‹ Logique de Hegel (volume 2)Chapitre 12 sur 72 · DU PRINCIPE DE CONTRADICTION · texte numérisé non relu

DU PRINCIPE DE CONTRADICTION

plus nombreuses et plus profondes sont les contradictions dans un être, plus remplie est son existence, et plus haute est sa perfection.

Si les règles et les principes posés par la logique formelle sont arbitraires et irrationnels lorsqu'on les considère en eux-mêmes et dans leur signification abstraite, il suit qu'ils doivent également l'être dans leur application, et qu'ils doivent mutiler et pervertir dans la science et dans l'esprit en général, les notions naturelles et vraies des choses , et engendrer la confusion, l'erreur et de fausses habitudes intellectuelles. Et, pour commencer par le principe de contradiction, si, comme je viens de le montrer, l'univers est, pour ainsi dire, un système de contradictions (1), une logique, qui enseigne que le principe de contradiction est le critérium du vrai, ira au rebours de la nature même des choses. En effet, si ce principe était vrai, il serait logique de dire : « V homme est un être qui possède la faculté de rire; » mais il serait illogique d'affirmer

(1) 11 va sans dire qu'ici je me borne k faire ressortir ce qu'il y a d'irrationnel dans le principe de contradiction , car c'est là l'objet de la discussion actuelle. Nous verrons plus bas quel est le rôle, et quelle la limite de la contradiction.

LOGIQUE APPUQUÉE. 47

ce que l'homme est un être qui possède la faculté de pleurer. » Et si dans les choses ordinaires , et dans l'ordre des faits la contradiction est admise, malgré et contre le principe de contradiction, nous ferons observer qu'il n'en est pas ainsi dans les questions spéculatives, ou qui roulent sur des matières bien plus importantes, mais éloignées de l'usage ordinaire et placées au-dessus de l'appréciation générale. Car ici, trompés et égarés par ce principe , nous refusons d'admettre et nous admettons tour à tour, sans règle et sans discernement , la contradiction , refusant de l'admettre pour tel ordre de faits ou d'êtres, et l'admettant pour tel autre, et, qui plus est, refusant d'admettre, ici et sous une forme, la même contradiction que nous avons admise ailleurs, et sous une autre forme. Et il ne faut pas un grand effort pour voir que la plupart des opinions ou des théories erronées ont leur source dans l'exclusion de la contradiction. Car si tous les hommes sont égaux ^ et qu'il n'y ait pas d'inégalité naturelle entre eux, il suit nécessairement que l'organisation actuelle de la société, dans laquelle l'inégalité est reconnue et sanctionnée, est contraire à la nature, et, par conséquent, ceux qui proclament l'égalité des droits et des biens , le nivellement du pouvoir, des classes et de l'éducation sont les organes légitimes de la nature et de la vérité. L'opinion suivant laquelle les formes absolues dé gouvernement — monarchique ou démocratique — seraient plus parfaites et plus rationnelles que les mixtes , n'a pas

48 CHÂPrraE vii.

d'autre fondement, toute forme absolue excluant la contradiction. On trouvera des exemples semblables dans les autres branches de la connaissance , dans lamorale, dans la physique et dans la métaphysique. Ainsi, ceux qui enseignent que l'homme est un être purement sensible, et que la sensibilité constitue le fond même de la nature humaine , s'ils sont conséquents, enseigneront, dans la morale, que la sensation et le plaisir sont le seul principe et la seule règle de l'action, comme au contraire ceux qui prétendent que c'est la raiwn — c'est du moins ainsi qu'ils rappellent — qui constitue l'homme, enseignerbnt que le devoir et le bien sont le seul mobile légitime de nos actions. De même, ceux qui enseignent que l'homme est absolument libre, et ceux qui enseignentque la nécessité est la loi universelle des choses, fondent leur doctrine sur le principe de contradiction. En un mot, si l'on admet le principe de contradiction, il faut, ou mutiler la réalité, supprimer pour ainsi dire la moitié de l'univers, et substituer des notions étroites , arbitraires et artificielles à la nature concrète des choses, ou bien, éluder la difûculte par des inconséquences, ou par des distinctions purement verbales, en disant, par exemple , que la droite et la courbe peuvent être considérées comme identiques , leur différence étant si petite qu'on peut n'en pas tenir compte, ou que l'ombre et le froid ne sont pas des réalités, mais des privations de la lumière et du chaud, comme si la privation dans un être

LOGIQL^E APmOtÉE. 49

pouvait exister sans un principe qui la produit. Et puis ici, l'un des termes de la contradiction — je veux dire l'ombre ou le froid — est considéré comme une simple privation, et ailleurs, dans la polarité, ou dans lu contradiction de la liberté et de la nécessité, il devient un principe réel ; car le pôle négatif, ainsi que la liberté, sont considérés comme des réalités vis-àvis de leurs contraires. Et dans la détermination des rapports de l'infini et du fini, de Dieu et du monde, on commence par séparer absolument Dieu du monde, et puis, lorsqu'on vient à. déterminer la nature divine , on rapproche Dieu du monde, et on finit par lui attribuer une liberté, une conscience et une personnalité faites àTimage de celles de l'homme. Ou bien, après avoir posé en principe que l'absolu est libre de toute contradiction, on enseigne que Dieu est miséricordieux et inexorable dans sa justice, qu'il est le Dieu de la paix et le Dieu de la guerre, qu'il est le principe de la vie et le principe de la mort, admettant et niant ainsi tour à tour ce que l'on a nié ou admis ailleurs, et sous une autre forme, et jetant par là toute pensée et toute connaissance dans une confusion inextricable (1).

Examinons maintenant les théories logiques dans leur application à la connaissance soit spéculative, soit expérimentale.

Et d'abord, pour ce qui concerne cette dernière, si on l'examine de près , l'on verra que ce n*est que

(1) Voy. plus bas, ch. XI et XII.

subrepticement , en donnant à ses principes une portée plus haute que celle qu'ils possèdent réellement, et en franchissant ses propres limites que la logique prétend fonder une science expérimentale. Et, en effet, nous avons d'un côté la proposition universelle comme condition nécessaire de toute connaissance démonstrative et strictement scientifique, et, de Tautre, nous avons des faits, des individus, des phénomènes distincts et séparés. Or, si la proposition universelle (peu importe ici qu'elle soit une conclusion obtenue par itiductiony ou la majeure d'une rfcrftic^ion) est considérée comme une simple forme de la pensée, c'est-à-dire comme une forme qui n'a aucun rapport objectif et consubstantiel avec la chose que Ton veut démontrer, l'argument logique appliqué à l'expérience n'est qu'une illusion. Si entre homme individu et homme espèce il n'y a qu'un rapport subjectif, lorsque je prétends prouver que tel homme est réellement mortel, parce que Vhomme l'est, ou bien que toiis les hommes smit mortels parce que tel et tel homme ou qiielqties hommes sont mortels, je ne fais que mettre ensemble des formes et des mots qui n'affectent en rien la nature des choses que je démontre, et en réalité et objectivement il n'y a point de démonstration. L'argument ne saurait donc être réellement concluant, qu'à la condition qu'il y ait entre Vindividuel et Vuniversel, entre le fait et le principe, le fini et Vinfiniy une communauté de nature, une union consubstantielle semblable à celle Au cause et d'effet j de

substance et d'accidetU. Mais une telle connexion est en dehors, et au delà des limites de la logique formelle f bien plus, c'est cette connexion que la logique formelle rejette expressément, comme je Tai déjà indiqué (1), et comme je le montrerai plus explicitement dans la suite (2) .

Passant maintenant de la connaissance expérimentale à la connaissance spéculative et métaphysique, nous verrons qu'ici aussi la logique formelle est loin d'accomplir ce qu'elle nous promet, je veux dire de fonder cette connaissance par des procédés légitimes et rationnels.

L'objet suprême de la connaissance métaphysique est, à strictement parler, Tabsolu, et rsd)solu, par cela même qu'il est l'absolu, est le principe dernier et le, plus évident de la démonstration. C'est là ce que signifient les expressions ce Dieu est la lumière de /'intelligence, il est l'idéal de l'Univers j il est la Pensée et l'Être , rien ne saurait se concevoir ni exister sans lui. » Toutes ces expressions et d'autres expressions semblables impliquent nécessairement la notion que

(1) Ch » L

(2) Voy. j[)lusbaS) ch.VIIL— LModuction a*est qVime démmtsti^sttion Im<* t)arfaite, a dit Âi'istote. Gela est vrai , mais il faut dire plus : il faut dire que l'induction , comme tout argument fondé sur la logique formelle, ne (trouve absolument rien, par là même que cette logique prétend ne s*ocGai)ei* que des formes subjectives de Tentendement, et ne garantir que la légitimité de ces formes. Lorsque de la chute des corps je conclus k la loi universelle de la pesanteur, quelque supposition que Ton fasse , et à quelque point de vue que Ton se place, cet argument n'a de valeur qu'autant qu'il y a un rapport ontologique et métaphysique entre le phénomène et la loi,^ entre l'effet et sa cause.

Sa CHAPITRE Vil.

l'absolu esl aussi Tabsolu principe de la démonstration. Mais il n'en esl pas ainsi lorsqu'on s'en tient aux règles de la logique formelle ; car, suivant ces règles, Tabsolu n'est d'aucun usage dans la démonstration. Et en effet, la fonction que l'absolu peut remplir dans la démonstration, est, ou celle de petit terme, ou celle de grand terme, ou celle de moyen terme, ou celle de deux d'entre eux à la fois. C'est là le cercle des suppositions que Ton peut faire à l'égard de l'absolu. Maintenant, il est évident que l'absolu ne saurait remplir la fonction de petit terme, car le petit terme esl toujours démontré, tandis que l'absolu démontre et ne peut être démontré. Mais il ne saurait non plus être le grand terme, puisque le grand terme n'est pas le moyen, et que c'est le moyen qui joue le rôle le plus important dans le syllogisme. Enfin il ne saurait constituer le moyen terme, car le moyen, étant une espèce, est contenu dans le genre, et il lui est inférieur (1).

Ainsi, ni le grand terme, par là même qu'il n'est ni l'espèce, ni le moyen, ni le moyen , par là même qu'il n'est pas le genre ou le grand terme, ne peuvent fournir le terme absolu de la démonstration. Reste la dernière supposition, suivant laquelle l'absolu cons^terait dans l'union de deux termes, de l'espèce et du genre , ou du moyen et du grand terme ; de sorte que, lorsque, par exemple, nous disons : « Dieu

{{] Voy. plus liaiit, th. V.

LOGIQUE APPUOUÉE. 53'

eu V absolu est l^Être par fait j ou possède toutes lesper^ fe€tions,y> Dieu et toutes les perfections seraient aussi ^ intimement unis que Tun ne saurait se concevoir sans l'antre. Mais cette supposition ne lève pas non plus la difficulté. De fait, les deux termes de la proposition sont-ils absolument identiques? En ce cas , il n'y a en réalité qu'un seul terme, et leur distinction est purement verbale. Ou bien sont-ils réellement et matériellement distincts? En ce cas, s'ils sont unis, leur union ne peut s'effectuer qu'en vertu d'un troisième terme, lequel, par la même raison qu'il les unit, leur est supérieur. Ce serait donc ce troisième terme qui, dans cette supposition, constituerait l'absolu. Enfin, soit que des propositions absolues, telles que les suivantes : « L'Être absolu est la source de toutes perfectioHy ou la cause absolue est le principe de toutes choses , au le beau et te bien sont le principe de toute beauté et de tout bien ; » soit,dis-je, que ces propositions et d'autres propositions semblables soient ou ne soient pas formées de genres et d'espèces, soit que leurs termes soient identiques ou différents, elles ne peuvent fournir le principe, — la majeure — d'aucune démonstration absolue, comme on peut s'en assurer en essayant de les combiner dans un syllogisme (1).

(i) On pourrait dire peut-être qu'un argument tel qu^ celui-ci : « La cause absolue est le principe de toutes choses. < Dieu est la cause absolue.

« Donc Dieu est le^ principe de toutes choses. » est logiquement et formellement concluant. Mais, au fond, il n'y a pas d'argument du tout; bien plus, c'est Ih un argument qui s*éc^rte des règles dç

54 CHAPiTBE vn.

Le point qui se trouve établi par cette discussion, est que la logique formelle ne saurait se concilier avec les principes qui constituent le fondement, ou la majeure de toute démonstration , et qu'en se conformant aux règles de cette logique, on ne peut déduire de ces principes aucune conclusion légitime. Si maintenant nous prenons la contre-partie de la question, ou, si Ton veut, la question par l'autre bout, par la conclusion, nous arriverons à un résultat identique, et nous nous assurerons qu'on ne peut obtenir de connaissance métaphysique par syllogisme (dans la conclusion). Par-là notre démonstration se trouvera achevée.

L'on a déjà remarqué que toutes les tentatives faites pour prouver par syllogisme , et par un argument à priori (qui, strictement parlant, est la seule démonstration métaphysique, ou, pour mieux dire, la seule démonstration) (1), l'existence de Dieu, ont échoué. La

la logique forjnelle eUe-même. Car, en accordant même que Bien et ca\i&e absohte soient deux termes distincts, eu ce que la causalité peut être regardée comme constituant un des attributs de Dieu, cause absolue, qui est un attribut de Dieu (dans la mineure), ne saurait constituer le moyen terme, ou le principe de la démonstration, ni, à plus forte raison. Dieu dont la causalité n'est qu'un attribut, ne saurait former le petit terme, ou cette partie de la proposition qui est démontrée. Ce serait plutôt le contraire qui devrait arriver. Ja veux dire que c'est la mineure qui devrait prendre ici la place de la majeure. — Mais avec une proposition telle que ceUe-ci : « Dieu est la causalité absolue, » on ne saurait tirer aucune conclusion. (1) Les seules preuves réellement spéculatives de l'existence de Dieu sont celles tirées de l'idée pure, ou d'une idée primitive, pour nous servir d'une expression plus usitée, telle que l'idée de Vinfini, de Vabsolu, de l'jÉtr^ parfait, etc., contemplées en elles-mêmes, et indépendamment de toute donnée expérimentale. >- Les arguments inductifs, tels que ceux con-

raison en est bien simple • c'est que, ni Dieu, ni rien * de ce qui appartient à Dieu (attributs ou perfections) ne saurait se démontrer par voie de syllogisme ; car Dieu, étant Tabsolu, démontre tout, et, par suite, rien ne peut le démontrer. Ainsi il n'y a d'existence ni d'être qui puisse démontrer Dieu, qui est VÊtre (1); en d'autres termes, il ne peut y avoir de moyen terme ou de principe qui démontre Dieu , son existence ou sa nature. Car un principe qui démontrerait Dieu serait supérieur à Dieu , ce qui implique. Ainsi toutes les preuves de cette espèce sont ou des combinaisons purement verbales, ou des cercles. C'est ce dont nous pourrons nous assurer en analysant la fameuse preuve métaphysique tirée de l'idée de VInfini ou de VÊtre parfait, lorsqu'elle est présentée sous forme syllogistique (2).

nus sous le nom de preuves physiques , ne sont pas, à proprement parler, des arguments démonstratifs, car ils ne présupposent pas seulement la preuve métaphysique, mais la notion absolue elle-même sur laquelle ils sont fondés. En effet, de la perception des causes finies^ ou de la beauté, de la proportion et de rharmonie qui régnent dans Tunivers, nous ne pourrions nous élever à la contemplation d'une cause, ou d'une fincdité absolue, si ces notions ne préexistaient pas dans Tesprit, et si elles ne nous étaient pas suggérées par lui.

(i) Je laisse ici aux termes leur acception ordinaire, je veux dire, le sens où ils sont pris non-seulement dans Tusage commun , mais dans la science en général, et cela pour faire mieux ressortir Tinsuffisance de Tancienne logique. Mais j'ai montré ailleui-s (Introd, à la Philosophie de Hegel ) , et Ton veiTa plus bas, que la définition « Dieu, est l'Être* est bien une définition de Dieu, mais la définition la plus élémentaire et la plus imparfaite.*

(2) On sait que Kant a fait la critique de cette preuve , et que sa critique n'a qu'un but et un résultat négatifs. Kant s'applique à démontrer par l'analyse de la forme syllogistique, d'une part, et par celle de l'idée de l'infini de Tautre , (|ue non-seulement on ne peut prouver l'existence de Dieu par voie de syllogisme, mais qu'on ne peut la prouver d'aucune façon et par au-

Le point à démontrer est Vexisimce de LHeUj et l'élément essentiel et décisif de la preuve, ou, pour parler plus exactement, la preuve entière réside dans l'idée primitive de V Infini ou de Y Être parfait; car c'est de cette idée, et par le procédé analytique qu'on doit faire sortir les trois termes du syllogisme. Or,.on peut voir, en quelque sorte, à la simple inspection, qu'un syllogisme ainsi formé doit être un cercle. En effets ou en affirmant V ht fini, j'affirme une réalité, un être réel, ou je n'affirme qu'une simple représentation subjective, une cectaine forme de la pensée, qui ne possède pas d'entité objective. Dans ce dernier cas, il n'y a point de syllogisme ; car il n*y a pas plus de connexion entre Vexistence réelle de l'infini et Vidée de l'infini, qu'entre ourse animal et om]se constellation. Si, d'un autre côté, en affipmant l'infini, j'affirme une réalité, j'affirme par là, et en même temps,

cun autre procédé.— Son argument est (et c'est Ik le fil régulateur, et le fond de la philosophie critique) que nous ne sommes pas autorisés k affirmer la réalité trajiscendaute de Tinfini ou des idées en général, parce que nous ne pouvons ramener cette réalité , ou l'objet qu'elles expriment et représentent à une intuition sensible, c'est-à-dire, eu d'autres termes , que pour la philosophie critique, ce n'est pas l'idée qui fournit le critérium et la garantie du vrai , mais le phénomène. L'idée n'est qu'une forme subjective à l'aide de laquelle nous classons, nous ordonnons les phénomènes et nous Jff ramenons à l'unité, mais qui, objectivement, n'a point de réalité. Ainsi, la philosophie critique tient par ses éléments essentiels, d'un côté, au sensualisme, et, de l'autre, k la logique formelle. Les catégories et les idées ne sont que des formes qui jouent un rôle semblable k celui des formes de cette logique. Ce que Kant appelle idées, ou concepts , ou catégories. Tancienne logique l'avait appelé aussi catégories, ou bien genres et espèces.— Pour l'un comme pour l'autre, ils ne sont que des formes subjectives de la pensée qui n'ont aucun rapport objectif et absolu avec les choses. Conf. : plus bas, ch. Xll, et mon Introd, à laPhUosophie de Hogcl, ch. II, § iv.

Texistence de Tinfini, ou de l'Être infini, et en ce cas la conclusion est contenue, non virtuellement.et implicitement, mais actuellement et explicitement, dans la majeure. Car, lorsque, dans la majeure, nous posons comme principe de la démonstration que ce Vinfini est VÊtre qui possède toutes les perfections, » nous admettons, et nous ne pouvons ne pas admettre, que 4'Infîni existe, autrement la proposition n'aurait pas de sens (1).

Par là notre démonstration se trouve complétée; car nous avons établi que l'entrée dans le domaine de la métaphysique est interdite à la logique formelle,

(i) L'argument est celui-ci :

« L'Infini ou l'Être "parfait doit posséder toutes les perfections. « L'Existence est une perfection.

« Dont l'Être parfait existe, ou l'Existence appartient à PÊtre parfait. »

On peut aisément voir que ce syllogisme est fautif, k quelque point de vue qu'on l'examine, même en nous conformant aux règles de la logique formelle. Car c'est un syllogisme de la seconde figure, avec deux prémisses affirmatives, tandis qu'une d'elles devrait être négative. Mais lors même qu'on accorderait que dans ce cas particulier les prémisses pourraient, par exception, être toutes deux affirmatives, on ne saurait tirer d'elles aucune conclusion légitime. En eifet, la conclusion serait : « VÈire parfait existe, » ou a V Existence appartient à l'Être parfait. » Dans le premier cas, le sujet de la conclusion serait le grand extrême, tandis que c'est le petit extrême qui devait l'être; dans le second cas, ce n'est qu'en intervertissant la position naturelle des termes, et en mettant la pensée et le langage à la torture, que la conclusion est obtenue. Car si l'Existence est un attribut ou une perfection de Dieu, elle doit occuper la place de l'attribut, et non celle du sujet.

Les remarques contenues dans cette note et dans ce paragraphe, s'appliquent également à toute preuve spéculative de l'existence et des attributs de Dieu , ou pour mieux dire, à tout argument qui prétend démontrer l'absolu, les idées et l'essence des choses, suivant les règles de la logique formelle.

58 GHARTRE VU.

et qu'elle lui est interdite par les deux bouts opposés de ses opérations, je veux dire par la majeure et par la conclusion : par la majeure, parce qu'elle ne sau* rait rationnellement employer Tabsôlu comme principe de la démonstration , ainsi que je l'ai montré dans la première partie de cette recherche ; par la conclusion, parce qu'elle ne saurait démontrer l'absolu , ainsi que nous venons de le voir»

Page 1