LXIV
La principale connaissance que prétend établir cette philosophie^ est que Tinfini^ l'étemel, Dieu, qui existe dans notre représentation interne, a aussi une existence réelle, parce que dans la conscience cette représentation se trouve liée d'une manière immédiate et indivisible à son existence.
RSMABQUE.
Il peut sans doute venir à la pensée des philosophes de vouloir réfuter ces propositions ; mais ils devraient plutôt voir avec bonheur que ces anciens principes de la science, qui contiennent ce qu'il y a en elle de plus universel, passent, bien que présentés sous une forme peu scientifique, dans le domaine de l'opinion commune. L'on devrait, par conséquent, s étonner de voir considérer connue contraires à la connaissance philosophique des propositions comme celles-ci : le vrai a rati siège dans V esprit ^ l'esprit est la raison et la fin dernière du vrot.
(i) La connaissance immédiate repousse an fond la sdence, qui repose essentiellement sur le raisonnement, la déduction et la réflexion, et elle aboutit à la théorie superfieieUe et vnlgaire de rmspiratioa et du sens commun. Ck)nf. hUrodaetm à U PMlo99i^e de Hegel, ch. m, $ w.
Sous le point de vue formel, le principe de la philosophie de la croyance a une importance particulière, en ce qu'il exprime la connexion immédiate et indivisible de la pensée de Dieu et de son être> de l'état subjectif de la pensée et de son état objectif. Et cette philosophie pousse si loin ce principe, que non^ seulement elle établit un lien nécessaire entre la pensée de Dieu et son être, mais aussi entre la pensée des corps et des choses extérieures et leur existence.
La philosophie spéculative s'est efforcée d'établir cette unité de la pensée^et de Fétre, et quel que soit le prix qu'elle doit attacher aux arguments que lui apporte la théorie de la science immédiate, elle doit être satisfaite de voir que Ton admet ce principe comme un fait de conscience , et comme étant d'accord avec Texpérience. La différence qui existe, à cet égard, entre la doctrine de la science immédiate et la philosophie spéculative consiste en ce que la première se place sur un terrain étroit et exclusif, ou bien encore en ce qu'elle, se pose en adversaire de la vraie philosophie.
Ce principe, qui est comme le pivot autour duquel tourne la nouvelle philosophie, a été exprimé sous une forme immédiate par son auteur. Cogito ergo sum. On pourra considérer cette proposition comme un syllogisme ) parce qu'il y a le signe de la conclusion {ergo) . Mais où est le moyen terme qui est un élément bien plus essentiel du syllogisme ? Que si pour justifier cette dénomination Ton appelle dans
la proposition de Descartes l'union des deux termes un syllogisme immédiat^ on aura là une forme inutile de la pensée, où deux déterminations distinctes se trouvent réunies on ne sait par quel terme. Ajoutez qu'en ce cas cette connexion de l'être et de notre pensée, qui constitue le principe fondamental de la
connaissance immédiate, sera, elle aussi, ni plus ni
moins un syllogisme.
J'extrais de la dissertation de Hotho sur la philosophie cartésienne qui a puru en 1826, le passage où Descartes déclare expressément lui-même que la proposition cogito ergo mm n'est pas un syllogisme. Les endroits où se trouvent ces passages sont Respons. ad II object. De methodo IV, Ep. /, 118. Au premier endroit, je trouve ces expressions, que notre essence est dans la pensée, et que c'est la prima gtioe-dam notio quœ ex nullo syllogismo concludUur. Descartes ajoute ensuite ces paroles : neqae cum quis dicit « ego cogito, ergo sum, sive existo » existentiam ex cogitatione per syllogispium deducit. Et comme Descartes n'ignore pas quelles sont les conditions du syllogisme, il fait remarquer que si cette proposition était obtenue par déduction, il faudrait supposer qu'elle est tirée de la majeure « illud omne quod cogitât est, sive existit. » Mais, ajoule-t-il, c'est cette dernière proposition qui est plutôt tirée de la première.
Les paroles de Descartes sur Tindivisibilité de l'être et de la pensée, sur Tiatuition simple de cette
unité dans la conscience^ sur la certitude et l'évidence de ce principe, évidence telle qu'il n'y a pas de scepticisme qui puisse lui résister, tout cela est si^ complet et si concluant, que Jacob et d'autres philosophes modernes n'ont fait que reproduire ses arguments.