‹ Logique de Hegel (volume 3)Chapitre 35 sur 89 · S VIL · texte numérisé non relu

S VIL

La réflexion contient le principe (en prenant aussi ce mol dans le sens de commencement) de la philosophie ; et elle a reparu avec toute son indépendance dans les temps modernes, après la réformation. Ce qui distingue la réflexion moderne , c'est qu elle ne s'est pas arrêtée, comme jadis la philosophie grecque, à des abstractions, mais elle a, pour ainsi dire, pénétré dans la matière informe de ce monde des apparences. Ainsi, cette science mérite seule le nom de philosophie, qui recherche l'universel et une mesure invariable dans cet océan d'individualités sensibles, le nécessaire et la loi dans ce désordre apparent de la contingence infinie, et qui, en même temps, puise la matière de la connaissance dans l'observation et l'intuition externes et internes, cest-à-dirc dans cette nature, et dans cet esprit vivants et réels qui sont devant nous, et qui se manifestent h notre conscience.

REMARQUE

Le principe de l'expérience contient une détermination de la plus haute importance, à savoir, que

la raison et la nécessité interne de l'expérience, et quelque forme que revête l'expérience, elle ne peut se soustraire à cette nécessité.

l'homme doit exister et se trouver dans l'objet, pour que celui-ci soit saisi et connu , ou , pour parler avec plus de précision, il faut que l'objet soit tellement lié à son existence , que l'affirmation de lui-môme et l'affirmation de l'objet soient inséparables. Il faut, disons-nous, que l'homme existe et qu'il soit en rapport avec l'objet, soit qu'il y applique ses sens, ou ses facultés les plus hautes, et la conscience la plus intime de lui-même (1).

Ce principe de l'expérience est celui qui, de nos jours , a été appelé croyance, science immédiate , révélation extérieure, ou plutôt intérieure de la conscience.

Nous appelons empiriques les doctrines qui partent de l'expérience. Mais, quelles qu'elles soient, ces doctrines ne se proposent que la connaissance des lois et des principes, c'est-à-dire la théorie, ou la connaissance réfléchie des choses. C'est ainsi que l'on a donné le nom de philosophie de la nature à la physique de Newton. Et Hugues Grotius a fondé une théorie que l'on pourrait appeler la philosophie du droit extérieur des États, en partant du rapproche-

nt) C'est-à-dire que dans les doctrines qui partent de l'expérience se trouve ce principe, que rien n'existe dans l'homme qui ne tombe sous l'expérience interne on externe, et que cette expérience doit avoir sa racine dans la constitution même de la nature humaine, de telle sorte qne l'homme poisse retrouver dans l'objet qui lui est donné par l'expérience une manifestation et une affirmation de lui-même.

nient dos conquêtes et des rapports des peuples, et à l'aide du raisonnement ordinaire (1).

Les Anglais attachent toujours au mot philosophie cette signification, et, à leurs yeux, Newton passe pour le plus grand des philosophes. L'on a môme Cni par faire figurer le mot de philosophie dans les catalogues des instruments de physique, et les fabricants ont appelé instruments philosophiques le thermomètre, le baromètre, et tous les instruments qui ne sont pas classés parmi les appareils électriques et magnétiques. Et cependant c'est la pensée seule, et noamn assemblage de fer, de bois, qui mérite d'être appelée l'instrument de la philosophie (2).

C'est de la même manière que l'économie politique, cette science qui est redevable de ses progrès aux travaux des derniers temps, a reçu le nom de philo-

(1) L'induction qui opère sur les faits, et en général le raisonnement construit d'après les règles de l'ancienne logique, et qui se distingue de la pensée philosophique et spéculative.

(2) Le journal publié par Thompson porte ce titre : Annales philosophiques ou Recueil (magazine) de chimie, minéralogie, mécanique, histoire naturelle, économie agricole et art. On peut se figurer par là de quelle manière sont traitées les matières qu'on nomme ici phi'osophiques. *

Parmi les annonces d'ouvrages récemment publiés, j'ai trouvé dans un journal anglais le titre suivant : Art of presermg tke hoir on Philosophical principles, neatly printed in post 8, priée I. sh. — Art de préserver les cheveux, fondé sur des principes philosophiques, etc. — Par principes philosophiques, on a vraisemblablement voulu entendre des principes de chimie, de physiologie, etc. {Note de l'Auteur,)

sophie, ou d'économie rationnelle ou théorique (I) comme on l'appelle en Allemagne (2) .

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