‹ Logique de Hegel (volume 2)Chapitre 23 sur 72 · S IX · texte numérisé non relu

S IX

Il faut en outre que la raison soit aussi satisfaite pour ce qui concerne la forme de la connaissance. Cette forme doit être marquée du caractère de nécessité (§ i) . Dans les autres modes de la connaissance , le général, le genre, etc., ont un caractère indéterminé, et on n'y voit pas quel est le lien qui les unit au particulier. Le général et le particulier, ainsi que les choses particulières qui ont un rapport entre elles, y apparaissent comme étrangers les uns aux autres, et comme juxtaposés accidentellement. En outre*, la science n'y commence que par des dohnées immédiates, des pensées irréfléchies ou des hypothèses (3).

(0 Voy. S II.

(2) Cest-à-dire que le sentiment n'est qu'une forme, ou une manière d'être de la pensée, ou de l'idée. Conf. mon Introduction à la Philosophie de Hegel, chap. II et IV.

(3) Vnmittelbarkeiten, gefundenes, voraussetzmgen. Littéralement, ces mots veulent dire ùesimmédiatités, àes choses que l'on trouve, des présupposUions, La pensée de Fauteur est celle-ci. Les

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Dans les deux cas, la forme nécessaire de la pensée n'y trouve pas sa réalisation.

La réflexion, qui se propose de satisftdre à ce besoin de Tesprit, mérite seule le nom de pensée philosophique ou spéculative. Par là, dans la série des pensées réfléchies, chaque pensée se trouve avoir une forme propre, et elle est, en même temps, enveloppée dans une forme commune et générale, c'est-à-dire dans la notion. .

REMARQUE

Le rapport de la connaissance spéculative wec les autres sciences consiste en ce qu'elle ne néglige pas le contenu que celles-ci puisent dans l'expérience, mais qu'elle l'admet et l'emploie. Il consiste aussi en ce qu'elle s'empare du général, des lois et des genres que contiennent ces sciences, et en fait, pour ainsi dire, sa matière propre, mais en leur communiquant un sens et une valeur plus élevés, et en y ajoutant d'autres catégories. La différence entre elle et ces sciences ne

autres sciences n*ont pas la conscience des principes sur lesquels elles sont fondées , ni de la matière sur laquelle elles opèrent. Elles acceptent certains principes d^une manière immédiate et irréfléchie , sans rechercher d*oti ils viennent, ni ce qu'ils valent ; elles placent le général et le particulier Tun à côté de Vautre , sans rechercher leur rapport et leur filiation intimes. Par conséquent, elles sont aussi imparfaites par la /brm^, que par le contenu.

consiste que dans ces modifications des catégories. La logique spéculative contient ^ancienne logique et l'ancienne métaphysique ; elle conserve les mêmes formes de la. pensée, les mômes lois et les mêmes objets, mais elle les construit et les organise d'une manière plus large, et à l'aide de nouvelles catégories. 11 faut distinguer la notion dans son acception spéculative de la notion, telle qu'on l'entend généralement. C'est la manière incomplète dont on se représente la notion qui donne lieu à cette opinion commune que l'infini ne saurait être saisi par la notion (1).

Cette définition de la philosophie, soit qu'on considère la nécessité delà forme de la connaissance, ou la faculté d'atteindre à Tabsolu, a besoin d'être justifiée. Mais une telle justification est elle-même une connaissance philosophique, ou, pour mieux dire, fait partie de la philosophie. Une explication préalable de ces points serait contraire à la méthode philosophique,

(i) En effet, Ton ne voit généralement dans la notion qu'une simple forme subjective qui est, il est vrai, invariable et absolue, mais qui, n'ayant aucun rapport substantiel avec les choses, ne peut nous faire connaître ce ^u'il y a d'infini en elles. Pour Hegel, au contraire, la notion constitue le fond, et, pour ainsi dire. Pâme de toute existence. Saisir la notion dans sa réalité, et dans son essence, c'est donc saisir Tinfini.

et ne saurait être qu'une série de suppositions, de probabilités et d'affirmations gratuites auxquelles on

pourrait opposer avec raison d'autres affirmations.

REMARQUE

Un des points fondamentaux de la philosophie critique est qu'avant de s'élever à la connaissance de Dieu, et de Tessence des choses, il faut rechercher si notre faculté de connaître peut nous y conduire, car il convient d'abord de connaître l'instrument avant d'entreprendre l'œuvre que l'on ^ut exécuter avec son secours; si Tinstrument est insuffisant, c'est peine perdue que de la commencer. ,

Ce point de vue a paru si plein de justesse, qu'il a excité l'admiration et Tasseutiment unanimes, et a détourné l'esprit de l'objet de la connaissance pour le renfermer dans l'étude de lui-même, et des éléments formels de la pensée.

Si l'on ne veut pas se laisser tromper par les mots, on verra aisément que d'autres instruments peuvent bien être étudiés et soumis à un examen, sans les employer dans l'exécution des ouvrages auxquels ils sont spécialement destinés, mais que toute rcherche relative à la connaissance ne peut se faire qu'en connaissant, et que porter ses recherches sur ce prétendu instrument de la connaissance n'est rien autre chose que connaître. Or, vouloir connaître avant de connaître est aussi absurde que la sage précaution de cet

écolier, qui voulait apprendre à nager avant de se risquer dans Teau.

Reinhold^ qui a bien compris les difficultés que renferme ce point de départ, a prétendu , pour y échapper, que Ton devait débuter par des hypothèses, par des connaissances problématiques et provisoires, et avancer dans cette voie — on ne ôait, d'ailleurs, comment, — jusqu'à ce que Ton atteigne à une vérité primitive. Ce procédé, examiné de plus près, n'est autre chose que la méthode ordinaire , qui consiste à analyser un principe fourni par Texpérience, ou un principe provisojfc posé sous forme de définition. Il faut reconnaître que cette tentative a Tavanlage de mettre en évidence le procédé ordinaire des hypothè^s et des principes provisoires. Mais la justesse de ce point de vue ne change pas la nature de ce procédé; elle ne fait, au contraire, qu'en montrer Tinsuffisance (1).

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