‹ Logique de HegelChapitre 76 sur 137 · S CLIX · texte numérisé non relu

S CLIX

La notion est, par conséquent, la vérité de l'être et de Vessence. Car elle apparaît, comme Tessence, par une suite de déterminations réfléchies, qui ont en même temps une forme immédiate indépendante (1), et Vêtre de ces réalités différentes est à son tour marqué d'un caractère réfléchi (2).

REMARQUE

Si la notion se pose ici comme vérité de Vêtre et de Vessence^ et si ces deux moments ont, pour ainsi dire^ remonté vers elle comme leur principe, elle s'est, d'un autre côté, développée en partant de l'élre

la liberté, mais la liberlé présuppose la nécessité, et elle la contient comme un de ses moments. L'homme qui possède la moralité (der sittliche MemchJ voit dans le contenu de son action une nécessité qui a une valeur en et pour soi, et il sent par là si peu sa liberté violée, que c'est bien plutôt par la conscience de cetta nécessité qu'il entre en possession de la liberté vraie et concrète, à la différence de la volonté arbitraire, et de la liberté abstraite et purement possible. Le coupable qui est puni peut sans douté voir dans la peine une limitation de sa liberté. Cependant la peina n'est pas, au fond, une violence extérieure à laquelle-il est soumis, mais bien plutôt la manifestation de son propre fait , et c'est en la reconnaissant comme telle que le coupable est vraiment libre. En général, la plus haute indépendance de l'homme con*siste à se reconnaître comme déterminé par l'idée absolue^con* science et rapport que Spiaoza appelle amar itUellectuaUs Dei. (Voy. sur ce point mon introd. à la phiL de Hegel, ch. VI, § nu p. 240 et suiv.)

(1) La forme des catégories de l'être.

(!2) La forme dos catégories de l'essencet

RÉCIPROCITÉ D AC'ilON. 191

comme de son priucipe. La première face de ce développement peut être considérée comme un mouvement en vertu duquel l'être entre plus avant en luimême, et déploie sa nature intime ; l'autre face peut être considérée comme un mouvement qui fait sortir le parfait de l'imparfait.

C'est parce qu'on n'a considéré que la dernière face de ce développement qu'on a, sur ce points adressé des reproches à cette philosophie.

L'imperfeclion et la perfection, dont on se fait en général une notion superficielle (1), n'ont ici d'autre fondement que la différence qui existe entre l'être considéré comme forpaant une unité immédiate aveo lui-même, et la notion considérée comme contenant une libre médiation (2). Mais puisque Têtre s'est produit comme ne constituant qu'un moment de la notion , c'est dans celle-ci qu'il trouve sa vérité. Ce retour libre de la notion sur elle-même, et la suppression de la médiation montrent que c'est la notion elle-même qui a posé ce moment immédiat. Par censéquent ce moment qu'elle présuppose est identique avec ce retour sur elle-même, et c'est en cela que consiste l'identité, la liberté et la notion. Si Ton appelle imparfait ce moment de la notion (l'être) , la notion sera l'existence parfaite ; mais elle n'est parfaite qu'en se

(0 Voy. sur ce point mon Mrod. à la pMl, de Hegel, ch. VI^ S III, p. 256 et suiv.

(2) Freien Venrntilimg, Libre en ce sens que la notion contient l'être;

192 LA SCIENCE DE l'eSSENCE.

développant de l'imparfait, car sa nalure consiste essentiellement à supprimer cette présupposition. Mais au fond c'est elle-même qui présuppose ce moment, ainsi que cela a eu lieu dans le rapport de causalité en général, et plus particulièrement dans le rapport de réciprocité (Taction (1).

La notion contient, par conséquent, Tètre et l'essence. Elle est Tessence qui est revenue à Tétat simple et immédiat de Têtre, et dont les déterminations réfléchies ont ainsi une réalité (2), réalité qui apparaît, en même temps , librement au dedans d'ellemême (3). La notion renferme, de cette manière, l'être dans le rapport simple qu'elle soutient avec elle-même , ou dans le moment immédiat de son

(\) Et, en effet, il y a des différences et des degrés dans les choses. Si on sépare ces différences et ces degrés, on aura le parfait et rimparfait, ou, pour parler avec pins de précision, on n'aura que Pimparfait. La vraie perfection est, par conséquent, dans Tunité. En ce cas, si Ton prend un des moments de Tunité, on n'aura qu'un moment imparfait. Ce moment est ici Tôtre qui n'est qu'un moment de la notion. La perfection n'est, par conséquent, ni dans l'être ni dans la notion, mais dans tous les deux. Seulement, l'être ne doit être considéré que comme un moment de la notion elle-même, en ce qu'il se trouve enveloppé dans elle.

(2) Dessen Schdnen dadurch Wirklichkeit hat. C'est-à-dire, que les déterminations de l'essence revenues à l'être dans la notion, qui est le principe, de l'être et de l'essence, et que c'est dans la notion qu'elles acquièrent la plus haute réalité à laquelle elles puissent atteindre.

(3) Freies Schdnen in sich selbst. Par cela même qu'elles apparaissent dans la notion, qui est la sphère de la liberté.

RÉGIPROaTfi D AC'HON. 191

comme de son principe. La première face de ce développement peut élre considérée comme un mouvement en vertu duquel l'être entre plus avant en luimême, et déploie sa nature intime ; Tautre face peut ôtre considérée comme un mouvement qui fait sortir le parfait de l'imparfait.

C'est parce qu'on n'a considéré que la dernière face de ce développement qu'on a, sur ce points adressé des reproches à cette philosophie.

L'imperfection et la perfection, dont on se fait en général une notion superficielle (1), n'ont ici d'autre fondement que la différence qui existe entre l'être considéré comme forpiant une unité immédiate avec lui-même, et la notion considérée comme contenant nue libre médiation (2). Mais puisque Têtre s'est produit comme ne constituant qu'un moment de la notion , c'est dans celle-ci qu'il trouve sa vérité. Ce retour libre de la notion sur elle-même, et la suppression de la médiation montrent que c'est la notion elle-même qui a posé ce moment immédiat. Par conséquent ce moment qu'elle présuppose est identique avec ce retour sur elle-même, et c'est en cela que consiste l'identité, la liberté et la notion . Si l'on appelle imparfait ce moment de la notion (l'être) , la notion sera Texistence parfaite ; mais elle n'est parfaite qu'en se

(0 Voy. sur ce point mon Introd. à la pMl, de Hegel, ch. VI, § m, p. 256 et suiv.

(â) Frden VermUilung. Libre en ce sens que la notion contient l'être;

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développant de l'imparfait, car sa nature consiste essentiellement à supprimer cette présupposition. Mais au fond c'est elle-même qui présuppose ce moment, ainsi que cela a eu lieu dans le rapport de causalité en général, et plus particulièrement dans le rapport de réciprocité (T action (1).

La notion contient, par conséquent, Tètre et l'essence. Elle est l'essence qui est revenue à Tétat simple et immédiat de Têlre, et dont les déterminations réfléchies ont ainsi une réalité (2), réalité qui apparaît, en même temps , librement au dedans d'ellemême (3). La notion renferme, de cette manière, l'être dans le rapport simple qu'elle soutient avec elle-même , ou dans le moment immédiat de son

(4) Et, en effet, il y a des différences et des degrés dans les choses. Si on sépare ces différences et ces degrés, on aura le parfait et rimparfait, ou, pour parler avec pins de précision, on n'aura que Timparfait. La vraie perfection est, par conséquent, dans Tunité. En ce cas, si Ton prend un des moments de Tunité, on n'aura qu'un moment imparfait. Ce moment est ici Tôtre qui n'est qu'un moment de la notion. La perfection n'est, par conséquent, ni dans Tètre ni dans la notion, mais dans tous les deux. Seulement, l'être ne doit être considéré que comme un moment de la notion elle-même, en ce qu'il se trouve enveloppé dans elle.

(2) Dessen Scheinen dadurch Wirklichkeit hat. C'est-à-dire, que les déterminations de l'essence revenues à Têtre dans la notion, qui est le principe, de l'être et de l'essence, et que c'est dans la notion qu'elles acquièrent la plus haute réalité à laquelle elles puissent atteindre.

(3) Freies Scheinen in sich selbst. Par cela même qu'elles apparaissent dans la notion, qui est la sphère de la liberté.

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unité (1). Mais Tétre est une détermination où il y a si peu de réalité qu on n'en retrouve que de faibles traces dans la notion (2).

Le passage de la nécessité à la liberté, ou de la réalit à la notion est le point le plus difficile à franchir, parce qu'on doit penser des réalités indépendantes comme ayant leur substance dans d'autrçs réalités' également indépendantes, et dans leur identité avec elles. Et la notion est ce qu'il y a de plus difficile, parce qu'elle est cette identité même (3) .

La substance réelle, la cause qui dans son être* pour-soi ne veut rien laisser pénétrer dans sa nature,

(I) Si la notion est rohité de Têtre et de Tesseoce, elle contient rètre et l'essence comme des moments; ce qui veut dire que, tout en contenant Vètre et Tesseuce, et par la raison même qu'elle les contient, la notion est antre que Tètre et l'essence, et que ceux-ci ne sont pas dans la notion ce qu'ils sont en euxmêmes et hors de la notion. (Gonf. vol. 1*', Introd. de Hegel, $ Lxx, et mon Introd,, $ xi, p. 87 et suiv.) D'un autre côté, par cela même que la notion fait leur unité, on ne doit pas seulement retrouver dans la notion l'être et l'essence; mais chacune de ces déterminations doit reproduire l'être et l'essence, de* façon que l'être s'y trouve enveloppé dans l'essence, et celle-ci dans l'être. Ainsi, par exemple, dans le jugement qualitatif on re- ^ouve la qualité, mais la qualité réfléchie, ou combinée avec les moments de l'essence, précisément parce que le jugement qualitatif n'est qu'un moment de la notion.

(S) La notion est, et elle est aussi Vétre dans sa notion. Mais l'être en sa notion est ce qu'il y a de plus extérieur et de moins réel dans la notion, précisément parce qu'il n'est que l'être, tandis que la notion est la notion de toutes choses.

(3) Voy. S cLvm.

est, elle aussi , soumise à la loi fatale qui la domine et la porte à se réaliser (1) ; et cette sujétion est ce qu'il y a de plus sévère (2). La pemée de la nécessité est, au contraire, la suppression de cette sévérité; car elle est comme la continuation de soi-même dans un autre que soi, sans sortir de soi (3), et c'est là la déli* vrance qui n'est pas ici un jeu de l'abstraction, mais qui repose sur cette puissance de la nécessité qui lie toutes les réalités entre elles , et qui fait qu'une réalité n'a pas une existence distincte et isolée, mais qu'elle trouve son être et son fondement dans ses rapports avec les autres (4). Cette délivrance en, tant qu'elle

(0 Voy. §J CLVII, CLVIII.

(2) Et, en effet, ia cause est soumise à la nécessité, parce qu'elle doit nécessairement produire l'effet {^\ auLvu-cLvn), et cette production nécessaire de Teffet est ce qu'il y a de plus sévère, précisément parce qu'elle est la cause, et qu'en tant que causeelle touche à la liberté sans être la liberté, car la liberté ne con»mence qu'avec la notion et la pensée.

(3) Ei ist dos Zusammengehen Seiner im Aniem mii Sieh HlbsU

(4) Et, en effet, penser la nécessité, et la penser telle qu'elle est dans son existence absolue et dans sa notion^ c'est s'affran*ehir de la nécessité, et c*est s'en affranchir en la reconnaissant et eu vivant ainsi de la vie universelle. D'ailleurs cet affranobisse*» ment est donné dans la pensée en général, car la pensée, et la pensée seule,. est ce qui, suivant l'expression de Hegel, se continiie soi-même dans un autre que soi , et sans sortir de soi« Et cette délivrance qui sort de la nécessité même n'est pas ici xmjeU de l'a^itractUm, c'est-à-dire, une liberté qui supprime la nécessité, et qui par là devient la volonté arbitraire et le caprice» mais une liberté qui enveloppe et reconnaît la nécessité ($$ ciivu.

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existe pour soi est le moi (1), entant qu'elle a reçu tout son développement est l'esprit libre (2), en tant que sensibilité^ c'est l'amour (3), en tant que joi/wsante^ c'est le 6on/i€ur (4) .

La substance de Spinoza repose sur une intuition profonde, mais elle ne s'affranchit pas de la finité ; tandis que cet affranchissement est complet dans la notion, car elle est la puissance qui domine la nécessité, et elle constitue la vraie liberté (5).

avni). Hegel introduit ici la pensée, parce que la notion {Begriff de begreifen^ qui a la double signification d'entendre et d'embrasser, ol de comprendre, le compreliendere des Latios , et le xaxa- Âa|A6àv:(v des Grecs) est la pensée à son état logique, ou parce qu'elle contient les déterminations logiques de la pensée, lesquelles sont aussi les déterminations universelles et absolues des choses. Du reste, Tidée absolue est la pensée absolue, et la pensée absolue est Tidëe absolue ; ou, pour mieux dire, l'idée et la pensée absolues ne fout qu'un, et, par conséquent, la logique n'est qu'un moment de l'idée , ou de la pensée. — Voy. plus bas, $ ccxra, n^on Introi. à la phil. de Hegel, cb. VI, et vol. I*^, mou Mrod,, ch. XUI.

(i) Als fur sich e^istirend Uemt dièse Befremnig, leh,

(î) Freier GeUt.

(3) Als ^mpfîHdmg Liehe.

(4) Als Gemss Seeligkeit. Ce passage ne peut s'expliquer que par la philosophie de l'esprit, le moi, Vespi*it libre, etc., étant des degrés de la vie de l'esprit qu'il faut voir se produire à leur place. Hegel les rappel'eici, parce que les déterminations de la notion s'appliquent à l^esprit.

(5) Suivant Hegel, la philosophie de Spinoza est une philosophie, mais elle n'est pas la philosophie; elle marque un degré nécessaire dans le développement de la pensée philosophique, et, par conséquent j touttrai système doit la compteudre, mais

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elle u*est pas un système complet, et qui satisfasse à toutes les conditions de la science. Deux objections peuvent être dirigées contre la philosophie de Spinoza. L'une concerne le contenu, et l'autre la forme. Et, en effet, la substance est un degré de ridée, mais elle n'est pas l'idée absolue. Elle est Tidée dans te forme limitée de la nécessité, mais elle n'est pas l'idée qui s'est élevée à la pensée et à la liberté. Voilà pourquoi le moment de la personnalité manque à la philosophie de Spmoza. Le Dieu de Spinoza est substance, mais il n'est pas personne. Il est la substance et la nécessité absolue ; mais il n'est pas la personnalité et la liberté absolue , le moi, la pensée et l'idée ne faisant qu'un dans l'acception absolue du mot. La pensée et l'idée ont , il est vrai, leur place dans le système de Spinoza, mais elles sont rabaissées au rôle à*attribut, — Ensuite, comme la forme et le contenu sont intimement unis dans un système, cette imperfection du Contenu a sa racine dans l'imperfection même de la forme ou de la méthode. Et, en effet, au lieu de s'élever méthodiquement à la substance, et de montrer par quelle nécessité de la forme Bt du contenu la substance se trouve posée, Spinoza pose la substance d'une manière immédiate et extérieure, et déduit d'elle, par un procédé également extérieur et arbitraire, l'étendue et la pensée ; et au lieu de considérer la méthode comme la forme absolue qui se pose et se développe avec le contenu, il emprunte sa mé** thode à une science subordonnée et finie, aux mathématiques, et il l'applique au contenu absolu de la philosophie. C'est là ce qui fait que la vraie nature de la substance et de l'idée lui échappe. —Vby., sur ce point, Grande Logique,\i\. II, m« partie, p. 194, et mon Introduction à la Philosophie de Hegel, ch. IV, $ 5, et ch. VI, J 3.

TROISU PARTIE DE LA LOGIOIE.

SCLX.

La notion est la puissance libre, substantielle et qui n'existe que pour soi. Elle forme une totalité où elle se trouve dans chacun de ses moments^ comme un tout, et comme une unité indivisible ; elle est, par conséquent, identique à elle-même et déterminée en et pour soi (1).

(1) « Le point de vue de la notion, dit Hegel (Grande EncycUh pédie, $ 460), est le point de vue de Tidéalisme absolu, et la philosophie est la science qui connaît par et dans la notion (begrei fendes ErkennenJ, en tantqu*elle s'élève à ce degré de la connaissance où tout ce qui apparaît dans la conscience vulgaire comme un être immédiat et indépendant, n'est pour elle qu'un moment de l'idée. La logique de Tentendement ne voit dans la notion qu'une simple forme de la pensée, ou plutôt qu'une représentationgénérale(idéesgénérales,résultatdelagénéralisation),et c'est cette manière superficielle de concevoir la notion, manière quia son fondement dans le point de vue delà sensation, qui fait considérer la notion comme une forme morte et vide, et comme

198 LA SaENCE DE LA NOTION.

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