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L'autre voie de cette union où doit se réaliser l'idéal de la raison part d'un moment abstrait de la pensée, et arrive à une détermination où l'on n'a plus que l'être : preuve ontologique de l'existence de Dieu. L'opposition, qui se produit ici d'une façon abstraite et subjective (1), est l'opposition de la pensée et de l'être, tandis que, dans le premier cas, l'être est commun aux deux côtés, et que l'opposition ne portequesurla différence de l'individuel et del'universel. L'objection que l'entendement dirige contre cette preuve est au fond (2) la même que celle qu'il dirige contre la pre-
(i) Le texte dit : Abstrakl Subjecliv : abstraciivemenl subjectif, ou subjectif d'une façon abstraite, expression plus exacte; car l'opposition, telle qu'elle a lieu dans la preuve ontologique, n'est pas l'opposition objective et concrète, telle qu'elle a lieu dans la réalité, mais c'est l'opposition qui a lieu dans la pensée subjective, et dans une pensée subjective abstraite, c'est-à-dire dans une pensée qui n'est pas dans le système, et dans le processus de ses moments, mais hors du système et de ce processus.
(2) An sich : en soi, virtuellement.
VÉRA. — Logique de Hegel. I. — 21
mière. Dans celle-ci c'est l'universel qui ne se retrouve pas dans l'être empirique, ici, par contre, c'est l'élément déterminé (1) qui n'est pas contenu dans l'universel. L'élément déterminé est ici l'être : ce qui revient à dire qu'on ne peut pas déduire et faire sortir par l'analyse l'être de la notion.
REMARQUE
Ce qui a fait le succès de la critique kantienne de la preuve ontologique c'est sans doute l'exemple que Kant y a ajouté pour rendre plus sensible la différence de la pensée et de l'être. Si l'on ne considère que la notion, il n'y a aucune différence entre cent thalers possibles et cent thalers réels, tandis qu'il y en a une réelle pour celui qui doit les posséder. Rien, en effet, ne paraît plus évident que cette proposition, savoir, que ce que je pense ou me représente n'a pas une réalité par cela même que je le pense ou me le représente; ce qui revient à dire que la pensée, la représentation et même la notion n'atteignent pas à l'être. Laissant de côté qu'on pourrait avec raison appeler grossière (2) une pensée qui désigne par le nom de notion des choses telles que cent thalers, ceux qui ne se lassent pas d'objecter contre l'idée philosophique que la pensée et l'être sont choses différentes, devraient bien supposer que la philosophie ne l'ignore point. Y a-t-il de connaissance plus vulgaire que celle-là? Mais on devrait aussi songer que lorsqu'il est question de Dieu on a un
(1) Das Beslimmte : c'est, en effet, ua objet, une existence déterminée, l'existence de Dieu, qu'on veut faire sortir de la notion.
(2) Eine Barbarei.
objet d'une toute autre espèce que cent thalers, ou qu'une notion, ou représentation particulière, ou de quelque nom qu'on voudra l'appeler. Dans le fait tout être fini est ceci, et il n'est que ceci, savoir, que son existence diffère de sa notion. Mais Dieu est absolument l'être qui ne peut être pensé que comme existant, et dont la notion renferme l'être. C'est cette unité de la notion et de l'être qui constitue la notion de Dieu (1). Ce n'est là encore, il est vrai, qu'une détermination formelle de Dieu, qui, pour cette raison, ne contient en réalité que la nature de la notion elle-même (2) . Mais il est aisé de voir que la notion, même dans cette existence tout à fait abstraite, contient déjà l'être. Car, si elle a d'autres déterminations, elle a aussi, et à plus forte raison celle suivant laquelle elle se produit par la suppression de la médiation, et par suite elle renferme le rapport immédiat avec elle-même ; ce qui est précisément l'être (3). L'on devrait, ce nous semble, trouver
(1) Hegel ne veut pas dire, bien entendu, que la pensée, ou la notion et l'être, sont absolument distincts et séparés dans les choses finies, mais seulement qu'ils ne sont pas aussi indivisiblement unis qu'en Dieu.
(2) C'est au fond, bien que sous une autre forme, la même pensée que ci-dessus, où il est dit, que Y opposition ne se produit ici qus d'une façon abstraite et subjective. — Nature de la notion est une expression hégélienne qui veut dire la notion à l'état abstrait et en soi, et qui n'est pas encore notion concrète et pour soi ; ou, si Ton veut, notion qui est nature, et qui n'est pas encore esprit. Ainsi, de même que dans les preuves ontologiques de l'existence de Dieu l'opposition de la peusée et de l'être ne se produit que d'une façon abstraite et subjective, de même l'unité de Dieu, en tant que simple unité de la pensée et de l'être, n'est qu'une détermination formelle et abstraite de la réalité divine.
(3) Dans le mouvement de l'idée ou dans le système, la notion se produit (heuorgehet) en supprimant la médiation; ce qui veut dire, que la médiation n'est qu'un moment subordonné de la notion. Parmi les déterminations ou médiations diverses de la notion il y a nécessairement l'élément immédiat,
étrange que la vie la plus infime de l'esprit, la notion, le moi ou bien la totalité concrète des choses qui est Dieu, ne renferme pas dans son contenu une détermination aussi pauvre et aussi abstraite, qui est même la plus abstraite, telle que l'être. Il n'y a rien, en effet, dont le contenu soit aussi vide que celui de l'être, si ce n'est toutefois ce qu'on est porté d'abord à prendre pour l'être, savoir, une existence extérieure et sensible, ce papier, par exemple, qui est devant moi. Mais personne ne voudra arrêter un instant son attention sur cet objet transitoire et fini. — En outre, cette remarque vulgaire que la pensée et l'être sont deux choses différentes pourra tout au plus troubler l'esprit, mais elle ne parviendra pas à y arrêter ce mouvement par lequel il va de la pensée de Dieu à l'affirmation de son existence. La doctrine de la science immédiate ou de la foi a rétabli la légitimité de ce passage et l'indivisibilité absolue de la pensée et de l'être de Dieu. Nous examinerons plus loin cette doctrine.
§ lu.
Ainsi dans cette théorie la déterminabilité demeure visà-vis de la pensée à son plus haut degré comme un élément qui lui est extérieur. La pensée n'y est qu'une pensée abstraite, et cette pensée on l'appelle toujours la raison. Celle-ci, et c'est là le résultat de cette théorie, ne fournit rien autre chose qu'une unité formelle qui simplifie et systématise les données de l'expérience ; elle n'est pas un
l'immédiatisé absolu, c'est-à-dire l'être, lequel constitue un rapport immé* diat, avec soi [unmittelbare Beziehung auf sich) précisément parce qu'il n'y a pas en lui de médiation.
SECOND RAPPORT DE LA PENSÉE AVEC l'oRJET. 325
instrument, mais une simple règle de la vérité (1), et ne peut fonder la science de l'infini, mais seulement faire la critique de la connaissance. Cette critique arrive en dernière analyse à cette affirmation, que la pensée ne fournit qu'une unité indéterminée, et que son activité est l'activité de cette unité.
Zusatz. Kant a conçu, il est vrai, la raison comme faculté de l'inconditionnel ; mais comme il réduit la raison à la pure identité abstraite, il annule en même temps par là son inconditionnalité, et la raison n'est en réalité rien autre chose que l'entendement vide. La raison n'est inconditionnelle qu'en n'étant pas déterminée par un contenu étranger, mais en se déterminant elle-même, et en étant ainsi en elle-même dans son contenu. Or, suivant Kant, l'activité delà raison consiste expressément à systématiser; par l'application des catégories, la matière que lui livre la perception, ce qui revient à dire, qu'elle consiste à ordonner d'une façon extérieure cette matière (2) ; et de plus, le principe qui dirige cette activité de la raison est le principe de contradiction.
§ lui.
b). La raison pratique y est conçue comme volonté qui se détermine elle-même, et qui se détermine elle-même d'une
(1) ht ein Kanon, nicht ein Organon der Wahrheit.
(2) In eine Ausserliche Ordnung zu bringen : l'amener, la soumettre à un ordre extérieur. En effet, par là que les catégories et les matériaux fournis par la perception constituent, quant à leur essence ou leur en soi, deux natures diverses, les catégories ne peuvent ordonner et systématiser ces matériaux que d'une façon extérieure. C'estlà aussi le sens de l'expression ci-dessus, que les catégories sont une certaine règle (Kanon), mais qu'elles ne sont pas l'instrument (Organon), c'est-à-dire la méthode, la forme même delà vérité.
façon générale; en d'autres termes, elle y est conçue comme volonté pensante (1). Elle doit dicter les lois impératives et objectives de la liberté, c'est-à-dire elle doit prescrire ce qu'il faut faire. Le droit de considérer ici la pensée comme une activité qui détermine objectivement (c'est-à-dire en réalité comme une raison), Kant le fonde sur ce que la liberté pratique peut être démontrée par l'expérience, c'est-à-dire peut se constater dans la vie phénoménale de la conscience. Contre cette expérience vient se ranger tout ce que le Déterminisme a lui aussi tiré de l'expérience, et surtout l'induction sceptique, celle de Hume y comprise, fondée sur la diversité infinie de ce que les hommes considèrent comme droit et comme devoir, c'est-à-dire des lois qui doivent être les lois objectives de la liberté.