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OBSERVATIONS GÉNÉRALES

1° Dans un jugement catégorique, la chose dont l’idée est considérée comme une partie de la sphère d’une autre idée subordonnée, est regardée comme contenue sous cette notion supérieure, par conséquent la partie de la partie est ici comparée au tout dans la subordination des sphères.

Mais dans les jugements disjonctifs, on va du tout à toutes les parties prises ensemble. — Ce qui est contenu dans la sphère d’une notion supérieure est aussi contenu dans une partie de cette sphère. Si, par exemple, l’on dit par disjonction : Un savant est savant ou historiquement ou rationnellement, on af-

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firme alors que ces deux dernières notions sont les parties de la sphère de la notion de savant, mais qu’elles ne font point partie l’une de l'autre, et que chacune d’elles est complète dans son espèce (quoiqu’elle ne soit qu’une partie de la sphère totale de la notion supérieure).

2° Pour qu’un jugement disjonctif soit vrai, il ne doit pas y avoir d'autres alternatives possibles que celles qui sont exprimées. On ne pourrait pas dire, par exemple : Caïus est blanc, ou jaune, ou cuivré. — La logique générale pure n’admet que des jugements disjonctifs à deux parties ou dycholoaiiques.

3° Les alternatives des jugements disjonctifs doivent être coordonnées et non subordonnées, parce que les coordonnées seules s’excluent, et non les subordonnées. Ainsi l’on ne peut pas dire, par exemple : Caïus est un savant ou un théologien.

4° Dans les jugements disjonctifs, on ne considère pas la sphère de la notion divisée, comme contenue dans la sphère des divisions, mais bien ce qui est contenu sous la notion divisée, comme contenu sous un des membres de la division.

C’est ce qui peut être rendu sensible par le schème suivant de la comparaison entre des jugements catégoriques et des jugements disjonctifs.

Dans les jugements catégoriques, X, ce qui est contenu sous B, est aussi contenu sous A :

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Dans les jugements disjSnctifs, X, ce qui est contenu sous À, est aussi cofitenu sous B ou sous C, etc.

La division fait donc voir, dans les jugements disjonctas, la coordination, non des parties de la notion totale, mais de toutes les parties de sa sphère. Ce qui est différent : car dans ce dernier cas je pense plusieurs choses par une seule notion, tandis que dans le premier cas je ne pense qu’wwe seule chose par plusieurs notions, par exemple le défini par tous les signes de la coordination (qui servent à définir).

§ 30. Modalité des jugements : problématiques, assertoriques, apodictiques. — Quant à la modalité, point de vue par lequel le rapport de tout le jugement à la faculté de connaître est déterminé, les jugements sont ou problématiques, ou assertoriques , ou apodictiques. Ils sont problématiques si le rapport de l’attribut au sujet n’est conçu que comme simplement possible, assertoriques si le rapport est

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conçu comme existant; enfin apodicliques si ce rapport est conçu comme nécessaire.

Observations. 1° La modalité ne fait donc connaître que la manière dont quelque chose est affirmé ou nié dans un jugement; comme dans les exemples suivants : L’âme humaine peut être immortelle; — l’âme humaine est immortelle; — l’âme humaine doit être immortelle.

Le premier de ces deux jugements est problématique, le second assertorique, le troisième apodictique. — Cette détermination de la simple possibilité, de la réalité ou de la nécessité de la vérité du jugement, ne regarde donc que le jugement luimême, mais nullement la chose sur laquelle il porte.

2° Dans les jugements problématiques, c’est-à-dire dans ceux où le rapport du prédicat à l’attribut n’est que possible, le sujet doit toujours avoir une sphère plus petite que le prédicat.

3° La distinction entre le jugement problématique et le jugement assertorique est la base de la véritable différence entre les jugements et les propositions , différence qu’on a mal à propos fait consister dans la simple expression par des mots, sans lesquels on ne pourrait jamais juger. Dans le jugement, on conçoit le rapport de plusieurs idées à l’unité de conscience simplement comme problématique ; dans une proposition, on le conçoit au contraire assertorique-

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ment : une proposition problématique est une contradiction in adjecto. — Avant d’avoir une proposition, je suis cependant obligé de juger, et je juge un grand nombre de choses que je ne décide pas ; mais s’il faut que je décide, aussitôt mon jugement se détermine comme proposition. — 11 est bon, du reste, de juger d’abord problématiquement avant d'accepter le jugement comme assertorique, afin de le mieux examiner. Il n’est pas non plus toujours nécessaire à notre dessein d’avoir des jugements assertoriques.

§ 31. Des Jugements exponibles. — Les jugements qui contiennent en môme temps une négation et une affirmation, mais de telle sorte que l’affirmation apparaisse clairement et la négation obscurément, sont des propositions exponibles .

Observation. Dans le jugement exponible, par exemple dans celui-ci : Peu d’hommes sont savants, il y a d’abord un premier jugement négatif dissimulé : Beaucoup d’hommes ne sont pas savants ; et de plus un jugement affirmatif: Quelques hommes sont savants. — Comme la nature des propositions exponibles dépend uniquement des conditions du langage, suivant lesquelles on peut exprimer tout d’un coup deux jugements, il est juste d’observer qu’ilpeut y avoir dans notre langue des jugements qui peuvent être exponibles non pas logiquement , mais grammaticalement.

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§ 32. Des Propositions théoriques et des Propositions pratiques. — On appelle propositions théoriques celles qui se rapportent à un objet et déterminent ce qui lui convient ou ne lui convient pas.

Les propositions pratiques au contraire sont celles qui énoncent l’action par laquelle un objet est possible, comme en étant la condition nécessaire.

Observation. La logique ne doit traiter des propositions pratiques que par rapport à la forme , en tant qu’elles sont opposées aux propositions théoriques. Les propositions pratiques, quant au contenu , et en tant qu’elles se distinguent des propositions spéculatives, appartiennent à la morale.

§ 33. Propositions indémontrables et Propositions démontrables . — Les propositions démontrables sont celles qui sont susceptibles d’être prouvées ; celles qui n’en sont pas susceptibles sont dites indémontrables.

Des jugements immédiatement certains sont indémontrables, et doivent être par conséquent réputés propositions élémentaires .

§ 34. Des principes. — Des jugements a priori immédiatement certains peuvent s’appeler principes, en tant qu’ils servent à démontrer d’autres jugements, et qu’ils ne sont eux-mêmes subordonnés à aucun autre. C’est pour cette raison qu’on les appelle principes (commencements).

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§ 35. Principes intuitifs et Principes discursifs : axiomes et acroames. — Les principes sont intuitifs ou discursifs. — Les premiers peuvent être exposés en intuition, et s’appellent axiomes (axiomata) ; les seconds ne s’expriment que par des notions, et peuvent être appelés acroames (acroamata).

§ 36. Propositions analytiques et Propositions synthétiques . — Les propositions analytiques sont celles dont la certitude repose sur V identité des notions (du prédicat avec la notion du sujet). — Les propositions dont la vérité n’est pas fondée sur l’identité des notions peuvent s’appeler propositions synthétiques .

Observations. 1° Exemple d’.une proposition analytique : Tout x auquel la notion de corps Ça -f b) convient, est aussi susceptiblede l’ étendue ( b ). — Exemple d’une proposition synthétique : Tout x auquel la notion de corps ( a -f- b) convient, est susceptible de\ X attraction. — Les propositions synthétiques augmentent la connaissance materialiter ; les propositions analytiques ne l’augmentent que Jormaliter. Les premières contiennent des déterminations ; les deuxièmes ne contiennent que des prédicats logiques.

2° Les prim$jg@s analytiques ne «ont pas des axiomes : car ils* sont discursifs. Les principes synthétiques ne sont des axiomes que lorsqu’ils sont intuitifs.

§ 37. Propositions tautologiques. — L’identité des notions dans des jugements analytiques peut être

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ou explicite ou implicite. Dans le premier cas les propositions sont tautologiques.

Observations. 1° Les propositions tautologiques sont 'virtuellement vides ou sans conséquences : car elles sont sans utilité et sans usage. Telle est, par exemple, la proposition suivante : L’homme est homme : Si je ne sais rien dire de l’homme si ce n’est qu’il est homme, je n’en affirme rien.

Les propositions implicitement identiques, au contraire, ne sont point vaines ou sans conséquences : car elles développent par une explication le prédicat, qui était implicitement compris dans la notion du sujet.

2° Les propositions sans conséquences ne doivent pas être confondues avec les propositions •vides de sens , qui n’offrent rien à l’entendement parce qu’elles ne portent que sur la détermination de qualités occultes.

§ 38. Postulats et Problèmes. — Un postulat est une proposition pratique immédiatement certaine, ou un principe qui détermine une action possible, dans laquelle on suppose que la manière de l'exécuter est immédiatement certaine. «Jfr

Les problèmes sont des proposi tioœelémon trahies , ou qui, comme telles, expriment une action dont la manière de l’exécuter n’est pas immédiatement certaine.

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Observations. 1° Il peut aussi y avoir des postulats théoriques en faveur de la raison pratique. Ce sont des . hypothèses théoriques nécessaires au point de vue final de la raison pratique, telles par exemple que l’existence de Dieu, la liberté de l’homme, et une autre vie.

2° Aux problèmes appartiennent : la Question , qui contient ce qui doit être fait ; 2° la Résolution, qui contient la manière dont la question doit être résolue ; et 3° la Démonstration , qui a pour objet de faire voir que ce qui devait être est en effet.

§ 39. Théorèmes, Corollaires , Lemmes et Scholies. — Les Théorèmes sont des propositions théoriques susceptibles de preuve, et qui en ont besoin. — Les Corollaires sont des conséquences immédia- ** tes de propositions antérieures. — On appelle Lemmes des propositions qui ne sont pas étrangères à la science dans laquelle elles sont supposées comme démontrées, mais qui sont néanmoins empruntées à d’autres sciences. — Enlin les Scholies sont des propositions purement explicatives, qui par conséquent n’en font pas partie comme membres d’un tout systématique.

Observation. Les moments essentiels et généraux de tout théorème sont : la Thèse et la Démonstration. — On peut du reste établir cette différence entre les théorèmes et les corollaires, que ceux-ci sont conclus

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immédiatement, tandis que ceux-là sont, au contraire, déduits, par une série de conséquences, de propositions immédiatement certaines.

§ 40. Des Jugements de perception et des Jugements d'expérience. — Un jugement de perception est purement subjectif. — Un jugement objectif formé de perceptions est un jugement d’expérience. Un jugement formé de simples perceptions n’est possible qu’autant que l’on énonce l’idée ( comme perception ) : par exemple, si je perçois une tour, et que je dise qu’elle me parait rouge. Mais je ne puis pas dire elle est rouge : car ce ne serait pas là un jugement purerement empirique, mais aussi un jugement d'expérience , c’est-à-dire un jugement empirique par lequel je forme une notion d’objet. Par exemple encore si, en touchant une pierre , je dis que je sens de la chaleur , c’est un jugement de perception ; si je dis, au contraire, que la pierre est chaude , c’est un jugement d’expérience.’ — Le caractère de ce dernier est de ne pas attribuer à l’objet ce qui est simplement dans mon sujet : car un jugement d’expérience est la perception d’où résulte une notion d’objet; par exemple, si des points lumineux dans la lune se meuvent, ou dans l’air, ou dans mon œil.

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