‹ Logique de HâegelChapitre 74 sur 134 · LXIII · texte numérisé non relu

LXIII

Cependant Jaeobi enseigne en même temps que la vérité est faite pour l'esprit, comme aussi que c'est par la raison que l'homme est ce qu'il est, et que la raison est la connaissance de Dieu. Mais comme la connaissance médiate est renfermée dans un objet fini, la raison est la connaissance immédiate, la croyance (1).

REMARQUE

Savoir, croyance, pensée, intuition, sont des catégories qu'on voit paraître à ce point de vue, et qui par là qu'on les présuppose comme connues on ne les emploie que trop souvent d'après des représentations et des distinctions purement psychologiques, tandis que l'on néglige le seul point essentiel, la recherche de leur nature et de leur notion. C'est ainsi qu'on oppose très-fréquemment le savoir à la croyance, tandis qu'on reconnaît en même temps la croyance comme un savoir immédiat, et partant comme un savoir. On trouve aussi comme un fait empirique que ce qu'on croit est dans la conscience, et qu'ainsi on en a une connaissance, ou bien que ce qu'on croit est dans la conscience comme quelque chose qu'on affirme, et que par conséquent on connaît aussi. — C'est de la même façon qu'à la connaissance immédiate et à la croyance, et plus particulièrement à l'intuition, on oppose la pensée. Mais si l'on détermine l'intuition comme une intuition intellectuelle, l'intuition ne sera autre chose qu'une intuition de la pen-

(1) Voyez aussi sur la connaissance immédiate : Hegel, Philosophie de la religion, yoU II, p. 156 et suiv.

sée (1), à moins qu'ici où son objet est Dieu, on n'entende par intuition intellectuelle des représentations de l'imagination, des images. Il arrive que dans le langage de cette philosophie le mot croyance est appliqué aux objets ordinaires de la perception sensible. «Nous croyons, dit Jacobi, que nous avons un corps, nous croyons en l'existence des choses sensibles. » Mais lorsqu'il est question du vrai et de l'éternel, et si Dieu nous est révélé par une connaissance, une intuition immédiate, il n'y a là nullement des choses sensibles, mais un objet universel, et qui ne peut être qu'un objet de l'esprit pensant. Même lorsqu'on parle de l'individualité en tant que moi, en tant que personnalité, si l'on n'entend pas parler d'un moi empirique, d'une personnalité particulière, et surtout si l'on a devant la conscience la personnalité de Dieu, c'est d'une personnalité pure, c'est-à-dire générale qu'il est question, et une telle personnalité est une pensée, et n'est que du ressort de la pensée. — En outre, l'intuition pure ne diffère pas de la pensée pure. L'intuition, la croyance expriment d'abord ces représentations déterminées que la conscience ordinaire attache à ces mots. Sous ce rapport elles diffèrent, il est vrai, de la pensée, et cette différence chacun l'entend. Mais ici on doit entendre ces mots dans un sens plus élevé ; on doit les entendre dans le sens de croyance en Dieu, d'intuition intellectuelle de Dieu, ce qui revient à dire qu'il faut y faire abstraction de ce qui fait la différence de l'intuition, de la croyance et de la pensée. Il ne s'agit point ici de savoir comment la croyance et l'intuition, lors*

(1) Denkendes Anschauen : intuition pensante

qu'elles sont transportées dans cette haute région, diffèrent encore delà pensée. L'on accorde à des distinctions subtiles une importance qu'elles n'ont pas, l'on rejette des déterminations pour en admettre d'autres, et puis il se trouve que celles qu'on rejette sont les mêmes que celles qu'on admet. — Cependant le mot croyance a l'avantage particulier de rappeler la croyance chrétienne, de paraître la contenir, et même de s'identifier avec elle. Cela donne à cette philosophie de la croyance un air de piété, et de piété chrétienne, ce dont elle profite pour prendre des allures dégagées, et pour donner plus d'autorité et plus de poids à ses opinions. Mais il ne faut pas se laisser prendre à l'apparence et à l'identité des mots, et perdre de vue les différences. La croyance chrétienne contient l'autorité de l'Église, tandis que la croyance dans le sens de cette doctrine est simplement l'autorité des manifestations subjectives de la conscience. Ensuite la croyance chrétienne a un contenu objectif, et un riche contenu, un système d'enseignement et de connaissances, tandis que la doctrine de cette philosophie est si indéterminée qu'elle pourra tout aussi bien s'accorder avec le christianisme, qu'admettre que le Dalaïlama, ou le taureau, ou le singe, etc., est Dieu, et qu'en elle-même (1) elle se renferme dans la notion de Dieu en général, de Dieu conçu comme la plus haute essence. La croyance elle-même n'est dans le sens de cette prétendue philosophie qu'une abstraction vide

(1) Fur ' sich : c'est-à-dire que cette doctrine est si indéterminée que celui qui l'examine pourra montrer que toutes les religions sont également rationnelles pour elle, mais qu'en elle-même, c'est-à-dire ici explicitement, elle conçoit Dieu comme la plus haute essence, ce qui est aussi une conception abstraite et indéterminée de Dieu.

TROISIÈME RAPPORT DE LA PENSÉE AVEC L'OBJET. 3ft7

du savoir immédiat, qu'une détermination formelle qu'il ne faut point confondre avec la richesse spirituelle de la croyance chrétienne, soit pour ce qui concerne son enseignement, soit pour ce qui concerne la disposition du cœur du croyant, et l'Esprit saint qui l'anime.

L'inspiration, les révélations du cœur, les notions que la nature a mises dans l'esprit de tous les hommes, ce qu'on a aussi appelé entendement sain, sens commun, common sensé, c'est là ce qu'on appelle ici croyance et science immédiate. Toutes ces formes érigent en principe la forme immédiate qui accompagne un contenu dans la conscience, et suivant laquelle il y est comme fait.

Page 1