S XXV
L'expression, pensées objectives, indique que le but de la philosophie n'est pas renfermé dans la connaissance d'un objet absolu. Mais elle montre en même temps qu'il y a une opposition entre la pensée
(1) Vngeistigem. C'est-à-dire qu'on ne vtit dans la pensée, et les pensées que des éléments, des réalités subjectives, et qu'ainsi on s'habitue à ne reconnaître une réalité objective qu'aux choses placées hors de l'esprit.
iNTftODCCTlON DE HEGEL. 257
et l'objet, et c'est là le problème qui occupe la philosophie de notre temps et qui en fait l'intérêt et l'importance. Si l'opposition dos déterminations de la pensée est insoluble, c'est-à-dire si ces déterminations sont finies, elles sont inadéquates à la vérité absolue, et la vérité demeure étrangère à la pensée.
La pensée qui ne produit que des déterminations finies et qui n'en peut sortir» est l'entendement dans le sens strict du mot. La tinité des déterminations Je la pensée doit être entendue de deux manières. Ces déterminations sont finies lorsqu'elles n'ont qu une valeur subjective et qu Viles ont leur contraire Jans l'objet ; elles le sont aussi lorsque leur contenu se trouve limité par suite de leur opposition réciproque, et plus antore a\ee l'absolu.
Nous allons examiner les différentes manières dont ou a envisagé le rapport de la pensée avec son objet, t et examen nous conduira au point de \ ue de la logique et en facilitera la connaissance.
Dans ma Phénoménologie (te f Esprit, qui forme la lumière partie du système de la connaissance, j'ai pris l'Esprit à sa plus simple apparition ; je suis parti Je la conscience immédiate afiu de développer son mouvement dialectique jusqu'au point où commence h connaissance philosophique, dont la nécessité se trouve démontrée par ce mouvement même. Mais Ton ue pouvait se borner, dans cette recherche, à étudier le développement formel de la conscience , car le point do vue de la connaissance philosophique ren-
ferme la matière la plus riche et la plus concrète, et, par conséquent, cette recherche présupposait comme résultat l'apparition des formes concrètes de la conscience, delà morale, de l'art et de la religion. Voilà pourquoi ce qui fait le contenu et l'objet propre de la connaissance philosophique se trouve comme par anticipation dans ce développement purement formel de la conscience. Et ce développement devait s'accomplir, pour ainsi dire , à l'insu de la conscience elle-même, parce que ce contenu ne forme que son élément immédiat et virtuel (1).
(I) Dans sa Phénoménologie de V Esprit, qu'il a appelée son Voyage de découverte, Hegel passe en revue tous les éléments et tous les états de la conscience, et il en suit les développements formels depuis l'état le plus simple, ou la conscience immédiate, comme il l'appelle, état où Ton se borne à affirmer l'existence sensible et extérieure des choses, à travers des états plus complexes et plus réfléchis, jusqu'au moment où se produit la connaissance philosophique. Mais comme il n'y a que la connaissance vraiment phil osophique— et par connaissance philosophique Hegel entend la connaissance spéculative— qui peut déterminer la nature et le sens intime des choses, toutes les recherches faites en. dehors de cette connaissance, et par conséquent la Phénoménologie de V Esprit , ne peuvent dépasser les limites de la forme de la conscience et de ses développements. Seulement, comme dans le cours de ces recherches, on voit apparaître parmi les éléments de la conscience, la religion, l'art, etc., qui eoflutitneaC d'une manière spéciale l'objet et la matière de la connaissance philosophique, l'on est obligé d'en parler, et d'anticiper ainsi sur cette connaissance. C'est là aussi ce qui explique pourquoi, dans l'ensemble du système, la Phénoménologie n'est plus qu'un moment de ridée» ou un degré de l'existence de l'esprit*
imttODUCTION DE HEGEL. 259
Get examen préalable , auquel nous allons nous livrer, a l'inconvénient de n'être qu'une exposition historique et critique. Mais il a aussi l'avantage de contribuer à ramener aux déterminations simples de la pensé les diverses opinions sur la nature de la connaissance, de la croyance, etc., et qu'on considère comme exactes et complètes. Il n'appartient cependant qu'à la logique d'assigner à ces déterminations leur place et leur signification véritable (1).