et même réflexion, dans laquelle le Grund n'est tel que par le Begrundetes, et ce dernier n'est tel que parce qu'il contient le premier. Ainsi; il n'y a rien dans l'électricité qui ne soit pas dans le phénomène électrique, et il n'y a rien dans tel arrangement des molécules qui ne soit pas dans le cristal ; ou, si l'on veut, le cristal est ce même arrangement des molécules que l'on donne comme raison d'être du cristal, de sorte que, cet arrangement étant donné, le cristal est aussi donné, et réciproquement. Ce sont là des tautologies, il est vrai; mais ce sont des tautologies dont ou trouve des exemples dans toutes les sciences, et qui montrent en même temps l'identité du contenu des deux termes. Cependant, par cela même que la raison d'être est la raison de quelque chose, et qu'elle a besoin de quelque chose pour être telle, elle est différenciée et limitée. C'est une raison d'être, mais elle n'est pas la raison d'être absolue; ce qui veut dire qu'en présence d'une raison d'être il y a une autre, ou plusieurs raisons d'être. Ici le rapport n'est plus entre la raison d'être et la chose dont elle est la raison d'être, mais entre des raisons d'être dont l'une est considérée comme la raison d'être de l'autre. Ces plusieurs raisons d'être diffèrent les unes des autres, et elles sont en même temps en rapport entre elles, ce qui fait qu'une chose peut avoir plusieurs raisons d'être, et qu'elle peut, à son tour, être la raison d'être d'autre chose, et même la raison d'être de sa raison d'être C'est ainsi, par exemple, qu'une action peut avoir plusieurs raisons d'être, le devoir, la gloire, le plaisir, etc. De même la peine peut avoir plusieurs raisons d'être, l'expiation, l'exemple, l'amélioration du coupable, etc. On peut aussi trouver différentes raisons d'être pour leschosesde la nature, pour la lumière par exemple, et pour toutes choses en général. Mais si l'exemple, ou l'amélioration du coupable, est, d'un côté, la raison d'être de la peine, celle-ci peut, d'un autre coté, être considérée comme la raison d être de l'exemple et de l'amélioratioa du

tences sont par plusieurs côtés aussi bien des raisons d'être que des choses qui ont des raisons d'être, Zusatz. L'expression existence (tirée iïexistere) indique

coupable, parce que ces derniers ne sont que par, et dans la peine. Si l'on considère les fondations d'une maison comme la raison d'être de la maison, celle-ci est, à son tour, la raison d'être des fondations, car des fondations sans maison ne sont pas des fondations. Pour qu'elles soient des fondations, il faut qu'elles supportent la maison, ou qu'elles soient bâties en vue d'elle. Or, par cela même que toutes ces raisons d'être sout des raisons d'être, elles sont toutes suffisantes; mais, d'un autre côté, par cela même qu'elles se réfléchissent les unes sur les autres, qu'elles s'appellent, se posent et se présupposent réciproquement, elles sont toutes insuffisantes; ce qui fait qu'un motif, par exemple, peut produire telle conséquence, mais qu'il peut aussi ne pas la produire, et qu'en général une raison d'être peut amener tel résultat, comme elle peut aussi ne point l'amener. Cependant, cette suffisance et cette insuffisance, cette position et cette présupposition réciproques de toutes les raisons d'être, amènent leur identité, et, avec leur identité, leur suppression et le passage à nne détermination plus concrète. On a une raison d'être qui se réfléchit sur une autre raison d'être, laquelle se réfléchit sur une autre raison d'être, et ainsi de suite. Mais la secoude raison d'être se réfléchit, à son tour, sur la première, par cela même que celle-ci est, elle aussi, une raison d'être, et que sans elle la seconde raison d'être ne serait pas une raison d'être. Il en est de même des autres raisons d'être. Ainsi, par exemple, à l'égard de la maison, ses raisons d'être peuvent être multiples, et, pour ainsi dire, infinies, telles que les fondations, les besoins, la volonté, le pouvoir, la loi, etc. On a, par conséquent, une série de termes qui se conditionnent l'un l'autre, dont l'un est la condition de l'autre, et dont l'un n'est qu'autant que l'autre est aussi. Ainsi on peut dire que, par rapport à la maison, la volonté est la raison d'être des fondations, et que les fondations sont, à leur tour, la raison d'être de la volonté. Car les fondations ne sont que par la volonté, mais la volonté n'est aussi que par la maison dont les fondations font partie. Cependant ce mouvement de raisons d'être où les raisons d'être s'appellent et se conditionnent les unes les autres, et où elles s'appellent et se conditionnent pour se combiner et pour s'annuler en se combinant, et pour atteindre ainsi à leur identité, ce mouvement cache une raison d'être et une condition absolue qui constitue le rapport absolu de toutes les raisons d'être, ou, pour mieux dire, il amène un terme en lequel les raisons d'être se sont absorbées, ou, si l'on veut, qui est l'absolue raison d'être des raisons d'être. C'est là Y Existence réfléchie — Die Eorhtenz. Dès que le cercle des raisons d'être et des conditions qui constituent une chose se trouve achevée, non-seulement la chose est, mais elle existe.

DOCTîiliNE DE l'eSSENCET — RAISON DE L'EXISTENCE. 55

l'être engendre (1), et l'existence est l'être qui sort de la raison d'être, l'être ramené par la suppression de la médialion. L'essence en tant que être supprimé s'est d'abord produite comme apparence, dont les déterminations sont l'identité, la différence et la raison d'être. Celle-ci est l'unité de l'identité et de la différence, et comme telle elle se différencie aussi d'avec elle-même. Mais cette différence de la raison d'être d'avec elle-même est aussi peu la simple différence que la raison d'être est elle-même l'identité abstraite. La raison d'être se supprime elle-même, et ce où elle se supprime, le résultat de sa négation, est l'existence. Celle-ci en tant qu'elle sort de la raison d'être la contient, et le mouvement de la raison d'être consiste précisément à se supprimer et à passer dans l'existence. C'est ce qu'on peut constater aussi dans la conscience ordinaire; car lorsque nous considérons la raison d'être de quelque chose, cette raison d'être n'est pas un moment interne abstrait, mais bien plutôt elle est elle-même une existence (2). C'est ainsi, par exemple, que nous considérons la foudre comme la raison de l'incendie qui a mis le feu à un édifice, ou bien encore les mœurs et les rapports d'un peuple comme constituant la raison de leur législation. C'est là surtout la forme sous laquelle s'offre d'abord à la réflexion le monde des existences. C'est un ensemble indéfini d'existences qui se réfléchissent à la fois sur elles-mêmes, et les unes sur les autres, et qui sont les unes aux autres, tour à tour, raison d'être, et ce dont elles sont la raison d'être. Dans ce jeu varié et mobile

(1) Ein Hervorgcgangenseyn : un être sorti, dérivé,

(2) Ein Existirendes : un être existant.

du monde, en tant qu'ensemble des existences, on ne découvre d'abord nul part un point fixe, mais tout apparaît comme relatif, comme conditionné et conditionnant à la fois. L'entendement réfléchissant s'applique à découvrir et à suivre ces rapports qui s'offrent de tous côtés. Mais la question touchant le but final y reste sans réponse, d'où vient le besoin de la raison spéculative d'aller en avant dans le développement de l'idée logique, et de franchir ce point de vue de déterminations purement relatives.

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