‹ Logique de HegelChapitre 86 sur 137 · NOTIONS GLAIRES, DISTINCIES, ETC · texte numérisé non relu

NOTIONS GLAIRES, DISTINCIES, ETC

en notions contraires^ contradictoires, affirmatives^ négatives j etc. , c'est rassembler au hasard les déterminations de la pensée qui appartiennent à la sphère de Vètre ou de V essence où elles ont été considérées, et qui ne rentrent nullement dans les déterminations de la notion comme telle.

Mais la vraie division de la notion en notion universelle, partiadière et individuelle n'offrira, elle aussi, que des espèces (1), si ces trois déterminations sont séparées par la réflexion extérieure (2). La diftë-

oii extérieur avec le général, et non comme une détermination du général lui-même.

(i) C'est-à-dire, des espèces telles qu'on les considère généralement. Car on place les espèces à côté du genre sans en montrer leur rapport et leur unité.

(%) VmiversaUté, la particularité et Vindividualité^ dit • Hegel (Gr. Log.j science de la notion, T" part., p. 52), sont, d'après ce qui précède, les notions déterminées, et on pourrait dire les trois notions déterminées, si on voulait les compter^. Mais ou a démontré plus haut (ibid., p. 49) que le nombre est une forme inadéquate pour exprimer les déterminations de la notion, et qu'il l'est sunout pour siaisir la notion elle-même. Le nombre, par là même qu'il a Vun pour principe, ne fait des choses comptées que des éléments distincts, extérieurs et indifférents Tun à l'autre, tandis que les différentes notions ne forment, comme on vient de le montrer, qu'une seule et même notion, et elles ne tombent pas Tune hors de l'autre comme les nombres.

Dans la logique ordinaire, on rencontre différentes divisions et espèces de notions. // y a,— c'est là la manière dont elles sont présentées, — les notions suivantes, d'après la quantité, la qualité, etc. Il est aisé^ de voir tout ce qu'il y a d'irrationnel , dans cette manière de traiter les notions. Cet il y a ne veut dire

218 LA SaSNCE DE LA NOTION.

renciation et la dôtennination de la notion sont essen* tiellement contenues dans le jugement; carjuger^ c*est déterminer la notion.

antre chose, si ce n'est qn'on prend ces espèces telles qu'on les trouve devant soi , et telles qn^elles sont présentées par l'expérience. Et ainsi on n'a qu^une logique empirique <t une science singulière, une connaissance irrationnelle du ratUmnel (eine irrationnelle Erkenniniss des RationellenJ. La logique donne par là un bien mauvais exemple dans l'application qu'elle fait de ses propres règles, car elle se permet de faire le contraire de ce qu'elle prescrit, puisqu'elle enseigne que les notions doivent être déduites, et que les propositions de la science (et partant, la proposition elle-même « t/ y a telle et telle espèce de notions ») doivent être démontrées. La philosophie de Kant tombe dans une autre inconséquence. Elle emprunte pour l'usage de la logique trauscendentale, et pour en faire des notions fondamentales (Stammbegriffe) , les catégories à la logique subjective, dans laquelle ces notions sont prises et employées empiriquement. On ne voit pas trop pourquoi la logique trauscendentale a eu recours à la logique ordinaire, puisqu'elle aurait pu prendre directement elle-même ces catégories d'une manière empirique.

La logique ordinaire, pour dire quelque chose sur ce point, a divisé les notions, d'après leur clarté, en notions claires et obscwres, distinctes et confuses, adéquates elinadéquates. On pourrait y ajouter les notions complètes, les notions superflues et d'autres semblables superflvités. Pour ce qui concerne la division des notions suivant leur clarté, on voit, au premier coup d'œil, que ce point de vue et la distinction qui en découle n'appartiennent pas à la logique, mais à la psychologie. Ce qu'on appelle notion claire peut suffire pour distinguer un objet d'un autre, mais cet objet n'est nullement une notion; il n'est qu'une représentation subjective, La notion distincte est celle dont on peut indiquer les caractères. Une telle notion est, à proprement parlef, la notion déterminée. Si Ton saisit dans le caractère ce qui s'y trouve réellement, on verra

bj Jugement.

% CLXVI.

Le jugement, c'est la notion à Tétat de notion particulière, en tant qu'elle forme un rapport dont les

qu'il n'6st autre chose qu'une UtermrnUlité.oxiï^ conteDU simple de la notion, en tant qu'on la distingue de sa forme unîTerselle. Ce n'est pas cependant ceue signification, qui est sa vraie signification, qu*on y attache généralement, mais on considère le oaraçitre comme une détermination par laquelle une intelligence extérieure à l'objet (le texte dit ein Driiter, m trowèrne; et, en effet, il y a Tobjet, la marque de Tobjet, et le troisième terme, le sujet qui marque Tobjet) marque cet objet ou la notion. Le caractère dont on marque la notion peut n'être, par conséquent, qu'une circonstance purement accidentelle. £n général, ces ca* ractères n'expriment pas des déterminations immanentes et essentielles de la notion, mais les rapports de la notion avec un entendement qui lui demeure extérieur. Le vrai entendtiment a devant lui la notion, et il ne marque la notion d'autres ca* ractères que ceux qui sont contenus dans la notion elle-même. Mais sil perd de vue la notion, ses marques et ses déterminations appartiendront à la représentation de la chose, et non à sa notion.

La notion adéquate a une signification plus profonde, en ce qu'on y voit, pour ainsi dire, poindre l'accord de la notion et de la réalité. Mais cet accord, c'est dans Vidée, et non dans la notion comme telle qu'il réside.

Si le caractère de la notion distincte doit être une détermination de la notion elle-même, la logique sera embarrassée parles notions impies^ qui, d'après une autre division, sont opposées aux notions composées. Car si l'on marque une notion simple d'un caractère réel et immanent, on n'aura plus une notion simple; si, au contraire, on ne la marque d'aucun caractère, on n'aura pas de notion distincte. Pour sortir de cet embarras, on a

moments sont posés comme différenciés , et non comme identiques.

appelé à son secours la notiou claire.Vimté,\eLréaUté et d'autres déterminations semblables sont bien des notions simples, mais comme les logiciens n*ont pas pu parvenir à indiquer leur vraie détermination, ils se sont contentés de les classer parmi les notions clmreSf c'est à-dire, ils se sont contentés de n'avoir aucune notion de ces choses. La déflnition détermine la notion, et elle la détermine par le genre et par la difTérence spécifique. Et ainsi la notion n'est pas ici une chose simple, mais elle est partagée en deux parties qu'on peut compter. Et cependant une telle notion ne peut être une notion composée. Ces difficultés et cette impuissance viennent de ce que, lorsqu'il est question de notions simples, on ne voit dans leur simplicité que la simplicité abs^ traite, c'est-à-dire, l'unité qui ne contient pas la différence et la détermination, et qui n'est jpas* par conséquent, la véritable unité de la notion. Aussi longtemps qu'un objet n'est qu'une représentation, et plus encore qu'un souvenir, ou même aussi longtemps qu'il n'est qu'mie détermination abstraite de la pensée, un tel objet peut être une chose simple (dans le sens de la simplicité abstraite). Les objets les plus complexes, tels que l'esprit, la nature, le monde et Dieu lui-même, ainsi considérés, c'est-àdire, considérés en dehors de leur notion (begrifllosj, peuvent n'être que de simples représentations exprimées par de simples mots. Dieu, la nature, l'esprit; et la conscience peut s'arrêter à ces représentations, sans s'inquiéter de rechercher les caractères ou les déterminations propres de ces objets. Ce n'est pas cependant à ces représentations, à ces pensées simples et abstraites que la conscience doit s'arrêter, mais elle doit saisir son objet dans ses différences et dans son unité tout à la fois. Quant à la notion composée, elle ne vaut pas mieux qu'un mélange de bois et de fer (ein hôlzemes Eisen). On peut bien avoir une notion du composé. Mais une notion composée est une pensée encore plus fausse que ce matérialisme qui regarde la substance de Tàme comme composée, et qui, cependant, se représente la pensée

JUGEiMEM. 221

REMARQUE

On considère généralement les deux extrêmes du jugement 9 le sujet et le prédicat, comme des tercomme simple. C'est la pensée irréfléchie qai s'arrête à ce rapport extérieur de la composition, qui est la forme la plus irrationnelle sous laquelle les choses peuvent être considérées. Car l'être le plus infime doit posséder une unité interne. Mais qu'on ait transporté la forme la plus vide de l'existence dans le moi et dans la notion, c^est là ce qu'il y a de plus étrange, c'est là ce qu'il y a d'absurde et de barbare.

On. divise aussi et principalement les notions en notions corUraires Qicontradicioires. Si, en traitant de la notion, on devait parler des notions déterminées, il faudrait parler de toutes les notions possibles — car toutes les déterminations sont des notions, et des notions déterminées — et toutes les catégories de 1 être , ainsi que les déterminations de Tessence, devraient être transportées dans la sphère de la notion, et à titre d'espèces de la notion. C'est là ce qui fait que dans les différentes logiques on en énumère plus on moins à volonté, et qu'on y trouve des notions affirmatives, négatives, identiques, conditionnées, nécessaires, etc. Mais comme ces déterminations n'appartiennent pas à la nature même de la notion, laquelle les a, si l'on peut dire ainsi, laissées derrière elle, lorsqu'on les introduit dans sa sphère, on ne peut en donner que des explications purement verbales et superficielles qui n'ont aucun intérêt, précisément parce qu'elles ne se produisent pas à leur place véritable.

Quant aux notions contraires et contradictoires, leur distinction a pour fondement les déterminations réfléchies de la différence et de V opposition. Dans la logique ordinaire, on les considère comme àexiJ. espèces particulières de notions, c'est-à-dire, comme des espèces dont chacune n'existe que pour soi, et est indifférente à l'égard de l'autre, et cela sans tenir compte de la pensée dialectique qui fait disparaître leur différence. Comme si le conirfm'e n'était pas aussi contradictoire / On a vu à sa place quelle

mes indépendants et comme formant des déterminations ou des existences séparées. D'après cela, le préest la nature de ses formes réfléchies, ainsi que leur passage de Tune à l'autre. Dans la notion, Tidentité s'est élevée à l'universel, la différence au particulier, et Topposilion, qui avait abouti à la raison d'être (dans Tessence), est ici riudividuel. Ces déterminatioDS réfléchies, en revêtant ces formes, sont devenues ce qu'elles sont dans la notion. L'universel se produit ici nonseulement comme identique, mais comme différent ou contraire vis-à-vis du particulier et de l'individael, et en outre, comme opposé ou contradictoire ; mais dans celte opposition il demeure identique à lui-même, et il est la vraie et absolue raison d'être dans laquelle s'absorbe leur différence. Il en est de même du particulier et de Tiadividuel, qui, par cela même, enveloppent toutes les déterminations de la réflexion.

..... Comme c'est le Jugement qui est le rapport des notionsdéterminées, c'est dans le jugement que doit se produire le vrai rapport des notions. Cette manière de comparer les notions qui ne Uent pas compte de leur dialectique et du changement progressif delenrs déterminations, ou, pour mieux dire, du lien qui unit les déterminations opposées, frappe de stérilité toute recherche touchant leur accord ou désaccord. L'illustre Fuler, dont Tesprit était si fécond et si pénétrant lorsqu'il s'agissait de saisir et de combiner les plus profonds rapports des grandeurs algébriques, ainsi que cet esprit étroit de Lambert et d'autres, ont cherché dans les lignes, les figures et d'autres signes semblables, une no*tation pour exprimer ces déterminations et ces rapports de la notion* Ce qu'ils ont eu en vue, c'est d'élever, ou, pour parler avec plus de précision, de rabaisser les rapports logiques au calcuL Pour montrer l'inanité d'une telle recherche, il n'y a qu'à comparer la nature du signe et de la chose qu'on veut exprimer par son moyen. Les déterminations delà notion, Tuniversalité, la particularité et l'individualité, sont, il est vrai, différenciées comme les lignes, ou les lettres de l'algèbre ; elles sont,deplus,opposée8, et, à ce titre, elles admettent le pln$ et le moins. Mais lors même qu'on

dicat ne serait qu'une détermination générale, étrangère au sujet, n'ayant pas d'existence hors de mon

se renfermerait dans le simple rapport de ««^«tfmpft'oii et ^'inhérence, on Terrait que la notion, ainsi que ses rapports, sont d'une tout autre ^lature que les lignes, les leUres et leurs rapports, que régal ité et la différence de la grandeur, que le pks et le moim, ou que la superposition des lignes, leur combinaison en angles et leur position dans les espaces qu'elles contiennent. Ce qui dis* tingue ces objets de la notion, c'est qu'ils sont extérieurs les uns aux autres, et que leurs déterminations sont des déterminations fixes et immobiles. Lorsqu'on se représente les notions de manière à les faire correspondre avec ces objets, les notions cessent d'être des notions. Car leurs déterminations ne sont pas des déterminations mortes et immobiles comme les nombres et les lignes, mais ce sont des déterminations vivantes (lebênd^ge Bewegwigen) où la différence d'un côté est immédiatement la différence de l'autre côté, et od le rapport atteint intérieurement les termes qui le forment. Ce qui dans les lignes et les nombres n'est qu'une contradiction, constitue dans la notion sa nature propre et essentielle. Les bautes mathématiques elles-mômes, qui s'élèvent à la considération de l'infini, se permettent des contradictions, et elles n'emploient plus dans Texposition de ces déterminations les signes ordinaires. Lorsqu'elles notent la représentation ' irrationnelle ' du rapprochement infini de deux ordonnées» ou qu'elles comparent un arc à un nombre infini de lignes droites infiniment petites, elles ne font que marquer deux lignes droites en les plaçant Tune hors de l'autre, ou tracer dans un arc des lignes droites et qui diffèrent de la courbe. Quant à l'infini qui se produit dans ce rapport, elles s*en rapportent à la représenta^ Hen.

* Begrifflosen, c'est l*expressiou par laquelle Hegel désigne rirratioiia- ^ Hté d'une conception. Suivant Hegel^ ^infiniment grand et Finfiniment petit sont deux formes de la fausse infinité quantit€Uiveé Voilà pourquoi il appelle privée de notion, ou contraire à la notion^ la représentation du rapprochement infini des deux ordonnées. Ce point se trouve longuement discuté dans la Grande Logique , liV; I«% II* part< — Voy. plus haut, g 105:

esprit, et que je réunis au sujet pour former un jugement. Cependant, si la copule est exprime le prédi*

Ce qui a donné lien à la recherche susmentionnée, est surtout le rapport quantitatif qui existe entre Vurdversely le particulier et Yindividuel, L*uniyersel a un sens plus large (heisst weiter) que le particulier et Tindivlduel, et le particulier a un sens plus large que rindividuel. La notion est ce qu^il y a de plus riche et de plus concret, parce qu'elle est le principe et la totalité des déterminations antérieures de l'être et de Tesseace. Ces déterminations se retrouvent par conséquent dans sa sphère. Mais on méconnaîtra entièrement sa nature, si on les y prend dans la forme abstraite (limitée et imparfaite) où elles se trouvent dans l'être et Tessence, et si on ne voit dans la circonscription plus large de Tuniversel qu'une multip'icité (ein Mehrererj, ou une quantité plus grande que celle du particulier et de Tiadividuel. Comme raison d'être absolue, la notion est la possibilité absolue de la quantité, mais elle l'est aussi de la qualité, c'est-à-dire, ses déterminations sont différenciées qualitativement tout au^si bien que quantitativement. On ne les considère donc pas dans leur vérité lorsqu'on ne les considère que sous la forme de la quantité. De plus, les déterminations réfléchies sont des déterminations relatives dans lesquelles apparaît leur opposé. Elles ne sont donc pas dans un rapport extérieur comme les quantités. Mais la notion n'est pas seulement cela, car ses déterminations sont des notions déterminées, et elle est elle-même la totalité de ces déterminations. C'est, par conséquent, un procédé irrationnel que d'avoir recours aux nombres et aux rapports d'espace, où les déterminations tombent l'une en dehors de l'autre, pour saisir l'unité interne de la notion. C'est le procédé le plus mauvais et le moins scientifique qu'on puisse employer. Les rapports tirés des choses de la nature, du magnétisme, par exemple, ou de la couleur, fourniraient des symboles bien plus vrais et bien plus profonds. Mais comme l'homme a le langage, qui est le signe propre et direct de la raison, c'est un travail superflu que de se tourmenter pour trouver des moyens d'expression plus impar-

cat réel du sujet, il n'y a pas seulement, entre les deux termes, une liaison extérieure et subjective, mais le jugement est une détermination de Tobjet lui-même.

L'étymologie du mot jugement (1) a dans notre langue une signification profonde. Elle veut dire que l'unité de la notion est l'unité première, et que c'est en se différenciant qu'elle produit la première division, ce qui constitue le jugement.

Le jugement abstrait, c'est la proposition : l'individuel est l'universel. Telle est la première détermination du sujet et du prédicat, car les moments de la

faits. Cependant la notion, comme telle, ne saurait être saisie que pari*esprit, car c*est Tesprit qu'elle habite, et c'est elle aussi qui fait son unité (reines selbsi ist, est l'identité pure). Qu'on emploie des figures et des signes algébriques pour venir au secours de Tœil extérieur , et d'un procédé mécanique , d'un calcul , c*est ce qu'on peut accorder. Car de même qu'on a recours aux symboles pour représenter la nature divine, de môme on peut y avoir recours pour éveiller des pressentiments, et pour faire entendre comme un retentissement de la notion. Mais on se trompe si l'on croit pouvoir connaître et exprimer par ce moyen la notion. Car il n'y a pas de symbole qui soit adéquate à sa nature. Et c'est bien plutôt le contraire qui a lieu; je veux dire que ce pressentiment d*une plus haute nature qu'on trouve dans les symboles, c'est la notion elle-môme qui l'éveille, et que ce n'est qu*en éloignant d'elle d'abord toute démonstration sensible et tout signe, qu'on peut découvrir quel est le signe qui approche le plus près de sa nature.

(i) Ur-theil, Première partition. Les mots di-judico, dis-cemo, ou xp^/iJ, oia-xpivo), impliquent bien une division, mais non une division radicale et prunitive, comme le mot allemand.

notion y sont pris dans Ie«r forme immédiate et abstraite. (Les propositions : le particulier est le généraly et IHndividuel est le particulier^ appartiennent aux déterminations ultérieures du jugement.) On doit vraiment s'étonner que dans la logique il ne soit pas même fait mention de ce fait, que dans chaque jugement l'on exprime cette proposition : <c l^individuel est le général ; )> ou bien d'une manière plus déterminée : « le sujet est le prédicat, » comme par exemple, Dieu est V esprit absolu. Sans doute les déterminations de l'individualité et de l'universalité, du sujet et du prédicat sont encore différenciées, mais il n'en est pas moins vrai que chaque jugement exprime l'unité de leur rapport.

La copule est découle de la nature même de la notion qui, en devenant extérieure à elle-même (1), demeure identique à elle-même. L'individuel et l'universel sont, comme moments de la notion, des déterminations qui ne peuvent être séparées. Les déterminations réfléchies de l'essence ont aussi une connexion entre elles, mais cette connexion est exprimée par le verbe avoir ^ et non par le verbe êtrCy qui exprime cette forme de l'identité, l'universalité* C'est le jugement qui constitue la vraie particularité de la notion, car elle s'y détermine et s'y différencie tout en conservant son universalité.

(1) Ent'àimerung , littéralement, dans son EsaUrioration. Et, en effet, dans le jugement, le sujet et l'attribut deviennent extérieurs l'un à Tantre.

S CLXVU-

On n'accorde en général qu'une valeur subjective au jugement^ et on le considère comme une opération et une forme qui n'existent que dans la pensée réfléchie ("i )« Mais cette distinction n'a pas encore lieu dans la sphère de la logique (2), et la vraie signification générale du jugement est celle-ci : toute chose est un jugement^ c'est-à-dire, toute chose est l'individu qui contient un élément interne ou l'universel, ou bien, toute chose est l'universel individualisé : en d'autres termes, l'universalité et Tindividualité se différencient dans les choses, et y demeurent identiques tout à la fois*

Cette manière de considérer le jugement comme une forme purement subjective, et oîi le prédicat serait ajouté au sujet par la pensée individuelle [Ich) est en désaccord avec l'expression objective du jugement. Dans ces jugements : ce la rose est rouge ; l'or est un métal, » etc., ce n'est pas moi qui réunis , pour la première fins , ces deux termes (3). Les juge-

(1) Selbstbewusstm Denken, La pensée qui a conscience d'ellemême.

(2) Parce que la conscience appartient à la sphère de Tesprit.

(3) «On a Vhabitude, dit Hegel (Grande Encyclopédie, § «66, p. 327;, de considérer le jugement Comme une réunion de notions, et de notions d'espèces différentes. Ce qu'il y a de vrai dans cette manière d'envisager le jugement, c'est qu'on y présuppose la notion comme principe dil jugement, et comme se produisant dans le jugement soUs forme de différence. Mais ce

ments se dislingucnl des propositions en ce que ces dernières contiennent une détermination du sujet qui

qu'il y a d*erroné , c'est qu'on y parle de notions de différentes espèces; car la notion comme telle, bien qu'elle soit une chose concrète , est cependant essentiellement une , et on ne doit pas, par conséquent,. considérer ces moments comme des espèces différentes; comme aussi il n'est pas exact de considérer le jugement comme une réunion (yerbmdungj de parties, car lorsqu'on parle de réunion, on se représente les éléments qu'on réunit comme existant en eux-mêmes, et en dehors de leur réunion. Cette manière extérieure de concevoir le jugement est encore plus sensible lorsqu'on dit qu'on fait un jugement en ajoutant un prédicat au sujet. Par là on se représente le prédicat comme s'il n'existait que dans notre cerveau, d'où nous le tirerions pour l'ajouter au sujet , qui, de son côté, formerait une existence extérieure et indépendante. Cette conception du jugement est en opposition avec la copule. Lorsque nous disons « cette rose est rouge, » ou « cette peinture est belle, » nous ne voulons pas dire que c'est nous qui faisons que la rose est rouge, ou que la peinture est belle , mais que ce sont là les déterminations propres de ces objets. Une autre lacune qn*on rencontre dans la logique formelle , c'est qu'elle ne présente le jugement que comme une forme accidentelle, et qu'elle ne démontre pas lé passage de la notion au jugement. Mais la notion n'est pas, ainsi que la conçoit l'entendement , un être immobile et inerte (processlos , sans processus) , mais elle est bien plutôt , en tant que forme infinie, essentiellement active , elle est, pouramsi dire, le punctum saliens de tout être vivant, et, partant , elle est l'èire qui sedifférencie lui même. Et c'est là le jugement. Je veux dire que le jugement est cette différenciation qcte pose en ellemême, eten vertu de sa propre activité, la notion, différenciation qui est aussi une particularisation (Besonderung). La notion comme telle est déjà en soi le particulier; mais le particulier n*y est pas encore réalisé , et il forme une imité indivisée avec l'universel (Voy. § IGS). C'est ainsi que le germe de la plante (Conf. § 460

n'exprime pas l'universel, mais un état, une action individuelle et d'autres choses semblables. César est né à Romej et y dans telle année ^ il a fait la guerre pendant dix ans dans les Gaules, il a traversé le Rubicou, etc. 9 ce sont là des propositions, et non des jugements. Il serait aussi absurde de classer parmi les jugements des propositions telles que celles-ci : « fai bien dormi cette nuit^ » ou bien, (x présentez les armes. )» On pourrait considérer comme un jugement , mais comme un jugement purement subjectif, cette proposition : « c'est une voilure qui passe j » s41 est douteux que Tobjet qui se meut soit une voilure, ou bien si c'est réellement l'objet, ou le spectateur qui se meut. Ici tout le travail de la pensée consiste à trouver une détermination pour une représentation qui n'est pas suffisamment déterminée.

est déjà le particulier , c*est-à-dire la racine , les branches , les feuilles , etc. ; mais il n*est d'abord que le particulier en soi, et il n'est posé comme tel qu'avec son éclosion, éclosion qui forme son jugement. Cet exemple pourra faire comprendre comment ce n*est pas seulement dans notre cerveau que la notion et le jugement résident, et que ceux-ci ne sont pas de simples opérations ou mventions de notre esprit. La notion est inhérente aux choses mêmes, lesquelles ne sont ce qu'elles sont que par elle, et, par conséquent , connaître les objets veut dire acquérir la conscience de leur notion. Lorsque nous portons un jugement, ce n'est pas nous qui ajoutons le prédicat à l'objet, mais nous considérons l'objet dans la détermination qui a été posée en lui par sa notion. »

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