‹ Logique de HegelChapitre 115 sur 137 · S CCIV · texte numérisé non relu

S CCIV

I^ but 6$t la notion qui est pour soij la notion qui

•r> la présupposUion ^ du ehimisipe consiste, comme on Ta vu $ cxcix, dans la présence d'objets immédiats, distincts et en même temps virtuellement identique^. Cette identité virtuelle gu'cette tension suppose un principe commun, qui est les deux objets lans être aucun d*eu^ en particulier ; c'est-à-dire, elle suppose uu principe neutre, mais un principe qu'ici n*est qu'un principe abstrait ou la possibilité de leur unité. Telle est, par exemple, l'eau dans la nature, les signes en génér^^l, et plus particulièrement le langage dans tes choses de l'esprit, autant que cette catégorie trouve sou application dans l'esprit. Avec celte réserve, le rapport des sexes, l'amour, l'amitié rentrent aussi dans cette catégorie. Lorsque ce principe agit sur les objets chimiques, leur unité virtuelle se réalise, passe de la possibilité à Tacte; mais, par cela même, l'état de tension où ils se trouvaient est annulé. Ce qui sort, par conséquent, de ce premier degré du processus chimique, est un produit neutre, c'est-à-dir^ un produit où les extrêmes ne sont plus des objets distincts, et où ils ont perdu avec leur tension les propriétés qu'ils possédaient, mais où ils gardent cependant leur aptitude à revenir à leur état d'indépendance et de tension^ Cela f£^it que ce prQduit est une unité formelle, et non une unité qui contient et exprime l'unité de la notion. Ce qui {s^it, en d^autres termes, l'imperfection et la Unité du produit neutre^ c'est quç son activité est neutralisée, c'est-àdire quç cette unité négative, ou cette activité du principe, qui a amené la combinaison des extrêmes, a cessé d'agir et n'existe plus dans ce produit, de telle sorte que Iç processus chimique se trouve arrêté dans le produit neutre, et que cçlui-ci ne saurait le conti-" nuer ou le recommencer* Cependant^ par cela même que le produit neutre n'çst pas la vraie ^t complète unité, cette unité, c'est-à-dire le principe commun et identique des extrêmes , est séparé de

est parvenue à sa libre existence par la négation de robjectivîté immédiate. Le but est d'abord déterminé comme but subjectif, parce que cette négation n'est d'abord qu'une négation abstraite (1) , ce qui fait qu'ici le but se trouve encore posé en face du monde objectif. Or le but subjectif n'est pas seulement in-

lui , et il lai est extérienr. Mais, d'un autre côté, tout en formant une existence distincte, ce principe a un rapport avec lui, puisque c'est ce principe qui a rapproché les extrêmes, et qui les a unis dans le produit neutre. Or, l'action qu'exerce maintenant ce principe sur les objets est une action opposée à celle qu'il y exerçait d'abord. Là, il les unissait, ici, il les sépare de nouveau, et il les sépare pour les replacer d'abord dans leur état d'indépendance et de tension. Cependant, les objets qui sortent de leur état neutre pour revenir à leur liberté ne sont plus les objets tels qu'ils existaient primitivement, mais des objets qui se sont unis à d'autres objets, et qui s'en séparent pour former des combinaisons nouvelles. Ce qui se trouve posé au fond de ce processus, de ce mouvement de composition, de décomposition et de recomposition, c'est l'objectivité absolue, ou l'unité de la notion dans sa forme objective. L'objet s'unit à tous les objets, et cette union repose sur l'unité de la notion qui, en partant de l'identité abstraite et possible des objets (état de tension), réalise d'abord cette identité dans le produit neutre, et qui, en supprimant le produit neutre, réalise l'objectivité absolue. Cette identification et cette fusion des objets a pour résultat d'y supprimer toute extériorité, et de faire qu'il n'y ait plus d'objet étranger et extérieur à un autre objet. Or, la notion qui est arrivée à ce degré, c'est-à-dire qui a soumis tous les objets à sa force et son acti^ vite absolue, c'est le W. J'ajouterai qu'ici aussi la notion se développe à travers trois syllogismes, dont les termes sont les objets à l'état de tension et le principe actif qui les unit.

(1) C'est-à-dire, qu'elle n'est pas la négation de la négatioti qui a lieu par la réalisation du but.

complet à Tégard de la totalité de la notion, mais à l'égard du but lui-même, puisqu'il se produit comme ayant supprimé en lui toute détermination, et que, par cpnséquent, ce monde objectif qui a été présupposé n'est vis-à-vis de lui qu'une existence idéale et sans réalité (1). Ainsi, le but contient la contradiction de son identité et de la négation qui est posée en lui ; et à ce titre il est l'activité qui supprime et nie son contraire, et qui le rend par là identique à lui. C'est là la réalisation du but (2). En se réalisant, le but sort de son état subjectif, et s'objective. De cette manière il annule la différence de ces deux moments, et il opère leur conciliation dans son unité.

REMARQUE

L'on a bien fait d'appeler la notion du but notion de la raison^ par opposition au général abstrait de Tentendement, qui est en rapport avec le particulier, sans le contenir.

La distinction entre le but, en tant que catise finale^ et la cause purement efficiente^ est de la plus

{{) C'est-à-dire, que le but subjectif est incomplet, non-sea- , lement parce qu'il n'est pas la totalité de la notion du but, qui embrasse à la fois le but subjectif et le but objectif, mais parce qu'il est un but abstrait et indéterminé, un but qui demeure étranger à l'objet, lequel apparaît vis-à-vis de lui comme i^ne existence idéale et sans réalité (an sich mchtigej, c'esl-à-dirc, comme une existence que le but subjectif considère comme no le concernant pas et comme n'étant pas pour lui.

(â) Dos ReaUsiren des Zwechs.

baute importance. La cause eflicienle rentre dans la sphère de la nécessité aveugle et qui n'est pas encore développée ; elle apparaît comme passant dans .un terme étranger et comme perdant, en se réalisant, sa nature primitive; la cause efficiente n'est cause dans son effet, et ne revient sur elle-même que virtuellement, ou pour nous. (1) La cause finale, au contraire, est posée comme contenant elle-même sa détermination ou son effet, effet qui dans la cause efficiente apparaît comme un terme étranger ; ce qui fait qu'en agissant, la cause finale ne sort pas d'elle-même, mais elle se développe au dedans d'ellemèmè, et qu'elle est à la fin ce qu'elle était au commencement et dans son état primitif. C'(3st là la vraie cause première. Le but ne peut être saisi que par la pensée spéculative. Car c'(»st la notion qui, dans Tidentité et l'idéalité de ses déterminations, contient le jugement (2), ou la négation, et Topposition, ainsi que l'unité du subjectif et de Tobjectif.

On ne doit pas concevoir le but sous la forme qu'il revêt dans la conscience, c'est-à-dire sous la forme d'une représentation (3). Kant, en mettant en lumière la notion de la conformité interne des choses

(0 Voy., pour le sens de ces expressions, p. 181 , note IL

(2) Ce mot doit être entendu dans le sens déterminé plushaiit, §5 cLxvi et suiv.

(3) C'est-à-dire que c'est la notion même du but qu'il faut saisir. x

avec leur but (1), a appelé Fattention sur la nature intime de Tidée, et surtout de Tidée de la vie (2). La notion qu'Aristote se fait de la vie contient déjà cette appropriation interne des choses à leur but, et elle est bien supérieure à la finalité des modejnes, qui n'est qu'une détermination extérieure et finie.

Les besoins, les désirs offrent les exemples les plus simples du but. Ce sont, en effet , des contradictions qui existent dans le sujet vivant, et qui sont senties par lui. Mais ils possèdent en même temps une activité à l'aide de laquelle ils font disparaître cette contradiction. C'est là ce qu'opère la satisfaction du besoin^ qui amène Taccord du sujet et de Tobjet. Dans le besoin, le sujet et Tobjet sont séparés, et partant, ils sont incomplets ; et ce n'est que par leur réunion qu'ils se complètent.

Ceux qui prétendent que le fini, le sujet comme l'objet, a une existence propre et dont on ne peut franchir les limites, trouvent dans chaque besoin un exemple qui prouve le contraire. Car le besoin démontre que le sujet et l'objet, pris séparément, ne sont que des moments incomplets et sans réalité, et il donne en quelque sorte un corps à cette certitude en montrant l'opposition et la limitation du sujet et de l'objet, et en effaçant en même temps leur finité.

(1) Cest à la théorie du jugement de KaBt ^*il fait allusion. Voy. vol. !•% 5 Lv, p. 307.

(2) Voy. §§ ccxm et suiv.

S ccv .

Le rapport téléologique est d'abord^ dans sa forme immédiate^ une conformité extérieure des choses avec leur but, et la notion est posée en face de Tobjet dont Texistence est présupposée. Le but est, par conséquent^ un but fini, en partie par son contenu, en partie parce qu'il a besoin d'une matière ou d'une condition extérieure, c'est-à-dire, d'un objet pour se réaliser. La détermination du but par lui-même n'a par conséquent ici qu'une valeur formelle. De plus, dans cet état immédiat, le particulier, qui, en tant que détermination de la forme, est la subjectivité du but, et en tant que se réfléchissant sur lui-même, est le contenu , apparaît comme se différenciant de la totalité de la forme, c'est-à-dire de la subjectivité en soi, ou de la notion même du but (1).

(1) Si Ton considère le butdans sou état immédiat, c/est-à-dire, si on sépare le but de l'objet ou de la chose dont il est le but, ou, ce qui revient au même, si Ton s'arrête au but subjectif et qu'on considère ce but comme une simple forme subjective extérieure à Tobjet (ainsi que se l'est représenté Kant, et qu'on se le représente ordinairement), on aura d'un côté la forme subjective, c'est-à-dire, une détermination particulière, et de l'autre le contenu de celte môme forme, c'est-à-dire, une autre détermination |;ar/ictt/ière, et ces déterminations différeront de la totalité même de la forme subjective, qui, en soi ou virtuellement, contient la totalité de la notion, c'est-à-dire, la notion d'un but absolu. C'est cette différence ou séparation de l'élément subjectif et de l'élément objectif qui constitue le moment de la finité du but.

C'est cette différence qui fait la fînité du but au dedans de lui-même ( 1 ). Le contenu est par là limité ^ contingent^ et comme extérieur au but, et l'objet est un objet limité, et posé en face du but (2).

(i) Iimerhalb semer selbst. Cest-à-dire, que c'est un moment du but lui-même et qui est compris dans son développement.

(2) Vorgefundenes, Trouvé devant soi, et comme indifférent au but. C'est le monde, mécanique et chimique.

« Lorsqu'on parle du but, dit Hegel, on n'a généralement devant ïes yeux que la finalité finie. D'après cette manière de considérer la finalité, les choses ne porteraient pas avec elles leur propre détermination, mais elles ne seraient que des moyens employés pour réaliser un but qui est hors d'elles. C'est là, au fond, le point de vue utilitaire qui a joué autrefois un grand rôle dans la science, mais qui est maintenant tombé en disôrédit, car on a reconnu qu'il est insuffisant pour expliquer la vraie nature des choses. De toute manière, il faut accorder une réalité propre aux choses finies, par cela même qu'on les considère comme ne constituant pas la plus haute réalité, et comme s'élevant au-dessus d'elles-mêmes par leur vertu propre. Car cette négation des choses finies est leur propre dialectique, et pour saisir cette dialectique, il faut commencer par se placer au sein de leur réalité positive. Pour ce qui concerne cet autre point de vue qui se produit dans la considération de la finalité, à savoir ces intentions bienveillantes qui, dans la nature, manifesteraient la sagesse divine, ilfaut remarquer que, par la recherchede ces fins vis-à-vis desquelles les choses ne sont que des moyens, on ne s'élève pas, d'une part, au-dessus du fini, et de l'autre, on tombe facilement dans des réflexions superficielles, comme, par exemple, que non-seulement la vigne est faite pour l'usage de l'homme, mais que le liégc a été destiné à fournir des bouchons. Autrefois on écrivait des livres entiers dans ce sens, et l'on pourra aisément voir que, par ce moyen, on n'avance ni les vrais intérêts de la religion ni ceux de la science. La finalité exté-

8 ccvi.

Le rapport téléologique forme uu syllogisme dans lequel le but subjectif est uni à l'objet qui lui est extérieur par un moyen terme qui fait leur unité. Ce moyen terme c'est Y activité conforme au but(i), qui s'empare immédiatement de l'objet comme d'un moyen et le subordonne au but (3) .

rieure précède immédiatement Vidée; mais 11 arrive souvent que ce qui approche le plus d*une chose est ce qui s*en éloigne le plus. » (Grande Eneyclop. y § ccv.)

(1) Zweckmdssige Th'àtigkeit. Le but est essentiellement actif, ce qui fait qu'il s*emparc immédiatement de Tobjet.

(2) Il faut distinguer le Mitte, moyen terme, et le Mittel, moyen. « Le développement de la finalité dans son élévation à ridée, dit Hegel, parcourt trois degrés, c'est-à-dire, la finalité est d'abord finalité subjective, puis finalité qui se réalise , et enfin finalité réalisée. — Nous avons d'abord la finalité subjective qui, en tant que notion pour soi, contient déjà la totalité de ces moments. Le premier de ce moment , c'est l'universel identique à soi, l'eau à l'état neutre pour ainsi dire, oti tout est enveloppé, mais où rien n*est encore séparé. Le second moment contient la particularisation de l'universel , par laquelle celui-ci se donne un contenu déterminé. Mais comme ce contenu particulier a été posé par l'activité de l'universel, celui-ci revient sur lui-môme et rentre dans son unité. C'est ainsi que lorsque nous nous proposons un but, nous disons que nous nous décidons , et en disant cela nous nous considérons comme dans un état de possibilité, et comme ouverts, si Ton peut dire ainsi, à telle ou telle détermination. Mais cette expression veut dire ensuite qu'en nous décidant, nous (le sujet) sortons de notre état intérieur, et nous nous mettons en rapport avec l'objet. Cest là ce qui amène le développement ultérieur de l'activité finale, qui de la fin pure-

S CCVII.

t ) Le but subjectif est un syllogisme où la notion universelle du but se trouve réunie à l'individuel par le particulier, de telle façon que, d'une part, elle divise (1) par sa détermination propre (2) l'individuel, ou, ce qui revient au même, elle particularise Tuniversel encore indéterminé, et lui donne un contenu déterminé , et elle pose, en même temps, l'opposition du sujet et de l'objet ; et, d'autre part, elle y revient aussi sur elle-même ^ parce qu'en comparant l'état subjectif (3) de la notion qui a été présupposé en face de l'objet avec la totalité de ses déterminations, elle trouve cet état incomplet , ce qui fait qu'elle se tourne vers le dehors (4).

ment subjective se tourne vers le dehors (s'objective).» (Grande Encyclop.y'^0(j. Voyez, pour les déductions de cette catégorie , §212.

{\) Vrtheilt — juge.

(2) Als die Selbstbestimmungy c'est-à-dire l'universel qui se détermiue lui-même. Voy. § précédent.

(3) Subjéklmi'dt. La subjectivité de la notion a été présupposée, puisqu'elle est le point de départ du syllogisme.

(4) La notion totale {der allgemeine Begriff) du bat est d'abord but subjectif et indéterminé. Mais elle se détermiae et se particularise, et par là elle se donne aussi un contenu déterminé; et comme elle se détermine pour se réaliser, elle sort de son état subjectif et pose l'opposition du sujet et de l'objet. Mais comme, d'une part, elle ne perd pas son unité et son individualité, et que, d'autre part, la détermination qu'elle a posée ne répond pas à la totalité des déterminations qu'elle contient, puisqu'elle ne

S ccvm.

2) Cette activité qui se porte au dehors se met immédiatement en rapport comme individualité (dans le but subjectif elle est le particulier qui, outre le contenu, enveloppe Tobjet extérieur) d'abord avec Tobjet, et s'en empare comme d'un moyen. C'est la notion (du but) qui est cette puissance immédiate, parce qu'elle est la négativité identique à elle-même, vis-à-vis de laquelle Tobjet n'a qu'une valeur idéale (1 ). Le moyen terme entier est maintenant cette puissance interne de la notion, en tant qu'activité, avec laquelle l'objet se trouve immédiatement réuni comme moyen, et à laquelle il est subordonné.

Dans la (inalité finie le moyen terme se partage en deux moments extérieurs Tun à l'autre, l'activité et

s'est pas encore emparée derobjet,ou, ce qui revient au même, ne s'est pas encore réalisée, elle tourne son activité vers le dehors , c*est-k-dire vers le monde objectif, qu'elle doit s'approprier et pénétrer, en quelque sorte, de son essence. Conf. § 204.

(<) Nur ein ideelles. Expression qu'on a souvent rencontrée, et qui veut dire ici que l'objet ne peut résister à Taction du but, parce qu'il n'existe que pour lui, et qu'il n'est qu'un de ces moments. — Dans le premier rapport ou syllogisme, le moyen terme est le particulier. C'est le but indéterminé qui se détermine. Dans le second, c'est le but qui s'est individuaUsé dans l'objet. C'est, comme le dit le texte, cette négativité identique à elle-même, c'est-à-dire le but qui s'est emparé de l'objet et qm s'en sert p'i^ur se réaliser.

l'objet qui fournit le moyen. Le rapport du but, eu tant que puissance , avec Tobjet , et la subordination de ce dernier au but, se font d'une manière immédiate (c'est là la première prémisse du syllogisme), parce que vis-à-vis de l'idéalité absolue dé la notion, l'objet s'annule et s'efface. Ce rapport, ou cette première prémisse, devient elle-même le moyen terme, qui est en même temps virtuellement le syllogisme entier, en ce que le but par ce rapport unit cette activité qui lui est inhérente, et par laquelle il domine le monde objectif, avec ce dernier (1).

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