XXXIX
Relativement au principe de l'empirisme l'on a fait avec raison la remarque que, dans ce qu'on appelle expérience, laquelle doit être distinguée de la simple aperception de faits individuels, il y a deux éléments : l'un, c'est une matière multiple et individualisée à l'infini, et l'autre, c'est la forme, ou la détermination del'universalitéetdela nécessité. L'empirisme montre bien l'existence d'un grand nombre de perceptions semblables ; mais l'universel est autre chose que le grand nombre. De même, il montre bien les perceptions de changements qui se suivent, ou d'objets juxtaposés, mais il ne saurait montrer la nécessité de leur connexion. Or, la perception devant rester dans celte doctrine le fondement de la vérité, l'universel et le nécessaire seront quelque chose d'illégitime, une sorte de contingence subjective, une simple habitude dont le contenu pourra être tel ou tel autre.
REMARQUE
Une conséquence importante qui découle de cette façon empirique de considérer la science c'est que le droit, les
déterminations et les lois morales et politiques, ainsi que le contenu de la religion, ne sont que des choses contingentes, destituées de toute valeur objective et de toute vérité intérieure.
Le scepticisme de Hume, auquel se rapporte la remarque que nous venons de rappeler, doit être bien distingué du scepticisme grec. Hume érige en principe de la vérité l'empirisme, le sentiment, l'intuition, et rejette les déterminations et les lois générales de la pensée, en s'appuyant sur cette raison qu'elles ne sont pas justifiées par la perception sensible. L'ancien scepticisme, au contraire, loin d'ériger en principe de la vérité le sentiment et l'intuition, dirigeait surtout ses attaques contre l'être sensible. (Sur le scepticisme moderne comparé avec le ' scepticisme ancien , voyez Schellings and Regels Krit. Journal der Philosophie, 1802, /. Bd. L St.)