XLVII
Le premier être inconditionnel qu'on y considère est l'âme (voyez plus haut § 34). — Je me reconnais toujours
(1) {Plaller) Ce mot est entre parenthèses dans le texte. — On peut dire, en effet, que c'est une doctrine vulgaire, triviale, superflcielle, que celle qui nie toute réalité objective, et qui réduit tout à des formes subjectives sans contenu et, au fond, sans valeur.
(2) Sogennanten Anivendung . Le terme application n'est pas exact, parce qu'il fait croire que les catégories et Vobjet (le texte dit les objets) de la raison constituent deux mondes différents, et que les catégories ne sont pas, elles aussi, des objets ou des moments de la raison. Les catégories sont bien des déterminations de l'entendement, mais dans le système elles, ainsi que l'entendement, sont des moments subordonnés de la raison.
(3) Hegel a examiné plus complètement ailleurs, c'est-à-dire dans sa Grande logique, dans le Kritischer Journal der Philosophie (publié avec Schelling), dans son Histoire de la Philosophie, et dans ses Leçons sur l'existence de Dieu, la philosophie de Kant.
VÉRA. — Logique de Hegel. I. — 20
dans ma conscience, a) comme sujet déterminant, p) comme être individuel, ou abstractivement simple (1), y) comme un et identique sous la multiplicité des choses dont j'ai conscience, S) comme être qui, en tant qu'être pensant, me distingue de tout ce qui est hors de moi.
REMARQUE
Kant fait ici justement observer que le procédé de l'ancienne métaphysique consistait à mettre à la place de ces déterminations empiriques des déterminations de la pensée, des catégories, d'où naissent ces quatre propositions, a) l'âme est substance, p) elle est une substance simple, y) elle est dans les différents temps de son existence numériquement identique, d) elle est en rapport avec les choses qui sont dans l'espace. Maintenant, il y a suivant Kant un tiee dans ce passage (2) : c'est qu'on y confond deux déterminations différentes (Parologisme), savoir, des déterminations empiriques avec les catégories, et qu'il n'est point légitime de conclure des premières aux dernières, et surtout de mettre celles-ci à la place de celles-là.
On voit que cette critique n'est rien autre chose que la remarque de Hume citée au § 39, savoir, que les déterminations de la pensée, l'universalité et la nécessité, ne se rencontrent pas dans la perception, et que l'être empirique se distingue par son contenu ainsi que par sa forme des déterminations de la pensée.
Sans doute, si c'est l'expérience qui doit justifier la
(1) Absiract-Einfaches : c'est-à-dire simple d'une simplicité abstraite. Voyez ci-dessous Zusatz.
(2) Passage d'une détermination à une autre de nature différente.
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pensée, celle-ci doit pouvoir se retrouver exactement dans la perception. Dans sa critique de la psychologie métaphysique Kant nie qu'on puisse affirmer de l'âme sa substantialité, sa simplicité, son identité avec elle-même, et son indépendance qui se conserve dans sa connexion avec le monde matériel. Et la raison sur laquelle il se fonde c'est seulement que les déterminations de l'âme que nous fournit l'expérience de la conscience ne sont pas exactement les mêmes que celles qui nous sont fournies par la pensée. Et cependant Kant lui-même nous a dit précédemment que la connaissance en général, bien plus, l'expérience elle-même consiste en ce que les perceptions sont pensées, c'est-à-dire en ce que les déterminations, qui d'abord appartiennent à la perception, se changent en déterminations de la pensée. — Il faut cependant considérer comme une heureuse conséquence de la critique kantienne que la philosophie de l'esprit se soit affranchie des choses de l'âme (1), des catégories et, par suite, des questions sur la simplicité, ou la composition, sur la matérialité ou l'immatérialité, etc., de l'âme. — Cependant l'insuffisance de ces formes ne vient pas, même pour la conscience ordinaire, de ce qu'elles sont des pensées, mais de ce qu'elles sont des pensées qui ne contiennent pas la vérité en et pour soi (2). Lorsque la pensée et le phénomène ne coïncident pas de tous points, il s'agit d'abord de savoir quel est celui des deux qui est en défaut. Dans l'idéalisme kantien, pour ce qui concerne le côté ra-
(1) Seelendinge : expression intraduisible, mais qui veut dire que l'ancienne métaphysique traitait lame comme uue chose, c'est-à-dire qu'elle en prenait les déterminations d'une façon abstraite, extérieure et accidentelle.
(2) Et, qui par suite, ne sont pas les pensées véritables, les pensées coucrètes et spéculatives.
tionnel, c'est la pensée qui est en défaut, et son insuffisance vient de ce qu'elle n'est pas adéquate à la perception et à la conscience qui se renferme dans les limites de la perception, et que, par suite, elle ne se retrouve pas dans une telle conscience. Quant au contenu de la pensée en ellemême, il n'en est nullement question.
Zusatz. Les paralogismes sont des syllogismes défectueux et dont le défaut consiste à prendre dans les deux prémisses un seul et même terme en deux sens différents. C'est sur de tels paralogismes que s'appuie, suivant Kant, la psychologie rationnelle de l'ancienne métaphysiques, en ce qu'on y prend des déterminations empiriques de l'âme comme si elles lui appartenaient d'une façon absolue. — On a, du reste, raison de dire qu'il ne faut pas affirmer de l'âme des prédicats tels que la simplicité, l'invariabilité, etc., mais cela non par l'argument de Kant, que la raison dépasserait par là ses limites, mais parce que de semblables déterminations abstraites de l'entendement sont insuffisantes pour l'âme, qui est aussi autre chose que l'être purement simple, invariable, etc. Par exemple, à l'âme convient bien l'identité simple avec soi, mais une identité active, et qui se différencie elle-même en elle-même , tandis que l'être purement simple, c'est-à-dire abstrait, est aussi, et par cela même, un être sans vie. Que Kant par sa critique de l'ancienne métaphysique ait éliminé de l'âme et de l'esprit ces prédicats, c'est là ce qu'on doit considérer comme un résultat important. Mais le pourquoi de cette élimination, voilà ce qu'on cherche en vain chez lui.
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