‹ Logique de HâegelChapitre 84 sur 134 · LXXVI · texte numérisé non relu

LXXVI

Si l'on considère, por rapport au point de départ, cette métaphysique que nous avons plus haut appelée spontanée (1) et qu'on la compare avec la science immédiate, on verra que celle-ci est revenue au point de départ que, dans les temps modernes, cette métaphysique a pris dans la philosophie-cartésienne. Dans les deux doctrines on enseigne :

1° L'indivisibilité simple de la pensée et de l'être du sujet pensant : dire cogito ergo sum et dire que l'être, la réalité, l'existence du moi me sont immédiatement révélés dans la conscience, c'est dire une seule et même chose. Il faut noter que Descartes déclare formellement (Princip. phil. I, 9) que par pensée il entend la conscience comme telle en général, et que l'indivisibilité en question est la connaissance première (c'est-à-dire immédiate, non démontrée) et la plus certaine.

2° L'indivisibilité de la pensée de Dieu et de son exis-

(1) Die oben sogennanle unbefangene Metaphysik. Voy. § 60. Dans ce § il est question de l'empirisme unbefangene, spontané, irréfléchi, inconséquent, qui a cependant une métaphysique. La science immédiate est, elle aussi, une sorte de métaphysique empirique en ce qu'elle considère et prend son objet, son contenu, tel qu'il lui est donné immédiatement, c'est-à-dire, empiriquement dans la conscience. C'est en ce sens que cette métaphysique est le principe de la connaissance immédiate.

tence, de telle sorte que l'existence est contenue dans la pensée même de Dieu, que celle-ci ne saurait être sans celle-là, et que par suite l'existence de Dieu est une existence nécessaire et éternelle (1) .

3° De même, pour les choses extérieures, dire qu'on a une conscience immédiate de leur existence, revient à dire qu'on en a une conscience sensible. Mais c'est là la plus infime des connaissances (2). Ce qu'il importe de savoir, c'est que celte connaissance immédiate de l'être des choses

(1) Descartes, Princ. phil, I, 15 : Magis hoc [Ens summe perfectum) exislere credet, si attendat, nullius alterius rei ideam apud se inveniri, in qua eodem modo necessariam exislenliam conlineri animadvertat ; — intelliget, illam ideam exhilere veram etimmutabilem naturam, quœque non potest non exislere, cum necessaria existentiain eo contineatur. — Les développements qu'il y ajoute, et auxquels il a donné la forme d'une preuve ne changent pas la valeur de cette proposition fondamentale. — Spinoza pose également en principe que l'essence, c'est-à-dire la pensée abstraite de Dieu contient l'existence. Il déGuit d'abord Dieu causa sut, parce qu'il est un être cujus essenlia involvit cxistenliam ; sive id cujus natura non polest concipi nisi existens. Définition qui repose sur le principe de l'indivisibilité de la notion et de l'être. Mais quelle est la notion dont la nature spéciale consiste à ne pas pouvoir être séparée de l'existence ? Ce n'est pas la notion des choses finies, car le caractère distinctif des existences finies c'est la contingence. Que chez Spinoza la 11e proposition : Dieu existe nécessairement, et la 20e : L'existence et Vessence sont en Dieu une seule et même chose, soient accompagnées d'une preuve, ce n'est là qu'un procédé formel et superflu de celui qui démontre. Cette démonstration : Dieu est la substance et la seule substance ; mais la substance est causa sui, donc Dieu existe nécessairement, équivaut à la proposition: Dieu eslVètre dont la notion est inséparable de son existence. (Note de l'auteur.)

(2) On pourrait croire à première vue que, sous ce rapport, la science immédiate diffère de la doctrine cartésienne qui attaque la connaissance sensible. Mais le doute cartésien qui s'étend aussi à cette connaissance n'est qu'un doute provisoire, et au fond la connaissance des choses extérieures est aussi chez Descartes une connaissance immédiate et empirique, bien que, comme on sait, il y fasse intervenir la véracité divine, qui, outre qu'elle n'est ici qu'un élément arbitraire et étranger, n'est prise, elle aussi, que d'une façon immédiate et empirique.

TROISIÈME RAPPORT DE LA PENSÉE AVEC l'oRJET. o65

extérieures est une erreur et une illusion, que dans l'être sensible comme tel il n'y a point de vérité, que l'existence des choses extérieures est bien plutôt une existence contingente, passagère, une apparence, qu'en un mot ces choses sont ainsi constituées que leur existence peut être séparée de leur notion, de leur essence.

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