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CHAPITRE PREMIER

DES NOTIONS (1)

§ 1 . Notion en général ; différence entre la notion et l’intuition. — Toute connaissance, c’est-àdire toute représentation rapportée avec conscience à un objet, est ou intuition ou une notion. — L’intuition est une représentation singulière ( reprœsen tatio singularis ); la notion est une représentation générale {repræsentatio per notas communes ) ou réjléchie ( repræsentatio discursif a).

Connaître par notions c’est penser ( cognitio discursif aï.

(1) t'oy. Critiq. de la raison pure, trad. fr. V édit. 1. 1, p. 87 à 152.

(Note du fr ad.)

p. ira

Observations. — 1° La notionesi opposée à l'in-' tuition, car c’est une représehlatioff'générale ou de ce qui est commun à plusieurs objets, par conséquent une idée susceptible d’étre contenue dans celles de plusieurs choses différentes.

2° Parler de notions générales ou communes c’est tomber dans une pure tautologie : — cette faute a sa raison dans une division vicieuse des notions en universelles , particulières et singulières . Ce ne sont pas les notions elles-mêmes qui peuvent être divisées de la sorte ; — on ne peut distinguer ainsi que l’usage qu’on en fait.

§ 2 .Matière et forme des notions. — Il faut distinguer dans toute notion la matière et la forme. — La matière des notions est X objet, leur forme est la généralité.

§ 3. Notion empirique et notion pure. — La notion est ou empirique ou pure. — Une notion pure est celle qui n’est pas prise de l’expérience , mais qui provient aussi de l’entendement quant à la matière.

Vidée [ proprement dite] est une notion rationnelle, dont l’objet ne peut se rencontrer dans l’expérience.

Observations. — 1 ° La notion empirique provient des sens par la comparaison des objets de l’expérience, et ne reçoit de l’entendement que la forme de lîf gé-

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néralité. — La réalité de cette notion repose sur l’expérience réelle, dont la notion procède quant à la matière ou contenu. — C’est à la métaphysique à rechercher s’il y a des notions intellectuelles pures ( conceptus puri), qui, en cette qualité, ne procèdent que de l’entendement, sans l’intervention de l’expé-

2° Les notions rationnelles ou Idées [proprement dites] ne peuvent absolument pas conduire à des objets réels, parce que tous les objets de cette espèce doivent être contenus dans une expérience possible. Mais elles servent à guider l’entendement par la raison relativement à l’expérience et à l’usage le plus complet possible des règles de la raison ; ou bien encore à faire voir que toutes les choses possibles ne sont pas des objets de l’expérience, et que les principes de la possibilité des objets de l’expérience ne sont pas applicables aux choses en soi , ni même aux objets de l’expérience considérés comme choses en soi.

L’Idée contient le prototype de l’usage de l’entendement, par exemple l’Idée de Yunivers (tout cosmique), Idée qui doit être nécessaire, non comme principe constitutif pour l’usage empirique de l’entendement, mais seulement comme principe régulateur pour obtenir l'accord universel de l’usage empirique de l’entendement. Elle doit donc être regardée

nence

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comme une notion fondamentale nécessaire, soit pour compléter objectivement les opérations intellectuelles de la subordination [des notions], soit pour les regarder comme illimitées. — Aussi l’Idée ne s’obtient pas par composition ; car le tout est ici avant la partie. •

Il y a cependant des Idées qui sont susceptibles d’une approximation: telles sont, par exemple, les idées mathématiques, ou Idées de la génération mathématique d'un tout, qui se distinguent essentiellement des Idées dynamiques. Celles-ci diffèrent totalement de toutes les notions concrètes, parce que le tout se distingue des nolious concrètes par Y espèce et non par la quantité (comme dans les notions mathématiques).

On ne peut donner une réalité objective à aucune Idée théorique, ou prouver cette réalité, si ce n’est à l’Idée de liberté; la raison en est que la liberté est la condition de la loi morale, dont la réalité est un axiome.

— La réalité de l'Idée de Dieu ne peut donc être démontrée que par celle de la loi morale, et par conséquent que sous le rapport pratique ; c'est-à-dire qu'il faut agir dans la supposition de l'existence d’un Dieu. — Cette réalité ne peut donc être démontrée ^ que dans ce dessein.

Dans toutes les sciences, principalement dans les sciences rationnelles, se trouve l’Idée de la science, l’idée de son esquisse ou de son plan général, par

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conséquent la circonscription de toutes les connaissances qui en font partie. Une telle Idée du tout, — qui est la première chose à laquelle on doit avoir égard dans une science, et qu’il faut rechercher, — est l’ architectonique de la science, comme, par exemple, l’idée de la science du droit.

L’Idée de l’humanité, l'Idée d’une forme de gouvernement parfaite, d’une vie heureuse, etc., manquent à la plupart des hommes. — Un grand nombre n’ont aucune idée de ce qu’ils veulent, et se conduisent par instinct et par autorité.

§ 4. Notions' données (a priori ou a posteriori) et notions formées. — Toutes les notions sont, quant à la matière, ou données ( conceptus dati) ou formées [conceptus factitii). — Les premières sont données ou a priori ou a posteriori.

Toutes les notions données empiriquement ou a posteriori s'appellent notions d’expérience ; celles qui sont données a priori s’appellent [proprement] notions Notionen ) (1).

Observations. — La forme d’une notion, en tant

(l) C’est précisément cette distinction qui nous avait fait adopter dans la première édition lo mot concept, comme traduction du mot Berjriff, qui est la notion on général on improprement dite. Mais Kant ne se servant jamais du mot notion, il laisse par le fait sans application la distinction qu’il donne ici. Nous n’y donnerons nous-mëme aucune suite, et nous emploierons partout en général le mot notion pour rendre le mot ticgrxff, comme étant moins etranger à notre laneue commune, scientifique même, que le mot concept. (N. du trad .)

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que représentation discursive, est toujours formée ou factice. „

§ 5. Origine logique des notions. — L’origine logique des notions, quant à la simple forme, repose sur la réflexion et sur l’abstraction de la différence des choses qui sont indiquées par une certaine représentation. De là, la question de savoir quelles sont les opérations de l'entendement qui forment uno notion, ou, ce qui est la même chose, quelles sont les opérations de l’entendement requises pour la production d’une notion à l’aide de représentations données ?

Observations. — 1° La logique générale, faisant abstraction de toute matière de la connaissance par des notions, ou de toute matière de la pensée, ne peut considérer la notion que par rapport à sa forme , c’est-à-dire seulement au point dé vue subjectif. Elle ne considère donc pas comment une notion détermine un objet par un caractère ou signe ( Merk mal , nota), mais seulement la manière dont ce caractère peut être rapporté à plusieurs objets. — La logique générale n’a donc pas à distinguer la source dps notions, ni à faire connaître comment elles prennent naissance comme représentations, mais seulement la manière dont les représentations données deviennent des notions dans l’acte de la pensée. Ces notions peuvent, du reste, contenir quelque chose

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tiré de l’expérience, ou imaginé, ou emprunté de la nature de l’entendement. — Cette origine logique des notions, — origine quant à la simple forme, — consiste dans la réflexion par laquelle une représentation devient commune à plusieurs objets (concçptus commuais) comme forme indispensable au jugement. On ne considère donc en logique que la différence de la réflexion par rapport aux notions.

2° On traite en métaphysique de l’origine des notions par rapport à leur matière , suivant laquelle une notion est ou empirique , ou arbitraire , ou intellectuelle.

§ 6. Acte logique de la comparaison , de la réflexion et de l' abstraction. — Les actes logiques de l’entendement, par lesquels les notions sont produites quant à la forme, sont:

1° La comparaison , c’est-à-dire le rapprochement par la pensée des représentations entre elles par rapport à l’unité de conscience ;

2” La réflexion, c’est-à-dire l'attention à la manière dont différentes représentations peuvent être comprises en une conscience unique; enfin,

3° L 'abstraction ou 'la séparation de tout ce par quoi les représentations données se distinguent.

Observations. — \ a Pour faire passer des représentations à l’état de notions, il faut donc pouvoir comparer , réfléchir et abstraire ; car ces trois opé-

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rations logiques de l’entendement sont les conditions essentielles et générales de la production de toute notion quelconque. — Je vois, par exemple, un pin, un saule et un tilleul : en comparant d’abord ces objets entre eux, j’observe qu’ils diffèrent les' uns des autres par rapport à la tige, aux branches, aux feuilles, etc.; mais, si je ne fais ensuite attention qu’à ce qu’ils ont de commun, la tige, les branches, les feuilles mêmes, et que je fasse abstraction de leur grandeur, de leur figure, etc., je forme alors la notion d'arbre.

2" On n’emploie pas toujours convenablement en logique le mot abstraçtion : on ne devrait pas dire abstraire quelque chose ( ahstraherc aliquid), mais abstraire ' !) de quelque choseiabstrnhcre ab aliquo ).

Si, par exemple, dans un drap écarlate, je ne fais attention qu’à la couleur rouge, je iais alors abstraction f j’abstrais) du drap ; si de plus je fais abstraction de ce drap comme drap, et que je ne pense à l’écarlate que comme à un morceau de matière, alors je fais abstraction d’un plus grand nombre de. déterminations, et ma notion est aussi devenue par là plus abstraite; car plus on omet, dans une notion, de caractères distinctifs des choses, en d’autres . termes, plus le nombre des déterminations dont on fait abstraction est grand, plus la notion restante est

(1) Ou taira abstraction. (No le du Irad.j . .

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abstraite. Ou devrait donc appeler proprement abstractives ( conceptus abstrahentes) des notions abstraites : un plus. ou moins grand nombre d’abstractions ont eu lieu dans ces notions (elles ne sont plus que ce qui reste après que ces abstractions en ont été faites). C’est ainsi, par exemple, que la notion de corps n’est pas proprement une notion abstraite : si je ne pouvais pas, au contraire, y faire des abstractions, je n’en aurais pas la notion autrement (que sans ces notions que j’en abstrais); et cependant je puis bien y faire abstraction du volume, de la couleur, de la solidité ou do la fluidité, en un mot, de toufes les déterminations spéciales des différents corps (quoique les corps n’existent point sans'ces déterminations). — La notion la plus abstraite est celle qui n’a rien de commun avec toute autre notion. Cette notion est celle de chose : ce qui en diffère est rien ) elle n’a donc rien de commun avec quoi que ec soit.

3° L’abstraction n’est que la condition négative sous laquelle des idées universellement valables peuvent être produites : la condition positive sont la comparaison et la réflexion ; car il n’y a pas de position qui soit le fruit de l’abstraction : — l’abstraction l’achève seulement et la renferme dans ses bornes déterminées.

§ 7. Matière et circonscription des notions. —

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Toute noliou, comme notion partielle, est contenue dans la représentation des choses ; comme Jondemcnt de connaissance, ç'est-à-dirc comme signe élémentaire, ces choses sont contenues en elle. — Sous le premier point de vue, toute notion a un contenu, une matière ; sous le second, une circonscription (1).

La matière et la circonscription des notions sont entre elles dans un rapport inverse : plus une notion embrasse de choses sous elle, moins elle en renferme en elle, et réciproquement.

Observation. La généralité ou la validité générale de la notiôn ne tient pointa ce que la notion est une notion partielle, mais à ce qu’elle est un fondement de connaissance.

§8. Étendue de la sphère des notions. — La circonscription ou la sphère d’une notion est d’autant plus grande qu’un plus grand nombre de choses peuvent être comprises sous celte notion, cl conçues par son moyen.

Observation. Comme on dit d’un principe en général qu’il contient sous lui la conséquence, on peut dire aussi de la notion, comme fondement ou principe de connaissance, qu’elle contient sous elle toutes les choses dont elle a été abstraite ou tirée. Par

(1) C’est ce qu’on appelle autrement : compréhension et extension des idées. (Note du trad.)

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exemple, la notion de métal contient celles d’or, d’argent, de cuivre, etc. — Car si toute notion, comme représentation universellement valable, contient ce qui est commun a plusieurs représentations

de choses différentes, toutes ces choses, en tant

qu’elles sont contenues sous elle, sont représentées par elle. Et c’est en cela même que consiste 1 utilité d’une notion. Plus donc le nombre des choses représentées par une notion est grand, plus la sphère de cette notion est grande aussi.' C’est ainsi que la notion . de corps a une extension plus grande que la notion de métal . -

§ 9. Notions supérieures et notions inférieures.

— ün appelle supérieures (conceplus superiores ) des notions qui contiennent sous elles d’autres notions qui, par rapport aux précédentes, sont appelées inférieures. — Un caractère de caractère, — un caractère éloigné, — est une notion supérieure; la notion en rapport avec un caractère éloigné, est une notion inférieure.

Observation. Des notions n’étant supérieures ou inférieures que relativement (respective) , une seule et même notion peut être en même temps supérieure et inférieure, pourvu qu'on l’envisage sous différents rapports. C’est ainsi, par exemple, que la notion d'homme est supérieure par rapport à la notion

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de çavàtkr (i), e t inférieure par rapport à la no* tion d’ animal.

§ 10. — Genre et espèce. — La notion supérieure s’appelle genre ( genus ) par rapport à la notion qui lui est inférieure. La notion inférieure, par rapport à la notion qui lui est supérieure, s’appelle espèce ( species ).

t)e même que les notions supérieures et inférieures, les notions de genre et celles d’espèce ne se distinguent point les unes des autres dans la subordina-

tion logique par leur nature, mais seulement par leur rapport respectif ( termïni a quo ou ad quod ).

§11. Genre suprême. — Espèce dernière. — Ijte.genre suprême est celui qui n’est espèce sous aucun rapport ( genus summum non est species), de même que l’espèce. dernière est celle qui n’est genre à aucun égard ( species , quœ non est genus, est in fima).

En conséquence de la loi de continuité, il ne peut y avoir ni espèce dernière, ni espèce la plus prochaine

* .;iVV •

Observation. Quand nous concevons une série de plusieurs notions subordonnées entre elles,, par exemple les notions de fer, de métal, de corps, de substance, de chose, — nous pouvons toujours obtenir ' V V < (1) Je fais ici une substitution; l’auteur met: cheval. V. § io et surtout §12-14. ’ C-* ' • . (Noie du trad.y

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des genres supérieurs; — car chaque espèce peut toujours être regardée comme genre par rapport à sa notion inférieure, par exemple la notion de savant par rapport à celle de philosophe , — jusqu’à ce qu’enfm nous arrivions à un genre qui ne puisse pas être espèce à son tour. Et nous devons pouvoir parvenir en définitive à un tel genre, parce qu’il doit y avoir, à la fin, une notion, suprême ( con ceptus summus ) dont rien ne peut plus s’abstraire, à moins de faire disparaître la notion totale. — Mais il n’y a pas de notion dernière, ou le plus bas possible ( conceptus infinius), ou d’espèce dernière, sous laquelle aucune autre ne serait plus contenue, parce qu’une telle notion est impossible à déterminer. Car,* bien que nous ayons une notion que nous appliquons immédiatement à des individus, il peut néanmoins y avoir encore, par rapport à cette notion, des différences spécifiques que nous ne remarquons pas, ou dont nous ne tenons pas compte. Il n’y a de notion dernière que comparativement et pour l’usage , qui n ont par conséquent cette valeur que par con-' venlion, pour ainsi dire, ou parce qu’il est accordé qu’on ne descendra pas plus bas.

La loi générale suivante vaut donc par rapport à la détermination des notions d’espèce et de genre : II y a un genre qui ne peut plus être espèce ,• mais il ri y a pas d’espèce qui ne doive plus être genre.

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§ 12. Notion plus large et notion plus étroite. — Notions réciproques. — La notion supérieure est aussi appelée plus large ; l’inférieure, plus étroite.

Des notions qui ont des sphères identiques sont appelées réciproques (conceptus reciproci).

§13. Rapport de la notion supérieure à l’inférieure, — de la plus large à la plus étroite. — La notion inférieure n’est pas contenue dans la supérieure : car elle contient plus en soi que la supérieure ; mais elle est cependant contenue ^oz^elle, parce que la supérieure renferme le fondement de la connaissance de l’inférieure.

§ 1 4. Règles générales concernant la subordination des notions. — Les règles générales suivantes régissent l'extension logique des notions.

1 " Ce qui convient ou répugne aux notions supérieures, convient on répugne aussi aux notions inférieures contenues sous celle-là.

2° Réciproquement : Ce qui convient ou répugne à toutes les notions inférieures, convient ou répugne à leur notion supérieure.

Observation. — Ce en quoi des choses conviennent, découle de leurs propriétés générales , et ce en quoi elles diffèrent entre elles, a sa raison dans leurs propriétés particulières. On ne peut donc pas conclure que ce qui convient ou répugne à une notion inférieure, convienne ou répugne aussi à d 'autres notions

LOC. • to

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inférieures qui appartiennent, avec celle-là, à unenotiou plus élevée. On ne peut donc pas conclure, par exemple, que ce qui ne convient pas à l’homme, ne convienne pas non plus aux anges.

§ 15. Condition de la formation des notions supérieures et des inférieures : abstraction logique et détermination logique. — L’abstraction logique continuée donne toujours naissance à des notions supérieures; au contraire, la détermination logique continuée fait toujours naître des notions inférieures.

— La plus grande abstraction possible donne la notion la plus élevée ou la plus abstraite, celle dont aucune détermination ne peut plus s’abstraire. La détermination ne peut plus s’abstraire. La détermination parfaite suprême donnerait une notion universellement déterminée (conceptum omnimode determinatum , c’est-à-dire une notion qui ne serait susceptible d’aucune détermination ultérieure.

Observation. Comme il n’y a que des choses singulières ou des individus qui soient universellement déterminés, il ne peut non plus y avoir que des connaissances universellement, déterminées comme intuitions , mais non comme notions : la détermination logique ne peut jamais être regardée comme parfaite par rapport aux notions (§11, obs.).

S 16. Usage des'notions in abstracto et in concreto.

— Toute notion peut être employée généralement et

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particulièrement (in abslracto et in concreto). — La notion inférieure est employée in abslracto par rapport à sa notion correspondante supérieure (puisqu’elle est considérée comme en étant abstraite) : c’est ainsi que la notion de cheval , dans le sens propre, n’emporte pas celle d’animal. La notion supérieure est employée in concreto par rapport à sa correspondante inférieure (puisqu’elle la contient) : c’est ainsi que la notion d’animal emporte aussi celle de cheval.

Observations. 1° Les expressions d 'abstrait et de concret se rapportent donc moins aux notions en ellesmêmes — car toute notion est une notion abstraite — qu’à leur usage (1). Et cet usage peut avoir aussi différents degrés, suivant que l’on traite une notion tantôt plus, tantôt moins abstractivement ou concrètement ; c’est-à-dire suivant que l’on en retranche ou que l’on y ajoute tantôt plus, tantôt moins de déterminations.

Par l’usage abstrait, une notion se rapproche plus du genre suprême ; par l’usage concret, elle se rapproche plus de l’individu.

2° Lequel de ces deux usages est préférable ?— On ne peut rien décider à cet égard : la valeur de l’un n’est pas moindre que celle de l’autre. Par des notions très-abstraites nous connaissons peu dans beaucoup

(I) C’est ce que l'auteuc a fait voir encore dans sa réponse à Ebcrhard (Ueier eine Enldeckung, etc.', 2 ' édit.., pag. 20, note. (N, du h ad )

DES JUGEMENTS

de choses ; par des notions très-concrètes nous connaissons beaucoup dans un petit nombre de choses : — en telle sorte que nous gagnons d’un côté ce que nous perdons de ‘l’autre. — Une notion qui a une grande sphère est, en cette qualité, d’un usage si étendu qu’on peut l’appliquer à un grand nombre de choses ; mais, par la même raison, elle contient d’autant moins d’éléments en elle. C’est ainsi, par exemple, que dans la notion d ^substance je ne pense pas autant de notions élémentaires que dans la notion de craie.

3° L 'art de la popularité consiste à trouver le rapport entre l’idée in abstracto et l’idée in concreto dans la même connaissance, par conséquent entre les notions et leur exposition ; en cela consiste le maximum de la connaissance par rapport à l’extension et à la compréhension. *

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