LXVII
Pour ce qui concerne la connaissance immédiate de Dieu, du droit, de la loi morale (et ici viennent aussi se placer les autres déterminations, telles que l'instinct, les idées innées, le sens commun, la raison naturelle, etc.), sous quelque forme qu'on se représente l'origine de cette connaissance, c'est un fait attesté par l'expérience universelle que ce qu'elle contient ne saurait arriver à la conscience que par l'intermédiaire de l'éducation, d'un développement. La réminiscence platonicienne suppose aussi celte condition, et le baptême, bien qu'il soit un sacrement, contient lui aussi l'obligation d'une éducation chrétienne. Nous voulons dire que la religion et la moralité, autant qu'elles sont une croyance, un savoir immédiat, entraînent essentiellement avec elles une médiation, qu'on appelle développement, éducation, formation.
REMARQUE
Dans la doctrine des idées innées et dans les objections qu'on dirige contre elle, on voit généralement se produire une opposition de déterminations exclusives semblables à celle qu'on considère ici, savoir, l'opposition de ce qu'on
peut appeler union essentielle immédiate de certaines déterminations générales avec l'âme, et d'une autre union qui a lieu d'une façon extérieure et par l'intermédiaire d'objets et de représentations adventices. On fait à la doctrine des idées cette objection fondée sur l'expérience, que. si tous les hommes possèdent ces idées, par exemple, le principe de contradiction, dans leur conscience, ils devraient les connaître, car ce principe et d'autres semblables doivent être rangés parmi les idées. On peut attribuer cette objection à un malentendu, en ce qu'en disant que les idées sont innées, on ne veut pas dire qu'elles sont dès l'origine sous forme d'idées, de représentations dans la conscience. Mais cette objection s'applique très-bien à la science immédiate, qui enseigne expressément qu'il suffit «pie ces déterminations (1) soient dans la conscience pour qu'elles soient (2). — La doctrine de la science immédiate admettra peut-être, et surtout pour la croyance religieuse, la nécessité d'un développement et d'une éducation chrétienne ou religieuse. Mais, en ce cas, ou elle n'a nullement le droit de ne pas admettre cette nécessité lorsqu'il s'agit de la croyance (3), ou elle ignore qu'en accordant la nécessité d'une éducation, elle reconnaît précisément la nécessité d'une médiation.
Zusatz. Lorsque Platon enseigne que nous nous souvenons des idées, il entend dire que les idées sont à l'état virtuel dans l'homme, et nullement, comme le préten-
(i) Les déterminations, les principes, les connaissances de la doctrine de la science immédiate,
(2) Pour qu'elles soient à l'état de connaissance.
(3) De la croyance en général, et partant aussi de la croyance en question. VÉRA. — Logique de Hegel. I. — 23
daient les sophistes, qu'elles viennent s'ajouter à l'homme comme un élément étranger du dehors. Cependant cette conception de la connaissance comme souvenir n'exclut pas le développement de ce qui est à l'état virtuel dans l'homme, et ce développement n'est rien autre chose qu'une médiation. 11 en est de même des idées innées de Descartes et des philosophes écossais. C'est comme n'existant d'abord dans l'homme qu'en soi et à l'état de disposition naturelle qu'on doit les considérer.
§ LXYIÏI.
Dans les faits d'expérience que nous venons d'indiquer, nous nous sommes adressé à ces faits qui se lient à la science immédiate. Lors même qu'on ne considérerait cette liaison que comme un rapport extérieur et empirique, ce serait là cependant pour la recherche empirique ellemême (1) un rapport essentiel et indivisible, puisqu'il est constant. Mais si l'on considère en elle-même suivant l'expérience (2) cette science immédiate, en tant qu'elle est la connaissance de Dieu et de la nature divine, on se représentera en général cette connaissance comme une élévation de l'esprit au-dessus des choses sensibles et finies, des désirs et des penchants immédiats du cœur, élévation qui s'arrête bien à la croyance en Dieu et en la nature divine,
(1) Filr die empvisclie Betrachtung selbst : c'est-à-dire que si on prend cette liaison, ce rapport, empiriquement, comme un fait, et si ou l'étudié comme tel, ou du point de vue et dans les limites de l'expérience, ce rapport sera nécessaire, etc.
(2) C'esl-à-dire, si on ne la considère pas dans son rapport avec des faits d'expérience, comme dans le cas précédent, mais si on la considère ellemême comme un fait d'expérience.
TROISIÈME RAPPORT DE LA PENSÉE AVEC L'OBJET. o55
de telle façon que cette croyance devient une connaissance et une certitude immédiate, mais qui n'en a pas moins pour présupposition et pour condition ce mouvement de médiation (1).
Nous avons déjà remarqué (§ L) que les preuves de l'existence de Dieu qui partent du fini expriment cette élévation, et qu'elles ne sont pas des moyens artificiels de la réflexion, mais des médiations propres et nécessaires de l'esprit, bien que ces médiations ne se trouvent pas d'une façon exacte et complète dans la forme ordinaire de ces preuves.