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trouver égal en importance et en indépendance à des Étals qui le surpassent par leur puissance matérielle. C'est ici que la science se développe et grandit comme un des moments essentiels de la vie de l'État. C'est dans cette université, qui est l'université du centre de l'Allemagne, que la science, qui est le centre de toute éducation de l'esprit, de toute science et de toute vérité, la philosophie, veux-je dire, doit trouver sa place véritable, et être étudiée avec plus d'ardeur. Mais, à côté de cette vie spirituelle, qui est l'élément fondamental de l'existence d'un Etat, nous avons vu commencer ce grand combat où les peuples se sont associés à leurs chefs pour assurer leur indépendance et la liberté de la pensée, et pour secouer le joug d'une domination violente et étrangère. C'est là l'œuvre de la puissance intérieure de l'esprit, en qui s'est réveillée la conscience de son énergie, et qui dans ce sentiment a arboré son drapeau, et a manifesté sa puissance dans la réalité. Nous devons considérer comme un bien inestimable que notre génération ait vécu et agi dans ce sentiment où se trouvent concentrés tout droit, toute moralité et toute religion. C'est par ces entreprises vastes et profondes que l'esprit s'élève à sa dignité, que ce qu'il y a de vulgaire dans la vie et d'insignifiant dans les intérêts s'efface, et que les opinions et les vues superficielles sont mises à nu et s'évanouissent. C'est cette pensée sérieuse qui, en s'empnrant de l'âme, établit le vrai terrain sur lequel se meut la philosophie. La philosophie est impossible là où la vie est absorbée par les intérêts et les nécessités de tous les jours, et où dominent des opinions vaines et frivoles. Dans l'âme que ces nécessités et ces opinions ont asservie, il n'y a
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plus de place pour celle aclivité de la raison qui recherche ses propres lois. Mais ces pensées frivoles doivent disparaître, lorsque l'homme est obligé de s'occuper de ce qu'il y a d'essentiel en lui, et que les choses en sont venues à ce point que toute autre occupation est à ses yeux subordonnée à celle-là, ou, pour mieux dire, n'a plus de valeur pour lui. C'est sur ce travail que nous avons vu se concentrer la pensée et l'énergie de notre temps, c'est ce noyau, si Ton peut ainsi dire, que nous avons vu se former, dont les développements ultérieurs, politiques, moraux, religieux et scientifiques ont été confiés à la génération actuelle.
« Quant à nous, notre tâche et notre mission consistent à développer, en leur imprimant la forme philosophique, ces éléments essentiels que les temps modernes ont vu se reproduire avec une force et une jeunesse nouvelles. Ce rajeunissement de l'esprit, qui s'est d'abord manifesté dans l'action et dans la vie politique, va en se manifestant maintenant dans les besoins plus sérieux et plus importants encore de la vie morale et religieuse, dans ce besoin de recherches solides, et dans cette curiosité philosophique qui ont pénétré dans les rapports de la vie. Le besoin le plus sérieux est le besoin de connaître la vérité. Ce besoin par lequel l'être spirituel se distingue de l'être purement sensible, est par là même le besoin le plus profond de l'esprit, et partant un besoin universel. C'est aux préoccupations sérieuses de nos temps qu'on doit le réveil de ce besoin, qui est surtout la marque distinctive de l'esprit allemand. Chez les autres nations on cultive toujours la philosophie, ou, pour mieux dire, on y trouve toujours son nom.
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Mais, si le nom subsiste, le sens et la chose ont changé ou disparu, de façon qu'elle n'y est plus qu'à l'état de souvenir, ou de pressentiment. C'est en Allemagne que cette science s'est réfugiée, et qu'elle vit. C'est à nous qu'a été confiée la garde de cette lumière divine, et c'est notre devoir de l'entourer de nos soins, de la nourrir, et d'empêcher ainsi que ce que l'homme possède de plus élevé, la conscience de son essence, ne périsse. Cependant, même en Allemagne, ces habitudes superficielles et vulgaires qui avaient prévalu avant cette renaissance de l'esprit ont pris une telle racine, qu'il en est encore aujourd'hui qui affirment, et prétendent démontrer qu'il n'y a pas de connaissance delà vérité, que Dieu, l'essence du monde et de l'esprit, est un être inconcevable et incompréhensible. On doit, suivant eux, s'en tenir à la religion, et la religion doit s'en tenir à la croyance, au sentiment, à un pressentiment obscur de son objet, et ne point aspirer à une connaissance rationnelle de la vérité. Suivant eux, la connaissance n'aurait pas pour objet l'absolu, Dieu, et ce qu'il y a de vrai et d'absolu dans la nature el dans l'esprit, mais l'être négatif, puisqu'ils prétendent que ce qui peut être connu n'est pas le vrai, mais le faux, c'est-à-dire l'être contingent et périssable ; que ce qui fait l'objet de la science c'est l'élément extérieur ou historique, les circonstances accidentelles au milieu desquelles cette prétendue vérité s'est manifestée, et que même de telles recherches ne doivent être que des recherches purement historiques, c'est-à-dire des recherches qui se bornent à étudier, à l'aide de l'érudition et de la critique, le côté extérieur des événements ; car pour le contenu et le sens interne de ces événements, nous
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ne devons pas, disent-ils, nous en occuper. Ils sont allés aussi loin que Pilate, le proconsul de Rome, qui, ayant entendu le Christ prononcer le mot vérité, lui demanda : « Qu'est-ce que la vérité? » comme quelqu'un qui sait à quoi s'en tenir sur ce sujet, qui sait, veux-je dire, qu'il n'y a pas de connaissance de la vérité. Et ainsi, cet abandon de la recherche de la vérité, qui de tous temps a été regardé comme la marque d'un esprit vulgaire et étroit, est aujourd'hui considéré comme le triomphe de l'esprit. Autrefois le désespoir de la raison était accompagné de douleur et de tristesse. Mais l'on vit bientôt l'indifférence morale et religieuse, suivie de près d'un mode de connaître superficiel et vulgaire, qui se donna le nom de connaissance explicative (1), reconaître franchement et sans s'émouvoir l'impuissance de la raison, et mettre son orgueil dans l'oubli complet des intérêts les plus élevés de l'esprit. De nos jours, la philosophie critique est venue prêter son appui à cette doctrine, en ce qu'elle prétend avoir démontré que nous ne pouvons rien savoir touchant l'éternel et l'absolu. Cette prétendue connaissance s'est cependant attribué le nom de philosophie, et iln'y a rien qui soit aussi bien venu des esprits et des caractères superficiels, rien que ceux-ci n'accueillent avec plus d'empressement que cette doctrine de l'impuissance de la raison, par laquelle
(1) Aufklarung . La philosophie explicative ou de l'éclaircissement était une philosophie fort répandue en Allemagne au XVIIIe siècle, avant Kanf. Elle a été ainsi nommée parce qu'elle ne s'élève pas à la connaissance idéale et spéculative, et qu'elle renferme la connaissance philosophique dans le fait, et dans l'explication du fait, en s'appuyant surtout sur la psychologie et l'anthropologie empiriques. Nicolaï, Ramier, Eberhard, Campe, etc., en sont les principanx représentants. Voy. Hégol, Histoire de la Philosophie.