MESURE
§ GYIÏ.
La mesure est le quantum qualitatif, et d'abord en tant que quantum qualitatif immédiat. C'est un quantum auquel se trouve liée une existence (1), ou une qualité.
Zusatz. La mesure, en tant qu'unité de la qualité et de la quantité, est aussi l'être achevé. Lorsqu'on . parle de l'être, celui-ci apparaît d'abord comme un moment tout à fait abstrait et indéterminé. Mais l'être est ainsi constitué qu'il se détermine lui-même ; et c'est dans la mesure qu'il atteint à sa complète dëterminabilité. On peut considérer aussi la mesure comme une définition de l'absolu, et c'est conformément à ce point de vue que l'on dit'de Dieu qu'il est la mesure de toutes choses. C'est aussi cette intuition qui est, si l'on peut dire, le ton fondamental de l'ancienne poésie hébraïque où l'on glorifie Dieu eu le représentant comme celui qui marque à toutes choses, à la mer et à la terre, aux fleuves et aux montagnes, ainsi qu'aux différentes espèces de plantes et d'animaux, leurs limites. — Dans la conscience religieuse des Grecs nous rencontrons la divinité de la mesure,
dire elle ramène la qualité. Et, en effet, on avait d'abord la qualité, c'està-dire l'élément fixe et déterminé de l'être, vis-à-vis duquel est venue se placer la quantité, c'est-à-dire l'élément variable, ce qui, d'après la définition qu'en donnent les mathématiques, peut être augmenté ou diminué. Mais ce qui augmente et diminue doit lui aussi nécessairement avoir un élément fixe et invariable, et, par conséquent, la quantité contient une contradiction qui constitue la dialectique et le développement de la quantité. Le résultat de cette dialectique est le retour de la qualité, non de la qualité première, de la qualité séparée de la quantité, mais de la qualité qui s'est combinéo avec la quantité, de la qualité quantitative. C'est là la mesure. (1) Daseyn.
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représentée surtout en rapport avec le monde moral, comme Némésis. Ce qui se trouve en général au fond de cette représentation, c'est quelaricbesse, les honneurs, la puissance, aussi bien que la joie, la douleur, etc., ont leur mesure déterminée, et qu'aller au delà de cette mesure c'est aller à sa ruine et à sa perte. — Quant à la présence de la mesure dans le monde objectif, nous rencontrons d'abord dans la nature des existences dont la mesure fait le contenu essentiel. C'est ce qui a lieu particulièrement dans le système solaire, qu'on doit considérer comme la sphère de la libre mesure (1). Si nous allons plus loin, en considérant les diverses sphères de la nature inorganique, nous verrons que la mesure est, pour ainsi dire, rejetée dans le fond en ce que les déterminations multiples, qualitatives et quantitatives, qu'on y rencontre, sont dans un état d'indifférence réciproque. La qualité d'une roche, par exemple, ou d'un fleuve n'est pas liée à une grandeur déterminée. Cependant, en y regardant de près, l'on trouve que les objets, tels que ceux que nous venons de nommer, ne sont pas eux non plus tout à fait sans mesure, car l'analyse chimique montre que l'eau d'un fleuve, ainsi que les diverses parties qui composent une roche sont des qualités conditionnées par les rapports quantitatifs des substances qu'elles contiennent. Mais c'est dans l'intuition immédiate (2) de la nature
(i) Der freien Maasses : libre en ce sens que la mesure s'y meut librement, si l'on peut ainsi dire, qu'elle y trouve dans la nature sa sphère naturelle, son application la plus parfaite.
(2) Cette expression, il faut l'entendre non-seulement dans sa signification subjective, mais dans sa signification objective aussi. Dans l'être organique la mesure est l'objet de l'intuition immédiate en ce qu'elle ne constitue pas l'essence, l'idée de l'être organique, mais seulement un de ses moments subordonnés.
organique que se produit de nouveau d'une façon plus marquée la mesure. Les diverses espèces de plantes et d'animaux ont aussi bien dans le tout que dans les parties une certaine mesure. Et il faut à cet égard observer que les formations organiques les plus imparfaites, celles qui se rapprochent le plus delà nature inorganique se distinguent en partie des plus parfaites par une plus grande indétermination de leur mesure. C'est ainsi que nous trouvons parmi les fossiles, par exemple, les cornes d'Ammon, comme on les appelle, dont les unes sont microscopiques et les autres atteignent la grandeur d'une roue. On rencontre la même indétermination de mesure dans plusieurs plantes qui appartiennent aux degrés inférieurs du règne organique. Telle est, par exemple, la fougère.
§ CYI1I.
En tant que la qualité et la quantité ne sont unies dans la mesure que d'une façon immédiate, leur différence se produit en elles d'une façon également immédiate. Le quantum spécifique (1) est ainsi, d'une part, un simple quantum, et l'existence peut augmenter et diminuer sans que la mesure, qui est ici une règle (2), soit supprimée; mais, d'autre part, le changement du quantum entraîne aussi un changement de qualité.
Zusalz. L'identité de la qualité et de la quantité, qui est contenue dans la mesure, n'est d'abord qu'en soi, elle n'est pas encore posée. Delà vient que ces deux déterminations
(1) Ou qualitatif.
(2) Voy. § cxi, p. 483, note 3.
dont la mesure est l'unité affirment encore chacune leur indépendance, de telle façon que, d'un côté, les déterminations quantitatives de l'existence peuvent être changées, sans que la qualité de cette dernière en soit affectée; tandis que, de l'autre côté, cet accroissement et ce décroissement indifférents ont une limite au delà de laquelle la qualité se trouve changée. C'est ainsi que le degré de température de l'eau est d'abord indifférent relativement à sa fluidité. Il y a cependant dans l'augmentation ou dans la diminution de la température de l'eau liquide un pointoù l'état de sa cohésion change qualitativement, et où l'eau se transforme en vapeur, ou en glace. Lorsqu'à lieu un changement quantitatif, ce changement paraît d'abord tout à fait inoffensif. Il s'y cache cependant autre chose, et ce changement en apparence inoffensif est, pour ainsi dire, une ruse par laquelle la qualité est attaquée. L'antinomie de la mesure qui se trouve dans ce changement, les Grecs l'on représentée sous plusieurs formes. Telle est, par exemple, la question : si un grain de blé forme un tas ; ou bien l'autre : si en arrachant une soie de la queue d'un cheval on a une queue dégarnie de soies. Si considérant la nature delaquantité comme une déterminabilité indifférente et extérieure de l'être on est d'abord amené à répondre négativement à ces questions, on verra cependant bientôt qu'il faut aussi accorder que cette augmentation et cette diminution indifférentes ont leur limite, et qu'on finit par arriver à un point où en ajoutant un grain de blé on a un tas de blé, et en arrachant un cheveu on n'a plus qu'une tête chauve. C'est à ces exemples que se rattache aussi le conte de ce paysan qui alla en ajoutant une demi-once à une autre demi-once
au poids que portait son âne jusqu'à ce que la pauvre bête s'affaissa sous la charge. On se trompe fort lorsqu'on ne voit dans ces questions qu'un bavardage oiseux de l'école. 11 s'agit ici en réalilé de pensées avec lesquelles il est bon de se familiariser, et qui ont une grande importance même dans la vie pratique, et plus particulièrement dans la vie sociale. Ainsi, par exemple, il y a relativement à nos dépenses d'abord un certain espace au dedans duquel le plus et le moins n'ont pas d'importance. Mais, si l'on franchit d'un côté ou de l'autre la mesure déterminée parles rapports individuels, l'on voit alors paraître la nature qualitative de la mesure (de la même façon qu'elle se produit et s'affirme dans l'exemple que nous venons de citer de la température de l'eau), et ce qu'on pouvait d'abord considérer comme une sage économie se change en avarice ou en prodigalité. — Cette propriété de la mesure trouve aussi son application dans la politique. La législation d'un État doit être considérée tout aussi bien comme indépendante que comme dépendante delà grandeur de son territoire, du nombre de ses habitants, et d'autres déterminations quantitatives semblables. Soit un État ayant un territoire de mille milles carrés, et une population de quatre millions. On accordera d'abord qu'un couple de mille habitants de plus ou de moins ne saurait avoir aucune influence sur la législation d'un pareil État. Mais, en même temps, il faut reconnaître que dans l'accroissement ou le décroissement d'un État on finit par atteindre un point où, en faisant abstraction de tout autre circonstance, la qualité de la législation doit, à cause de ce changement quantitatif, être aussi changée. La législation d'un petit canton de la Suisse ne convient pas à un
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grand État, pas plus que la législation de la république romaine n'était pas faite pour être appliquée aux petites villes de l'empire allemand.