‹ Logique de HegelChapitre 119 sur 137 · S CCXII · texte numérisé non relu

S CCXII

Mais ce qui s'accomplit dans la réalisation du but c'est la suppression de l'existence incomplète du sujet, et de l'indépendance de l'objet, qui est posé en face de lui. En s'emparant du moyen, la notion se pose comme essence immédiate de l'objet. Dans les processus mécanique et chimique, s'est déjà, pour ainsi dire, décomposée l'indépendance de Tobjet. Ici l'aiv parence fScheinJ de cette indépendance et de cette existence négative de l'objet vis-k-vis de la notion disparaît sous l'action du but. Mais déjà de ce que le but réalisé n'est qu'un moyen, qu'une matière propre à

soin de nous attendre pour s*accomp1ir. C'est cependant dans celle illusion que nous vivons, c'est elle qui est le mobile de nos actions et qui donne un prix aux choses dii ce monde. C'est lldéiî elle-même qui est la source de cette illusion, comme c'est elle aussi qui la fait disparaître. Car elle la produit en posant vis-àvis d'elle un terme autre qu'elle, comme elle la fait disparaître en effaçant ce terme. La vérité n'existe qu'eu sortant de Terreur, et c'est ce mouvement qui amène la réconciliation de la vérité avec l'erreur et le fini. La suppression de ce terme autre que l'Idée, ou de l'erreur, est un moment nécessaire de la vérité elle-même, car la vérité n'existe que comme résultat, et qu'autant qu'elle se fait, pour ainsi dire, el e-môme, et qu'elle amène elle-même ce résultat (Indem sie sich zu ihrem eigenen Résultat macht). {Grande EncycL, § ccxii.)

réaliser d'autres buts, il suit que l'objet n'est posé que comme une existence idéale et sans réalité. Par là se trouve aussi annulée l'opposition de la forme et du contenu. Car le but, en supprimant les déterminations de la forme, rentre dans son unité ; ce qui fait que la forme est posée comme identique à elle-même, et partant comme contenu, et que la notion, en tant qu'activité de la forme, n'a plus qu'elle-même pour contenu. C'est ainsi que par suite de ce processus se trouve posé ce que contenait la notion du but, et que ' Tunité en soi du subjectif et de Tobjectif est devenue leur unité pour soi, c'est-à-dire Vidée (1).

(0 Le but ou la finaUté est la notion qui est arrivée à la limite extrême du monde objectif. Toutes les affirmations relatives à la cause, à la substance, au mécanisme, etc., reposent sur la notion absolue de cause , de substance , etc. Il en est de même du but. Et lorsqu'on dit que les choses ont un but, on veut dire qu'outre qu'elles sont soumises à des rapports de substance , de causalité, etc., elles sont soumises à une finalité absolue. Le centre produit dans l'objet mécanique une tendance à l'unité. Le cbimisme réalise cette tendance par l'amalgame et la fusion des objets ; mais il est, lui aussi, plutôt une aspiration vers l'unité que l'unité véritable. Comme on l'a vu, le processus chimique ne saurait affranchir l'objet de toute condition extérieure. Le phénomène chimique a besoin d'une sollicitation extérieure pour se produire; il ne donne qu'un produit neutre, et lorsqu'il cesse, il ne saurait recommencer, ou se rallumer, suivant l'expression de Hegel; ce qui prouve que le principe de son unité, ou, pour mi^ux dire, de l'unité de l'objet, est hors de lui, et audessus de lui. Ce principe est le ^m^ Vis-à-vis du but, les objets mécaniques et chimiques ne sont que des moyens, des moyens qui sont faits ppur le but, et dont celui-ci s'empare pour se réa-

33i LA SCi£NG£ DE LA NOTION.

L'Idée.

L'idée est le vrai en et pour soi ; c'est runité ab-

liser. On place ordinairement le monde mécanique et chimique et la finalité Tun en face de Tautre, sans les expliquer, ou bien on explique les choses tantôt pa; ce qu'on appelle des causes mécaniques, et tantôt par les causes finales. Mais le monde mé* cauique et la finalité existent, et de plus ils sont en rapport, et Tessentiel est de savoir quel est ce rapport. « Leur existence, dit Hegel (Grande Logique) , n'est pas la mesure du vrai , mais c'est bien plutôt le vrai qui est le critérium , qui doit déterminer laquelle de ces deux existences fait la vérité de l'autre. Car, de lïîême qu'il y a dans l'entendement plusieurs degrés, de même il y a dans le monde objectif différents degrés qui, considérés séparément, n'offrent qu'une réalité limitée, incomplète et phénoménale. De ce que le monde mécanique et la finalité sont tous les deux, il ne suit pas qu'ils ont tous les deux la môme réalité ; et comme ils sont opposés, la première question est de savoir lequel des deux contient la vérité. Mais comme ils sont tous les deux , une question plus précise et plus haute est de savoir s'il n'y a pas un troisième principe qui fait la vérité de tous les deux, ou bien si ce n'est pas Vun d'eux qui fuit la- vérité de Vautre. Or, c'est la finalité qui s'est produite ici comme vérité du mécanisme et du chimisme. » On rattache en général la finalité à un entendement et à une volonté absolus, ou à un être doué de ces attributs, et qui serait séparé des choses dont il est la fin, —à un principe exiramundanum. Mais d'abord, en se représentant ainsi la finalité, on n'a pas la finalité, mais la finalité combinée avec des déterminations — ^ l'entendement, la volonté, etc. — qui n'appartiennent pas à cette sphère de la notion. Et il ne faut pas oublier que la méthode consiste à saisir chaque idée à sa. place.

l'idée. 335

solue de la notion et de son objet. Son contenu idéal

dans ses rapports et dans ses différences, et non à prendre et à mêler les idées au hasard, on à y introduire arbitrairement des données expérimentales et psychologiques comme on le fait ici. Ainsi, en plaçant dans la finalité la volonté absolue, non-seulement on y introduit un élément étranger qui appartient à une autre sphère de la notion, ou qui est emprunté aux rapports de la conscience et de la volonté finies, rapports qu'on transporte d'une manière vague, arbitraire et superficielle dans la finalité, mais on annule la finalité elle-même. Car si la volonté absolue est l'arbitraire absolu, la volonté est ce qu'il y a de plus opposé à la finalité; si c'est, au contraire, une volonté rationnelle et immuable, une telle volonté agit d'après des fins, comme l'on dit; ce qui veut dire, eu réalité, qu'elle agit d'apr^ des idées, et que parmi ces idées il y a la finalité; ou, pour parler avec plus de précision, que la finalité est une déterminabilité ou un moment, non de la volonté absolue, mais de Tabsolue existence. Et en effet, lorsqu'on dit que l'absolu en Dieu est ou l'être, ou la substance, ou la cause, ou le bien, ou la fin, etc ., on veut dire que Dieu est toutes ces choses, et en même temps qu'il est autre en tant qu'être, autre eu tant que substance, et autre en tant que finalité. Or, c'est précisément cette idée ou cette détermination de l'absolu qu'il s'agit de déterminer ici. — Pour ce qui concerne cette manière de se représenter le but comme séparé de l'objet, ou des choses dont il est le but, je me bornerai à faire remarquer qu'un tel but n'est qu'une abstraction, et que si on se le représente ainsi, c'est qu'on ne saisit pas la finalité dans l'ensemble et Tunitéde ses moments. Le but doit essentiellement se réaliser, et il doit se réaliser non hors des choses, mais dans les choses dont il est le but. Et les choses doivent à leur tour se réaliser conformément au but> c'est-à-dire, elles doivent être en se réalisant ce que le but les fait être. Et lorsqu'on place par une séparation violente et arbitraire le but d'un côté et les choses de l'autre, et qu'on considère celles-ci comme desimpies moyens, on oublie que les moyens sont des moyens nécessaires, et les moyens du but.

n'est rien autre chose que la notion dans ses détermi-

et que ce n*est que le but qui se réalise, et qui peut se réaliser dans les moyens. Voici maintenant les traits principaux de la déduction hégélienne. Le but, tel qu'il est sorti de Tunité chimique du monde objectif, est bat immédiat, intérieur et subjectif. Dans cette forme, il n*est d'abord que but à Vétat. indéterminé et d'indifférence, ou, si Ton veut, il n'est que le but. Mais le but est essentiellement actif et il doit se réaliser. Par conséquent, dans la notion du but subjectif se produisent immédiatement la tendance et le besoin de se réaliser. Ainsi, le but subjectif est déjà luimême un syllogisme. Car on a le but, l'impulsion qui le porte à se réaliser ou à se déterminer , et l'objectivité encore indéterminée — l'universel abstrait — dans lequel il doit se réaliser. C'est là le premier syllogisme, ou le syllogisme formel et subjectif. Mais le but doit se réaliser, c'est-à-dire, il doit s'objectiver, car c'est là sa notion. Le but subjectif se tourne, par conséquent, vers le dehors, c*est-à-dire, vers l'objet, et il s'en empare — individualisation du but. — L'objet apparaît d'abord comme formant une existence propre et indépendante du but (c'est le monde mécanique et chimique), et en même tem{)s comme étant en rapport avec lui, et comme devant servir à sa réalisation. Et ainsi l'objet est une présupposition du but. Mais comme ici on n'a encore que les éléments immédiats de sa réalisation, que le but n'a pas encore façonné le monde objectif et ne se l'est pas encore approprié, l'objet n'est d'abord qu'un moyen. Le but subjectif est déjà en soi la notion entière du but, puisqu'il contient les trois moments du but. Mais le but a besoin d'un moyen, et c'est là ce qui fait sa finité. Ici le but apparaît comme constituant la forme, et l'objet comme constituant la matière dans laquelle le but doit se réaliser. On a par conséquent trois termes : le but, le moyen et l'objet, ou la matière dans laquelle le but doit se réaliser. Le moyen est ici, en même temps, le moyeu terme dusyllogisme, puisque c'est lui qui fait passer le but de son état subjectif à son état objectif. Cependant le moyen uest plus ici un moyen terme abstrait et immédiat, mais un moyen dont le

Page 1