LA LOGIQUE, LA NATURE ET L'ESPRIT
donc se ramener à l'opposition de la possibilité absolue, et de la réalité extérieure. Leur imperfection consiste en ce que l'une est la possibilité sans la réalité, et l'autre est la réalité sans la possibilité, ou bien, l'une est l'idée pure qui ne se manifeste point, l'autre est l'idée qui se manifeste, mais qui ne se manifeste pas en tant qu'idée ou, ce qui revient au-même, qui ne se manifeste pas à elle-même en tant qu'idée. Cependant, c'est une seule et même idée qui est au fond de toutes les deux. Car l'idée en se manifestant
accidentelle et purement voloutaire de ses perfections.— Mais, si Dieu est uu être parfait saiis la nature, pourquoi s'est-il manifesté dans la nature? On nous dit qu'il s'est mauifesté parce qu'il est bon, et parce que dans sabonté il a voulu faire participer d'autres êtres à ses perfections. Mais si Dieu est un être parfait sans la nature, et qu'il trouve en lui-même la plénitude de son être et de ses perfections, on ne voit pas pourquoi sa bonté, ou son amour s'exercerait au dehors, et pourquoi il créerait des êtres, et des des êtres imparfaits pour exercer ces attributs, et surtout pour les exercer envers des êtres qui n'existaient pas, et qu'on suppose avoir été tirés du néant. — La raison pour laquelle on ne veut pas admettre que la nature constitue un degré de la vie divine c'est qu'elle est imparfaite. Or la nature n'est que relativement imparfaite, elle n'est, voulons-nous dire, imparfaite que parce qu'elle ne constitue pas l'être divin tout entier, et ce qu'il y a de plus excellent en lui. Mais dans ses limites elle est ce qu'elle peut, et doit être, et elle renferme toute la perfection que comporte son essence (Conf. notre Introd. à la Philos, de Hegel, ch. V, § 1). Ensuite, si la nature est imparfaite, comment Dieu qui est l'Être parfait a-t-il pu vouloir la créer? Et s'il l'a créée librement et volontairement, comment n'a-t-il pas par cet acte diminué, ou, pour mieux dire, annulé ses perfections, et cela ne fût-ce qu'en pensant subjectivement l'être imparfait ? Eu outre, que devient, dans cette suppositiou, l'idée éternelle de la nature? Faudra-t-il dire qu'il n'y a pas une telle idée, et que la nature n'est sortie que d'une idée, d'une conception contingente, qui s'est présentée, pour ainsi dire, au hasard à la pensée divine? Ce serait la une supposition qui porterait une atteinte plus profonde encore à la perfection divine. Ainsi, cette conception de la nature comme un être imparfait, contingent et extérieur à la substance et à la vie divines non-seulement augmente les difficultés et les obscurités par l'acte de la création, mais elle frappe ces perfections mêmes qu'elle prétend justifier et sauvegarder.
manifeste sa possibilité infinie, et en posant sa possibilité infinie, elle pose la possibilité de toute réalité. Par conséquent, l'idée en se manifestant extérieurement ne sort pas d'elle-même, elle ne manifeste pas des déterminations qui lui sont étrangères, ou qu'elle abandonne, mais elle se manifeste, au contraire, pour atteindre à cet état, à cette sphère dernière de son existence, où elle se produit et se reconnaît comme idée absolue et comme unité de la possibilité et de la réalité, de la logique et de la nature (1).
C'est là l'idée dans sa plus haute sphère, dans la sphère de la pensée (2). Et, en effet, la pensée est ce moyen terme, cette conclusion absolue dans laquelle se
(1) La marche de la nature consiste à aller de déterminations abstraites et extérieures à des déterminations de plus en plus concrètes et intérieures, celte marche étant déterminée par la logique, ou par la méthode absolue de l'idée. Les deux déterminations extrêmes de la nature sont, d'un côté, l'espace pur, et, de l'autre, la vie. L'espace pur, c'est l'extériorité pure, et partant la détermination la plus abstraite de la nature. La vie, au contraire, en est la détermination la plus concrète et la plus haute, la détermination par laquelle la nature touche à l'esprit. Entre ces déterminations extrêmes, il y a une série de déterminations qui peuvent être considérées comme des évolutions et des involutions, eu ce qu'à mesure qu'elle avance l'idée se manifeste en développant son contenu, et en se concentrant de plus en plus en elle-même pour rentrer dans son unité, mais dans une unité plus concrète et plus profoude. C'est ainsi que des déterminations abstraites et extérieures de la mécanique elle passe successivement aux déterminations plus concrètes et plus internes de la physique proprement dite, de la chimie et de l'organisme. Voy. Philosophie de la nature.
(2) L'esprit n'est pas, bien entendu, tout entier dans la pensée, et ne s'élève à la pensée que par une suite de déterminations et de développements dont la filiation et l'ensemble constituent l'idée même de l'esprit, déterminations et développements qu'il faut voir à leur place. Mais, comme la pensée, la pensée spéculative, est le point culminaut de ces développements, il suffira, pour le but que nous nous proposons dans cette rapide esquisse, de considérer comment cette union de la logique et de la nature s'accomplit d'une façon absolue dans la pensée.