‹ Logique de HegelChapitre 59 sur 137 · RÉALITÉ CONCRÈTE · texte numérisé non relu

RÉALITÉ CONCRÈTE

REMARQUE

On a vu précédemment se produire comme formes immédiates Yêtrc etVexistence. L'être est un terme im-

côté extérieur (le texte dit Aemserlichkeity son extériorité. Elle supprime ce côté, puisqu'elle est la condition qui fait que la force se réfléchit sur elle-même), et parla elle pose une détermination en elle (le texte dit ist setzend — elle est posante). Mais elle n'est telle que par la présupposition d'une autre force qui est placée vis-à-vis d'elle ; ce qui veut dire qu'elle ne sollicite qu'autant qu'elle contient, elle aussi, un côté extérieur, et partant qu'autant qu'elle est sollicitée. En d'autres termes, elle n'est une force qui sollicite qu'autant qu'elle est sollicitée à solliciter. Par conséquent, la première force n'est, à son tour, sollicitée qu'autant qu'elle sollicite elle-même l'autre force à la solliciter. Et ainsi chacune d'elles est sollicitée par l'autre; et la force ne sollicite, en tant que force active, que parce qu'elle est sollicitée par l'autre; et la sollicitation qu'elle reçoit, c'est elle-même qui la sollicite. Par conséquent rimi)ulsion donnée et l'impulsion reçue, ou la manifestation active et la manifestation passive, ne sont pas des états immédiats, mais médiatisés ; chacune des deux forces est ainsi déterminée qu'elle a vis-à-vis d'elle l'autre, qu'elle est médiatisée par l'autre, et que c'est elle-même qui pose et détermine cette dernière... Ainsi, ce que la force manifeste réellement, c'est que son rapport avec une autre force est un rapport avec elle-même, et que sa passivité est enveloppée dans son activité. L'impulsion par laquelle elle est sollicitée à agir, est son propre fait. Le moment extérieur qui en . résulte n'est pas un moment immédiat, mais un moment médiatisé par elle ; et son identité essentielle avec elle-même n'est pas non plus un moment immédiat, mais un moment médiatisé par sa négation; ce que manifeste, en un mot, la force, c'est que son extériorité est identique avec son intériorité, » Le rapport du tout et des parties constitue un rapport immédiat et extérieur, le rapport de la force et de sa manifestation con-

150 LA SQEXCE DE l' ESSENCE.

médialquine seréfléchitpassurlui-mêmejCt quipasse dans un autre terme. L'existence est l'unité immé-

siftae vis-à-vis du premier un rapport médiat et intérieur. Le mouvement de la force a amené Tunilé de Yextériorité et de Pi»ténoTiié. — L'extérieur est intérieur, et Tintérienr est rextérieor; on ee qui est extéiieurement est intérieurement, et ce qui e^ intérieurement e^t eitérinurement. £t, en effet, rextérieor n'est pas seulement tel par rapport à Fintérieur, mais ii est rextérieur de rintérieur, et réciproquement rintérieur n'est pas seulement tel par rapport à l'extérieur, mais il est l'intérieur de l'extérieur. Si l'on considère dans une chose le contenu on aura V extérieur et VifUérieur dont le contenu formera l'unité. Par conséquent Vmté* rieur et Yej^téritur sont tellement unis dans le coiitenu, qu'ils se pénètrent réciproquement, et qu'ils pénètrent le contenu, de fa« çon que l'extérieur ne saurait subsister sans l'iutérieur, ni l'intérieur sans l'extérieur, ni le contenu sans eux. Ainsi considérés, l'intérieur et l'extérieur ne sont que deux formes du contenu. Hais le contenu ne subsiste pas sans eux, et il n'est leur totalité qu'autant qu'il est tous les deux, et si on le considère indépen* damment d'eux, c'est une chose qui leur est extérieure^ et qui par cela môme est une chose intérieure* Ainsi l'intérieur qui n'est que l'intérieur est immédiatement l'extérieur, par cela même qu'il n'est que l'intérieur, et l'extérieur qui n'est que l'extérieur est l'intérieur, par cela môme qu'il n'est que l'extérieur. Par conséquent, une chose qui n'est, d'abord qu'intérieure est par là même une chose extérieure, et réciproquement. Par exemple, le germe ou l'enfant n'est d'abord qxi'intériewrement la plante, ou l'homme. Mais en tant que germe, la plante, ou l'homme n'est qu'une chose immédiate, ou extérieure, vis-à-vis de la plante, ou de l'homme développé. Ou bien l'esprit en puissance est l'esprit i l'état interne, et l'esprit développé est l'esprit à l'état externe. Mais d'un autre côté l'esprit en puissance est l'esprit encore extérieur à lui-même, et l'esprit développé est l'esprit qui a pénétré dans l'intimité de sa nature.— Ainsi, rintérieur et l'extérieur ne sont que deux côtés d'un seul et même tout; ou plutôt c'est

RÉAUÏÉ COXCRÈTE. 151

diate de l'être et de la réflexion, et, par conséquent, phénomène (§ 123). Elle sort d'une raison d'être et s'absorbe dans une autre raison d'être (§ 121). Le Réel pose cette unité (1), ce rapport, où les termes

ce môme tout qui se renverse, si Ton peut ainsi dire, deTun dans l'autre. Le contenu est la forme elle-même, en ce qu'il se différencie, et se pose, d'un côté, comme extériorité, et de l'autre comme intériorité. L'extérieur et l'intérieur forment ainsi deux totalités qui passent Tune dans l'autre; et ce passage constitue leur identité immédiate, laquelle est aussi une identité médiate en ce que chacun d'eux n'est que par Tautre ce qu'il est en soi, c'est-à-dire, il est la totalité du rapport. A son tour, le contenu ne trouve son identité que dans l'identité de ces deux côtés, et dans le passage de l'un à l'autre. Par la l'intérieur et l'extérieur se sont complètement développés. L'essence non-seulement se manifeste extérieurement, mais sa nature consiste à se manifester, et il n'y a rien en elle qui ne se manifeste. Et en se manifestant elle ne manifeste qu'elle-même, et ne se manifeste qu'au dedans d'elle-même. Cette unité du côté intérieur et du côté extérieur de Tessence est la réalité conci'ète,

(1) Dos Wirkliche ist dos Gesetztseyn jener Einheit. Littéralement: « Le Réel est Vêtre-posé de cette unie, » c'est-à-dire que la réalité concrète enveloppe et réalise ce qui n'était qu'en soi dans les déterminations précédentes. Le llécl, tel qu'il s'est produit, et tel qu'il faut l'entendre ici, est l'unité de l'interne et de l'externe, de façon que si l'on sépare un de ces deux éléments on n'a plus la réalité. Ainsi, par exemple, si l'on a, d'une part, une pensée, un plan, un dessein, et, de l'autre, la réalisation de ce dessein , la réalité n'est ni dans le dessein, ni dans sa réalisalion, pris séparément, mais dans leur unité ; de sorte que ni un dessein (intérieur) non réalisé (extérieur), ni une chose réalisée qui n'est pas l'œuvre d'un dessein n'est pas la réalité. Et, en prenant un exemple dans un rapport absolu et plus vrai, la réalitée extérieure, la nature sans l'idée, ou Tidée qui ne s'est pas réalisée

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sont devenus identiques. Par conséquent, il ne se fait plus en lui ce passage , ce mouvement d'un terme à l'autre, mais sa manifestation extérieure est l'œuvre de sa propre énergie. En se réfléchissant sur elle, il ne fait que se réfléchir sur lui-même, et son existence est la manifestation de lui-même, et non d'un terme autre que lui.

extérieurement n*est pas la réalité. Voilà pourquoi Yexistence, la chose,]ephénomèney etc., ne sont pas des réalités ; ousi Tonveut, ils sont des réalités, mais ils ne sont pas la réalité concrète et absolue. « D'un côté dit Hegel ( Grande Erwyclop, , § 142 ) , les idées ne sont pas tellement et si exclusivement fixées dans notre cerveau; et elles ne sont pas aussi impuissantes que leur action et leur réalisation dépendent de notre volonté, mais elles sont plutôt elles-mêmes les principes vraiment actifs (das schlechthin Wirhende) et réels; et, d'un autre côté, la réalité (extérieure) n'est pas aussi mauvaise et aussi irrationnelle que Fhomme pratique superficiel, qui s'est brouillé avec la pensée, l'imagine. La réalité concrète,^ qui est d'abord ici l'unité de l'interne et de l'externe, à la différence du simple phénomène, est si peu en opposition avec la raison, elle est si peu étrangôfe à la raison, qu'elle est plutôt ce qu'il y a de rationnel, et que ce qui n'est pas rationnel doit par cela même être considéré comme privé de réalité. Le langage ordinaire est d'accord avec cette vérité. C'est ainsi que nous disons, par exemple, qu'mi poète, ou un homme d'État qui ne sait réaliser rien de solide, ou de rationnel, n'est pas un vrai poète, ou un véritable homme d'État. » — Hegel fait aussi remarquer, à cet égard, que la véritable différence entre Platon et Aristote n'est pas que le premier admet les idées, et que le second les rejette ; mais que Platon ne saisit qu'un côté de la réalité absolue, — le côté intérieur, — tandis qu* Aristote s'applique à saisir la réalité dans l'unité des deux côtés.

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