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La qualité, en tant que déterminabilité qui contient l'être (2) en face de la négation qu'elle contient aussi, mais qui se distingue d'elle, est la réalité (3). La négation qui n'est plus le non-être abstrait, mais qui est comme existence et comme quelque chose, n'est qu'une forme dans celui-ci (â) ; elle est comme autre quelque

(1) Parce que l'esprit se trouve dans un état d'abstraction, ou, ce qui revient au même, est comme concentré dans une de ses qualités.

(2) Seyende BestimmlheU : Determinabililé étante, déterminabilité de l'être, ou qui contient l'être comme un moment.

(3) Realitàt. La qualité est la déterminabilité de l'être, ou la déterminabilité qui contient l'être comme un moment subordonné. Or cette déterminabilité qui est, c'est-à-dire cette déterminabilité immédiate est une négation dans la qualité, mais c'est une négation qui n'est pas encore posée, qui n'est que virtuellement en elle, et qui, en ce sens, se distingue d'elle. Cettedéterminabilité immédiate, où la négation n'est pas encore posée ou, si l'on veut, où la négation ne s'est pas encore identifiée avec elle, est la réalité eu général, ou immédiate.

(4) C'est une façon d'exprimer le rapport de quelque chose et de l'autre quelque chose. De même que la forme est intimement unie au contenu et est

VÉRA, — Logique de Hegel. 1, — 21

chose (1). La qualité, pnr là que Vautre quelque chose est sa propre détermination, mais qui d'abord se distingue d'elle, est Y être-pour-autre chose (2), — c'est une extension de l'existence du quelque chose. L'être de la qualité comme telle est, à la différence de ce rapport avec autre chose, Y être-en-soi (3).

Zusatz. Ce qui est au fond de toute déterminabilité est la négation (omnis determinatio est negatio, comme dit Spinoza). L'opinion irréfléchie considère comme simplement positives les choses déterminées, et les maintient comme attachées à la forme de l'être. Mais on n'achève rien avec le simple être, car, ainsi qu'on l'a vu, l'être est le vide absolu et, en même temps, un moment qu'on ne saurait

la forme du contenu, de même ici on n'a plus le rapport abstrait de l'être et du non-être, mais le rapport du quelque chose et de l'autre quelque chose, rapport où Vautre quelque chose est comme la forme de quelque chose.

(1) Andersseyn : l'être autrement, ou quelque chose d'autre : expression plus indéterminée, et par cela même plus exacte.

(2) Seyn-fùr-anderes.

(3) Das An-sich-seyn. — Ainsi l'être qualifié ou Vexistence immédiate appelle l'être existant (Seyendes) ou le quelque chose (Etwas), et ce quelque chose peut être appelé la réalité (Realitdt). La réalité, qu'il faut distinguer de la Wirklichkeit, qui, comme on le verra § 1 42, forme un degré ultérieur et plus concret de la notiou, est ce moment où l'être et le non-être, étant devenus quelque chose, amènent le premier degré de l'existence concrète, car quelque chose qui devient est uoe réalité. Ainsi, par exemple, lorsqu'on parle de la réalité d'un projet, on n'entend dire ni que ce projet est réalisé, ni qu'il esta l'état abstrait, à l'état de simple être, si l'on peut ainsi s'exprimer, mais qu'il a commencé à prendre un corps, à devenir quelque chose, une réalitù. — Maintenant le quelque chose, par cela même qu'il est le quelque chose, appelle Vautre quelque chose (Andersseyn) lequel à son tour étant V autre, n'est pas seulement l'autre, mais il est pour un autre. (Seyn-fùr-anderes.) Ainsi ces deux termes sont tous deux des autres, c'est-à-dire ils sont a,utres qu'eux-mêmes, et partant ils sont tous deux l'un pour l'autre. — Vis-à-vis de ce rapport la qualité immédiate n'est que l'élément virtuel, V être-en-soi (An-sich-seyn).

fixer (1). Mais ce qu'il y a de vrai dans cette confusion de l'existence, en tant qu'être déterminé, avec l'être abtrait, c'est que dans l'existence le moment de la négation y est d'abord, pour ainsi dire, enveloppé; car ce moment ne se produit librement et n'atteint à son complet développement que dans l'être-pour-soi. — Si maintenant nous considérons l'existence comme une déterminabilité qui possède l'être (2), nous aurons en elle ce qu'on entend par réalité. On parle, par exemple, de la réalité d'un plan ou d'un projet, et l'on entend par là que ces choses ne sont plus à l'état interne, subjectif, mais qu'elles sont entrées dans l'existence. On peut dire dans le même sens que le corps est la réalité de l'âme, que le droit est la réalité de la liberté, ou bien, d'une façon tout à fait générale (3), on pourrait appeler le monde la réalité de la notion divine. Mais on a aussi l'habitude de parler de la réalité dans un autre sens, en entendant par là qu'une chose est adéquate à sa détermination essentielle, ou à sa notion, comme lorsqu'on dit : c'est là une occupation réelle, ou bien c'est un homme réel (4). Dans ces exemples il ne s'agit pas d'une existence immédiate, extérieure, mais bien plutôt de l'accord d'une existence avec sa notion. Maisjûnsi conçue la réalité ne diffère pas de ce moment de l'idée que nous allons d'abord (5) connaître comme être-pour-soi.

(1) Haltlose: qui n'a pas de point d'appui, en ce sens qu'il est l'indétermination absolue, et que par cela même il passe dans le non-être.

(2) Seyende Bestimmtheit.

(3) Ganz allgemein : c'est-à-dire d'une façon tout à fait abstraite, et cela en ce sens qu'on pourrait considérer le monde comme la première déterminabilité de la notion divine.

(4) Ein reeller Mensch : ou, comme on dit aussi, un homme véritable.

(5) D'abord veut dire que dans Vélre-pour-soi on a bien une catégorie qui

Û'20 LOGIQUE. — PKEMIÈKE PARTIE.

§ XCIÏ.

(3. L'être qu'on maintiendrait comme être différencié d'avec la déterminabilité, comme être-en-soi, ne serait que l'être abstrait et vide. Dans l'existence la déterminabilité ne fait qu'un avec l'être, et la déterminabilité posée comme négation est borne, limite (1). Par conséquent, être autre qu'elle-même (w2) n'est pas un moment indifférent et extérieur à l'existence, mais c'est son propre moment. Quelque chose est par sa qualité d'abord fini, et de plus variable, de telle sorte que Ja iinité et la variabilité appartiennent à son être.

Zusatz. Dans l'existence la négation est encore immédiatement identique avec l'être, et cette négation est ce que nous appelons limite. Quelque chose est ce qu'il est dans sa limite, et par sa limite. On ne doit pas considérer la limite comme purement extérieure à l'existence, mais bien plutôt comme enveloppant l'existence entière. C'est lorsqu'on confond la limite quantitative avec la qualitative qu'on considère la limite comme une détermination extérieure à l'existence. Ici il n'est d'abord question que de la limite qualitative. Lorsqu'on considère retendue, les trois arpents, par exemple, d'une pièce de terre, on a une limite quantitative. Mais cette pièce de terre est un pré, ce n'est pas un bois, ou un terrain marécageux, et c'est là sa limite qualitative. — L'homme s'il veut être réellement, doitexis-

exprime mieux l'accord d'une existence avec sa notion, mais que l'être pour soi non plus ne contient pas l'accord concret, l'unité concrète de ces deux termes.

(1) Granze, Schranke,

(2) Das Andersseyn.

ter, et il doit se limiter jusqu'au bout. Celui qui fait trop le dégoûté vis-à-vis du fini n'atteint à aucune réalité, mais il s'agite dans le monde des abstractions, et se consume au-dedans de lui-même.

Si nous considérons maintenant ce que nous avons dans la limite, nous trouverons qu'elle renferme en ellemême une contradiction, et qu'elle se produit ainsi comme un moment dialectique. La limite, en effet, constitue, d'une part, la réalité de l'existence, et, d'autre part, elle est sa négation. Mais la limite en tant que négation du quelque chose n'est pas le non-être abstrait en général, mais un non-être qui est (1), ou ce que nous appelons Vautre. Dans le quelque chose nous est donné aussi l'autre, et nous savons que nous avons non-seulement le quelque chose, mais l'autre aussi. Cependant, l'autre n'est pas ainsi constitué que nous puissions penser le quelque chose sans lui, mais le quelque chose est en soi l'autre de lui-même, et la limite de quelque chose devient une limite objective dans l'autre. Si maintenant nous considérons leur différence nous trouverons que le quelque chose et l'autre sont une seule et même chose. C'est cette identité qu'exprimaient aussi les Latins lorsqu'ils désignaient ces deux termes par aliudaliud. L'autre qui est en regard du quelque chose est lui aussi un quelque chose ; ce que nous exprimons en disant quelque chose d'autre ; et de son côté le premier quelque chose, en tant que quelque chose est en face de l'autre déterminé, est lui aussi un autre. Lorsque nous disons : quelque chose d'autre, nous nous représentons d'abord le

(1) Ein seyendes Nichts : un non-être qui contient l'être comme un moment idéal, un moment qu'on a traversé.

quelque chose comme si, pris en lui-même, il n'était que le quelque chose, et comme si la détermination de l'autre y était ajoutée du dehors (!). C'est ainsi, par exemple, que nous nous représentons la lune, qui est autre chose que le soleil comme pouvant très-bien exister lors même que le soleil ne serait pas. Mais dans le fait la lune a (en tant que quelque chose) son autre en elle-même, et c'est là ce qui fait sa fini té- Platon dit : Dieu a composé le monde de la nature de l'un et de l'autre (xôv izzpôv). En unissant ces deux natures il en a formé une troisième, qui les contient toutes deux. — Ici se trouve énoncée la nature du fini. En tant que quelque chose, le fini n'est pas indifférent à l'égard de l'autre, mais il est en soi l'autre de lui-même, et par suite il change. Dans le changement se manifeste la contradiction interne qui est inhérente à l'existence, et qui stimule l'existence à aller au delà d'elle-même. L'existence apparaît d'abord à la représentation comme un terme purement positif et qui demeure immobile au dedans de ses limites. On sait bien que tout être fini (et l'existence est un tel être) est soumis au changement. Seulement cette mutabilité de l'existence apparaît à la représentation comme une simple possibilité dont la réalisation n'a pas son fondement dans l'existence elle-même. Mais en réalité, si l'existence change, c'est que le changement est contenu dans sa notion, et le changement n'est que la manifestation de ce qu'est virtuellement l'existence. L'être vivant meurt, et il meurt par la simple raison qu'en tant qu'être vivant il a en lui-même le germe de la mort.

(1) Durch ein bloss ausserliche Bclrachlung : par une considération, une vue purement extérieure.

DOCTRINE DE l'ÉTRE. — QUALITÉ. 423

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