LXXXVIII
Le non-être, en tant qu'il est ce moment immédiat, égal à soi-même, est de son côté la même chose que l'être. Par conséquent, la vérité de l'être, ainsi que du non-être, est dans leur unité. Cette unité est le devenir (1).
1). La proposition : l'être et le non-être ne font qu'un (2), est pour la représentation et l'entendement une proposition si paradoxale qu'ils ne croient pas probablement qu'on la prenne au sérieux. Il faut dire en effet que c'est là la tâche la plus difficile que s'impose la pensée, par la raison que l'être et le non-être constituent l'opposition dans sa forme absolument immédiate, ce qui fait croire qu'il n'y
(1) Si l'on met sous forme de proposition le rapport de l'être et du nonêtre, ou aura les propositions : Vêlre est le non-être : et la réciproque : le nonêtre est l'être. Mais la proposition est une forme qui n'est pas adéquate à la vérité. Par conséquent, ce qu'il y a au fond de ce rapport c'est que l'être passe dans le non-être, et le non-être dans l'être. Or, ce mouvement, ce passage réciproque de l'être dans le non-être, et du non-être dans l'être est le devenir. Le devenir est, par conséquent, l'unité de l'être et du non-être, et partant leur vérité.
(2) Seyn und Nichts ist Dasselbe.
[\Oll LOGIQUE. PREMIÈRE PARTIE.
a pas dans l'un d'eux une détermination qui contienne son rapport avec l'autre. Ils contiennent cependant cette détermination, ainsi que nous l'avons montré dans le paragraphe précédent, et une détermination qui est précisément la même dans tous les deux. La déduction de leur unité est en ce sens (1) une déduction analytique, et, en général, la marche de la pensée philosophique, en tant que pensée méthodique, c'est-à-dire nécessaire, ne consiste qu'à poser ce qui est déjà contenu dans une notion. — Mais s'il est vrai de dire que l'être et le nonêtre ne font qu'un, il est tout aussi vrai de dire qu'ils diffèrent, et que l'un n'est pas ce qu'est l'autre. Seulement, comme ici la différence n'est pas encore une différence déterminée, car l'être et le non-être constituent le moment immédiat (2), telle qu'elle est en eux, elle ne saurait être nommée, elle n'est qu'une pure opinion (3).
(1) Insofern : autant que cela est vrai, en un certain sens. C'est qu'en effet, la méthode spéculative est, comme on le verra plus loin (§ 223 et suivant), supérieure à la méthode analytique et à la méthode synthétique, et que l'analyse et la synthèse n'en sont que deux moments.
(2) Sind noch das Unmittelbare : sont encore l'immédiat.
(3) Das Unsagbare, ein blosse Meinung : expressions que nous avons déjà rencontrées dans le paragraphe précédent, et qui ont ici la même signification. Bodenlosigkeit, autre expression que nous avons rencontrée aussi dans le même chapitre, a la même signification. C'est J'indétermination que Hegel veut désigner par elles. La pure opinion, l'opinion absolue est l'indétermination absolue. Elle ne sait pas nommer, déterminer les choses. Or ici l'on est dans la sphère la plus indéterminée. L'on ne saurait donc pas démontrer d'une façon déterminée la différence de l'être et du non-être, et cela précisément parce que l'être et le non-être sont les deux indéterminations absolues. Ce qui ne veut pas dire qu'on ne peut entendre leur différence, mais seulement que cette différence est en quelque sorte ce qu'est l'opinion dans une autre sphère, dans la sphère de l'esprit. Lorsqu'on montre d'une façon déterminée comment une chose diffère d'une autre, on peut indiquer, d'une part, leur élément commun, et, d'autre part, leur différence. Par exemple, on
2). Ce n'est pas foire preuve de beaucoup d'esprit que de tourner en ridicule la proposition : l'être et le non-être sont une seule et même chose, en alléguant des conséquences absurdes qu'on dérive arbitrairement de cette proposition. Si l'être, dit-on, et le non-être sont identiques, ma maison, mon bien, respirer l'air, cette ville, le soleil, le droit, l'esprit, Dieu, sont et ne sont pas, et il m'est indifférent qu'ils soient ou qu'ils ne soient pas. Mais, d'abord, dans ces exemples on commence par substituer à l'être et au non -être purs et abstraits des fins pariculières et des choses qui ont une utilité pour moi, et l'on se demande ensuite s'il m'est indifférent que telle chose qui m'est utile soit ou ne soit pas. Dans le fait, la philosophie est précisément cette science qui doit affranchir l'homme d'un nombre infini de fins et de vues particulières, et le placer dans un état d'indifférence telle que ce soit une seule et même chose pour lui que ces fins et ces vues soient ou ne soient pas. Mais, en général, lorsqu'il est question d'un contenu, on lie ce contenu à d'autres existences, à d'autres fins, etc.,
détermine la différence de deux espèces en les rapportant d'abord à leur genre commun. Il faut même dire, en y regardant de plus près, que les deux espèces ne sont que le genre qui, en se développant, se détermine en elles. Mais ici on n'a que l'être et le non-être qu'on ne peut comparer qu'entre eux, puisque tout autre terme qu'on ferait intervenir serait uu terme plus concret qu'eux et qui les supposerait. Or, l'être et le non-être étant tous deux absolument indéterminés, on peut dire, à cet égard, qu'ils sont tout aussi bien identiques que différents. Leur différence n'est, par conséquent, qu'une simple opinion, en ce sens qu'elle ne peut pas être démontrée à laide d'une médiation, d'un moyen terme, ainsi que cela a lieu pour les déterminations ultérieures, mais seulement constatée, et constatée en pensant l'indétermination absolue de l'être qui appelle nécessairement le nonêtre. C'est en ce sens aussi qu'il est dit plus haut (§ précédent) que leur différence n'a pas de fondement. Le fondement est la raison., le moyen terme qui démontrerait cette différence.
qu'on présuppose comme ayant une réalité et une importance ; et c'est de cette présupposition qu'on fait dépendre la question de savoir si l'être et le non-être d'un contenu déterminé est ou n'est pas la même chose. On substitue ainsi une différence concrète à la ditférence abstraite de l'être et du non-être. Mais il y a, en outre, des tins essentielles, des existences et des idées absolues que l'on range simplement sous la catégorie de l'être et du non-être. Cependant ces objets concrets sont tout à fait autre chose que des abstractions telles que l'être et le non-être, qui, précisément parce qu'elles sont les déterminations du commencement, sont les plus vides, et qui, par suite, sont inadéquates à la nature de ces objets. Le contenu concret est bien au-dessus de ces abstractions et de leur opposition. Lorsqu'on substitue à l'être et au non-être un contenu concret, on tombe dans cette erreur habituelle de la pensée irréfléchie qui consiste à se représenter autre chose que ce dont on parle, et d'en parler comme si c'était la chose dont on parle. Ici il est simplement question de l'être et du nonêtre abstraits.
3). Il est aisé de dire qu'on n'entend pas (1) l'unité de l'être et du non-être. Mais nous avons exposé dans les §§ qui précèdent la notion de cette unité, et cette unité n'est rien autre chose que cette notion. L'entendre n'est rien autre chose qu'entendre cette dernière. Mais par entendre on entend quelque chose de plus que saisir la notion proprement dite. Ce que l'on veut c'est une conscience plus variée et plus riche, une représentation, de façon
(1) Nicht begreife, qu'on ne sait pas la notion de l'unité, etc.
à avoir prête une telle notion (1) comme un cas concret auquel la pensée puisse plus complètement se lier dans ses opérations ordinaires. Si l'impuissance de saisir la notion vient de ce qu'on n'a pas l'habitude de se mouvoir dans la pensée abstraite, dans la pensée pure de tout mélange sensible, et de saisir les propositions spéculatives, tout ce qu'on pourra dire à cet égard c'est que la connaissance philosophique est tout à fait différente de la façon de connaître à laquelle on est habitué dans la vie ordinaire, comme elle diffère aussi de celle qui domine dans les autres sciences. Que si par ne pas saisir la notion (2), on entend simplement qu'on ne peut se représenter l'unité de l'être et du non-être, il faudra dire que cela est si peu exact que chacun peut au contraire avoir un nombre infini de ces représentations. Et si l'on n'a pas une telle représentation (3), c'est qu'on ne sait pas retrouver la notion qui est devant soi dans une de ces représentations, et y voir un exemple de cette unité. L'exemple de cette unité qui se présente le premier est le devenir. Chacun a une représentation du devenir, et l'on accordera que c'est une seule et même représentation ; on accordera en outre qu'en l'analysant on y trouve la détermination de l'être, mais qu'on y trouve aussi celle de son contraire, le non-être; on accordera enfin que ces deux déterminations sont réunies dans une seule et même représentation, de telle sorte que le devenir est l'unité de l'être et du non-être. L'autre exem-
(1) Une telle notion qui n'est pas la notion véritable, mais une représentation, et ce cas concret sur lequel la pensée ordinaire croit devoir s'appuyer.
(2) Nicht Begreifen : ne pas entendre par et dans la notion.
(3) De l'unité de l'être et du non-être.
pie qui se rapproche du devenir est le commencement. La chose n'est pas encore dans son commencement ; cependant celui-ci n'est pas non plus le simple rien de la chose, mais il contient aussi son être. Le commencement est lui aussi un devenir, mais un devenir où se trouve déjà exprimé un rapport avec le développement ultérieur. — Pour s'accommoder à la marche ordinaire des sciences, la logique pourrait débuter par la représentation de la pensée pure du commencement, et, partant, du commencement comme commencement. En l'analysant on se laisserait peut-être persuader plus facilement que l'être et le non-être se trouvent indivisiblement unis dans un seul et même terme.
û). Mais il faut aussi remarquer qu'on a raison d'être choqué des expressions telles que : l'être et le non-être sont une seule et même chose ; ou bien : F unité de l'être et du non-être, ainsi que d'autres unités semblables, l'unité du sujet et de l'objet, etc. Ce qu'il y a d'inexact et d'équivoque dans ces expressions vient de ce que l'on y met en relief l'unité, et que quant à la différence elle y est bien, puisqu'on y a bien, par exemple, l'être et le non-être dont on pose l'unité, mais cette différence n'y est pas en même temps énoncée et constatée, et il semble qu'on y fasse abstraction d'elle, et qu'elle n'y soit pas pensée. Le fait est qu'une détermination spéculative ne saurait être exactement exprimée sous forme de proposition. Dans ces déterminations il faut saisir dans l'unité la différence qui y est posée et contenue. Le devenir est la vraie expression du résultat de l'être et du non-être, en tant qu'il est leur unité ; et il n'est pas seulement leur unité, mais l'unité qui est essentiellement
mouvement (1), c'est-à-dire l'unité qui ne constitue pas un rapport purement immobile avec elle-même, mais qui, par suite de la différence de l'être et du non-être qui est en elle, se nie elle-même au dedans d'elle-même (2). — Par contre, Yexistence (3) est cette unité (4) ou le devenir sous cette forme d'unité. C'est ce qui fait que l'existence est exclusive et finie. L'opposition y est comme si elle avait disparu. Elle n'est contenue que virtuellement dans l'unité, mais elle n'y est pas posée (5).
5). En regard de la proposition : l'être passe dans le non-être, et le non-être dans l'être, proposition qui exprime le devenir, on a la proposition : rien ne peut venir de rien, quelque chose ne peut venir que de quelque chose, proposition qui exprime l'éternité de la matière, et qui est le fondement du panthéisme. Les anciens ont fait cette réflexion bien simple, que cette dernière proposition supprime le devenir. En effet, si on l'admet, ce qui devient et ce dont il devient seront une seule et même chose. Cette proposition n'est fondée que sur l'identité abstraite de l'entendement. Et l'on doit s'étonner de la voir admise avec
(1) ht die Vnruhe in sien.
(2) In sich gegen sich selbst ist : est en lui-même, ou au dedans de luimême en conflit avec lui-même.
(3) Daseyn.
(4) C'est-à-dire l'unité où a cessé le mouvement et qui est un rapport avec soi sans mouvement (Beziehung-auf-sich bewegungslos.)
(5) Dans Yexistence le devenir est devenu, il est devenu autre chose que le simple devenir. L'existence contient le devenir, mais elle le contient comme un moment subordonné. L'opposition qui était dans le devenir a, par conséquent, disparu dans l'existence, et elle n'est dans l'existence qu'en soi, virtuellement. C'est ce qui fait l'exclusivité et la unité de l'existence. Et le développement de l'existence consiste à poser l'opposition, et à faire ainsi disparaître sa finité. Voyez § suivant. Rem.
une entière confiance de notre temps, sans se douter qu'elle est le fondement du panthéisme, et sans savoir que les anciens en ont définitivement déterminé le sens et la valeur.
Zusatz. Le devenir est la première pensée concrète, et partant la première notion, tandis que l'être et le néant sont des abstractions vides. Lorsqu'on parle de la notion de l'être, on veut dire que cette notion consiste dans le devenir, car en tant que être il est le non-être vide, de même que le non-être en tant que non-être est l'être vide (1). Ainsi nous avons dans l'être le non-être, et dans le nonêtre l'être. Or cet être qui demeure en lui-même dans le non-être est le devenir. On ne doit pas éliminer la différence dans l'unité du devenir, car sans la différence on reviendrait à l'être abstrait. Le devenir est la position de ce qu'est l'être dans sa vérité (2).
On entend souvent affirmer que l'être est opposé à la pensée. A cet égard, il faudrait d'abord demander : qu'estce qu'on entend par être ? Si nous prenons l'être tel que le détermine la réflexion, tout ce que nous pouvons dire de lui c'est qu'il est l'élément absolument identique et affirmatif (3). Si nous considérons maintenant la pensée, nous verrons qu'elle aussi est tout au moins absolument identique avec elle-même. Ainsi la même détermination appartient à l'être et à la pensée. Il ne faut pas cependant considérer cette identité de l'être et delà pensée comme une identité concrète, et par suite il ne faut pas dire : la pierre, en tant
(1) Et, par conséquent, l'être et le non-être pris séparément ne constituent pas la notion, mais des moments, des abstractions de la notion.
(2) Puisque l'être ainsi que le non-être sont faux hors de devenir.
(3) Das schlechtin Identische und Affirmative.
DOCTRINE DE L'ÊTRE. — QUALITÉ. fill
qu'elle est, est identique avec l'homme doué de pensée. Un moment concret est quelque chose qui diffère tout à fait de la détermination abstraite comme telle. Mais en parlant de l'être il ne saurait être question de rien de concret, car l'être est l'abstraction absolue. D'où l'on voit aussi comment la question touchant l'être de Dieu, qui est ce qu'il y a de plus concret, ne saurait offrir qu'un bien mince intérêt.
Par là que le devenir est le premier moment concret, il est aussija première détermiuation vraie de la pensée. Dans l'histoire de la philosophie c'est le système d'Heraclite qui correspond à ce degré de l'idée logique. En disant que tout s'écoule (navra, pu) Heraclite posa comme détermination fondamentale de tout ce qui existe le devenir, tandis que les Eléates, comme nous l'avons remarqué plus haut, avaient conçu l'être, l'être fixe et sans processus, comme constituant seul le vrai. Relativement au principe des Éléates, Heraclite ajoute que l'être n'est pas plus que le non-être (oi«5èv pàXkov rô ov xôv p? ovtoç sert), proposition où Ton énonce la négation de l'être abstrait et son identité dans le devenir avec le non-être qui ne saurait non plus demeurer dans son état d'abstraction. — Nous avons là aussi un exemple de la vraie réfutation d'un système philosophique par un autre système, réfutation qui consiste précisément à montrer comment le principe du système réfuté se trouve enveloppé dans sa dialectique, et comment on le fait, pour ainsi dire, descendre au rôle d'un moment idéal d'une forme plus haute et plus concrète de l'idée. — Mais il faut aussi dire que le devenir en et pour soi est lui-même une détermination très-pauvre, et qui doit
se développer pour se compléter et entrer plus profondément dans sa nature. Une telle détermination plus profonde du devenir nous l'avons, par exemple, dans la vie. La vie est un devenir, mais qui, elle aussi, n'en épuise pas ia notion. Nous trouvons le devenir sous une forme plus haute dans l'esprit. Car l'esprit est aussi un devenir, mais un devenir plus intense et plus riche que le simple devenir logique. Les moments dont l'esprit est l'unité ne sont pas les simples moments abstraits de l'être et du non-être, mais le système de l'idée logique et de la nature.
b. EXISTENCE.
§ LXXXÏX.
. Dans le devenir l'être, en tant qu'il ne fait qu'un avec le non-être, et le non-être, en tant qu'il ne fait qu'un avec Têtre, ne font que disparaître (1). Par la contradiction qu'il renferme le devenir va aboutir (2) à l'unité où Têtre et le non-être se trouvent absorbés. Son résultat est, par conséquent, F existence (3).
(1) Le texte a: sind nur verschwindende : littéralement : sont (l'être et le non-être), seulement disparaissants. C'est une expression qui indique le mouvement même qui se fait dans le devenir. Le devenir est ce processus où l'être et le non-être disparaissent ou, pour mieux dire, vont disparaissant.
(2) Zusammenfiillt : tombe, est lui-même absorbé avec l'être et le nonêtre dans cette unité où l'être et le non-être sont absorbés.
(3) Daseyn. Cette unité n'est pas Vêtre, mais l'existence — da-seyn^ l'être localisé, d'après l'étymologie du mot. Mais il faut faire ici abstraction de toute représentation de l'espace. C'est l'existence immédiate déterminée, ou, si l'on veut, la qualité déterminable. » Grande Logique, p. 113. — J'emploie le mot existence, parce que je n'en trouve pas d'autre qui puisse mieux rendre le Daseyn, Yêtre-là. Mais l'existence, die Existenz, est une catégorie ou un moment de l'idée plus concret que le Daseyn, comme on le verra
DOCTRINE DE l'ÊTRE. QUALITÉ. 413
REMARQUE
Nous rappellerons ici une fois pour toutes ce qui a été dit au § 85 et dans la remarque qui y est jointe, à savoir, que c'est au résultat qu'il faut avant tout s'attacher, et que c'est le résultat qu'il faut saisir dans sa vérité, car c'est le résultat qui seul peut fournir une base à la marche et au développement de la connaissance. Lorsqu'on rencontre dans un objet ou dans une notion une contradiction (et il n'y a pas d'être où l'on ne puisse et l'on ne doive pas montrer une contradiction, c'est-à-dire des déterminations opposées ; car là où il n'y a pas de contradiction il n'y a qu'une abstraction de l'entendement qui s'attache violemment à l'une des deux déterminations et s'efforce d'éloigner et de cacher l'autre qui est impliquée dans la première), lorsqu'on rencontre, disons-nous, une telle contradiction, on a l'habitude d'en conclure qu'elle n'est rien (1). C'est comme Zenon qui prit à démontrer que le mouvement n'est pas, parce qu'il y a en lui une contradiction ; ou comme ces anciens qui ne voulurent pas admettre la naissance et la mort deux espèces de devenir, par la raison que l'un, c'est-à-dire l'absolu, ne saurait ni naître ni passer. Cette dialectique s'arrête au côté négatif du résultat, et fait abstraction de ce qui s'y trouve aussi réellement, d'un résultat déterminé, et qui est ici un pur non -être, mais un non-
§ cxxui. 11 faut donc concevoir ici le Daseyn comme un moment où l'être et le non-ètre qui deviennent se déterminent, et se déterminent de la manière la plus abstraite et la plus indéterminée. Voilà pourquoi Hegel dit que le Dateyn est la qualité dcler minable.
(1) Also ist dieser Gegensalz Nichts : donc celte opposition n'est rien. C'est là, en effet, la conclusion de celui qui n'admet qu'un des côtés de l'opposition et qui nie l'autre.
être qui contient l'être, et réciproquement un être qui contient un non-être. — Ainsi : 1° l'existence est l'unité de l'être et du non-être où le moment immédiat de ces déterminations, et, par suite, dans leur rapport leur contradiction ont disparu, ~ une unité où ils ne sont plus que comme moments ; 2° comme il est la contradiction supprimée, le résultat est sous forme d'unité qui n'est en rapport qu'avec elle-même (1), ou, si l'on veut, il est lui-même comme être, mais comme être avec négation : il est le devenir posé sous forme d'un de ses moments, sous forme de l'être.
(Zusatz.) Notre représentation elle-même contient ceci, savoir, que lorsqu'il y a un devenir, quelque chose en sort, et que par suite le devenir a un résultat. Mais ici se présente la question : comment le devenir parvient-il à ne point rester un simple devenir, mais à avoir un résultat? La réponse à cette question découle du devenir lui-même tel que nous l'avons vu se produire. Le devenir contient, en effet, l'être et le non-être, et il les contient de telle façon que l'un se change en l'autre, et qu'ils se suppriment l'un l'autre. Le devenir se démontre ainsi lui-même comme un moment absolument sans repos, mais qui ne peut non plus se maintenir dans cette absence abstraite de repos (2) ; car par là que l'être et le non-être disparaissent dans le devenir, et que c'est là la notion du devenir, celui-ci est maintenant lui-même un moment qui disparait ; il est, pour ainsi dire, le feu qui s'éteint en lui-même en consumant
(1) In der Form einfacher Einheit mit sich : sous forme d'unité simple avec soi. C'est-à-dire, on a un nouvel état immédiat, une nouvelle immédiatité, ou, ce qui revient au même, on a de nouveau l'être, mais l'être avec négation.
(2) In dieser abslracten Rasllosigkeit,
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sa matière (1). Cependant le résultat de ce processus n'est point le non-être vide, mais l'être identique avec la négation, ce que nous appelons existence, et cela parce que le devenir y est devenu (2), ainsi que l'indique sa signification.