‹ Logique de HâegelChapitre 65 sur 134 · LIV · texte numérisé non relu

LIV

Ici aussi ce que la pensée pratique se pose à elle-même comme loi, comme critérium de sa propre détermination, c'est cette même identité abstraite de l'entendement suivant laquelle il ne doit pas y avoir de contradiction dans la détermination (2). Ainsi la raison pratique ne s'élève pas elle aussi au-dessus de ce formalisme qui devait cependant s'arrêter aux limites de la raison théorétique. Mais la raison pratique pose la détermination universelle, le bien, et elle le pose non-seulement comme bien en soi, mais

(1) Denkende Wille. L'expression volonté pensante est plus exacte que volonté réfléchie, car elle montre combien la pensée proprement dite entre profondément dans cette volonté qui veut l'universel. Voyez sur ce point Philosophie de V Esprit,

(2) In dem Bestimmen : dans le déterminer ■;

comme bien qui existe dans le monde, comme bien qui a une existence objective extérieure (1), car c'est là ce qu'elle exige comme raison pratique proprement dite, et elle n'est telle qu'à cette condition. Cela revient à dire que la pensée n'a pas seulement une valeur subjective, mais une valeur objective aussi. Nous examinerons plus loin ce postulat de la raison pratique.

Zusatz. Ce que Kant refuse à la raison théorétique, la libre détermination d'elle-même (2), il le revendique expressément pour la raison pratique. C'est surtout par ce côté que la philosophie de Kant a éveillé, et avec raison, un vif intérêt. Pour apprécier le service que Kant a rendu sous ce rapport, il faut se rappeler quelle était la philosophie morale qui dominait à cette époque. C'était Yeudémonisme que Kant trouva devant lui, doctrine qui, à la question sur la destinée de l'homme, répondait que la fin de la vie humaine est la félicité, et que c'est là ce que l'homme doit rechercher. Comme par félicité on entend la satisfaction de ses inclinations, de ses désirs, de ses besoins, etc., c'est le contingent et le particulier que l'eudémonisme avait érigé en principe de la volonté et de son activité. Kant vint opposer à cette doctrine qui n'a pas de point ûxe, et qui ouvre la grande voie à l'arbitraire et au caprice, la raison pratique, et il proclama la nécessité rationnelle d'une détermination de la volonté universelle et obligatoire pour tous. Ainsi, comme nous l'avons fait observer dans les deuxpara-

(1) Àusserliche Objectivitiit : Objectivité extérieure.

(2) Die freie Selbstbestimmung. Eu effet, par là que, suivant Kant, la raison reçoit son objet, son contenu du dehors, elle ne se détermine pas librement elle-même.

graphes précédents, pendant qu'il ne veut voir dans la raison théorétiqoe que la faculté purement négative de l'infini qui, destituée de tout contenu positif propre, doit se renfermer dans les limites de la connaissance expérimentale, il reconnaît, au contraire, d'une façon expresse l'infinité positive de la raison pratique, et cela en attribuant à la volonté la faculté de se déterminer elle-même comme volonté universelle, c'est-à-dire pensante. Maintenant la volonté possède bien cette faculté, et il est de la plus haute importance de savoir que l'homme n'est libre qu'autant qu'il la possède, et que c'est elle qu'il emploie dans ses actions, mais en reconnaissant ce principe on ne répond point à la question touchant le contenu de la volonté, ou de la raison pratique. Lorsqu'on dit que l'homme doit faire du bien le contenu de sa volonté, on ne résout pas la- question du contenu, c'est-à-dire de sa déterminabilité, et le simple principe de l'accord de la volonté avec elle-même, comme aussi la prescription de faire le devoir pour le devoir luimême n'avancent pas d'un pas la solution de la question,

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