‹ Logique de HegelChapitre 74 sur 137 · CLVIII · texte numérisé non relu

CLVIII

Ainsi la vérité de la nécessité est la liberté, et la vé-

là substance constitue la sphère des aocidentij et le mouvement réfléchi de la substance est le mouvement de VacmdentaWé^ suivant l'expression hégélienne : « L'absolue nécessité, dit Hegel, est un rapport absolu, parce qu'elle n'est pas Vêtre comme tel, mais rètre qui est parce qy^il est, l'être en tant que formant une médiation absolue avec lui-même. Cet être est la substance. £n tant qu'unité de l'être et de l'essence, elle est l'être dans tout être. Elle n'est pas l'être immédiat et irréflécM, ni l'être abstrait qui est au fond de Yewist&nce (Existenz) et du phénomène, mais elle est la riaUié immédiate elle-même , et la réalité qui s'est réfléchie d'une manière absolue sur elle-même, et qui subsiste en et pour sol (Absoutes ReflekUrtseyn, vnd fïirsichseyendes Bestehen). La substance, en tant qu'unité de Vêtre et de la réflexion, est essentiellement apparence (Schein&nJ , et elle est essentiellement posée {dos Gesêtztseyn, Vitre-pose). Mais cet apparaître est ici un apparaître qui est en rapport avec soi, et qui, par conséquent, est, et cet être (qui apparaît) est la substance comme telle; et réciproquement, cet être qui est posé comme identique avec sol forme un ensemble (eine Totalitàt) de déterminations qui apparaissent, c'est-à-dire, VacddentaUté, » {Grande Logique, liv. II, 3' part., p. 249.) Ainsi, la substance êst et elle apparaît, et son apparaître constitue le mouvement de Vaccidentalité. C'est ce passage de la possibilité à la réalité, et réciproquement {^^ cxlyi, cxlyh), qui est devenu ici le jeu des accidents, passage qui s'opère au sein de la substance, ou qui, Ipour mieux dire, constitue un moment de la substance elie-môme. Car le mouvement des accidents est l'activité delà substance, c'est cette actuosité, suivant l'expression hégélienne, ce mouvement par lequel elle s'actualise entant que manifestation immuable et immobile d'elle-même. Car la substance n'est pas active vis-à-vis d'un autre qu'elle-même, mais vis-à-vis d'elle-même, c'est-à-dirô, vis-à-vis des accidents qu'elle pose, où elle apparaît et qu'elle supprime. En tant qu'i-

184 LA SdENGB DE l'eS^NCE.

rite de ]a substance est la notion. Celle-ci est rexis<<-

dentité de ce mouvement, la substance enveloppe les accidents et forme leor totalité; mais en tant qu'activité qui apparaît dans les accidents, cenx-ci constituent, à leor tour, la substance entière. Car la substance sans les accidents n'est qu'une abstraction. C'est Yidentité^ ou la possibilité indéterminée , déterminations qui appartiennent elles-mêmes à la spbère des accidents. Ainsi donc, la substance"^ apparaît dans les accidents, et l'activité de la substance n'est que le mouvement alterné des accidents qui, comme on l'a vu, est le mouvement alterné de la possibilité et de la réalité. C'est en posant les accideflts et en les niant que la substance se pose comme substance active et comme puissance absolue. « Les accidents, comme* tels, dit Hegel, sont impuissants les uns à l'égard des autres. Le quelque chose (Etwas)^ les choses (DtngeJ avec leurs propriétés multiples^ le tout et les partieSt les forces qui se sollicitent et se conditionnent réciproquement, etc., n'exercent une action l'un sur l'autre qu'en vertu de la puissance (Macht) de la substance qui les enveloppe tous les deux, qui, en tant que puissance négative, leur communique une valeur inégale, et qui fait que l'un précède l'autre, et que ce dernier se produit avec un autre contenu, ou qui fait passer celui-là dans la spbère de la possibilité et celui-ci dans celle de la réalité, se partageant éternellement dans cette différence de la forme et du contenu, et s'affrancbissant ainsi éternellement de cette imperfection (Einseitigkdt, exclusivité)^ mais retombant aussi par cet affrancbissement dans la détermination et la différence. Par conséquent, un accident ne remplace un autre accident que parce que ce qui le fait subsister est cette totalité de la forme et du contenu dans laquelle lui, ainsi què^l'autre, sont absorbés. » {Grande Logique, liv. II, 3« part., p. 222.) Or, cette puissance de la substance par laquelle celle-ci se pose comme puissance absolue des accidents, est la causalité. La substance est cause, parce qu'elle pose et nie les accidents, lesquels, en tant que posés, constituent Veffet. Cette négation, ou ce moment de la réflexion sur soi de la substance, en amenant le rapport de causalité, amène en même temps la différence de la cause et de l'effet. La

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tence indépendante qui se différencie elle-même, et

caxise pose Teffet, et en tant qu'elle pose Teffet, elle est la substance ou la puissance originaire et primitive, et Teffet est la substance ou Taccident posé par elle. Cependant la cause, en tant qu^activité de la substance, n*est cause que par et dans son effet, une cause qui ne cause point, c'est-à-dire, qui ne produit pas d'effet n'étant point cause; de sorte que la cause n'est cause originaire et primitive qu'autant qu'elle contient et pose pn'mt^ivement son effet. C'est là la nécessité qui est inhérente au rapport de causalité. La causalité appartient à la sphère de la nécessité, parce que la cause contient nécessairement et primitivement l'effet, et qu'elle n'est telle que par son effet, ce qui fait que l'effet est nécessaire comme la cause dont il est la manifestation — Va^^araître — ou plutôt, c'est cette nécessité réciproque qui fait leur unité. « Par conséquent, dit Hegel, il n'y a rien dans l'effet qui ne soit pas dans la cause, et il n'y a rien dans la cause qui ne soit pas dans l'effet. La cause n'est cause qu'autant qu'elle produit un effet, et la cause n'a pas d'autre détermination que d'avoir un effet, et l'effet n'a pas d'autre détermination que d'avoir une cause. Dans la cause, comme telle elle-même, se trouve l'effet, et réciproquement dans l'effet se trouve la cause ; la cause qui ne produit pas encore d'effet, ou qui a cessé d'en produire, n'est pas cause, et l'effet dont la cause a disparu n'est plus un effet, mais une réalité indifférente. » (Grande Logique, ibid., p. 226.) Cependant, bien que ce rapport de la cause et de l'effet constitue une unité indivisible, il laisse subsister la différence de la forme. La cause n'est cause que par l'effet, et l'effet n'est effet que par la cause, et c'est une seule et même chose qui se pose une fois comme cause et une fois comme effet, et qui ne se pose comme cause qu'autant qu'elle se pose comme effet, et réciproquement. Mais tout en se posant et eu se présupposant l'un l'autre, la cause demeure cause, et l'effet demeure effet; c'est-à-dire, la différence de la forme, et par suite de la différence de la forme, la différence du contenu sont encore maintenues. La pluie, par exemple, est la cause de l'humidité, laquelle est

"In I iii.iii «m :i riiiiiir'(|r;|:i raiLseelde TelTet. w^*^

KÉCÏPROCITÉ d'action. 187

qui demeure identique à elle-même dans ses différen-

une unité dans laquelle la cause et l'effet, tout en étant inséparables et tout en se continuant Tun dans l'autre, gardent la différence de leur forme, et partant de leur contenu. Cest là ce qui âtidèue la finité de la cause, ouïes rapports de causalité finis. On a une cause , et on a un effet. La cause ou la substance active pose Teffet, et elle est cause en posant l'effet, et elle n*est cause qu'en le posant! L'effet est d'abord vis-à-vis de la cause une substahce passive. Mais par cela même qu'il est une substance, l'effet est une substance active, et il est cause. Seulement ici, il ii*est pas cause par rapport à la cause dont il est l'effet. Mais par cela même qu'il est cause sous m autre rapport, la cause dont il est l'effet présuppose elle aussi une autre cause. Cest là ce qui amène une série indéfinie ascendante et descendante de causes et d'effets, ou le progrès de la fausse infinité. Une cause en suppose une autre, celle-ci en suppose une troisième, et ainsi de suite; et réciproquement la troisième est un effet vis-à-vis de la qtialrième, et la seconde est un effet vis-à-vis de la troisième, et ainsi de suite. Ce qui se trouve d'abord posé dans la série des causes et des effets, c'est que chaque terme est à la fois cause et effet. Mais il est cause par un côté et effet par l'autre, et il n'est pas effet par le même côté par lequel il est cause, et il n'est pas cause par le même côté par lequel il est effet; de sorte qu'on n'a plus ici deux termes dont l'un est cause et l'autre effet, mais on a un seul et môme terme, un substrat, dans lequel la cause et l'effet se trouvent réunis. Seulement ce substrat n'est pa& cause en tant qu'il est effet, et il n'est pas effet en tant qu^il est cause, ou, ce qui revient au même, il n'est pas substance aôtive en tant qu'il est substance passive, et il n'est pas substance pûssive en tant qu'il est substance active. Cependant, par cela même que chaque élément de la série, où chaque substance est active et passive, chaque substance est active en étant passive, et elle est passive en étant active, et elle est active sous le même rapport où elle est passive, et elle est passive sous le même rapport où elle est active. On a une substance active, la cause >

186 LA SCIENCE DE l'eSSE!?CCE.

pose des existences également indépendantes, mais

son effet. Mais la proposition « la plaie fait rhnmidité » &*est qu*une proposition analytique, car la même eau qui fait la plaie fait aussi Thumidité. Si Ton considère le mouvement d'an corps comme un effet, sa cause sera une force motrice. Mais c^est la même quantité de mpuyement que Ton a avant et après Timpalsion, c'est la même force que le corps moteur contient, et qu'il communique au corps qui est mû, et autant il en commanique autant il en perd ; de sorte que non-seulement il n*y a pas dans la cause ce qui n*est pas dans Teffet, mais la cause n'est pas plus grande que Teffet, ni Teffet que la cause. Et lorsqu'on prétend trouver dans la cause, ou dans l'effet, ce qui n'est pas dans l'un, ou dans l'autre, c'est, ou qu'on confond ce rapport avec d'autres propriétés ou d'autres rapports, on qu'on prend pour cause oe qai n'est pas cause. C'est ainsi, par exemple, qu^on confond Toccasion, ou un simple accident avec la cause, lorsqu'on dit que de petits événements sont la cause de grands événements. Le corps qui meut peut être bois, ou pierre, jaune, vert, etc.; mais ce sont là des propriétés qtti n'entrent pas dans le choc. De même, il peut y avoir dans l'immidité des propriétés qui ne sont pas dans l'eau, mais ces propriétés sont produites par d'autres causes que l'eau. En tant qu'humidité, celle-ci ne contient que ce qui est dans l'eau. On dit aussi : Les aliments sont la caase du sang; la nourriture, le froid, l'humidité, etc., sont les causes de la fièvre, etc. Et ici on trouve dans l'effet ce qui n'est pas dans la cause. Mais c'est qu'ici il y a d'autres rapports que le rapport de causalité. Il y a des rapports qui appartiennent à la sphère de la vie, où se produisent d'autres déterminations et d'autres car tégories. Car l'être vivant s'empare de la cause, se l'approprie, la transforme par sa vertu propre, et empêche ainsi la c^use de produire son effet; c'est-à-dire, il l'annule entant que cause. (Conf. § ccxvi.) La nourriture n'est pas plus la cause du sang, que le climat de l'Ionie n'est la came des poèmes homériques, ou l'ambition de César n'est la came de la chute de la république romaine. — Ainsi donc, on a l'unité de la cause et de l'effet, mais

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qui demeure identique à elle-même dans ses différen-

ane unité dans laquelle la cause et Teffet^tout en étant insépa» râbles et totil en se continuant Tuti dans l'autre, gardent la différence de leur forme, et partant de leur contenu. Cest là ce qui aibèue la finité de la cause, ouïes rapports de causalité finis. On a une cause , et on a un effet. La cause ou la substance active pose Teffet, et elle est cause en posant l'effet, et elle n*est cause qu'en le posante L'effet est d'abord vis-à-vis de la cause une sub- Ètabce passive. Mats par cela même qu'il est une substance, l'etfel est Une substance aôtive, et il est cause. Seulement ici, il n'est pas cause par rapport à la cause dont il estTeffet. Mais par cela mênie qu'il est cause sous un autre rapport, la cause dont il est Teffet présuppose elle aussi une autre cause. Cest là ce qui amène une série indéfinie ascendante et deiscendante de causes et d'effets, ou lé progrès de la fausse infinité. Une cause en suppose une autre, celle-ci en suppose une troisième, et ainsi de suite; et réciproquement la troisième est un effet vis-à-vis de la quatrième, et la seconde est un effet vis-à-vis de la troisième, et ainsi de suite. Ce qui se trouve d'abord posé dans la série des causes et des effets^ c'est que chaque terme est à la fois cause et effet. Mais il est causé par un côté et effet par l'autre, et il n'est pas effet par le même côté par lequel il est cause, et il n'est pas cause par le même éôté par lequel il est effet; de sorte qu'on n'a plus ici deux termes dont l'un est cause et l'autre effet, mais on a un seul et même terme, uii substrat, dans lequel la cause et l'effet se trouvent réunis. Seulement ce substrat n'est paâL cause en tant qu'il est effet, et il n'est pas effet en tantqu^il est cause, ou, ce qui revient au môme, il n'est pas substance au- Hve en tant qu'il est substance passive, et il n'est pas substance pttssive en tant qu'il est substance active. Cependant, par cela même qUe chaque élément de la série, où chaque substance est active et passive, chaque substance est active en étant passive, et elle est passive en étant active, et elle est active sous le môme rapport où elle est passive, et elle est passive sous le môme rapport où elle est active. On a une substance active, la cause >

188 LA SGIENGE DE l'eSSENCE.

ces et quî^ dans ce mouvement^ dans cette alterna-

et une substance passive, Teffet. La substance active agit sur la substance passive, et produit Teffet. Mais elle u*agit, et elle n'est cause qu'en présupposant Teffet, et en le produisant. Elle n'est donc active qu'autant qu'elle présuppose et pose la substance passive, et qu'elle la présuppose et la pose comme la contenant elle-même, et non comme un terme qui lui serait extérieur, car la cause ne peut produire que son effet ; ce qui veut dire qu'elle n'est active qu'autant qu'elle est, à son tour, et eu même temps passive. Et en effet, la substance passive, l'effet, réagit nécessairement sur elle, et il réagit sur elle non-seulement parce qu'il est une substance, mais par cela môme que la cause n'est cause qu'en posant l'effet, et qu'elle le pose comme une partie d'elle-même, et comme un moment de sa propre activité. L'effet est, par conséquent, cause, et il est cause vis-à-vis de sa cause, ce qui veut dire qu'on a une substance qui n'est cause qu'en étant effet, et qui n'est effet qu'en étant cause. Par conséquent, on n'a plus ici deux substances qui sont dans le rapport réciproque de cause et d'effet, ou bien un terme qui est à la fois cause et effet, mais sous des rapports différents, mais on a une seule et même substance, une seule et même cause qui n'a pas seulement un effet, mais qui dans l'effet est, en tant que cause, en rapport avec elle-même. Par là, la fuite à l'infini des causes et des effets se trouve, d'une part, arrêtée, et, d'autre part, la différence de la possibilité et de la réalité, de la substance active et de la substance passive, de la cause et de l'effet, la spbèrede la nécessité, en un mot, n'est plus qu'un moment, qu'une apparence (Schein), e| l'on a atteint à ce degré où il ne se fait plus un passage aveugle et fatal de la possibilité à la réalité, d'une substance à une autre substance, de la cause à l'effet (Conf. § GLvi), mais où la cause et l'effet, et partant la réalité et la substance elles-mêmes se sont élevées à leur unité dans l'unité de leur notion, ou, pour mieux dire, se sont élevées à laspbère de la notion.

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