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Cependant on admet dans cette doctrine que l'intelligence peut connaître le vrai à l'aide de la raison, qui est la source de toute connaissance, et qui seule peut donner la science de Dieu. Et comme la connaissance médiate est bornée à un objet fini, la connaissance par la raison est une connaissance immédiate.
REMARQUE
Science, croyance, pensée, intuition, ce sont là les catégories qui appartiennent à ce point de vue. Comme on suppose que ce sont des choses bien connues, on les emploie très-souvent d'une manière arbitraire, et en se fondant sur de simples observations et distinctions psychologiques. Quant au point le plus essentiel, celui de savoir quelle est leur nature et leur notion, on ne s'en inquiète en aucune façon. Ainsi l'on y considère souvent la science comme opposée k la croyance, et l'on définit, en même tejpps, la croyance une science immédiate, ce qui veut dire qu'on la considère comme une espèce de science. On
ne soit pas un moment nécessaire de la connaissance et des Choses, et qu'il nfy ait pas une science qui démontre et la nécessité de la médiation, et le moyen de la franchir.
introduction de hegel. 323
y trouvera également présenté comme un fait d'expérience ce principe, que ce que Ton croit est clpns la conscience, parce qu'op en possède une certaine science, ou bien encore que l'objet de la croyance apparaît dans la conscience avec le , caractère de la certitude, parce que c'est comme certain qu'on le connaît. On y oppose aussi à la connaissance immédiate et à la croyance, et particulièrement à l'intuition, la pensée. Mais si l'on entend par intuition une intuition intellectuelle, ce sera toujours une intuition de la pensée, à moins qu'ici, où Dieu est l'objet de la pensée, l'intuition intellectuelle ne soit qu'une représentation de l'imagination.
Dans le langage de cette philosophie, le mot croyance est aussi employé pour désigner les objets ordinaires delà perception sensible. « Nous croyons, dit Jacobi, que nous avons un corps, nous croyoffc en l'existence des choses sensibles. » Mais on ne devrait pas oublier que, lorsque la croyance s'applique* à l'absolu et à l'éternel, et que Dieu nous est donné par l'intuition et la connaissance immédiate, il n'y a pas là d'objets sensibles, car il n'y a que le général et un objet qui ne peut être saisi que par la pensée réfléchie. Ajoutez que l'individu lui-même, la personnalité, le moi en soi, c'est-à-dire un moi qui n'est pas un objet , d'expérience, et surtout la personnalité divine, sont des notions pures et universelles dont la connaissance n'appartient qu'à la pensée.
D'ailleurs, la pensée pure et l'intuition pure sont
324 LNTHODUCnON DE HEGEL.
une seule et même chose. L'intuition et la foi p ri m eut, il est vrai, dans l'acception oQtinaire des représentations déterminée^ qui se distinguent de la pensée; et cette distinction se comprend sans difficulté. Mais ici il faut entendre l'intuition et la croyance dans un sens plus élevé : c'est de la croyance en Dieu, de l'intuition intellectuelle de Dira qu'il est ici question. On doit, par conséquent, y faire abstraction de tout ce qui amène une différence entre l'intuition, la croyance etlj pensée. Et, en effet, l'on ne saurait dire en quoi la croyance et l'intuition diffèrent, à ce haut point de vue, de la pensée (1). Ainsi, Ton accorde à des distinctions vides une importance qu'elles n'ont pas, on rejette des déterminations de la pensée pour en admettre d'autres, et puis il se trouve que celles qu'on rejette sont, de tous points, identiques à cellcé qu'on admet. Cependant à ce mot de croyance est attaché l'avantage particulier de rappeler les croyances du christianisme, de paraître les contenir et s'identifier avec elles; ce qui donne à cette philosophie delà foi un air de piété, et de piété chrétienne, dont elle profite pour prendre des allures plus dégagées, et pour donner plus d'autorité et de poids à ses opinions. Mais il ne faut pas se laisser
(I) Hegel veut dire que dans la connaissance dont II est kl question, c'est-à-dire dans la plus haut*tonnaissance de Dieu, il ne peut y avoir de différence entre la croyance , rifilaition et la pensée. Tontes ces considérations ont pour objet de montrer Findétermination de cette doctrine.
EXIMMCIION DE HEGEL. 3i5
tromper par rapparenœ et ISdentilé des mots. Car il y a là une différence réelle. La croyance chrétienne admet l'autorité de l'Eglise, tandis que la croyance dans le sans de cette doctrine, est 1 autorité attachée aux manifestations de la pensée subjecttre(l). Ensuite la croTancegchrétienne a un riche contenu , un ststème d'enseignement et de connaissances» tandis que la doctrine de cette philosophie est si indéterminée, qu'elle pourra s'accorder avec le christianisme, et ad» mettre en même temps que Dieu est le Dalaîlama, le taureau, le singe, etc., tout aussi hien que la plus haute essence. La croyance elle-même, dans le sens de cette philosophie, n'est qu'une abstraction vide de la connaissance immédiate, une détermination purement formelle, qui n'a rien de commun avec les richesses spirituelles de la croyance chrétienne, pour ce qui concerne son enseignement, ou les dispositions du cœur des fidèles et l'Esprit saint qui y fait sa demeure.
L'inspiration, les révélations du cœur, les notions quela nature a mises dans l'esprit de tous les hommes, ou hien ce qu'on a appelé le bon sens et le sens commun, comman sensé., ce sont là des facultés qui se confondent avec la crovance et la science immédiate. Car elles érigent toutes «a principe de la
(I) EU* est subjective par cela même quelle rejette la tonnaissance par les idées qui forment rélément objectif et rationnel de la pensée.
326 LYTRODCCTÏOW DE HEGEL.
science la forme immédiate <Je 1* connaissance •'!,.
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Lia principale connaissance que prétend établir celte philosophie, est que l'infini, l'éternel, Dieu, qui existe dans notre représentation interne, a aussi une existence réelle, parce que dans la conscience cette représentation se trouve liée d'une manière immédia tç et indivisible à son existence.
REMARQUE
Il peut sans doute venir à la pensée des philosophes . de vouloir réfuter ces propositions ; mais ils devraient plutôt voir avec bonheur que ces anciens principes de la science, qui contiennent ce qu'il y a en elle de plus universel, passent* bien que présentés sous une forme peu scientifique, dans le domaine de l'opinion commune. L'on devrait, par conséquent, s'étonner de voir considérer comme contraires à la connaissance philosophique des propositions comme celles-ci : le trot a son siège dans l'esprit, l'esprit est la raison et la fin dernière du vrai.
(I) La connaissance immédiate réponse an fond la science, qui repose essentiellement sur le raisonnement, la déduction et la réflexion, et elle aboutit à la théorie superficielle et vulgaire de l'inspiration et du sens commun. Conl. Introdtctkm à l* Philosophe de Hegel, ch. III, $ in.
Sons le point de vue formel, le principe de la philosophie de la croyance a une importance particulière, en ce qu'il exprime la connexion immédiate et indivisible de la pensée de Dieu et de son être, de l'état subjectif de la pensée et de son état objectif. Et cette philosophie pousse si loin ce principe, que non* seulement elle établit un lien nécessaire entre la pensée de Dieu et son être, mais aussi entre la pensée des corps et des choses extérieures et leur existence.
La philosophie spéculative s'est efforcée d'établir cette unité de la pensée et de l'être, et quel que soit le prix qu'elle doit attacher aux arguments que lui apporte la théorie de la science immédiate, elle doit être satisfaite de vçir que Ton admet oe principe comme un fait de conscience , et comme étant d'accord avec l'expérience. Lia différence qui existe, à cet égard, entre la doctrine de la science immédiate et la philosophie spéculative consiste en ce que la première se place sur un terrain étroit et exclusif, ou bien encore en ce qu'elle se pose en adversaire de la vraie philosophie.
Ce principe, qui est comme le pivot autour duquel tourne la nouvelle philosophie, a été exprimé sous une forme immédiate par son auteur. Cogiio mrgo sum. On pourra considérer cette proposition comme un syllogisme, parce qu'il y a le signe de la conclusion (ergo . Mais où est le moyen terme qui est un élément bien plus essentiel du syllogisme ? Que si pour justifier cette dénomination Ton appelle dans
la proposition de Descartes l'union des deux termes un syllogisme immédiat, on aura là une forme inutile de la pensée, où deux déterminations distinctes se trouvent réunies on ne sait par quel terme. Ajoutez qu'en ce cas cette connexion de l'être et de notre pensée, qui constitue le principe fondamental de la connaissance immédiate, sera, elle aussi, ni plus ni moins un syllogisme.
J'extrais de la dissertation de Hotho sur la philosophie cartésienne qui a puru en 1826, le passage où Descartes déclare expressément lui-même que la proposition cogitoergo mm n'est pas un syllogisme. Les* endroits où se trouvent ces passages sont Respons. ad II object. De methodo^JV , Ep. J, 118. Au premier ep droit, je trouve ces expressions, que notre essence est dans la pensée, et que c'est la prima quœdam notio quœ ex nullo syllogismo concluditur. Descartes ajoute ensuite ces paroles : neque cura qui* dicit « ego cogito, ergo mm, sive existo » existentiam ex cogitatione per syllogismum deducit. Et comme Descartes n'ignore pas quelles sont les conditions du syllogisme, il fait remarquer que si cette proposition était obtenue par déduction, il faudrait supposer qu'elle est tirée de la majeure « illud ornne quod cogitât est, sive existit. » Mais, ajoule-t-il, c'est cette dernière proposition qui est plutôt tirée de la première.
Les paroles de Descartes sur l'indivisibilité de Vôtre et de la pensée, sur Imtuitiou simple de cette
unité dans la conscience, sur la certitude et l'évidence de ce principe, évidence telle qu'il n'y a pas de scepticisme qui puisse lui résister, tout cela est si complet et si concluant, que Jacob et d'autres philosophes modernes n'ont lait que reproduire ses arguments.