‹ Logique de HegelChapitre 32 sur 137 · OPPOSITION ET CONTRADICTION · texte numérisé non relu

OPPOSITION ET CONTRADICTION

amenée, en développant la conception de polarité (1).

(1) La différence, c'est-à-dire les deux termes de la différence, on les termes différenciés, tels qnlls se sont produits en sortant de rëgalité et rinégalité, ont amené \oipi^M(ï% et la omfrdMction proprement dite, ou le poiitifeUe négatif. Les termes opposés et eontradictoires sont des termes égaux et inégaux, identiques et différents, et dont l'identité et la différence sont ainsi constituées, que l*identité et la différence de Tun sont intimement liées à ridADtité et à la différence de l'autre ; de telle sorte qu'un terme n'est lui-même que parce qu'il est son autre que lui*môme, et qu'il u'est l'autre que pour être lui-même. « Toutes choses diffèrent, t&iUes choses sont Identiques, » sont les deux p ropositions op posées qui expriment cette vérité. L'entendement et la réflexion extérieure les placent l'une à cêté de l'autre sans les unir, et ils s'en servent d*une manière arbitraire, etcomme à l'aventure, pour affirmer tantôt l'identité sans la différence, tantôt la diffé rence sans l'identité dans des sujets différents, ou dans le même sujet, tandis que l'identité et la différence forment, en réalité, une seule et même notion, et coexistent d'une manière indisso^ lubie dans un seul et même terme. Le principe de Vewclusiond» troisième contient, au fond, cette unité, bien que l'entendement se serve de lui aussi d'une manière indéterminée et irrationnelle , et qu'il prétende compléter par lui le principe de contradiction . Et, en effet, eu disant que A est ou + A, ou — A, on admet qu'il y a un A qui est+ A et — A à* la fois. Eu disant qu^une quantité est ou positive ou négative , on admet que la quantité est positive et négative tout ensemble. En disant qu'un corps est lumineux ou opaque, on admet que le corps est à la fois lumineux et opaque, comme en disant qu'on est créancier ou débiteur, vendeur ou acbeteur, on admet qu'il y a dans l'Etat un bien, une somme qui peut être la propriété des créanciers et des débiteurs, qui est Indifférente à l'égard de tous les deux, et qui demeure la même , qu'elle soit entre les mains de l'un ou de Taulre. Voy. § suivant.

92 LA SCIENCE DE l' ESSENCE,

S cxx.

Le positif constitue cette différence pour soi (fur sich) qui, en môme temps, a un rapport intime avec son contraire.

Le négatif y à son tour, constitue aussi un terme indépendant et un rapport avec soi et pour soi ; mais ce rapport négatif, qui fait son côté positif, n'existe que parce qu'il est intimement lié à son contraire. Ainsi tous les deux posent la contradiction, et ils sont les mômes considérés en soi. Ils sont aussi les mêmes considérés pour soi, parce que l'un d'eux, en se supprimant lui-môme, supprime aussi son contraire (1), Ils passent, par là, dans la raison d'être (2).

En d'autres termes, la différence essentielle , en tant que différence qui est en et pour soi, contient ce qui la distingue d'elle-môme, c'est-à-dire l'identité, et, par conséquent, un terme qui constitue la totalité d'une différence en et pour soi, contient tout aussi bien la différence que l'identité.

Dans l'expression , différence qui est en rapport avec elle-même, se trouve l'autre expression, qui est identique à elle-même. Par conséquent, un terme

(1) Le positif et le négatif sont les mômes en soi et pour soi. Ils sont les mômes en soi, parce que l'un contient virtuellement l'autre , ou que, l'un étant donné, l'autre est donné eu même temps. Ils sont les mêmes pour soi, parce que si ou les considère séparément* on retrouve dans chacun d'eux l'autre, et rue l'un n'est qu'autant que l'autre est, et qu'il est dans l'autre.

(2) Voyez note suiv. et § 121.

RAISON DÉTRE. » 93

opposé est celui qui contient les deux termes, qui est lui-même et son contraire, et qui contient en luimême son contraire, l/être-en-soi de l'essence, ainsi déterminé, est la raison d'être (1).

(1) Le mouvement réfléchi de Tégalité et de Tinégalilé a amené ce résultat , que chacun des deux termes est Tuuité de tous les deux. L'égalité est ce moment réfléchi qui ne compare que d'après Vinégalité, et qui est, par conséquent, médiatisé par son contraire, et Tinégalitésetomporte, àsontour,deIamême manière que Tégalité. Or, Tégalité qui s'est réfléchie sur elle-même et qui contient l'inégalité est le positif, et l'inégalité qui contient ^n elle-même un rapport avec son contraire, l'égalité, est le négatif. Le positif et le négatif sont d'abord les deux côtés de l'opposition. Il y a un côté positif et un côté négatif, et l'opposition forme leur rapport, ou leur totalité, ou, pour mieux dire, leur déterminabilité commune. Le positif et le négatif sont tous les deux opposés, de sorte qu'ils forment tous les deux les moments absolus de Topposition. Dans cet état, ils forment un moment réfléchi indivisible, une médiation dans laquelle chaque terme est lui-môme et son autre que lui-môme, et il n'est en rapport avec luimême qu'en étant en rapport avec son autre que lui-môme. Par conséquent, chacun d'eux n'est, d'une part, qu'autant que l'autre est , et il n'est pas l'autre, — il est Vêtre-posé, Gesetztseyn (voy. § H 4), et par son propre n* -être-pas (nicto^t/n) suivant l'expression hégélienne; et, d'autre parî, il n'est ce qu'il est qu'autant que l'autre n'est pas : c'est la réflexion en soi. Par conséquent, dans cette médiation,ilssont tous les deux posés (gesetzté), c'est-à-dire ils se posent réciproquement. Mais par cela même qu'ils se posent l'un l'autre, ils se présupposent, et dans cet état il est indifférent que l'un d'eux soit le positif, ouïe négatif. L'essentiel est qu'il y ait enpositif et un négatif. C'est là le moment de la réflcjùion extérieure*, . Ici Tun des termes ne peut être sans l'autre, et l'Un n'est qu'autant que l'autre est aussi, c'est-à-dire qu'il est par son n' -être-pas; de sorte que chacun d'eux n'est pas encore tous leà deux. Ils sont identiques en soi, mais ils ne le sont pas pour

c) LA RAISON d'Être.

SCXXI.

La raison d^êlre est l'unité de l'idenlité et de la

soi. Cependant ce rapport qui fait que le positif n'est le positif qu*autant qu'il contient le négatif, et que le liégatif n'est le négatif qu'autant qu'il contient le positif, fait, en réalité, l'identité de tous les deux. C'est là la contradiction proprement dite (Widerspruch), Dans Vop^position, les deux termes sont nécessairement unis, mais ils sont encore distincts et différents ; dans la contradiction, chaque terme est lui-même, et il est indépendant (ifelbst'dndig) ; mais il n'est lui-même qu'en n'étant pas luimême, c'est-à-dire en contenant son contraire, c'est-à-dire en* core qu'il n'est lui-même qu'en se niant lui-même, et en annu-^ lant son indépendance. Ainsi chaque terme est lui-même en n'étant pas lui-même, et il n'est pas lui-même en étant luimême ; or, pour mieux dire« il n'y a plus qu'un seul et même terme qui est et n'est pas, qui est en n'étant pas, et n'est pas en étant. Par là la dilTérence du positif et du négatif a disparu, et le positif et le négatif se sont absorbés dans la raison d'être^ Grmd. Voy. $ suivant. « Le positif et le négatif, dit Hegel, se conditionnent réciproquement et n'existent que dans leur rapport. DanB Taimant, le pôle nord ne peut exister sans le pôle sud, ni celui ci sans le premier. Et si l'on brise un aimant, on n'aura pas le pôle nord dans un des deux morceaux, et le pôle sud dans l'autre ; mais on aura les deux pôles dans les deux morceaux* De même dans l'électricité, l'électricité positive et l'électricité négative ne sont pas deux fluides différents et qui puissent subsister l'un sans Tautre. Dans Topposition, le terme différencié n'a pas m autre terme vis-à vis de lui, mais «on autre terme. La conscience vulgaire considère les termes différenciés comme indiffé* Irents l'un à l'égard de l'autre. On dit : Je suis unhomine, et je Vois autour de moi l'air, l'eau, les animaux et autres choses. El toutes Ces choses sont là devant moi sans lien et sans rapport. Le but de

EAisoN d'être. 95

di0ërence. Elle contient la\éritéde ce qui s'est produit comme identité^ et, comme différence ^ et elle forme

la philosophie est, au contraire, de bannir Tindifférence, et de reconnaître la nécessité des choses, de telle façon que Tune d*elles apparaisse comme se trouvant en présence d'une autre qui lui appartient. Ainsi , par exemple, on ne doit pas considérer la na* ture inorganique comme quelque chose qui est simplement autre que la nature organique, mais comme quelque chose qui est nécessairement autre qu'elle. Toutes deux sont dans un rapport nécessaire, et chacune d'elles n'est qu'autant qu'elle exclut Tautre, et qu'elle est, en même temps, en rapport avec l'autre. De même la nature n'est pas sans l'esprit, et celui-ci n'est pas

sans la nature C'est un progrès essentiel qu'a fait la science

de la nature, dans les temps modernes, lorsqu'elle a posé en principe que la polarité magnétique est une opposition qui pé * nètre la nature entière, ou une loi universelle de la nature. A la place du principe de Vea:ckièi<m du troisième^ qui est le principe de l'entendement abstrait, on devrait mettre ce principe que « ioutea ckotes contiennefU une contradiction. » Il n'y a rien, en effetf dans le ciel, ni sur la terre, ni dans le monde de la nature, ni dans le monde de l'esprit, dans lequel ces abstractions et ces disjonctions de l'entendement {entweder, odeTt ou ceci, ou cela) trouvent leur application. Tout ce qui est, et qui possède une nature concrète, contient une différence et une opposition. L^ finité des choses consiste principalement en ce que leur être immédiat ne coïncide pas avec ce qu'elles soot en soi. Ainsi, par exemple, dans le règne inorganique l'acide est en soi la base, c'est-à-dire son être est lié pat un rapport nécessaire avec un terme autre que lui. Et ce n'est pas là une opposition dans laquelle l'acide demeure comme dans un état de repos^ mais c'est une opposition qui le stimule à se poser tel qu'il est virtuellement, ou en soiu« C'est une des erreurs ridicules de l'ancienne logique, et de la manière Commune de se représenter les choses, que de considérer l'identité comme une détermination plus essentielle et plus immanente aux choses que la contradiction^ tandis que l'on devrait

96 LA SCIENCE DE l'eSSENCE.

Tunilé de la réflexion sur soi et de la réflexion sur un

donner la préférence à la contradiction, comme contenant une détermination plus essentielle et plus profonde. Car Tidentité n'est qu'une détermination immédiate, l'être mort, tandis que la contradiction est la racine de tout mouvement et de toute vitalité. Ce n'est que parce qu'elle contient une contradiction qu'une chose se meut, et qu'elle est douée de tendance {Trieb) et d'activité... Le mouvement sensible et extérieur nous en fournit un exemple immédiat {ist sein unMttelbares Daseyn, est son existence immédiate). Une chose se meut, non parce qu'elle est id dans un instant, et là dans un autre instant {letzty à présent), mais parce qu'elle est ici, et qu'elle n'est pas ici dans un seul et même instant, et que dans'fcet instant elle est, et elle n'est pas. On peut accorder aux anciens dialecticiens qu'il y a contradiction dans le mouvement, ainsi qu'ils le démontrent, mais il né suit pas de là qu'il n'y a pas de mouvement ; mais bien plutôt que le mouvemenit est la contradiction réalisée (dcw^t/^'ïMÏe, existante). — Il en est de même du mouvement interne, propre et spontané {Selbstbeuegmg). — Le désir en général (l'appétit, ou le msus de la monade, VentélécMe de l'essence simple et absolue) implique un être qui est en lui-même, et qui, en même temps, et sous le même rapport, renferme un manque et une négation de luimême. L'identité abstraite n'est pas la vie {Lebendigkdt, la vitalité) , mais la vie n'est que là où le négatif est enveloppé dans le positif, et où l'être sort de lui-même et pose lui-même son changement. Un être n'est vivant qu'autant qu'il contient la contradiction, et sa force consiste à recevoir en lui la contradic* tion et à s'y maintenir... Ce qui meut le monde en général est la contradiction, et il est risible de dire qu'on ne peut penser la contradiction. Ce qu'il faut dire à cet égard, c'est que les choses ne s'arrêtent pas à la contradiction, et que celle-ci se détruit elle-même. Mais la contradiction annulée n'est pas Tideûtité abstraite, carl'identité abstraite n'est elle-même qu'un côtédeToppositlon. Le résultat immédiatqu'amènel'opposition, entant que contradiction, est la raison d'être, qui contient l'identité ainsi que

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