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Admettons que la connaissance immédiate doive être considérée comme un fait. Par là on se placera dans le domaine de l'expérience et des phénomènes psychologiques.
Nous rappellerons d'abord, à ce sujet, ce fait de l'expérience la plus vulgaire, à savoir que les connaissances qu'on sait être le résultat des recherches les plus complexes, se présentent immédiatement à l'esprit de celui à qui elles sont devenues familières. Le mathématicien , le savant a à sa disposition des solutions auxquelles il n'est arrivé que par une longue analyse. Tout homme instruit trouve immédiatement
(1) Einheit der Unpûttelbarkeit undder Vermittlung. Et, en effet, la première partie traite de Y Être immédiat, et la seconde de X Essence, qui forme comme une médiation entre la première et la troisième, ou la notion.
dans son esprit une foule de points de vue et de principes qui sont le produit de la réflexion et d'une longue expérience ; et la facilité que nous apportons dans une science, un art et une œuvre mécanique, consiste précisément à trouver immédiatement ces connaissances, ces formes de l'activité, ainsi que les moyens d'exécution extérieure. Dans tous ces cas, non-seulement la connaissance immédiate n'exclut pas la connaissance médiate, mais elle en est le produit et le résultat.
On peut aussi constater cette connexion dans les choses les plus ordinaires, dans l'existence, par exemple. L'existence immédiate est, en effet, inséparable d'une médiation. Les germes et les parents sont des existences primitives et immédiates par rapport aux produits et aux enfants qu'ils engendrent. Mais les germes et les parents sont aussi engendrés, et, si l'on fait abstraction de la médiation qui a amené leur existence, les enfants se trouvent dans un état immédiat, puisqu'ils sont. Que je sois à Berlin, c'est là un fait immédiat, mais je n'y suis que par suite d'un voyage, etc.
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Pour ce qui concerne la connaissance immédiate de 1 Dieu, du juste, du bien, quelque nom qu'on lui donne, qu'on l'appelle instinct, idée primitive et innée , sens commun, raison naturelle, c'est un fait
attesté par l'expérience universelle qu'elle n'arrive à la conscience qu'à la condition de l'éducation et du développement de l'intelligence. La réminiscence platonicienne suppose cette condition, et le baptême, bien qu'il «oit un sacrement, contient Tob^gatipn ultérieure d'une éducation chrétienne. Nous voulons dire par là que la religion et te moralité, bien qu'elles soient fondées sur une croyance et une connaissance immédiate, supposent ^une médiation, c'està-dire le développement, l'exercice et l'éducation de nos facultés.
A Tégard des idées innées, Ton fait une objection tirée de l'opposition de déterminations incomplètes. Cette opposition consiste en ce que, d'un côté, l'âme se trouverait immédiatement en rapport avec des notions générales, tandis que, d'un autre côté, ce rapport semblerait ne s'établir que par l'intermédiaire des objets et des représentations extérieures. On objecte à la théorie des idées innées que, s'il en était ainsi, tous les hommes devraient connaître ces idées, par exemple le principe de contradiction. Cette objection repose sur un malentendu. Car, lorsqu'on dit que ces déterminations générales de la pensée sont innées, on ne prétend pas qu'elles se trouvent dans -l'esprit sous la forme d'idées et de représentations accompagnées de conscience. Mais on a raison d'adresser cette objection à la philosophie de la connaissance immédiate qui parle de ces déterminations comme si elles étaient présentes 9 l'intelligence,
Cette philosophie accordera peut-être qu'une éducation chrétienne ou religieuse est nécessaire pour l'affermissement des croyances religieuses. Mais alors on ne voit pas pourquoi elle contesterait cette nécessité pour toute espèce de croyance, ou bien il faudra dire qu'elle ignore qu'en reconnaissant la nécessité d'une éducation , elle reconnaît la nécessité d'une connaissance médiate.
S Lxvra.
La théorie de la science immédiate s'appuie sur les faits d'expérience qui se lient le mieux à ce mode de connaissance. Mais en supposant qu'il n'y ait là qu'une liaison, qu'un rapport purement extérieur , il faudra toujours admettre que ce rapport est essentiel et indivisible, puisqu'il est invariable (1). Ensuite si dans les limites méjpes de l'expérience, l'on considère en elle-même cette science immédiate en tant qu'ayant pour objet Dieu et les choses divines, on verra quelle ne fait qu'élever l'âme au-dessus des choses sensibles et finies, des désirs et des penchants corporefs. Pai; là l'âme s'élève à la croyance de Dieu, et elle s'y arrête , de telle sorte que cette croyance devient une connaissance immédiate et une certitude* Mais elle n'en suppose pas moins un travail à l'aide duquel l'esprit s'élève jusqu'à Dieu.
(!) Et dès qu'il y a rapport il y a médiation»
334 liNTRODtCnO* DE HEGEL.
On a déjà remarqué (1) que les preuves de l'existence de Dieu qui partent de l'observation des choses finies ne font qu'exprimer cette élévation de l'esprit, qu'elles ne sont pas des découvertes de l'art et de la réflexion, nuis des procédés naturels et nécessaires de l'intelligence , bien qu'elles ne conservent pas , dans la forme sous laquelle on les présente ordinairement , leur valeur et leur signification parfaites (2).