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S CXXIX

Ainsi, la chose passe dans la matière et la forme, dont chacune fait sa totalité, et a une existence indé-

(4) C*e8t-à-dire, que la forme est bien une dififérence, puis qu^elle diiïère de la matière, mais quelle n'est pas une simpld différence, telle qu'elle s'est produite au début du développement de l'essence. La forme est, de plus, une totalité, parce qu'elle enveloppe la matière, ou les différentes matières.

(i) Il veut dire que la matière indéterminée (bestimmunglose) peut être assimilée à la chùse-en^soi, avec cette différence que la forme est plus intimement unie à la matière que ne le sont les propriétés, ou ses autres déterminations à la cbose>en-soii

MATiÈRE ET FOHUE. 115

peûdante. Mais la matière^ qui doit former lexistonce positive et indéterminée (1) de la chose, contient , comme existence, les deux moments de la réflexion, la réflexion extérieure et la réflexion intérieure (2), C(Mnme unité do ces deux déterminations , elle est , elle-même, la totalité de la forme. La forme, do son côté, comme totalité des déterminations de la réflexion intérieure, ou comme forme qui est en rapport avec elle-même, contient ce qui doit constituer la détermination de la matière. Toutes les deux sont, par conséquent, les mêmes en soi. La position de cette unité constitue le rapport de la matière et de la forme, lesquelles $ont ici, en même temps, différenciées (3),

S cxxx.

La chose, en tant qu'elle constitue cette totalité, contient une contradiction. D'après son unité négative, elle est, d'une part, la forme dans laquelle la

(<) PûsHive, parre que c'est la forme qui est rélëmeat néff»* lit; bidélermnée, parce que c'est la forme qui la détermine.

(2) ttefleûcim-in-'Anderes. Réflexion «tr m autre, «'est^-dirc, la forme, et Hi-stch-seyrty rétrc-ea-wi, ou rapport de la matière avec éHô'fnéfnei

(3) G'cst*à-dire, que la forme à les mêmes âétertdiQa<4oBf} t[ue la matière, ce qui fait que la matière et la forme sont ici les mêmes, mais seulement en sot, et non en et pour soi, ce qui veut dire qu'elles sont encore distinctes, tout en s'appelant réciproquement. 11 n'indique ici que la réflexion sur soi de la forme, fcar la réflexion sur un autre que soi, c'est^à-dirésutla matière, est évidente.

116 LA SCIENCE DE l'eSSENCE.

matière se trouve déterminée, et posée comme ayant des propriétés (§ 125), e^, d'autre part, elle ne subsiste que par la réunion de plusieurs matières, qui, dans la réflexion de la chose sur elle-même, forment tout aussi bien des matières indépendantes que des matières dont Tindépendance est niée (1). Par conséquent, la chose est une existence qui est ainsi faite qu'elle se supprime elle-même, et qu'elle amène la manifestation de Tessence, ou le phénomène (2).

(1) Puisque la chose est composée, d'une part, de ces matières, et que, d*autre part^les matières sont dans la chose.

(2) Erscheimng. — Ainsi donc, la chose a des propriétés. (Voy. § i25, note 2.) Mais la propriété constitue le moment de la réflexion extérieure de la chose, le moment par lequel la chose se met en rapport avec une autre chose. Elle a, par conséquent, la propriété de produire telle ou telle modification, tel ou tel changement dans une autre chose. Mais elle ne peut produire ce changement qu'autant qu'il y a dans l'autre chose une propriété correspondante, c'est-à-dire la propriété de se mettre en rapport avec elle. C'est un moment où la chose est, si Ton peut ainsi dire, ouverte au changement et au devenir, mais où la chose, ainsi que les propriétés , se maintiennent en devenant. Il y a donc des choses qui ont des propriétés, et qui se mettent en rapport par leurs propriété. Mais la propriété constitue ellemême cette réciprocité de rapport, et la chose n'est pas en dehors de ce rapport. Une chose n'est telle que par ses propriétés. C'est par ses propriétés que, tout en étant en rapport avec une autre chose, elle garde en même temps son indifférence et son indépendance vis-à-vis de cette dernière. La chose sans propriétés est, par conséquent, l'être-en-soi abstrait et indéterminé; ce qui fait que ce quil y a d'essentiel dans la chose ce sont ses propriétés, et que la chose sans propriétés c'est VinessentieL C'est un commencement inessentiel qui constitue, il est vrai, une unité

REMARQUE

Getle réunion dans la chose de matières qui sont à la fois indépendantes et limitées y la physique se la

négative, mais uue UDité négative semblable à l'un immédiat dans la spbère de Tôtre. Par là la propriété s'affranchit de ce lien indéterminé et superficiel qui rattache à la chose, et elle devient, au contraire, Télément essentiel de la chose, Télément qui fait qu'une chose subsiste (dos Bestehen, le subsister); elle devient, en d'autres termes, une matière indépendante (eine selbst'dndige Materie); et comme la propriété contient essentiellement la différence, il y a -différentes matières, et la chose se compose de matières, (Voy. § <56.) Il va sans dire qu'ici, par matière, on n'entend pas seulement la matière étendue et dans l'espace, mais la matière en général, ou, si Ton veut, la matière logique, le substrat d'une chose, ce par quoi une chose subsiste, et qu'il ne faut pas confondre avec la substance dans laquelle se trouvent enveloppées, comme on le verra, d'autres déterminations. A ce titre, il y a des matières dans l'esprit, et, en tant que chose, l'esprit se compose de matières. — Les propriétés sont, par conséquent, devenues des matières, et elles sont les éléments composants de la chose. Mais, par cela même qu'elles sont en rapport entre elles dans la chose, elles ne font qu'une seule et môme matière, et leur différence ne consiste que dans les rapports et les déterminabilités divers suivant lesquels elles se réfléchissent les unes sur les autres dans la chose, c'est-à-dire, elle ne consiste que dans la form^. On a, par conséquent, la matière et la forme, La matière et la forme apparaissent d'abord comme deux déterminations distinctes, et comme ne se réfléchissant Tune sur l'autre que d'une manière extérieure. La matière a une forme, et la forme a une matière, mais la matière est autre que la forme et peut exister sans elle, et la forme est autre que la matière et peut également exister sans elle. G'est là le moment de la réflexion extérieure et des rapports finis de la matière et de la forme. La forme présuppose la matière et vient la déterminer, et la matière présuppose

118 LA SCIENCE DE l'eSSENCE.

représente comme formant la porosité de la matière^ Toutes les matières (les matières odorantes, colorantes

la forme et vient s'ajouter à elle pour lui donner un substrat. Cependant une matière informe et une fonne immatérielle ne sont que des abstractions, et des abstractions qui ne trouvent tout au plus leur application que dans les rapports finis de la matière et de la forme. Ainsi, par exemple, il est indifférent à un bloc de marbre d^ôtre une statue, ou une colonne; mais il ne lui est pas indifférent d'avoir sa forme essentielle, la forme qui le fait ce qu'il est. D'ailleurs, môme dans les limites de Texpérience, il y a bien un changement de formes et do matières; mais il n'y a pas de matière sans forme,îni de forme sans matière ; et ce que nous sentons, c'est à la fois la forme et la matière , et non la matière sans forme, ou la forme sans la matière. C'est qu*il n'y a pas une matière éternelle, d'un côté, et, de l'autre côté, une forme périssable et accidentelle, qui viendrait s'ajouter à elle dans le temps^ ou une forme éternelle d'un côté, et une matière périssable et contingente de l'autre, qu'on donnerait pour substrat à la première, également dans le temps; mais la forme et la matière sont toutes deux étemelles et indivisibles. Et, en effet, une forme sans matière, ou une matière sans forme ne sauraient se penser. Car la matière est faite pour la forme, et elle n'est telle que parce qu'elle est le substrat de la forme; et la forme est faite pour la matière, et elle n'est telle qu'autant qu'elle /orme la matière. Par conséquent, la matière qui ne matérialise pas la forme , ou la forme qui ne forme pas la matière, ne sont que des abstractions. Et si l'on pense la forme sans la matière, on aura une foime qui sera identique à elle-même et qui subsistera par elle-même, c'est-à-dire, qui aura un substrat et une matière. Et si Ton pense une matière sans forme , on aura une matière indéterminée, mais qui, dans son indétermination, demeurera identique à elle-même , c'est-à-di-e , on aura une matière dont l'indétermination constituera sa nature et son essence absolues, lesquelles la distingueront de toute autre chose, c'est-àdire encore, la matière aura une forme. Par conséquent, la matière et la forme se pénètrent mutuellement , et elles

et autres ; quelques-uns y comprennent le son) con-^ tiennent une négation^ et, dans cette négatiœi (les

constituent ehaoïme une totalité, en ce sens que là où est la tnatière, là est aussi fa forme, et là où est la forme, là est aussi la matière. Ainsi, la vraie matière est la matière formée, et la vraie forme est la forme fAatérialisée. On a, par conséquent, la chose qui est composée de plusieurs propriétés, mais de pro* priétés qui sont des substances formées , et des formes substmtivées, La chose ainsi constituée est telle ou cette chose (dièses Ding), et elle est telle chose, précisément parce qu*eile est composée de substances indépendantes qui se distinguent d'elle, et qui, en même temps, la déterminent. Or, par cela même que ces substances sont indépendantes de la chose, elles sont indifférentes à la chose, et leur réunion dans elle n*est qu'une réunion inessentielle; ce qui fait que la différence d'une chose d'avec une autre chose consiste seulement dans le nombre et Tagrégat des matières particulières qui la composent. Ces matières, par cela même qu'elles ne sont unies que par ce lien extérieur et inessentiel, c'est-à-dire, par et dans telle chose, vont, d'une part, au delà de telle chose, se continuent dans une autre chose, et le fait 4'appartenir à telle chose n'est point une limite pour elles; et, d'autre part, elles ne se limitent pas l'une l'autre, et ne se suppriment pas, en tant qu'elles sont ainsi réunies. Par conséquent, la chose ainsi constituée n'est qu'une unité, une limite, un agré» gat quantitatif de matières, et comme telle elle est essentielle» ment variable, et son changement consiste dans cette addition et cette soustraction perpétuelle de matières qui viennent se rencontrer en elle comme dans leur limite Commune, mais qui lui sont en môme temps indifférentes, et auxquelles elle est, à son tour, indifférente ; de sorte que la chose est Vaussi CauchJ, suivant l'expression de Hegel, c'est-à-dire, elle se compose d'une substance, mais aussi d'une autre substance, et ainsi de suite. La chose est, par conséquent, une totalité (§ 130), un rapport de substances, et partant de la matière et de la forme, mais un rapport qui contient une contradiction, et cette contradiction coq-*.

120 LA SCIENCE DE l'eSSENCE.

pores) ^ se. trouvent d'autres matières indépendantes qui ont aussi des pores , et qui laissent pénétrer en

siste en ce qu'elle est, et qu'elle n'est pâs, tout à la fois, telle matière et telle forme. C'est cette contradiction qui annule la chose et qui la fait passer dans le phénomène ^ Erscheinung. Voici sur ce dernier point la démonstration que je tire textuellement de la Grande Logique, liv. II, 2' part., p. 439 : « La chose fait le rapport réciproque des matières dont elle se compose (besteht, subsiste, ce qai diffère du simple être), de façon que de deux matières Tune et l'autre subsistent en elle, mais de manière que Tune n'y subsiste qu'autant que l'autre n'y subsiste pas; et ainsi, autant que l'une d'elles y subsiste, l'autre y est par cela même supprimée. Mais la chose est, en même temps, leur aussi, ou ce en quoi l'autre subsiste (dos Bestehen des Andem , le subsister de l'autre). Par conséquent, là où subsiste une matière, l'autre ne subsiste pas, et cependant elle y subsiste aussi. Et il en est de même du rapport réciproque de toutes les matières. Puis donc qu'autant que l'une subsiste l'autre subsiste aussi, et qu'elle subsiste sous le même rapport— laquelle unité de subsistance est la limite (die Ponctualitàtjow. l'unité négative de la chose (voy . note suiv.) — ces matières se pénètrent l'une l'autre absolument; et comme, d'un autre côté, la chose n'est que leur aussi^et que les matières dans leurs déterminabilités se réfléchissent sur elles-mêmes, les matières sont indifférentes les unes à l'égard des autres, et elles se pénètrent sans se toucher. Les matières sont, par conséquent, essentiellement poreuses, de manière que l'une subsiste dans les pores de l'autre, ou là où l'autre ne subsiste pas. Mais cette dernière est aussi poreuse; par conséquent, la première subsiste dans les pores de cette dernière, ou là où cette dernière ne subsiste pas {in dem Nichtbestehen, Dans le ne pas subsister, expression plus abstraite et plus exacte, en ce que le mot là éveille l'idée, ou la représentation de Vespace, détermination qui n'appartient point à la logique, et qui enlève à la démonstration sa signification absolue), et ainsi de toutes les autres. La subsistance de Tune appelle, par conséquent, sa suppression et la subsistance de

elles d'autres matières. Les pores ne sont pas fondés sur Texpérience : c'est Tentendement qui les invente, Tentèndement qui se représente ainsi le moment de la négation des matières indépendantes, et qui dissimule le développement ultérieur de la contradiction par cette explication obscure , suivant laquelle les matières se trouveraient les unes dans les autres à Télat d'indépendance et de négation réciproque tout à la fois. C'est là aussi ce qui arrive à regard de l'esprit, lorsqu'on introduit dans ses facultés ou dans ses différents modes d'activité une hypostase analogue. L'unité vivante de l'esprit est par là défigurée, et Ton n'y voit que des facultés qui agissent les unes sur les autres. De môme que les pores (et ici il n'est pas question des pores qui se trouvent dans la matière organique, tels que le bois, la peau, etc. , mais dans la couleui*, le calorique, ou dans les métaux, les cristaux et autres matières semblables) n'ont

Tautre, et la subsistance de celle-ci appelle sa suppression et la subsistance de la première, et ainsi de toutes les autres. La chose est par conséquent la médiation qui se contredit elle-même, c'est-à-dire, elle est la contradiction formée par une matière indépendante que nie son contraire, ou, si Ton veut, par une matière qui subsiste et qui ne subsiste pas. Par là Y existence a atteint dans la chose à son complet développement, c*est-à-dire, elle a atteint à cet état où elle subsiste et ne subsiste pas, où elle est une existence indépendante et inessentielle tout à la fois, une existence dont la subsistance réside dans un autre qu'ellemême, ou qui a pour raison d'être de n'être pas fihre Nichtigkeity ^wuUité), C'est là \e phénomène, »

122 LA SCIENCE DE l' ESSENCE.

pa8 leur fondement dans rexpérience, de même la matière elle-même, puis la forme qui se distingue de la matière, la chose, comme ayant son être dans les différentes matières , ou bien comme subsistant par elle-même et ne recevant que des propriétés , tout cela est aussi le produit de l'entendement, réfléchissant qui, lorsqu'il observe et qu'il prétend exposer ce qu'il observe, engendre, à son insu, une métaphysique remplie de contradictions (1).

(1) Cette remarque se trouve développée dans la Grande Lo^

Çique. En voici les passages principaux. « Cette chose (Voy. note précéd.) a deux déterminations ; d'abord elle est cette chose, et puis elle est Taussi. Vaussi est ce qui dans Tintuition extérieure se produit comme étendue. Et le cette, Tunité négative, est le point {\2i ponctualité) de la chose. Les matières se trouvent agré* gées dans ce point, et leur aussi, ou retendue est partout oe point; car Vaussi en tant que chose, est essentiellement déter* miné comme unité négative. Par conséquent là où est cette matière, dans ce môme point se trouve l'autre. La chose n'a pas dans un lieu sa couleur, dans un autre lieu son odeur, dans un troisième lieu sa chaleur, etc. , mais dans le même point où elle est chaude , elle est aussi colorée, acide , etc. — Or, comme ces matières ne sont pas Tune hors de l'autre, mais dans cette seule et môme chose, on se les représente comme poreuses, de façon que l'une n'existerait que dans les interstices de l'autre. Mais celle qui se trouve dans ces interstices est aussi poreuse; de sorte que dans ses pores se trouve aussi la première, et non-seulement celle-ci, mais la troisième, la dixième, etc., s'y trouvent aussi. Toutes sont poreuses, et dans les interstices de chacune d'elles se trouvent toutes les autres, comme la première se trouve, à son tour, dans les interstices de ces dernières. Elles forment par conséquent un agrégat d'éléments qui se pdnèlrent les uns les autres, de telle sorte que la matière qui pénètre une autre matière est , à son

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