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Cet être pur est l'abstraction pure, et, par conséquent, la négation absolue (l)qui, prise elle aussi dans son moment immédiat, est le non-être (2).
REMARQUE
1° On tire de là la seconde définttion de l'absolu : l'absolu est le non-être. Au fond c'est ce que veulent dire ces propositions : la chose en soi est la chose indéterminée, entièrement dépourvue de forme et de contenu, ou bien : Dieu est la plus haute essence et il n'est que cela, car, en le représentant ainsi, on le représente précisément comme constituant cette négativité. Le néant, dont les
(1) Das Absolut-négative: l 'absolument négatif : c'est-à-dire qu'on n'a pas ici une négation concrète et déterminée, mais la négation la plus abstraite, la première négation, une négation qui n'est que la négation.
(2) Das Nichts : le néant, le non-être, le rien. Si l'on considère l'être comme tel, le pur être, on verra qu'il n'y a en lui que l'être. 11 semble qu'on puisse du moins dire de lui qu'ii est. Mais lors même qu'on se borne à dire de être qu'if est, on n'a plus le simple être, mais une affirmation qui est autre chose que l'être et qui est introduite dans l'être par une réflexion extérieure à l'être. L'être n'est donc que l'être, et si l'être est une pensée, dans cette pensée il n'y a que l'être. Mais l'être qui n'est que' l'être est l'être absolument indéterminé, et autant qu'il est permis de faire intervenir ici la possibilité et la chose, on pourrait dire qu'il est la possibilité absolue de toutes choses, mais qu'il n'est aucune chose, qu'il n'est rien, et que, par suite, il est le rien, le non-être. Dire que l'être n'est rien, et dire qu'il est le rien, paraîtront deux choses différentes. Mais ici il s'agit du rien absolument abstrait, ou, si l'on veut, du rien absolu, de sorte que dire l'être n'est rien, revient à dire Vêtre est rien, ou le rien. On pourra aussi considérer le rien, cette négation première et absolument abstraite comme venant s'ajouter à l'être, du dehors. Mais le rien n'est le rien que de l'être; il est le non-être. C'est l'être qui se nie lui-même. Et c'est pour cette raison que le non-être est la négation, ou la détermination la plus indéterminée, aussi indéterminée que l'être.
Bouddhistes font le principe et la fin dernière des choses, exprime la même abstraction. 2° Lorsqu'on énonce l'opposition sous cette forme immédiate comme opposition de l'être et du non-être, elle paraît si extraordinaire qu'on ne veut point l'admettre et qu'on s'étonne qu'on ne cherche pas plutôt à fixer l'être et à empêcher son passage dans son contraire. D'après cette façon de considérer la chose, la réflexion devrait s'appliquer à découvrir pour l'être une détermination fixe qui le distinguerait du non-être. C'est ainsi qu'on prend la matière, par exemple, et qu'on la considère comme le principe qui persiste sous tous les changements, et qui est infiniment déterminable, ou bien qu'on prend, même d'une façon irréfléchie (1), une existence individuelle quelconque, sensible ou spirituelle. Mais toutes ces déterminations ultérieures et plus concrètes n'affectent en rien l'être tel qu'il est immédiatement au début, et elles le laissent ce qu'il est ici, c'est-à-dire l'être pur. C'est dans cette indéterminabilité, et par suite de cette indéterminabilité pure qu'il est le non-être, — ce qu'on ne peut nommer (w2); sa différence avec le non-être est une simple opinion (3). — Le point essentiel qu'il faut bien saisir touchant ce commencement c'est précisément que ce qui fait le commence-
(1) Auchohne Nachdenken. Ainsi pour fixer l'être et le séparer absolument du non-être, ou l'on se représente, en s'aidant de la réflexion, la matière comme un principe qui persiste, c'est-à-dire qui est le même sous tous les changements, considérant ainsi les changements, c'est-à-dire le non-être, comme extérieurs et accidentels à la matière • ou bien sans même s'aider de la réflexion, on prend, si l'on peut ainsi dire, la première chose venue et l'on dit cette chose est, donc le non -être n'a rien à y voir.
(2) Ein Unsagbares : une chose qu'on ne peut nommer, l'innomable, l'ineffable. Voyez ci-dessous § suivant.
(3) Eine blosse Meinung. Voyez ci-dessous § suivant.
DOCTRINE DE l'ÈTKE. — QUALITÉ. 401
ment ce sont ces abstractions vides, et que l'une d'elles est aussi vide que l'autre. Le besoin de trouver dans l'une d'elles ou dans toutes deux une signification déterminée est celte nécessité même qui amène leur détermination ultérieure et qui leur donne une signification véritable, c'est-à-dire concrète. C'est ce développement ultérieur et l'exposition des différents moments de ce développement qui constituent la logique. La réflexion qui découvre des déterminations plus profondes dans l'être et le non-être (1) est la pensée logique par laquelle ces déterminations sont engendrées non d'une façon contingente, mais nécessaire.— Par conséquent, les diverses significations que reçoivent nécessairement l'être et non-être doivent être considérées comme autant de déterminations plus exactes et des définitions plus vraies de l'absolu. Ces définitions ne sont pas des abstractions vides comme l'être et le non-être, mais des définitions concrètes où l'être et le non-être ne sont que des moments. — La plus haute forme du nonêtre pour soi (2) serait la liberté ; mais la liberté est la négation qui s'est élevée à son plus haut degré d'intensité, et qui est aussi une affirmation, et l'absolue affirmation.
Znsatz. L'être et le non-être doivent seulement, d'abord, être différenciés, ce qui veut dire que leur diffé-
(1) Le texte dit .' pour l'être et le non-être ; ce qui marque que ces déterminations plus profondes ne sont pas des détermiuations extérieures à rêtre et au non-être,, mais des développements de l'être et du non-être euxmêmes.
(2) C'est-à-dire du non-être qui n'est plus le simple non-être, mais qui est pour soi, ou l'esprit. Voyez sur ce point, c'est-à-dire sur la liberté comme négativité absolue, Philosophie de l'Esprit, et nos deux introductions à cette philosophie.
VÉRA.— Logique de Hegel. i. — 26
rence n'est d'abord qu'en soi, qu'elle n'est pas encore posée. Lorsqu'on parle en général d'une différence on a deux termes, chacun desquels possède une détermination qui ne se montre pas dans l'autre. Mais ici on a l'être qui est l'indétermination absolue , laquelle indétermination est aussi le non-être. Par conséquent, la différence de ces deux termes n'est qu'une opinion (1), une différence purement abstraite, et qui n'en est pas une. Dans tout autre différence nous avons en même temps un terme commun qui enveloppe les termes différenciés. Parlons-nous, par exemple, de deux espèces différentes ? Le genre est leur élément commun. Nous disons de la même manière : il y a une essence de la nature et une essence de Fesprit. Ici l'essence est un élément qui appartient à toutes les deux. Dans Têtre et le non-être, au contraire, la différence n'a point de fondement, et c'est précisément pour cette raison qu'il n'y a point de différence ; car il y a dans les deux déterminations la même absence de fondement (2). L'on dira peut-être que l'être et le non-être sont bien deux pensées, et qu'ainsi la pensée leur est commune à tous deux. On ne voit pas que l'être n'est pas une pensée particulière , déterminée , mais bien plutôt la pensée qui est encore absolument indéterminée, et qu'on ne doit pas précisément pour cette raison distinguer du non-être. — On se représente aussi l'être comme l'exi-
(1) Gemeinter Unterschied : différence opinée. Voyez § suivant.
(2) Sind Dieselbe Bodenlosigkeït : littéralement : sont la même absence, le même mangue de fondement. Hegel veut dire que par cela même qu'on a deux indéterminations absolues, on n'a pas ici un fondement (Boden), une raison, un troisième terme, au moyen duquel on puisse les déterminer ou les différencier d'une façon déterminée. Voyez § suivant.
stence la plus remplie, et le non-être au contraire comme l'existence la plus vide. Mais si, en considérant l'univers, nous disons de lui que toutes choses sont, et rien de plus, nous supprimons toute détermination, et au lieu de la plénitude absolue, nous avons l'inanité absolue. Ceci s'applique aussi à la définition de Dieu considéré comme simple être, à laquelle les Bouddhistes opposent avec une égale raison l'autre définition : Dieu est le néant : d'où ils tirent la conséquence que l'homme devient Dieu en s'anéantissant lui-même.