‹ Logique de HegelChapitre 126 sur 137 · S CCXXVI · texte numérisé non relu

S CCXXVI

Si 1 on examine de plus près l'idée de la connaissance finie, qui prend son point de départ dans la supposition d'un jugement, et d'une opposition (S 224) , et dont l'activité se produit aussi sous la forme d'une contradiction, Ton verra que ses moments sontdiflférenciés, et qu'ils se posent comme indépendants Ixm de l'autre; ce qui fait qu'ils apparaissent comme étant liés par un rapport extérieur de la réflexion, et non par la notion elle-même. La matière de la connaissance y apparaît aussi comme donnée, et comme venant s'ajouter aux déterminations de la notion, lesquelles déterminations demeurent par cela même différenciées. C'est là la raison qui se produit et agit comme entendement. La vérité à laquelle parvient ce moment de la connaissance est, par conséquent, une vérité finie. Ce qu'il y a d'infini dans la notion est un but auquel il aspire, mais qu'il ne peut atteindre. Cependant cette activité extérieure de l'entendement

connaît et qu*on peut connaître, et dire, en même temps, quMl y a un objet transcendant, vne chose en soi, suivant l'expression de Rant, qui échappe à la connaissance , c*est dire qu'on connaît et qu'on ne connaît pas. Le mouvement de l'Idée dans la sphère de la connaissance a pour objet de produire son unité théorètique, et de l'amener à ce point où elle se pose comme idée pratique, comme idée qui se réalise extérieurement. La première a pour objet le vrai, et la seconde le Men.

est dirigée par la notion, et ce sont ses déterminations qui forment comme le fil régulateur de ses développements (!)•

S CCXXVII.

Puisque la connaissance finie part de l'existence d'une matière multiple^ qu'elle présuppose et trouve devant elle, — ce sont les faits du monde extérieur ou de la conscience, — elle Qonne V à son activité la forme de V identité ^ ou de V universalité abstraite. Cette activité consiste à décomposer un objet concret qui lui est donné, à isoler et simplifier ses différences, et à leur imprimer ces formes, ou bien à prendre pour point de départ et pour fondement l'objet dans son existence concrète, et, en faisant abstraction des caractères accidentels qui s'y produisent, s'élever à l'universel concret, au genre, ou à

(0 La connaissance, à son point de départ, ou à Tétat immédiat, c'est la connaissance qui n'est pas encore réalisée. C*est la connaissance qui contient virtuellement son objet (le général, la loi, la notion), mais qui ne se Test pas encore approprié. C'est ce qui amène le moment de la connaissance finie, ou de Tentendement. Ici le snjet et Tobjet, ainsi que tous les élénfents de la connaissance, apparaissent comme séparés et comme étant en rapport tout à la fois, c'est-à-dire , comme étant unis par la réflexion subjective, et non par Tidentité de leur notion. Mais cette iden tité est au fond de ces différences et de ces limitations, et \e processus de la connaissance n'a d'autre objet que de réaliser ce qui est contenu dans sa notion , c'est-à-dire, cette même identité, dans la connaissance infinie et spéculative.

la force et à la loi. C'est là la fnéthode analytique [i).

S ccxxvni.

Mais cet universel est, 2* aussi un élément déterminé (2). L'activité de la connaissance parcourt ici

(i) t On considère en général, dit Hegel, les méthodes analytique et synthétique comme deux méthodes dont Tusage dépend de notre volonté. 11 n'en est pas cependant ainsi, car c*est la forme même de Tobjet qui détermine l'emploi de Tune ou Tautre de ces méthodes, dans cette sphère de )a connaissance finie. La connaissance est d'abord analytique. L*objet ne s'offre à elle que sous la forme individuelle, et Tœuvre de la connaissance analytique consiste à ramener l'individuel à une forme générale. La pensée n'a ici que la valeur d'une détermination abstraite, ou de l'identité formelle. C'est le point de vue auquel 8'arrètent Locke et tous les empiristes. On dit : la connaissance ne peut pas aller au-delà; elle ne peut que décomposer les objets concrets dans leurs éléments abstraits, et les considérer dans leur état d'isolement. Mais c'est là renverser la nature des choses, et cette connais^nce , qui veut connaître les choses, telles qu'elles sont, et s'arrêter à l'analyse, se met en contradiction avec ellemême. Ainsi, le chimiste qui jette un morceau de chair dans sa cornue , et qui , après l'avoir fait bien bouillir, vient nous dire qu'elle se compose de carbone , d'hydrogène, d'azote, etc., ne nous donne pas la chair véritable. Et le psychologue empirique qui décompose l'action dans ses différents éléments, et qui s'arrête à cette décomposition, n'opère pas autrement que le chimiste. L'objet traité analytiquement est, qu'on nous passe la comparaison, semblable à un oignon auquel on enlève ses peaux fune après l'autre. » {Grande Encyclop.y § ccxxvii.)

(î) L'universel donné par l'analyse est détermfaié, en ce qu'il n*est qu'un côté, une face de l'objet décomposé par l'analyse ; et c*est précisément parce qu'il est déterminé qu'il appelle d'autres déterminations> desquelles il diffère^ mais avec lesquelles il est aussi, et par la même raison, en rapport*

les différents moments de la notion^ qui dans la connaissance finie n'existe pas comme notion infinie, mais comme notion qui se détermine dans les formes de l'entendement. Saisir Tobjet suivant ces formes,

c'est là ce qui constitue la méthode synthétique (1).

S CCXXIX.

aj Lorsque l'objet de la connaissance est saisi sous la forme d'une notion déterminée, et qu'on y pose son genre et sa déterminabilité générale (2), on a

(1) Les trois moments logiques de la connaissance sont : 4 Ma connaissance à l'état immédiat, c'est-à-dire, Finstinct, le besoin de connaître en général, qui enveloppe le sujet et l'objet à Téta) immédiat; 3** l'analyse; 3^ la synthèse. L'analyse et la synthèse réalisent la connaissance telle qu'elle se produit dans ceUe sphère. C'est par l'analyse que commence la connaissance. L'analyse décompose l'objet, là totalité des notions, en ses différents éléments. Mais, par cela même qu'elle décompoje, elle place ces éléments l'un à côté de l'autre sans en saisir les rapports. LidettlUé et rmiversakté abstraites forment, par conséquent^la règle et le fil conducteur de ses opérations, ce qui fait qu'elle pose en principe que chaque élément est identique à lui-même, et absolument distinct et séparé de tous les autres. Et, dans ce travail de décomposition, elle aboutit à Vêire^ à l'im, au plm haut genre^ etc., abstraits et vides, qu'elle place, pour ainsi dire, en dehors de tout rapport et de toute différence. C'est là un des mo^ ments de la connaissance finie. Cependant, par cela même que les éléments dégagés par l'analyse sont déterminés, ils sont en rapport entre eux. Saisir ces rapports, c'est le propre de la connaissance synthétique, dont les trois moments sont : la définition^ la dmno» et le théorème, dans lesquels on retrouve le général, lo particulier et l'individuel .

(î) La différence spécifiquCi *

368 LA SQENGE DE Lk NOTION.

la définition. C'est la méthode analytique {$ 227) qui est le fondement de la définition, et qui en fournit ses éléments. Mais la déterminabilité qu'elle fournit ne peut être qu'un caractère — Merkemal — du défini, c'est-à-dire, qu'elje ne peut donner qu'une connaissance subjective et extérieure de l'objet.

§ ccxxx.

b) Le second moment de la notion c'est l'universel se déterminant comme particulier , ou la division fondée sur un certain point de vue extérieur.

S CCXXXI.

b) Dans Vindividiudité concrète (1) où la déterminabilité simple de la définition est s^sie comme un rapport, l'objet est une synthèse de déterminations différentes. C'est là le théorème. Comme ces déterminations diffèrent l'une de l'autre , leur identité ne peut s'établir qu'à l'aide de moyens termes (2). La production des matériaux qui forment ces moyens est la constructiony et la médiation elle-même, par laquelle on démontre la nécessité du rapport de ces déterminations, c'est la preuve.

En général, on regarde l'analyse et la synthèse

{() Qui est Tobjet du théorème.— Voy. § suiv.

(2) Le texte dit : « jDie Identitdt derselben, wdl $ie urUerschiedene sindy ist dne vermttelte. » Comme elles sont différenciées, leur identité est mie identité médiatisée.

comme des méthodes qu'on peut employer à volonté. Si Ton présuppose un objet concret, qui, suivant la méthode synthétique, doit être un résultat, on pourra y trouver, par l'analyse, des déterminations abstraites qu'on regardera comme des conséquences, mais qui auront déjà fourni des présuppositions et des matériaux à la démonstration. C'est ainsi que les définitions algébriques de la ligne courbe deviennent des théorèmes dans les procédés géométriques ; et peut être trouverait-on dans le théorème de Pythagore, pris comme définition du triangle rectangle, la preuve des théorèmes qu'on a déjà établis pour le démontrer. L'arbitraire qui se produit dans l'emploi de ces méthodes, vient de ce que, dans l'une comme dans l'autre, on part d'un élément qu'on présuppose et qu'on ne saisit que d'une manière extérieure. Mais, d'après la nature de la notion, c'est l'analyse qui vient la première , parce que c'est à elle à élever la matière concrète et empirique de la connaissance à la forme abstraite et générale, que la méthode synthétique marque ensuite d'une nouvelle forme dans la définition. (>l)

{}) Suivant la natare delà notion, c'est Tanalyse qui doit venir avant la synthèse, parce qu'on donne par là aux éléments dont se compose un objet concret leur forme abstraite et générale. Mais ces deux méthodes sont insuffisantes, et elles sont insuffisantes, parce qu^elles présupposent toutes les deux Tobjet, au lieu de le poser. C'est là ce qui explique comment on les emploie toutes les deux à volonté. Ainsi, lorsqu'on est en présence d'un objets on peut l'analyser, ou bien, en s'appuyant sur une T. II. 24

Si ces méthodes, qui ont obtenu dans leur domaine spécial des résultats si brillants (1), ne sont d'aucun usage dans la connaissance philosophique, il faut Tattribuer à ce qu'elles présupposent d'autres connnaissances, et que la connaissance qu'elles donnent ne va pas au delà d'une identité formelle et des déterminations de l'entendement. C'est principalement Spinoza

vue vague et extérieure du tout, on peut le définir. Voilà comment il peut se faire qu'une définition , sur laquelle on fonde une démonstration, se trouve être déterminée par la chose même qu'on prétend démontrer par elle. « Plus complexe est l'objet à définir, dit Hegel, c'est-à-dire, plus il offre d'aspects, plus on pourra en donner de définitions. C'est ainsi qu'on donne une foule de définitions de la vie, de l'État, etc. Ea géométrie donne de bonnes définitions, par(!e que son objet, l'espace, est un élément abstrait. Si l'on considère le contenu de la définition, on verra que celle-ci n'en explique pas la nécessité. On admet qu'il y a un espace, des plantes, des animaux, etc. ; mais ni la géométrie, ni la botanique, etc., ne font pas voir la nécessité de ces objets. Il suffirait de ceUe raison pour montrer que la synthèse, tout aussi bien que l'analyse, sont des méthodes inadéquates à la connaissance philosophique , car la philosophie doit, avant toutes choses, justifier la nécessité de son objet. On a essayé d'appliquer la méthode synthétique à la connaissance philosophique. Ainsi, Spinoza débute par des définitions , par celle-ci, par exemple, la substance est ôausû sui. Les définitions de Spinota ont un caractère éminemment spéculatif; mais, considérées sous le point de vue de la forme, elles ne sont que de ptires affirmations. 11 en est de môme de Schelling. » (Grande EnCyclop,y $ ccxxix.)

(1) Cette expression peut paraître exagérée. Elle est cependant exacte au point de vue de Hegel et de la connaissance absolue»

quia applique la méthode géométrique à la connaissance spéculative, ce qui fait de son système une sorte de formalisme. La philosophie de Wolf, qui a un caractère de pédantisme le plus marqué, n'est-elle aussi qu'une métaphysique de Tentendement (1).

Dans ces derniers temps, on a prétendu corriger l'abus du formalisme dans la philosophie et dans la science, par Tabus de ce qu'on a appelé la méthode de construction. C'est Kant qui le premier a fait remarquer que les mathématiques construiseni leurs notions. Cela veut dire, au fond, que les mathématiques, en construisant, n'opèrent pas. sur des notions, mais sur les déterminations abstraites des intuitions sensibles (2). On a pris, d'après cette mé-

(i) La méthode analytique et la méthode synthétique constituent bien un degré de la connaissance, mais un degré inférieur à la vraie connaissance philosophique. La méthode spéculative peut seule saisir la notion dans sa nature intime et dans son unité. L'analyse et la synthèse n*en donnent que la forme, et, pour ainsi dire, que l'enveloppe ; ce qui fait que, lorsqu'on les applique à la connaissance philosophique, on a bien un certain arrangement extérieur et empirique de son objet, mais non l'objet lui-môme. C'est ce qui est arrivé à Spinoza et à Wolf. Hegel appelle la philosophie de Wolf un pédantisme, parce que Wolf a appliqué sa méthode, la méthode qu'il appliquait à la philosophie et aux mathématiques , à toute espèce (le connaissance , aux choses les plus vulgaires, et qui sont le moins susceptibleë de démonstration. Par exemple, il entreprend de prouver qu'une fenêtre doit être assez large pour faire place à deux personnes ; et la preuve qu'il en donne, c'est que deux personnes se mettent souvent ensemble à la croisée.

(2) Cette observation s'applique surtout à la géométrie qai

Ihode, les matériaux qui forment l'objet de la philosophie et de la science, et on les a arrangés arbitrairement, et, pour ainsi dire, étiquetés suivant un schème préconçu. On a ensuite mélangé tout cela avec des éléments tirés du monde sensible, auxquels on a donné une forme rationnelle, et c'est là ce qu'on a appelé construire des notion*. Il y a bien dans cette méthode une vue obscure de l'Idée, et de cette unité de la notion et de l'objet qui constitue son état concret ; mais cette construction est loin de représenter cette unité, qui ne peut être saisie que dans la notion comme telle. Car l'objet concret et sensible de l'intuition n'est nullement l'objet de la raison , ou l'Idée (1).

Il faut remarquer ensuite que la géoi^étrie, ayant

suppose Tespace et ses dimensions, et qui construit ses figures dans Tespace. Par conséquent, bien que Tobjet de la géométrie soit la construction de figures idéales, ces figures sont nécessairement dans l'espace, ce qui fait qu'elles sont inséparables de l'intuition exrieure et sensible. Conf. § civ. p. 53, et § clxv, p. 217 et suiv.

(1) C'est à la méthode de Schelling que Hegel fait allusion. Et, en effet, cette méthode procède par une sorte de construction analogue à celle qu'emploie le géomètre qui construit ses figures et ses démonstrations, en ce qu'elle montre comment l'Idée se développe et s'élève de puissance en puissance à sa plus haute détermination. Il y a bien là une certaine vue de l'Idée et de son unité. Mais, comme la méthode mathématique; elle présuppose les termes sur lesquels elle opère, l'espace, par exemples et ses dimensions; elle les admet d'une manière empirique et sans les démontrer, et le plus souvent, au lieu de saisir l'idée elle-même, elle ne saisit que la représentation sensible.

LA. GONNAISSANGE. 373

pour objet Tintuition abstraite et sensible de l'espace^ peut aisément fixer dans ce dernier les déterminations de Tentendement. C'est ce qui fait qu'en elle la méthode de la connaissance finie trouve son application la plus parfaite. Toutefois, elle finit par rencontrer, elle aussi, dans sa marche des quantités incommensurables et irrationnelles. Et c'est là une difQculté qu'elle ne peut franchir qu'autant qu'elle se débarrasse des lois de l'entendement. Mais ici aussi l'on fait une confusion dans les termes. Car on appelle rationnelles les déteTmindXions de l'entendement, et irrationnel ce qu'on devrait plutôt considérer comme des germes et des traces de la notion (1).

D'autres sciences, qui ne sont pas reïifermées dans les limites du nombre et de l'espace abstraits , sont souvent obligées de ne pas tenir compte des déterminations de l'entendement. Elles se tirent, à cet égard, d'embarras bien facilement. Elles brisent la

(1) La méthode de la connaissance finie est la méthode de l'entendement qui fixe les notions et les sépare, au lieu de montrer le passage de Tune à l'autre et leur unité. Cest aussi la méthode mathématique, bien que les mathématiques n'y demeurent pas toujours fidèles. Ainsi, après avoir posé en principe ridentité et Tégalité abstraites, et que le nombre et Tunité, par exemple, la courbe et la droite sont absolument distincts et ne peuvent être ramenés à une seule et même notion, elles opèrent sur l'un de ces termes comme elles opèrent sur l'autre , reconnaissant par là leur unité. C'est en obéissant au même principe, c'est-à-dire, en ne considérant comme rationnelle que l'identité abstraite y et qui exclut toute opposition, qu'elles appellent improprement irrationnelles les quantités incommensurables.

série des conséquences^ elles prennent des déterminations qui sont souvent opposées k celles qui précèdent, et qu'elles vont puiser dans une matière extérieure, dans l'opinion, dans les représentations et dans les aperceptions sensibles, ou à une autre source quelconque. Cette connaissance finie ignore la nature de la méthode qu'elle emploie, et le rapport de la méthode avec le contenu, comme aussi que les définitions, les divisions, etc., se déduisent des déterminations de la notion. Ne connaissant pas ses limites^ elle les franchit sans s'en apercevoir,' et elle se trouve ainsi transportée sur un terrain où les déterminations de Tentendement n'ont plus de valeur. Et cependant elle s'obstine à les employer.

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