‹ Logique de HegelChapitre 107 sur 137 · S CXCII · texte numérisé non relu

S CXCII

On a ainsi parcouru les différentes formes que revêt le syllogisme , et le résultat général auquel on est arrivé, c'est la suppression de ces différences, et de l'extériorité (1) delà notion; l*" chaque moment du syllogisme s'est produit comme constituant la totalité des moments et, par conséquent, le syllogisme entier. Ces moments sont donc identiques en soi ; ^ la négation de leurs différences et leur médiation constituent Vêtre-pour-soi^ de telle sorte que c'est un seul et même élément universel qui se trouve au fond de ces formes et qui fait leur identité. Dans cet état idéal de (2) ses moments, le syllogisme contient la négation des déterminabilités à travers lesquelles il

(1) Aussersichseyns. Parce que dans le syllogisme, bien qu'on ait une unité plus concrète que danâ le jugement, les termes sont encore extérieurs l'un à l'autre.

(2) In dieser Idealitdt der Moinônte. Expression qu'on a déjà rencontrée, et qui veut dire que les moments qu'on a traversés sont dans leur idée, en ce sens qu'ils sont enveloppés dans un terme supérieur et plus concret. Ainsi, Vobjet est l'idéalité des moments précédents, parce qu'il les contient et qu'il fait leur unité, et qu'en faisant leur unité il leur communique, en quelque sorte, une vie idéale, c'est-à-dire, une valeur et un seiid qu*ils n'ont pas eux-mômes. d'est dans ce sens qu'on peut dire que la vie est l'idéal de Vorganime, Vâiftie est, à sou tour, l'idéal de la vie et la r(tf5on de l'âme.

s'est développé, et par conséquent, une nouvelle médiation, un moment où le sujet ne s'unit plus à un terme qui se distingue de lui, mais oii il s'est absorbé dans un autre terme, sans se séparer dé luimême.

S cxaii.

Cette réalisation de la notion, où Tuniversel est posé comme totalité réfléchie de ses diflcrences (différences qui sont elles-mêmes des totalités) et où, par la suppression de la médiation , il s'est déterminé comme unité immédiate j c'e^tV objet (1).

(i) Dans le développement du syllogisme, c'est surtout au moyen qu'il faut s'attacher. Car la transformation des extrêmes suit la transformation du moyen. Dans le premier syllogisme, le moyen est le particulier abstrait et immédiat. Daas le syllogisme de la réflexion, c'est la totalité (forme) des individus (contenu). Ici, c'est l'unité simple et concrète, l'universel qui eœitient la qualité, l'individu avec toutes ses propriétés; c'est, en d'autres termes, le genre ou Vespèce. Le genre est la substance de Tindi vidu, ainsi que de sa propre différence ou détermination spécifique, çt, par conséquent, les différences qui se produisent dans ce syllogisme ne sont que des différences purement formelles, et son développement n'a d'autre objet que de produire l'identité de la forme et du contenu* 1° L'individuel, le genre et sa différence spécifique (Pierre, homme raisonnable, par exemple), forment le premier rapport de ce syllogisme. Syllogisme caté ■ goriifue (E-B-A). Comme le moyen constitue ici la nature essentielle des extrêmes, cette possibilité d*un autre moyen et d'un atltre rapport qui s*est produite dans les syllogismes précédents, ne peut plus avoir lieu. Par la même raison, la preuve ne peut plus fuir à l*infini, et le syllogisme se trouve marqué d'un caractère objectif. Cair ce qui fait la étêbjeeikité du syllogisme, C'est

288 LA SaENCE DE LA NOTION.

REMARQUE

Ce passage du sujet, de la notion en général, et plus

rindifférence du rapport des termes. Cependant, bien que la nécessité objective soit le fond de ce syllogisme, cette nécessité est ici une nécessité interne et virtuelle, et non une nécessité développée (GesetzteJ, ce qui fait que bien que les termes soient liés par une substance commune, ils laissent encore pénétrer dans leur rapport un élément subjectif. Et, en effet, bien que le sujet ait sa substance dans le moyen, il a, en tant qu'individu (tel individu), une existence possible, et, en tant qu'individu immédiat, il peut avoir des déterminations qui ne se trouvent pas dans sa nature générale. Quanta l'autre extrême, bien qu'il constitue une délerminabilité propre du moyen, il est vis-à-vis . de lui dans un état d'indifférence, en ce sens que le genre contient d'autres différences spécifiques. Ainsi, par exemple, l'homme, en tant qu'être doué de raison, agit rationnellement; en tant qu'être sensible, peut agir irrationnellement. Par conséquent, ce qui se trouve posé dans le syllogisme catégorique, c'est l'identité et la différence, la nécessité et la possibilité ; l'identité et la nécessité, parce que les extrêmes sont des déterminations d'un seul et même moyen; la différence et la possibilité, parce que dans leur état immédiat, tout en ne pouvant pas être en dehors du genre, ils peuvent ne pas être et ne pas se convenir. Le syllogisme catégorique se trouve ainsi changé en syllogisme hypothétique. Si A est, B est; or, A est, donc B est. Le moyen qui, dans le syllogisme précédent, était la nécessité et l'identité virtuelles, est ici la possibilité, ou, si l'on veut, la nécessité et l'identité marquées de ce caractère. La nécessité est, en effet, dans le rapport de A et de B, et la possibilité dans Vêtre de A, et partant dans r^^re de B. Cependant A est à laiois l'un des extrêmes et le moyen. Comme extrême, il représente la condition; comme moyen, la réalisation de la condition. La condition c'est plutôt la totalité, l'ensemble des conditions, la possibilité dans sa forme générale et abstraite (la substance et la nécessité

spécialement du syllogisme à Tobjet peut, au premier-coup d'œil, sembler peu naturel, surtout lorscomme possibilité de toutes choses). Or, les conditions ne sont que des matériaux qui attendent leur emploi, et qui appeUent nécessairement la réalisation de la chose dont elles sont la condition. L'être réel n'est ici qu'un être contingent, par cela môme qu'il est conditionné, et par conséquent ce syllogisme se forme suivant la seconde figure, et au lieu de A-A-B l'on a A-E-B, où A exprime d'abord la possibilité abstraite ou en général, et ensuite la possibilité réelle ou l'être contingent. Mais si B possible est identique à A possible, B réel est identique à A réel; et, d'un autre côté, si B n'estque par A, A n'est, à son tour, que pour et par B. £t ainsi, la condition et le conditionné se présupposent l'un l'autre, et c'est cette présupposition et cette médiation réciproque et absolue qui amènent l'identité concrète de leur contenu, c'est-à-dire, un terme qui est à la fois A et B. Par là le syllogisme hypothétique se change en syllogisme disjonctif. Ce syllogisme se forme d'après la troisième figure E-A-B. Le moyen est dans ce syllogisme l'universel concret et achevé, l'universel qui s'est développé à travers toutes les différences et qui enveloppe ces différences dans son unité. 11 est, par conséquent, tout aussi bien moyen qu'extrême, tout aussi bien l'universel que le parUculieret l'individuel.

' A est ou B, ou C, ou D.

A est B.

Donc il n'est ni C ni D.

Ou bien

A est ou B, ou C, ou D.

A n'est ni C ni D.

Donc il est 6.

A n'est pas seulement sujet dans les deux prémisses, mais dans la conclusion. Dans la majeure, il est l'universel, et U est l'universel qui, dans son prédicat, embrasse la circonscription en tière de ses déterminations particulières ou de ses espèces ; dans

âÔO LA SCIENCE DE LA NÛTIÛST.

qu'on ne voit dans le syllogisme qu'une opération de Fentendement et une forme purement subjective. Et on ne peut pas attendre à ce qu'on montre ici ce passage comme un fait d'expérience. Ce dont il s^agit c'est de savoir si la manière dont on conçoit pr^i-^ nairement ce qu'QU appelle (%>! correspond^ daps une certaine mesure^ à l'objet tel qu'il est ici déteiv miné (1). Or par objet on n'entend pas ordinaire-

la mineure, il est Tuniversel déterminé, ou l'universel entant qu'espèce; et dans la conclusion, il est une déterminabilité individuelle qui exclut tout autre déterminabilité. Ou bien il est Tindividualité dans la mineure, et le particulier ou Fespèce dans la conclusion. De plus, par cela môme que les dififérences sont ici ses différences essentielles et absolues, et qu'il est à son tour Tunité d3 ces différences, la différence de la forme positive et de la forme négative du rapport n'a ici plus de sens. Maintenant, cette unité du moyen et des extrêmes amène i^ Tidentité de la forme et du contenu; 2° enlève au syllogisme tout caractère subjectif, caractère qui lui venait précisément do la différence et des rapports extérieurs du moyen et des extrêmes, tandis qu'ici c'est un seul et même principe qui pose et reçoit la médiation ; mais 3° elle efface par cela même le syllogisme et élève la notion à ce degré, ou, après s'être affranchie de tout élément contingent et subjectif, elle se produit sous une forme nouvelle immédiate, sous la forme d'un être (ein SeynJ, mais d'u^ èt^e où se trouvent enveloppés dans leur simplicité tpusi les moments précédents, où elle se produit, en un n^Qt, çomm^ objet. Je n'ai pas besoin de faire remarquer que, pour l'iat^lligeûce de ces théories , il faut avoir présentes non-seulement la théorie du jugement, mais les théories de Tôtre et de l'essence.

(1) « Dans la logique ordinaire, dit Hegel, ou termine la première partie, ce qu'on appelle la partie élémentaire, par la théorie du syllogisme. Puis vient la seconde partie, ce qu'on appelle la

OBJECTIVITÉ. %9i

ment un être purement abstrait, une chose qui ne possède que l'existence ou une réalité m général y

science de la métbod^t dans laquelle on montre commeiit, i^n appliquant aux objets les formes de la pensée dont il a été question dans la preipière partie, ou peut obtenir un ensemble de* connaissances scientiûques. Mais d'où viennent ees objets, et que fàut-^il entendre par objet, c'est li g« dont ne »*inquiète nullement la logique de Tentendement, Pour elle , la penséQ n'a qu'une valeur subjective, dont l'activité n'est qu'une activité formelle , et elle place l'objet vis-à-vis de la pensée comme un terme qui existe par lui-même et indépendamment de la pepsée. Mais ce dualisme n'est pa» U Vérité, at o'esl un procédé irrationnel que de prendre mécaniquement le sujet et l'objet sans s'enquérir de leur origine. Tous les deux, le sujet ainsi que l'objet, sont des pensées, et des pensées déterminées, lesquelles doivent se justifier en montrant qu'elles ont leur fondement dans la pensée universelle et qui se détermina elle-même. C'est ce que nous avons fait ici, d'abord à l'égard de la subjectivité. Nous avons reconnu que celle-ci, ou la notion subjective, qui contient, en tant que notion comme telle, le jngement et le syllogisme, est le résultat diateotiqua des deux premières parties principales de l'idée logique, savoir l'être et l'essence. Lorsqu'on dit que la notion n'est qu'une détermina tion subjective, cela est vrai, en ce sens qu'elle constitue la sphère de la subjectivité. Et le jugement et la syllogisme, qui, avec les lois de la pensée, eonune on les appelle, c'est-à-dire, les principes de contradielion, de raison suffisante, et^., forment le contenu de la théorie élémentaire de la logique dans la logiqua ordinaire, le jugement et le syllogisme sont, à eat égard, des éléments subjectifs comme la notion elle-même. Maia il ne faut point considérer cette sphère de la subjectivité comma une charpente vide qui reçoit sa réalité du dehors et des objets qui l'en* tourent, mais comme brisant elle-même cette limite en vertu da sa propre dialectique, et comme s'éievant à l'objet à travers la syllogisme. » (Grande Eneyelop,, $ aai.)

mais une réalité concrète et achevée (1). Cette réalité achevée, c'est la totalité de la notion (2). On entend aussi par objet une j-calité qui se pose en face d'une autre réalité (3) à laquelle elle est extérieure. Mais c'est là une détermination qui se produira plus tard lorsque l'objet s'opposera au sujet. Ici, où la notion est sortie d'un état de médiation, il n'est qu'objet immédiat. Plus tard la notion se déterminera dans Topposition de l'objectif et du subjectif.

L'objet est aussi considéré comme un tout encore plus indéterminé. Dans ce sens il est le monde objectjf en général. Dieu, l'objet absolu. Mais l'objet ainsi entendu contient des différences, lesquelles constituent un nombre indéfini d'existences (en tant que monde objectif) ; et chacune de ces existences individualisées est aussi un objet, une existence concrète, distincte et achevée.

Comme on peut comparer Vobjectivilé avec Vêtre,

(\) Ein concrètes in sich vollstdndiges SeIbsUtdndiges,

(2) Dièse Vollstdndigkeit ist die Totalitdt des Begriffs; parce que l'objet enveloppe tous les moments précédents.

(3) Dos Objekt auch Gegenstandy und einem Andern Aeusseres ist.

Le Ge(rens/an(2 exprime mieux Vopposition de Pobjet avec un terme autre que lui. Mais ici cette opposition n'existe pas encore. Ce qu'on a ici , c'est la notion subjective qui s'est absorbée dans l'objet; en d'autres termes, ce qu'il fauteonsi-, dérer ici , c'est l'objet en lui-môme dans son état immédiat et indépendamment de son opposition avec le sujet, car celle opposition est une détermination ultérieure de la notion.

Vcxistence réfléchie^ et la réalité^ de même on peut comparer le passage de la notion à V existence ré fié allie et à la réalité (Wirldichkett) (car, pour l'être, il forme la première détermination immédiate et purement abstraite) avec son passage à Vohjectivité. IjSl raison d'être d'où sort l'existence réfléchie, et le rapport essentiel y qui s'annule pour passer à la réa/i^é, ne sont autre chose que la notion encore incomplète, ou que des moments abstraits de la notion. La raison (T être y c'est l'unité de la notion, mais une unité d'e^-r sence (1), et lé rapport essentiel n'est que le rapport de deux réalités qui peuvent se réfléchir sur ellesmêmes (2). La notion est l'unité de la raison d'être et du rapport essentiel, et l'objet n'est pas seulement une unité d'essence, mais Tunité universelle, et les différences de la réalité ne s'y trouvent pas à Tétat de simples différences, mais comme totalités (3) .

Il suit de là que dans ces différentes transformations (4) il ne s'agit pas seulement de l'indivisibilité de l'être et de la pensée. Nous avons fait souvent Te-

(1) yvesenhafte Einheit, Qui n'est pas Tunité de la notion. {%) Gomme le rapport de causalité, par exemple, qui touche à la notion, mais qui n*est pas la notion.

(3) Cesl-à-dire que l'objet n'enveloppe pas seulement l'être et l'essence, mais les 'déterminations de la notion subjective, et que ses différences, c'est-à-dire, les différents objets, ne sont pas les différences abstraites de la sphère de l'essence, ni de simples réalités différentes, ni même des jugements ou des syllogismes, mais des totalités concrètes.

(4) Veberg'àngen. Passage d'une sphère à l'autre.

ïûàrquer qlie Têtre n'exprime qu'un rapport simplô avec soi, et que celte détermination, où il y a si peu de réalité, se trouve dans la notion et dans la pensée. Pour bien saisir le sens de ces transformations, il ne faut pas prendre une détermination, et se borner à considérer ce qu'elle contient (ainsi que cela â lieu dans la preuve ontologique de Texistence de Dieu, où on énonce la proposition que Tétre est une de ses réalités), mais, sans y faire intervenir cette abstraction de Tétre, ni même Tobjet, il faut voir comment la notion doit être déterminée en elle-même, et consi* dérer si, dans ce passage d'une détermination à l'autre, elle ne se sépare jamais d'elle-même, en rêvé*tant une forme qui lui soit étrangère (1).

Si Ton met en regard le produit de ce passage, c'està-dire, Tobjet, de la notion qui a disparu en lui, suivant sa forme propre (2), .on aura un résultat qu'on pourra exprimer ainsi : a En m la notion, ou si Ion veut, la subjectivité et Tobjet sont une seule et même chose, mais il est aussi vrai de dire qu*ils sont dis-

(1) Hegel veut dire que ôe travail de h pensée, par lécinel celle-ci s'efforce d'atteindre à l^unité de la notion et de la science, doit se proposer de retrouver la notion au fond de chaque détermination, et de rechercher si! y a des déterminations qui ne lui appartiennent pas, et qu'à ce point de vue c'est une recherche de peu d'importance que celle qui se borne à examiner si la pensée ou la notion possède Tôtte, puisque Vôtre est ce qu'il y a de plus superficiel et de plus abstrait dans la notion.

(2) C'est-à-dire, suivant le mouvement ordinaire de la notion.

tincts. » Et comme de ces deux expressions Tune est aussi exacte que l'autre^ on peut dire (Qu'elles sont inesiactes toutes les deuXé C'est que ces expriessions sont insuffisantes pouT représenter le vrai tappott de la notion et de l'objet» Cet m soi de la notion h'est qu'une abstraction^ et la notion fait disparaître cette abstraction et cette imperfection en passant dans l'objet, c'est-à-dire dans une abstraction opposée (1). Et ainsi cette unité en Soi ne saurait atteindre à son état concret et à son être-pour-soi (â) qu'en posant sa négation. C'est là la vraie identité spéculative qui se distingue de l'identité ordinaire, suivant laquelle la notion et l'objet ne seraient qu'en sot une seule et même chose. Nous avons fait souvent cette remarque. Et on ne saurait assez la répéter, si Ton veut corriger cette opinion fausse et superficielle sur l'identité. Mais on doit peu espérer de voir les esprits se pénétrer suffisamment de cette vérité.

C'est, on le sait, cette unité de la notion et de Tclbjet que suppose la preuve ùrUologi(iuè de l'existënoe

(1) C*est-à-dire, si OU sépafe Fobjet àë Id hOWùû sabjective.

(â) Hegel veut dire que cette unité immédiate et yirtaelle de la pensée subjective et de Tobjet, ainsi qu'on se la représente ordinaifetnent, ne constitue qu'un rapporf éxtéfiéttf de des détii termes et un état abstrait de la notion, et que la vraie unité contient et la notioft subjective et la notion objéfetive, et Fètre eh et pour soi , ou Ya négation de la notion subjective et de ]A ûotioù objective, eu îxht qtie deux moments îMépenâants et dbr tincts.

de Dieu, preuve qui est considérée comme la plus concluante et la plus complète. C'est dans saint Anselme, qui le premier s'est demandé s'il y a un objet qui réponde à notre pensée, que se trouvent les éléments les plus importants de cette preuve. Voici, en résumé , son argument : Certe id , quo majus cogitari nequit, non potest esse in intelleclu solo. Si cnim vel in solo intelleclu est, potest cogitari esse et in re ; quod majus est. Si ergo id quo majus cogitari non pote si ^ est in solo intcllectUj id ipsum, quo majus cogitari non potest^ est quo majus cogitari potest. Sed' certe hoc esse non potest.

La finité des choses vient d'après le point de vue auquel nous sommes placés. ici, de ce que leur existence objective ne coïncide pas avec leur pensée, c'est-à-dire avec leur détermination générale, leur genre et leur fin. Descartes, Spinoza, etc., ont accordé à cette unité de la notion et de l'être une valeur objective. Mais le principe de la certitude ou de la foi immédiate entend plutôt cette unité d'une manière subjective et à la façon de saint Anselme, en ce qu'il considère la représentation de Dieu comme inséparable de son être dans notre conscience (1).

Le principe de la foi trouve bien son application dans les choses sensibles, parce que la conscience de

{{) Inunserem Bewusstseyn, Et non objectivement et indépendamment de notre conscience, d'une manière nécessaire et absolue. C*est à la doctrine de Jacobi que Hegel fait allusion. Voy. vol. !•% §5 L, cccxviii etsuiv.

leur existence et leur existence sont liées dans Tintui* tien ; mais il serait illogique de prétendre que la pensée de Dieu fût liée dans la conscience à son existence, de la même façon que la pensée est' liée à Texistence des choses finies. L'on oublierait que les choses finies sont transitoires et soumises au changement, c'est-à-dire que l'existence et la pensée de leur existence ne sont unies que transitoirement, que, par conséquent, leur union n'est pas étemelle, et qu'elles peuvent être séparées. Saint Anselme a donc eu raison de ne pas tenir compte de Tunion de la pensée et de Tobjet telle qu'elle a lieu dans les choses fljiies, et de représenter l'être parfait comme un être qui non-seulement existe dans la pensée subjective , mais objectivement.

Les objectiojis qu'on dirige contre la preuve ontologique et la notion de l'être parfait, telle qu'elle a été déterminée par saint Anselme n'ont pas de valeur, car cçtte notion est dans l'esprit de tout homme de bonne foi, et c'est également à elle que toute philosophie est obligée de revenir.

Mais le vice de l'argumentation de saint Anselme, vice qui se retrouve dans Descartes, Spinoza et dans la théorie de la connaissance immédiate, consiste en ce que cette unité qu'on se représente comme l'être le plus parfait, ou , sous une forme subjective, comme le vrai savoir, est présupposée^ c'est-à-dire, n'est considérée que dans son état immédiat et en soi. Cela fait qu'en face de cette identité abstraite on maintient la difîé-

renée des deux déterminations, c'est-à-dirô qu'éïl face de Tinfini on maintient la représentation et Texis^ tence du fini, car le fini^ comme nous l'atoni déjà fait remarqjier, elt une existence objective qui n'est pas adéquate à sa flû, à son essence et à sa notion, et qui s'en distingue, et la pensée du fini est une pensée qui n'enveloppe pas Texistence. C'est là Tôthjection qu*on a dirigée depuis longtemps contré la preuve de saint Anselme. On fera disparaître cette objection et cette contradiction en montraM que le fini n'est pas le Vrai, que ces deux déterminations, le fini et r infini. Considérées séparément «ont incom^ plètes et n'ont pas de réalité, et que c'est dans leur identité qu'elles trouvent leur conciliation et leur réalité (1).

(i) Voici la pensée de âegel dans ce paragraphe : 1"* V objet n*est £ta*une nouvelle détermination de la àotioti, et le passage du sujet à Tobjet â*est que le passage d'une détermination à TatU tre, de Fétat subjectif de la notion à son état objectif; 3° c'est sur ce passage que repose la preuve ontologique « car quand on^ dit que la notion de Dieu contient ou ne contient pas son existence, on ne veut, et on ne peut pas vouloir dire qu'elle contient ou ne Contient pas Yêtre, puisque la notion eit^ et qu'outre qu'elle esU elle possède d'autres déterminations plus complexes et plus profondes, mais seulement qu'il y a, ou qu'il n'y a pas un objet qui lui correspond; c'est donc l'impuissance où Ton est de comprendre ce passage qui fait qu'on tepousse la preute ontologique; 3" cependant, ceux-là même qui admettent cette preuve n'en saisissent pas le sens véritable, car, au lieu de considérer la connexion de ces deux termes, ce passage de l'un à l'autre comme s'opérant au sein même de Dieu , et comme ayant soii fondement

l'objet.

^ s CXCIV.

Le§ différences ont disparu dans Tobjôt^ et elles se trouvent en lui h Tétat d'indîlîérence. Par là l'objet est Têtre immédiat. Il est de plus une totalité. Mais comme cette identité ne constitue que Yêtre^en-soi de ses moments, il est indifférent à l'égard de son unité immédiate, et il tombe ainsi dans lé3 différences» dont chacune est une totalité. Dans Tobjet se trouve, par conséquent, réalisée cette contradiction absolue de plusieurs existences (1) qui sont complètement dépendantes et indépendantes tout à la fois.

dans sa ûatore, ils le considèrent comme une opération contingente et subjective de la pensée finie. Par là ils annulent cette démonstration, qui n*a une valeur qu'autant qu'elle aUeint et réproduit la réalité même de Dieu; et comme ils né lient la pensée et rêtre infini, et la pensée et Tètre fini que par un lien ettërieur et parement verbal, ils défigurent et mutilent Finfini Itiimême. Mais si la notion de Dieu contient son existence objective, il ne faudrait pas âe représenter Dieu comme résidant tout entier dans ces dent déterminations. Ni la notion subjective, ni Tobjet, ni la logique elle-même n*épuisent la nature divine, laquelle trouve son tmité et la plénitude de son existence dans Tesprit. Voy. vol. !•% 55 xxxvi, l, u, et son frailé sur VejDistetUie de Dieu,

(i) C*est-à-dite, les différents objets. Voy. Ç^suiv.

« Lorsqu'on se représente l'absolu comme objet, dit Heget, et qu'on s'arrête à ce point de Vue, sur lequel Pichte a surtout appelé l'attention danà tes derniers temps, on a le point de vue

Cette définition : l'absolu est l'objet y s'applique spécialement à la monade de Leibuitz qui est un ob-

de la superstition et de la frayeur servile. Sans doute Dieu est l'objet, et Tobjet vis-à-vis duquel notre pensée et notre volonté particulière et subjective n'ont ni valeur ni vérité. Mais, en tant qu'objet absolu, Dieu n*est pas une puissance impénétrable et hostile au sujet, car il contient bien plutôt la subjectivité comme un moment essentiel de sa nature. C*est lace qu'exprime la religion chrétienne, lorsqu'elle dit « que Dieu veut que tous les hommes soient sauvés, et que tous les hommes soient heureux. » Pour que tous les hoitimes soient sauvés et qu'ils soient heureux, il faut qu'ils s'élèvent à la conscience de leur unité avec Dieu, et 'que Dieu cesse d'être pour eux un simple objet, et partant un objet de terreur. Ensuite, lorsque la religion chrétienne nous présente Dieu comme amour, et comme amour qui se révèle à l'homme par son Fils, lequel ne fait qu'un avec lui, et se révèle à l'homme sous la forme humaine (ah dieser mzelne MenschJ en accomplissant ainsi sa délivrance, la religion chrétienne nous enseigne par là que l'opposition de la subjectivité et de l'objectivité a été virtuellement vaincue, et que notre tâche consiste à travailler à cette délivrance, en renonçant à notre subjectivité immédiate (en dépouillant le vieil Adam), et à reconnaître Dieu comme principe vrai et essentiel de notre moi. Si la religion et le culte consistent à triompher de cette opposition du sujet et de l'objet, la science aussi, et la philosophie surtout, n'aura d'autre but que de surmonter cette opposition en s'appuyant sur la pensée. La tâche de la science consiste à faire que ce monde objectif ne nous soit pas étranger, ou à nous faire retrouver en lui, comme on dit, ce qui signifie aussi qu'elle consiste à ramener le monde objectif à la notion, c'est-à-dire à ce qu'il y a de plus intime en nous. Ces considérations montrent tout ce qu'il y a d'erroné dans cette manière d'envisager le sujet et l'objet comme formant une opposition inconciliable. Tous

jet doué de la faculté représentative, et de la faculté de se représenter l'univers. A Tégard de son unité simple toute différence n'est qu'un moment idéal, et qui ne subsiste pas par lui-môme. Rien ne lui vient du dehors, elle est la notion entière (l), et il n'y a en elle d'autre différence que les degrés de ses développements. Il y a un nombre indéfini de monades dont chacune se suffit à elle-même et forme une existence indépendante. Mais, parla monade des monades et par Tharmonie préétablie, ces substances sont ramenées à un état de dépendance, et à une existence purement idéale. La philosophie de Leibnitz contient, par conséquent, la contradiction complètement développée (2).

les deux se nient et s'appellent réciproquement. La notion subjective devient objet par sa vertu propre et sans le secours d'un terme, d'une matière étrangère, et l'objet, à son tour^ n'est pas un être fixe et immobile (Starres und Processlosesj; mais son processus consiste à se reconnaître aussi comme sujet, ce qui amène son passage à la sphère de Vidée, Celui à qui ces déterminations du sujet et de l'objet ne sont pas familières, et qui maintient leur opposition, celui-là verra ces déterminations abstraites (c'est-à-dire, le sujet sans l'objet, et réciproquement) lui glisser par les doigts, et il lui arrivera de dire, à son insu, le contraire de ce qu'il aura voulu dire. » (Grande Encyclop., § cxci.)

(1) Der ganze Begriff. C*est-à-dire, la notion avec toutes ses dé* terminations.

(2) Vobjet n'est ni le tout et les parties, ni la cause et l'effet, ni la substance et les accidents; mais il sort de toutes ces déterminations qui ont été, pour ainsi dire, façonnées par la notion subjective (le jugement, le syllogisme, etc«). Il contient, par

a) Le mécaniatne.

S cxcv.

l"" L'objet dans, son état immédiat ne contient la

conséquent, ces déterminations à Tétat simple et dMndifférence. Dans un objet, en effet (Dieu, Tàme, le soleil), la cau»e, la substance, l'individuel et le général se trouvent comme enve-^ loppés et ramenés à runité,et si l'on prend une partie d'un objet, on n'aura pas la partie d'un tout, mais une totalité. L'on ne doit pas, par conséquent, se représenter l'objet comme un atome, parée que l'atome n'est pas une totalité, mais plutôt comme la monade de Leibnitz, parce que la monade est une unité qui ren-> ferme virtuellement l'univers, bien qu'à la manière dont Ta conçue Leibnitz elle ne soit qu'un tout indéterminé et composé par la réflexion extérieure.

. Pour bien saisir cette théorie, il faut 1° se représenter l'objet en lui-même et indépendamment de sou opposition avec la pensée, le moi (dans leurs déterminations logiques), qui n'existent pas encore ici, et qui doivent sortir de l'opposition de la notion subjective et de la notion objective. Ici la notion construit le monde objectif en y transportant tous les degrés précédents, t** 11 faut prendre le mot objet dans son aoœption la plus large, c'est* à-dire, comme constituant l'objectivité ou le monde objectif. On peut entendre l'objet de deux façons. L'objet apparait, d'une part, comme un ensemble d'existences multiples et immédiates qui se posent devant la nation subjective ou le moi (ee vm^fMi del'idéalisme^eFiehte), et dont le moi s*empare, qu'il s'assimile et qu'il annule, pour se donner la conscience de lui-9^me et de sa valeur absolue. Dans ce sens, l'objet n'existe que pour to moi, et il n'a de raison d'être que comme un champ sur lequel le moi exerce son activité: D'un autre côté, l'objet apparaît comme un être qui existe en et pour soi, et où il n'y a ni limite . ni opposition. C'est dans ce sens qu'on appelle objectifs la vérité, les chefs-d'œuvre de l'ait, etc., parce qu'on les considère comme placés dans un état de liberté et comme échappant à toute ^n«

M£CAmS!MS, 303

notion qu'en soi, et cçUe-ci demeure d'abord en tant que potion subjective, hors de lui, et toute détermi*^

éltipn subjective et contingente. 'Et bien que la vérité et les principes fassent leur apparition dans la c(»nscience, et qu'ils lui appartiennent, on les appelle cependant objectifs, eu ce qu*ou les considère dans leur existence absolue; et la connaissance ne 6ousis(e ici qu'à saisir l'objet tel qu'il est en et poi](r soi, e( pq éloignant tout élément arbitraire et contingent qui puisse altérer Timmutabilité et la nécessité de sa nature. — Mais d'abord il est aisé de voir que ces deux manières de concevoir l'objet dans . ses rapports avec le sujet , s'appellent réciproquement Tune l'autre ; <^ qui veut dire que , prises séparément , elles sont exclusives et fausses toutes les deux. Car ce moi qui s'empare de Pobjet et qui se Tassimile, ne peut s'en emparer «t se l'assimiler qu'autant qu'il est lié à Tobjet p^if up lie^ intime e( par une communauté de nature. Et, d'un autre côté, cet objet qui apparaît dans la conscience, n'y apparaît que parce que la conscience est, pour ainsi dire, sa demeure naturelle, et qui est faite pour la recevoir. En outre, la pensée est à la fois un principe subjectif et objectif. Et telles sont aussi la potion et la vérité, Ce^ lois absolues et objectives qui viennent se poser devant le moi sont, en tant que pensées, des pensées, et elles ne sont que des pensées. Et si la vérité est Yidentité de la notion et de son objets la vérité est, comme la pensée, l'unité du monde subjectif et 4q monde objectif. Cette unité, nous la verrons se produire comme Idée. Par conséquent, il ne faut pas se représenter l'objet comme un terme extérieur au sujet, ou qui ne lui serait qu'accidentellement uni, mais comme un terme qui forme avec le sujet une unité indissoluble , de telle façon qu'en se développant l'objet déve^ loppe, en les combinant avec ^es propres déterminations, les déterminations du sujet. Seulement ici on n'a que l'objet ou la notion objective à l'état immédiat, et telle qu'elle est sortie du mouvement de la notion subjective; de sorte que l'objet n'a pas encore posé ses déterminations, et partant, la notion subjective elle-même ne s'est pas encore objectivée*

304 LA SaENCE DE LA NOTION.

nabilité est posée en lui comme un élément qui lui est extérieur (l). Par conséquent l'objet est l'unité d éléments différents, mais une unité collective, un agrégat, et son action ne constitue qu'un rapport extérieur. C'est le mécanisme formel. Dans ce rapport et danô cette dépendance réciproque, les objets conservent en même temps leur indépendance ; ils s'opposent exténeurement une résistance.

REMARQUE

De même que le choc et l'impulsion ne sont que des rapports mécaniques, de même nous ne connaissons que mécaniquement et de mémoire, lorsque les mots n'ont pas de sens pour nous, et qu'ils demeurent, pour ainsi dire, en dehors de la pensée et de la représentation qu'ils expriment. En ce cas, les mots sont comme extérieurs les uns aux autres, et ils forment une série de phénomènes sans significatioh et sans valeur. L'action, la piété, etc., sont aussi des faits mécaniques lorsqu'elles nont d'autre fondement que ïes formes du cérémonisd et un sentiment irréfléchi, et l'homme, qui ne met pas sa pensée et sa vo-

(1) Cest^à-dire qne Tobjet, à son point de départ, ou dans son état immédiat , ne contient que virtuellement les déterminations de la notion, ses propres déterminations ainsi que les déterminations de la notion subjective. Et ainsi ici le monde objectif n'est qu'un agrégat, un ensemble d'objets liés d'une manière extérieure. — Voy., pour la déduction de ces termes, \ cxcix.

MÉGANISIAE. 305

lonté dans ses actions, leur demeure en quelque sorte étranger (!)•

(1) « Le mécamme {Der Mechardsmus, c'est-à-dire ce moment de la notion qui embrasse les rapports mécaniques absolus), dit Hegel, en tant que première forme de Tobjectivité, est aussi cette catégorie qui se présente à la réflexion dans la considération du monde objectif, et à laquelle la réflexion s'arrête bien souvent. Mais ce n'est là qu'un point de vue superficiel et extérieur, qui est insuffisant dans la connaissance de la nature, et plus encore dans celle de l'esprit. Dans la nature, les rapports mécaniques sont les rapports les plus abstraits, et ils ne s'appliquent qu'à la matière élémentaire, et qui n'est pas encore développée (unaufgeschlossenen), tandis que les phénomènes physiques proprement dits, tels que les phénomènes de la lumière, delà chaleur, du magnétisme, de l'électricité, etc., ne sont plus de simples phénomènes mécaniques, comme la pression, le choc, la séparation des parties, etc. £t l'application de cette catégorie dans la sphère de la nature organique est bien moins légitime encore, lorsqu'il s'agit de déterminer les caractères spécifiques de l'être organique, et particulièrement la nutrition et la croissance des plantes, et la sensibilité animale... Pour ce qui concerne le monde spirituel, ici aussi on abuse de cette catégorie, ainsi que cela a lieu, par exemple, lorsqu'on dit que l'homme se compose d'âme et de corps, et qu'on considère l'âme et le corps comme unis par un lien purement extérieur, ou bien lorsqu'on se représente l'âme comme un assemblage de forces et de facultés indépendantes et placées l'une à côté de l'autre. Mais si Ton doit repousser ce point de vue lorsqu'il s'attribue une valeur absolue et qu'il prétend remplacer la connaissance suivant la notion (begrei'' fendes Erkennen), on doit, d'un autre côté, lui faire sa part, en tant qu'il forme une catégorie logique universelle , laquelle n'est pas, par cela même, renfermée dans cette sphère de la nature d'où elle a tiré son nom, c'est-à-dire dans la Mécanique. C'est ce dont on pourra s'assurer si l'on porte son attention sur les autres parties de la science de la nature, la physiologie, par exemple. Car

306 LA SOENCE m LA MOTION.

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