CXLVIII
Parmi les trois moments , la condition , la chose et l'activité :
abstraite, ou, pour mieux dire, la nécessité de rien, mais la nécessité de la contingence elle-même, qu'elle présuppose et qu'elle enveloppe. Mais si la contingence est un moment essentiel de la nécessité, ou de la réalité absolue, on se fait une notion incomplète de la nécessité si on la pose sous la forme d'une définition abstraite. Pour la bien saisir, il faut la voir se produire à travers le mouvement de la contingence elle-même. « Le processus de la nécessité, dit Hegel {Grande Encyclop., § 47), commence avec Texistence de circonstances dispersées qui paraissent ne pas s'ajuster Tune à l'autre, et n'avoir aucun rapport entre elles. Ces circonstances (Umstande) sont des réalités immédiates, qui viennent se réunir, et de la négation desquelles sort une nouvelle réalité. Nous avons ici un contenu qui est double, suivant sa forme. D'un côté, il y a le contenu de la chose dont il s'agit; et, de l'autre, il y a le contenu des circonstances diverses qui d'abord apparaissent et s'affirment comme des éléments positifs. Mais le contenu de ces derniers se nie et s'efface, et il devient le contenu de la chose. En tant que conditions, les circonstances immédiates disparaissent, mais en tant que formant le contenu de la chose, elles sont conservées. Ce processus de la nécessité est appelé aveugle, parce que de l'ensemble de ces circonstances et de ces conditions est sortie une tout autre chose que ces dernières. Si nous considérons, au contraire, l'activité, qui agit suivant une fin, nous aurons dans la finalité un contenu qui a été conçu àTavance, et une telle activité n'est pas aveugle, mais douée de conscience. Lorsque nous disons que le monde est régi par la Providence, nous disons au fond que la fin est le prin* cipe actif, et prédéterminé on et pour soi, de telle sorte que ce qui arrive répond à ce qui a été pensé et voulu à l'avance. Mais il ne faudrait pas conclure de là que la nécessité et la croyance en la Providence divine s'excluent l'une l'autre. Ce qui se trouve au
V La condition est a) ce qu'on présuppose. Gomme posée elle n'existe que relativement à la chose dont elle est la condition ; mais comme présupposée, elle a une existence indépendante ; elle est un élément contingent, extérieur qui n'existe pas en vue de la chose (1). Mais la chose est un tout qui résulte du concours de plusieurs conditions; et bien que ces conditions soient des circonstances accidentelles , ce que Ton présuppose est un cercle complet de conditions qui est indispensable à la production de la chose. Les conditions sont passives, elles sont employées comme des matériaux, et elles entrent, par conséquent, dans le contenu de la chose ; elles sont
fond de la Providence divine en tant que pensée (dem Gedanken nach), nous le verrons se produire bientôt comme notion. Celleci est la vérité de la nécessité, comme, de son côté, la nécessité est déjà virtuellement la notion. La nécessité n'est aveugle qu'autant qu'elle n'est pas pensée suivant la notion (nicht begriffen wird), et il n'y a rien de plus absurde que l'accusation dirigée contre la philosophie de l'histoire de n'être qu'un fatalisme aveugle, parce qu'elle se propose de mettre en lumière la nécessité dans les événements. En se proposant cet objet, la philosophie de l'histoire acquiert la signification d'une théodicée, et ceux qui prétendent honorer la Providence divine en élaguant d'elle la nécessité, ne voient pas que par ce procédé d'abstraction ils la réduisent, en réalité, à une volonté arbitraire, aveugle et irrationnelle. »
(1) La condition est, en effet, posée et présupposée. Elle est présupposée h la chose, puisqu'elle existe déjà comme réalité indépendante, et autre que la chose. Mais elle est posée pour la chose, par la raison qu'elle est une condition.
donc adéquates à ce contenu, et elles contiennent déjà sa détermination tout entière.
2** La chose est aussi a) une présupposition. Comme posée, elle n'a d'abord qu'une existence intérieure et possible, étf comme posée d^ avance elle a un contenu indépendant, b) L'emploi des conditions la fait arriver à l'existence extérieure, à la réalisation des déterminations de son contenu, lesquelles déterminations correspondent, de leur côté, aux conditions, de telle sorte que la chose est leur produit^ et n'est telle que par leur concours.
3** L'activité a) existe aussi pour soiy et elle a une existence propre et indépendante (c'est un homme, la force de caractère, par exemple), et, en môme temps, elle a sa possibilité dans les conditions et dans 1ë chose, b) Elle est le mouvement qui transporte les conditions dans la chose, et celle-ci dans les conditions, pour en faire sortir l'existence, ou qui, pour mieux dire, fait sortir la chose des conditions qui la contiennent virtuellement, et supprime les conditions pour faire venir la chose à l'existence.
Comme ces trois moments conservent ici, l'un à l'égard de l'autre, la forme de trois existences indépendantes, le processus qu'ils expriment n'est qu'une nécessité extérieure (1). La chose qui est le produit de cette nécessité n'a qu'un contenu limité. Car la chose est bien ce tout dans sa déterminabilité sim-
(1) Aussere iVof/tM/endi^/^e/^, à la différence de la nécessité absolue.
pie (1) ; mais comme elle est extérieure à elle-même quant à sa forme^ elle Test aussi quant à son contenu^ et c'est là ce qui fait la Unité de son contenu (2).