‹ Logique de Hegel (volume 3)Chapitre 60 sur 89 · XXXV1IL · texte numérisé non relu

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L'empirisme a d'abord ce point de commun avec la métaphysique, à savoir, qu'il fonde comme elle sa foi en ses définitions, en ses hypothèses et en la réalité de leur contenu, sur des représentations, c'està-dire, sur un contenu qui a pour fondement l'expérience. 11 faut distinguer la simple aperception de l'expérience ; car l'empirisme donne au contenu de l'aperceplion, du sentiment et de l'intuition, une forme générale, la forme des principes, des lois, etc. Seulement il ne reconnaît k ces déterminations générales, à la détermination de la force, par exemple, d'autre signification, ni d'autre réalité que celles qui leur vieunenl des aperceptions externes, et il prétend que toute leur valeur repose sur leur accord avec les phénomènes. Au point de vue subjectif, le principe que la conscience trouve dans l'aperception du phénomène son objet propre et immédiat et sa certitude, donne à la connaissance empirique un appui solide.

REMAHQIK.

Un principe important est au fond de l'empirisme, à savoir, qu'il n'y a de vrai que le réel et ce qui tombe sous l'aperception. Ce principe est opposé au principe

LYTHODICTIOS DE HEGEL. 273

do (ferotr dont la réflexion s'enorgueillit, et du haut duquel elle regarde avec dédain la réalité , et ce qui est, bien que ce principe, qui exprime une réalité indéfinie et qu'on ne peut atteindre (1), n'ait son existence et son siège que dans l'entendement subjectif.

De même que 1 empirisme, la philosophie spéculative ne reconnaît que ce qui est (2). Elle ne reconnaît pas, par conséquent, ce qui doit être et qui n'est pas.

En le considérant au point de vue subjectif, on trouve aussi , dans l'empirisme l'important principe de la liberté , qui consiste en ce que 1 homme peut apercevoir par lui-môme celles de ses connaissances qui ont une valeur réelle, et qu'il se retrouve luimême, pour ainsi dire, dans ces connaissances (3).

Mais l'empirisme, qui est conséquent avec lui-même, en renfermant le contenu de la connaissance dans les limites du fini, est nécessairement conduit à nier l'infini en général, ou du moins sa connaissance et ses

il ) Mit cwm Jenseits.Le Jenseits et le DtVssrite, Yau delà et Yen esta sont deux expressions du vocabulaire hégélien qui désignent en général une abstraction vide on une indétermination, la* quelle pouvant se produire à l'un des deux côtés, ou déterminations de l'idée, place l'idée tantôt au delà, et tantôt en deçà de son point véritable.

(i) Voy. S vu.

(3) C est-à-dire que chacun peut faire l'expérience des connaissances qui se produisent dans sa conscience, les produire à volonté pour s'y reconnaître soi-même, et pour y reconnaître sa nature et son activité, ce qui constitue sa liberté. Voy., sur la signification de ce mot, p. î3î.

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déterminations , et à réduire toute pensée à une abstraction vide, à une généralité et à une identité purement formelle. L'erreur fondamentale où tombe tout empirisme scientifique, c'est qu'il emploie les catégories métaphysiques de la matière, de la force, de l'unité, de la pluralité, de l'universel, de Unfini, etc. Il lie entre elles ces catégories, y suppose et y applique les formés du syllogisme, et tout cela sans savoir qu'il admet ainsi lui-même une connaissance métaphysique ; ce qui fait qu'il emploie et unit ces catégories sans discernement et saps avoir la conscience de ces opérations.

$ xxxix.

Relativement au principe sur lequel repose 1 empirisme, Ton a fait avec raison la remarque que, dans l'expérience, laquelle doit être distinguée de la simple aperception des faits individuels, se trouvent deux éléments : le premier, c'est une matière multiple et qui s'individualise à l'infini ; le second, c'est la forme et les déterminations de l'universalité et de la nécessité (1).

L'empirisme démontre bien l'existence d'un grand nombre de phénomènes semblables ; mais l'universel est autre chose qu'une simple addition de phénomènes. Il montre aussi la succession des événements

(f) Celte distinction appartient à Kant.

et la juxtaposition des faits, mais il ne peut expliquer la nécessité de leur connexion. Gomme dans cette doctrine l'aperception phénoménale est la condition de toute vérité, l'universel et le nécessaire sont des éléments vides, des formes contingentes et subjectives, de simples habitudes de l'esprit, dont le contenu est façonné d'une manière tout à fait arbitraire et accidentelle.

Une autre conséquence importante , qui découle des principes do l'empirisme, c'est que la loi morale, le droit, ainsi que la religion, apparaissent comme des faits accidentels destitués de toute valeur objective et de toute vérité intérieure.

Le scepticisme de Hume, auquel s'applique spécialement cette remarque , doit être bien distingué du scepticisme grec. Hume ne reconnaît d'autre principe de la connaissance que l'expérience, le sentiment et l'intuition sensible, et rejette les déterminations générales et les lois de la pensée , parce qu'elles ne sauraiont être justifiées par l'intuition sensible. L'ancien scepticisme, loin d'ériger en principe de la connaissance le sentiment et riutuitiou, dirigeait ses attaques contre les données de l'expérience. (Sur le scepticisme moderne comparé avec le scepticisme ancien \ voy. le Journal antique de Philosophie, publié par Schelling et Hegel, année 1802, 1 vol., première livraison.)

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