XXI
p). Lorsque la pensée est, comme pensée active, en rapport avec les objets (pensée réfléchie), l'universel, en tant que produit de cette activité, contient la nature de la chose, l'essence, l'être intime, le vrai.
REMARQUE
Nous avons rappelé au § 5 l'ancienne croyance que ce qu'il y a de vrai dans les objets, dans les propriétés et les événements, e'est-à-dire leur nature interne et essentielle, est ce qu'il importe de connaître, et que cette nature ne se produit pas d'une façon immédiate dans la conscience, qu'elle n'est pas ce que nous montrent la première apparence et la première vue de la chose, mais qu'on ne saurait l'atteindre que par la réflexion.
Zusatz. On invite déjà l'enfant à réfléchir. Par exemple, on lui fait unir les adjectifs avec les substantifs. Ici, l'enfant doit être attentif et distinguer ; il doit se rappeler la règle et y rattacher le cas particulier. La règle n'est rien autre chose que le général , et c'est avec cet élément général que l'enfant doit accorder le particulier. — En outre, nous avons des fins dans la vie , et nous réfléchissons comment nous pouvons les atteindre. La fin est ici le général, le principe dirigeant, et nous avons des moyens et des instruments dont nous déterminons l'activité suivant ce principe. — C'est d'une façon semblable qu'intervient et agit la réflexion dans les rapports moraux. Réfléchir veut dire ici se ressouvenir du droit et du devoir, et que c'est à cet élément général, comme règle invariable, que nous devons conformer notre conduite dans les cas particuliers ; en d'autres termes, la détermination générale, nous devons la reconnaître, la reproduire dans nos actions. — Nous nous comportons de même dans nos rapports avec les phénomènes de la nature. Par exemple, nous remarquons l'éclair et le tonnerre. Ce phénomène nous est connu, et souvent nous nous en tenons à cette connaissance. Mais l'homme n'est pas satisfait d'une connaissance extérieure et sensible, il veut aller au delà, il veut connaître la nature du phénomène, il veut en saisir la notion. C'est ce qui l'amène à réfléchir, à en rechercher la cause, comme celle qui se distingue du phénomène, en tant que être intérieur qui se distingue de l'être purement extérieur. On dédouble ainsi le phénomène, on le partage en deux, en l'interne et en l'externe, en la force et en sa manifestation, en la cause et en l'effet. L'interne, la force, etc., sont ici aussi le général, ce
qui persiste. Ce n'est pas tel ou tel éclair, telle ou telle plante, mais ce qui demeure le même dans toutes ces choses. L'être sensible est un être individuel et passager, et ce qui persiste en lui c'est par la réflexion que nous apprenons à le connaître. La nature nous montre un nombre infini de formes et de phénomènes individuels. Nous éprouvons le besoin de ramener cette multiplicité à l'unité. C'est ce qui nous amène à comparer et à rechercher le général dans l'individuel. Les individus naissent et passent, ce qui dure en eux est le genre, qui se reproduit en eux et qui n'existe que pour la réflexion. — C'est ici aussi que viennent se placer les lois, par exemple, les lois du mouvement des corps célestes. Nous voyons les astres, à tel moment, dans tel lieu, à tel autre moment, dans tel autre lieu. Cette absence d'ordre n'est pas conforme à l'esprit, et l'esprit n'en est point satisfait, car il croit en un ordre, en une détermination simple, constante et universelle. C'est dans cette croyance qu'il a appliqué sa réflexion aux phénomènes, qu'il a découvert leurs lois, et qu'il a tracé et fixé d'une îaçon générale le mouvement des corps célestes, de sorte que l'on peut, à l'aide de ces lois, connaître et déterminer chaque changement de lieu. — On peut voir par ces exemples comment la réflexion s'attache toujours à l'élément fixe et invariable, à l'élément qui a en lui-même sa détermination et qui règle le particulier. Cet élément général ne saurait être saisi par les sens, et c'est lui qui constitue l'essentiel et le vrai. Les devoirs et les droits, par exemple, constituent l'élément essentiel de l'action, et la vérité de l'action consiste dans son accord avec ces déterminations générales.
En déterminant ainsi le général, on voit qu'il constitue le contraire d'un autre terme, et que ce terme est l'être purement immédiat, extérieur et individuel, qui se pose en face de l'être médiat, intérieur et général. Cet élément général n'existe pas extérieurement comme tel. Le genre comme tel ne saurait être l'objet de la perception, les lois du mouvement des corps célestes ne sont pas écrites dans le ciel. Ainsi le général on ne l'entend ni on ne le voit, mais il n'existe que pour l'esprit. La religion nous élève à un principe général qui contient tous les autres principes, à un principe absolu d'où émanent toutes choses, et ce principe absolu n'est pas l'objet des sens, mais de l'esprit et de la pensée.