S XLVIII
6) Lorsque la raison veut saisir l'absolu dans le second objet de ses recherches (§ xxxv) , c'est-à-dire dans le monde, elle tombe dans des antinomies; elle affirme sur le même objet deux propositions contraires, et qui toutes deux doivent être nécessairement admises. Cette contradiction n'atteint pas lexistence substantielle du monde ; par conséquent , ce qui se révèle à la pensée ce n'est pas cette existence, mais une existence purement phénoménale. La solution des antinomies consiste en ce que la contradiction ne
réside pas dans Tobjet, mais dans la raison.
REMARQUE
C'est ici qu'il est question du contenu de la con-^
parables et dans la pensée et dans les choses , l'entendement vulgaire est ici d'accord avec la réalité.
EVràODUGTION DE HEGEL. 289
naissance^ c'est-à-dire des catégories, comme produisant elles-mêmes la contradiction (1). Cette pensée, qne la contradiction est essentiellement et nécessairement posée dans la raison par la détermination de l'entendement, marque le progrès le plus important et le plus profond de la philosophie moderne. Mais, autant ce point de vue est profond, autant la solution des antinomies est superficielle. On a éprouvé une sorte de tendresse pour le monde : on a pensé que la contradiction serait une tache pour lui, et que C'est à la raison, à l'essence de Fesprit qu'il faut Tattribuer. L'on accordera sans difficulté que l'esprit trouve des contradictions dans le monde phénoménal, c'est-àdire dans le monde tel qu'il apparaît à la pensée subjective, à la sensibilité et à l'entendement. Mais lorsqu'on rapproche l'essence du monde et l'essence de l'esprit, l'on est étonné de cette espèce de bonhomie et4'humilité avec laquelle on affirme que ce n'est pas l'essence du monde, mais bien Tessence de la pensée, la raison qui contient la contradiction..
On doit éviter la difficulté en disant que la raison ne tombe dans la contradiction que par l'application des catégories.
Mais l'on fera remarquer que cette application est nécessaire, et que la raison n'a pour connaître d'au-
(I) Avant on avait Toppositiou du subjectif et de l'objectif^ des catégories et de Texpérience. Ici la contradiction est dans les catégories elles-mômes,
290 INTRODUCTION DE HSfiEL.
très déterminations que les catégories. Connaître, c*est, en effet, avoir une pensée déterminante ou déterminée : une raison vide, une pensée indéterminée ne pense rien. Que si Ton veut réduire la raison à la pensée d'une identité vide (§ suiv.), on l'affranchira, il est vrai, de toute contradiction; mais on la dépouillera en même temps de toute réalité et de tout contenu.
On peut ensuite remarquer que c'est pour ne pas avoir examiné plus attentivement les antinomies que Kant n'en a compté que quatre. Il est arrivé à ce nombre, ici comme dans ce qu'il appelle les paralogismes, en partant de sa table des catégories, où il commence à faire l'application de son procédé favori^ au lieu de déduire les déterminations d'un objet de sa notion, et d'en donner une classification plus sévère et plus complète. Du reste, j'ai, à plusieurs reprises, montré dans ma Logique les lacunes qui existent dans sa théorie des antinomies (1).
Le point essentiel qu'il faut remarquer ici, c'est
(4) Voyez dans sa Grande Logique, Remarques sur Tantiûomie de la divisibilité et rindivisibilîté du temps , de Tespace et de la matière, liv. P', irpart., p. 216, sur l'antinomie de la finité et Tinfinité du monde dans le temps et dans Tespace, liv. I", IV part., p. 274, et sur les antinomies de la liberté et de la nécessité, et de la production et la non-production des choses matérielles suivant des lois purement mécaniquesi liv. P% n* §, p. 213 et suiv., et liv» III, chàIII,p« 24B. — Conf. aussi mon Introd. à la Phil Hegel, ch. III, § i,
qu'il n'y a pas seulement quatre antinomies tirées du monde^ mais qu'il y en a dans tous les objets de quelque nature qu'ils soient, comme dans toute représentation, dans toute notion et dans toute idée. Établir ce point et reconnaître cette propriété dans les choses, c'est là l'objet essentiel de l'investigation philosophique ; c'est cette propriété qui constitue le moment dialectique de la logique.