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La méthode des sciences positives. Son objet

— Les principes d'une science positive ne se forment pas par une simple comparaison de quelques termes élémentaires. Uanalyse est indispensable aux définitions et aux divisions des sciences expérimentales (128). Elle l'est aussi à leurs démonstrations.

La science positive vise à rendre raison des choses d'expérience.

Les événements de la nature sont variables : il n'y en a pas un (|ui se répète identiquement. Mais certains d'entre eux ont

') Cfr. Taine, Les philosophes classiques du XI Xe siècle, ch. Vil.

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des caractères communs, stables que la science cherche à déterminer.

Aujourd'hui, à huit heures vingt minutes dix secondes, la foudre est tombée sur ce tilleul, a brûlé l'écorce, fendu le tronc. Cet événement s'est produit une fois ; avec tout son cortège de circonstances il ne se reproduira plus ; il ne s'était pas encore produit.

Mais, d'autres jours, ailleurs, d'autres arbres, des maisons, des personnes ont été semblablement frappés par la foudre.

On regardera de près ces effets de la foudre : on cherchera à préciser dans quelles conditions ils se sont produits ; d'où vient que la foudre, cette flamme vive que nous voyons étinceler en temps d'orage, est capable de les produire. Si nos recherches aboutissent, nous connaîtrons la nature de la foudre, la /oz (le comment) de son action et nous comprendrons par leur cause les effets de la foudre.

Comprendre les choses par leur cause, — entendez par leur cause propre^ intime^ — c'est le but des sciences de la nature.

L'observation la plus superficielle des événements physiques nous fait voir que leur variabilité est dominée par certaines lois constantes et générales. Les choses de la nature diffèrent assurément les unes des autres par de nombreux côtés, mais chacune d'elles appartient à un type déterminé^ espèce chimique, espèce végétale, espèce animale, espèce humaine, dont l'uniformité foncière et la fixité au moins relative tranchent sur les individus multiformes qu'emporte le flux incessant des circonstances.

Déterminer les lois des événements ; saisir la nature des choses d'expérience ; comprendre les événements par les lois qui les régissent, les individus par la nature qui est et agit en eux, telle est l'ambition du savant qui se voue aux sciences d'observation.

Il part de l'observation de faits complexes, variables, pour

en dégager rélément simple et la loi permanente : ce travail de décomposition, indispensable à la constitution des sciences positives, a fait dire d'elles que leur méthode est « analytique ».

Le procédé « analytique » des sciences d'observation considéré dans son ensembe s'appelle induction. D'où l'expression : sciences inductives, que l'on oppose aux sciences déductives ou rationnelles.

Nous décrirons l'induction ; nous marquerons les étapes qu'elle parcourt ; nous préciserons les moyens de preuve qu'elle emploie ; puis nous rechercherons ce qui lui donne sa valeur logique ; nous la comparerons à un procédé que les logiciens appellent « induction complète » et qui en diffère essentiellement ; enfin, nous terminerons par un aperçu historique sur la notion qu'Aristote pouvait avoir et que les docteurs médiévaux possédaient de l'induction scientifique.

142. Description du procédé scientifique. — Voici de Y'hydrogène^ sub-tance gazt^use incolore, insipide, inodore ; combustible avec flamme très pâle et tiès chaude ; 14,5 fois plus léger que l'air ; 22,326 litres d'hydrogène pèsent deux grammes.

Voici un autre gaz, le chlore., de couleur jaunâtre, d'une odeur suffocante, irrespirable ; il a une densité égale à 2,49 ; il pèse 35,5 fois plus que l'hydrogène ; 22,326 litres de chlore pèsent 71 grammes.

Le chimiste a dans un récipient un mélange de ces deux gaz. Les rayons solaires tombent sur le récipient et aussitôt une combinaison violente s'effectue.

L'explosion s'est produite avec un dégagement de chaleur considérable ').

Après quoi, le chimiste trouve dans son récipient un corps nouveau auquel ses propriétés distinctives ont fait donner un nom spécial : « l'acide chlorhydrique >. Ce corps attaque la

') 22 calories par molécule-gramme d'acide chlorhydrique formée.

plupart des métaux, forme avec eux des sels bien caractérisés ; il se combine à la vapeur d'eau de l'atmosphère ; il est soluble dans l'eau et sa solution est incolore, acide, etc.

Voilà les faits observés.

Comment doivent-ils s'expliquer ?

Sont-ils un effet quelconque d'une coïncidence fortuite ?

La chose n'est peut-être pas impossible ; au moins nous voulons, pour l'heure, le supposer.

Mais l'expérience nous a-t-elle habitués à des effets du hasard aussi merveilleux ? — Assurément non.

Un observateur attentif soupçonne aussitôt que ni l'hydrogène et le chlore, ni des corps quelconques en des conditions indifférentes ne réussiraient à produire le phénomène observé : la formation de HCl. Il suppose qu'il se trouve en présence d'une loi de la nature ; que la formation de HCl est due à une propriété inhérente à ces deux corps H et Cl agissant dans de certaines conditions à déterminer ; il entrevoit la possibilité de reproduire le phénomène observé ; si son soupçon est fondé, il suffira de replacer les deux gaz H et Cl dans les conditions où ils ont réagi une première fois.

Ce soupçon du chimiste est une hypothèse à vérifier.

Il multipliera et variera ses expériences.

Sur un mélange de Cl et de O, par exemple, le soleil déterminerait-il la même combinaison ?

A priori, il est permis de le supposer. Mais le fait anéantit la supposition.

Donc, des corps quelconques ne se combinent pas sous l'action de la lumière.

Au moins, des quantités quelconques de H et de Cl se combineraient-elles ?

A priori^ la supposition est admissible.

Mais, encore une fois, elle tombe devant les faits.

Des expériences réitérées établissent, en effet, que H et Cl

ne se combinent que dans les proportions pondérales de 1 à 35,5 et dans les proportions de volume de 1 à 1,

Lorsque ces proportions sont respectées, — peu importent d'ailleurs les quantités absolues, milligrammes, centigrammes, décigrammes, grammes des gaz en présence, — la combinaison est intégrale.

Par contre, lorsque ces conditions font défaut, c'est-à-dire lorsque les quantités de poids et de volume de ces deux corps ne sont pas dans les proportions indiquées, la quantité en excès ne secombine pas.

Voici donc les faits en présence desquels l'expérience place l'observateur : Deux corp^ déterminés, H et Cl, mélangés dans les proportions définies de volume de 1 à 1, dans les proportions pondérales de 1 à 35,5, soumis à l'action de la lumière solaire, se combinent, — les quantités absolues des corps mélangés variant indifféremment ; — mélangés avec d'autres corps quelconques, ni l'un ni l'autre de ces corps ne se combinent dans des conditions et proportions identiques; mélangés l'un et l'autre en d'autres proportions que celles indiquées, ils ne se combinent qu'incomplètement.

Puis, la combinaison faite, le chimiste remarque qu'un volume de chlore et un volume d'h3^drogène ont donné, en se combinant, sous des conditions déterminées de température et de pression, 2 volumes de gaz chlorhydrique.

La molécule-gramme d'acide chlorhydrique pèse 36,5 ; dans ces 36,5 le chlore entre pour 35,5 et l'hydrogène pour L

Est-il admissible que ces faits soient le résultat d'une coïncidence fortuite ?

Non, un ensemble aussi complexe, aussi convergent, aussi stable de faits doit avoir une cause déterminée. Il doit être l'expression d'une /o/, trouver sa raison suffisante dans la nature des corps qui se combinent.

Le chimiste placera cette raison suffisante dans les « affinités électives >^ des corps réagissants ; le métaphysicien dans

une « propriété inhérente à la nature » de ces corps et qui se révèlent dans leurs énergies. Au fond, chimistes et métaphysiciens sont d'accord : // y a telles convergences complexes^ harmonieuses^ stables défaits^ qui ne peuvent être un événement de rencontre fortuite^ mais doivent être le résultat et l'expression d'une loi naturelle ^).

Ainsi, de l'ensemble des circonstances dans lesquelles il a vu se forrner la combinaison HCl, le chimiste induit que l'hydrogène et le chlore ont la propriété de se combiner dans les proportions de volume et de poids que nous avons indiquées (1 vol. Cl et 1 vol. H ; 35,5 gr. de Cl et 1 gr. de H), en dégageant" 22 calories, pour former une molécule-gramme (3G,5 gr.) "d'acide chlorhydrique.

La combinaison de HCl étant indépendante et du lieu et du moment où elle a été effectuée et des quantités absolues des matières employées, on est fondé à prédire que, n'importe où, n'importe quand, H et Cl se combineront en HCl pourvu que les proportions de 1 et 115,5 soient respectées et que l'action de la chaleur ou de la lumière solaires soit donnée. Bref, la loi du chlore et de l'hydrogène est de se combiner partout^ toujours^ dans les conditions susmentionnées.

Le chimiste qui observe ces faits et en tire une conclusion, / fait une induction.

Marquons plus distinctement les étapes de ce procédé.

145. Les étapes du pcocidé iuductif. — L'induction comprend :

1° L'observation de certains faits qui tombent sous les sens. Le chimiste observe un certain nombre de fois, en des circonstances diverses de lieu et de temps, que des quantités

') Souvent les logiciens appellent respectivement c.Titse et ej^et les deux termes entre lesquels se manifeste une union constante, et liaison causale cette connexion naturelle ere-mcme.— D'ailleurs les tails, entre lesquels nous découvrons cette connexion naturelle, peuvent être successifs ou concomitants.

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absolues différentes d'hydrogène H et de chlore Cl ont formé par leur combinaison un corps déterminé HCl. C'est la phase préliminaire de l'induction.

2° \J hypothèse. — Le savant suppose que le phénomène observé est inexplicable par une coïncidence fortuite et doit avoir sa raison suffisante dans la nature des corps réagissants.

Il s'agit de s'assurer d'une disposition naturelle des corps réagissants et de préciser quelle elle est : il faut vérifier la supposition.

8° La vérification est le nerf du procédé inductif. Elle se fait, tantôt par simple observation^ tantôt, d'une façon décisive, par expérience.

Faire une hypothèse, c'est concevoir une cause qui, si elle était réelle, rendrait raison totale ou partielle des faits observés.

L'auteur d'une hypothèse imagine les résultats auxquels elle devrait donner naissance, si elle était réalisée et qu'elle se trouvât agir dans la nature.

Puis, il observe minutieusement les faits.

Qu'il y ait concordance entre les faits observés et les conséquences de la cause présumée ; entre la quantité des premiers et le degré d'action de la seconde, l'observateur conclura ou sera disposé à conclure que la cause présumée, dans le phénomène observé, en est une vraie cause : il aura, dans la mesure où sa conclusion est légitime, vérifié son hypothèse.

Nous disons : dans la 7nesiire oii la conclusion est légitime. Seule, en effet, Vobservation n'est point d'ordinaire décisive.

On se souvient des règles du s5'llogisme conditionnel : « Posito antécédente, ponitur et consequens ». L'antécédent entraîne le conséquent. « At non e converso ». Mais l'inverse n'est pas vrai : « Posito conséquente, non necessario ponendum est antecedens >. Le conséquent n'implique pas l'antécédent. Lorsqu'une cause existe, on est fondé à prédire que,

posiiis ponendis^ elle sortira ses effr;ts. Mais le fait qu'une cause A est capable de produire ne relève pas nécessairement de cette cause : un même fait peut, en des circonstances diverses, procéder de causes diverses.

La preuve décisive de la vérité d'une hypothèse est d'ordinaire plus compliquée. Elle requiert régulièrement l'emploi combiné de plusieurs méthodes expérimentales dont les trois principales ont été appelées par les logiciens anglais « méthode de concordance >, « méthode de différence », « méthode de variations concomitantes ».

U expérimentatioti, en général, diffère de la simple observation. L'observateur est témoin du cours des événements de la nature, il note leur concomitance ou leur séquence et leurs conditions d'apparition, mais il n'agit pas lui-même sur les événements. L'expérimentateur, au contraire, fait varier artificiellement les agents qui interviennent dans un phénomène complexe, il fait varier l'intensité de leur action, bref, il change les conditions d'apparition du phénomène, d'après une idée directrice qu'il entend contrôler. Ce faisant, aux observations que lui fournissait le cours naturel des événements, il ajoute des observations nouvelles qu'il a lui-même provoquées. Néanmoins si, dans ces limites, l'expérience perfectionne l'observation, elle ne s'en distingue pas essentiellement. A l'une et à l'autre s'appliquent les lois et les réserves du syllogisme conditionnel. L'observation et l'expérience ainsi comprise s'identifient aux deux méthodes inductives dites de concordance et de variations concomitantes. Ces deux méthodes appliquent respectivement les adages : « Posita causa, sequitur etfectus. Mutata causa, mutatur effectus ». Posez la cause, l'effet s'ensuivra. Faites varier la cause, l'effet variera.

Mais l'expérimentateur a un autre procédé : il supprime une cause présumée afin de voir si le fait cessera de se produire.

Dans l'affirmative, il est acquis que la cause présumée est une véritable cause de l'événement. L'hypothèse est vérifiée.

L'expérience, sous cette forme, est la méthode inductive que les logiciens appellent < méthode de différence 5>, application de l'adage : « Sublata causa, tollitur effectus ». Supprimez une cause présumée, l'effet ne se produira pas. . Dans l'exemple choisi,. l'expérience consiste à mettre en présence soit H et Cl, dans les proportions de 1 à 35,5, et à les soumettre à l'action de la lumière solaire, soit ces mêmes corps, H et Cl, mais en d'autres proportions que 1 et 35,5. Dans le premier cas, HCl se forme ; dans le second, il reste un excédent qui ne se combine pas.

L'hypothèse conçue par le chimiste à roccasion de ses premières observations est donc vérifiée. Les corps H et Cl ont la propriété de se combiner entre eux dans la proportion définie de 1 à 85,5 ; ces deux espèces chimiques ont une tendance intrinsèque à se combiner dans les proportions susdites. Telle est la loi de leur nature ; car, suivant la pensée profonde de saint Thomas, la loi d'un être est l'inclination naturelle qui le porte vers la fin qu'il a à réaliser ^).

Est-ce à dire que la loi ou les lois qui régissent les réactions de H et de Cl nous font connaître adéquatement la nature de ces d*=ux corps réagissants ? Non : qui oserait le prétendre? Mais elles soulèvent un coin du voile qui la recouvre. Cette propriété chimique de H et de Cl que l'induction nous a fait discerner, nous montre, sous un de leurs aspects, les natures des corps qui la possèdent. L'induction contribue donc à cette explication des choses par leurs causes à laquelle nous visions et que seule Aristote honore du nom élevé de science.

4" La déduction. La propriété des corps Cl et H de se combiner dans les proportions définies 1 et 35,5 une fois

'j Cfr. Sumvi. TheoL, 1» 2», q. 93, a. 1 et seq.

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reconnue, la raison passe outre et, de ses observations vérifiées, lire une conclusion générale : Désormais, chaque fois que H et Cl seront mélangés dans les proportions de 1 à 35,5 et soumis à l'action des rayons solaires, il se formera de Tacide chlorhydrique, avec dégagement de 22 calories par molécule-gramme.

On voit où gît la différence entre la méthode des sciences rationnelles et celle des sciences positives et en quoi les deux méthodes se rencontrent.

Dans les sciences rationnelles, la déduction est immédiatement possible à partir de quelques définitions ou principes premiers, qu'une .simple analyse peut aussitôt fournir. Dans les sciences positives, la déduction n'est possible qu'après un travail d'induction.

Dès lors, appelle-t-on en général induction le procédé qui sert à établir les conclusions des sciences positives, on devra y distinguer deux parties : l'une déductive, celle qui inaugure la science, au sens aristotélicien, l'explication, par leurs causes, des faits observés ; l'autre préliminaire à cette explication et que, d'accord avec les logiciens modernes, nous appelons « induction >, dans l'acception spéciale du mot. Par ce procédé préliminaire les sciences positives se distinguent des sciences rationnelles, mais elles les rejoignent dans leur phase dernière, déductive.

144. Les méthodes inductives. — Xous avons indiqué rapidement le rôle de l'observation et de l'expérience dans la détermination des lois de la nature et dans la définition des types spécifiques. Il peut se faire que l'observation fournisse des éléments d'une conclusion inductive ; même une seule observation peut révéler un ensemble de faits assez complexe et assez harmonieux pour justifier d'emblée une pareille conclusion. On comprend, par exemple, que l'abbé Haûy, laissant tomber un morceau de quartz et observant la forme géométrique de la cassure, ait pu saisir, du premier

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coup, qu'il venait de découvrir une loi de la nature : car quelle apparence qu'un minéral se casse par hasard suivant les lois de la géométrie ? Mais, en thèse générale, l'induction nécessite des expériences répétées, des épreuves et des contre-épreuves conduites selon les méthodes que l'on s'accorde généralement à dénommer, à la suite de J.-Stuart . Mill, méthodes de concordatice, de différence, des variations concomitantes^ des résidus et méthode composée. Entrons à ce sujet dans quelques détails :

P'« Méthode: La méthode de concordance est l'application de la règle suivante : Lorsque le phénomène, dont il s'agit de déterminer la nature, s'est produit dans plusieurs cas différents et que ces différents cas ont entre eux une seule circonstance commune, cette circonstance commune à tous est vraisemblablement une cause ^) du phénomène.

Supposons que A, B, C donnent naissance aux phénomènes a, 6, c ; que A, B, D donnent naissance aux phénomènes a, 6, d ; enfin, que A, C, E donnent naissance aux phénomènes a, c, e.

Dans le premier cas, il est possible que a ait pour une de ses causes soit A, soit B, soit C.

Mais dans le second cas, le phénomène a persiste en l'absence de C.

Il persiste, dans le troisième cas, en l'absence de B.

Donc A est le seul antécédent invariable dans les trois cas.

Donc A est une cause de a.

Exemple : Nombreuses sont les circonstances qui précèdent ou accompagnent les changements d'état d'un corps solide en liquide ou d'un corps liquide en vapeur. Mais à tous ces cas, envisagés au point de vue physique, il y a une circon-

') Nous disons tine cause parce que les phénomènes de la nature sont d'une trop grande complexité pour qu'on puisse toujours être certain d'avoir tenu compte de tous les facteurs qui y interviennent.

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stance commune, l'action de la chaleur sur ces corps. La chaleur est donc certainement une cause des changements d'état des corps ; les corps ont la propriété de changer d'état sous l'action du calorique, et inversement, le calorique a la propriété de faire passer le corps de l'état solide à l'état liquide et de l'état liquide à l'état gazeux.

Ces faits concordants sont ce que Bacon appelait tahiilœ prœsentiœ ^). Posita caiisa^ sequitiir effectus.

2»te Méthode : La méthode de différence. — Deux cas sont observés : l'un où le phénomène étudié se manifeste, l'autre où le phénomène ne se manifeste pas ; les circonstances des deux cas sont toutes identiques, sauf une, qui est présente dans le premier cas et absente dans le second : il est permis d'affirmer que cette circonstance est la raison suffisante totale ou partielle du phénomène observé.

Supposons que le complexus ou la série A, B, C, D donne a, b, c, d ; que le complexus ou la série B, C, D donne 6, c, d ; la disparition de a par suite de la suppression de A est la preuve que A est cause de a. Sublata causa., tollitiir effectus.

C'est ce que Bacon appelait tabuhc absentiœ, ou procédé per exclîtsiones et rejectiones débitas.

Exemple : Voici un oiseau que l'on prend de sa cage pour le plonger dans l'azote : l'animal est asphyxié. Qu'est-ce qui a déterminé l'asphyxier Une seule circonstance a été moditiée dans les conditions d'existence de l'oiseau, la suppression de l'oxygène de l'air ; on en infère que l'oxygène est nécessaire à la vie.

yne Méthode : La méthode des résidus est déjà une méthode composée, une modification des méthodes de ditférence ou de concordance.

A, B, C; par hypothèse, donnent a, />, c.

'j Lire, à ce sujet, Cli. Adam, La philosophie de François Bacott, liv. III, ch II. Paris, Alcan, 1890.

Supposons que l'on sache, par ailleurs, que, dans le phénomène total, a, ^, c, deux parties, a et 6 sont dues aux causes A et B. On en conclut que C est cause de c.

La règle de la méthode des rt'sidus peut s'énoncer ainsi : Lorsque l'on soustrait d'un phénomène complexe la partie que l'on sait influencée par certains antécédents déjà déterminés par des inductions antérieures, le résidu du phénomène a parmi ses causes les autres antécédents.

Certaines particularités du mouvement d'Uranus, inexplicables parles lois déjà connues des mouvements planétaires, suggérèrent à Le Verrier de rechercher la cause spéciale des anomalies observées, lui firent supposer la présence d'une cause d'attraction jusque-là inaperçue et le mirent ainsi sur la trace de la découverte de Neptune. Cette découverte donna une confirmation nouvelle à la loi d'après laquelle tous les corps ont la propriété naturelle de s'attirer les uns les autres en raison directe de leur masse et en raison inverse du carré de leur distance.

4"'^ Méthode : La méthode des variations concomitantes. — Il 3- a des cas, observe ingénieusement Stuart Mill, où les méthodes précédentes sont inapplicables. Il en est ainsi lorsque la cause présumée du phénomène est inéluctable. Tous 1rs corps sont inévitablement soumis à l'action de la pesanteur. Impossible de supprimer l'attraction de la teire.

Supposons que nous ayons à étudier les mouvements du pendule.

Le pendule prend naturellement la direction verticale et s'y maintient en équilibre. Lorsqu'on le fait dévier de sa position d'équilibre, il décrit des mouvements oscillatoires.

Une hypothèse à vérifier attribue la direction verticale du pendule et ses mouvements oscillatoires à l'action de la pesanteur : comment la vérifier ?

Impossible d'isoler l'action de la terie dts autres causes

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concomitantes, par exemple, de l'action du soleil, comme le demanderait la méthode de concordance.

Impossible aussi de soustraire le pendule à l'action de la terre, comme le réclamerait la méthode de différence.

Les méthodes décrites jusqu'à présent sont donc sans emploi.

Mais il est possible àe faire varier l'action supposée de la terre sur le pendule et de voir si les mouvements du pendule varieront en conséquence.

Telle est la méthode des variations concomitantes., dont voici la règle : Lorsque les variations graduelles d'un phénomène répondent aux degrés de variation d'un antécédent donné, il est à présumer qu'il y a entre les deux un lien, immédiat ou médiat, de causalité.

C'est ce que Bacon désignait sous le nom de tabiilœ graduiim sive comparativœ.

Ainsi, on porte un baromètre à différentes hauteurs, et l'on s'aperçoit que la colonne de mercure descend ou monte graduellement à mesure que l'on s'élève ou que Ton descend dans l'atmosphère ; on en infère que le niveau de la colonne de mercure varie avec la hauteur de la colonne d'air qui repose sur la surface externe du mercure du baromètre et que, par conséquent, l'air atmosphérique a la propriété d'être pesant.

Il y a moyen d'élargir les applications de cette méthode et d'en renforcer les conclusions.

A cet effet, on expérimente sur des séries de corps qui possèdent une propriété commune à des degrés différents, le poids spécifique, par exemple, ou la conductibilité pour la chaleur ou l'électricité. En faisant varier sur tous ces corps l'action d'une cause présumée, on obtient des séries d'expériences que l'on peut ensuite rapprocher et comparer.

5'"^ Méthode : MctJiode composée. — Chacune des méthodes précédentes donne des résultats ; leur emploi cumulatif porte

le nom de méthode inductive composée.

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Un exemple remarquable de l'application des trois méthodes principales nous est fourni par les expériences célèbres de Pasteur sur la génération spontanée ').

Supposons que l'on parte de cette hypothèse, que la production spontanée d'organismes vivants a pour cause la présence de germes en suspension dans l'air, qui viennent à rencontrer, dans un liquide fermentescible, un milieu favorable à leur éclosion. Que fera-t-on pour justifier l'hypothèse ?

10 On exposera à l'air libre des vases remplis de liquides fermentescibles, et on trouvera que partout où des germes supposés auront pu tomber sur ces liquides, les productions dites spontanées auront lieu : méthode de concordance.

2° On pratiquera la contre-épreuve, en soustrayant au contraire ces liquides à l'action de l'air extérieur et en montrant que dans les cas où l'air ne peut pénétrer, ces liquides restent indéfiniment exempts de tout organisme : méthode de différence.

30 On montrera que le nombre des organismes produits varie avec le nombre de germes que l'on peut supposer dans l'air. Par exemple, dans les caves, où l'air est immobile et où les germes doivent être depuis longtemps tombés sur le sol, on pourra exposer des Hquides fermentescibles à l'air libre, sans que des organismes se produisent ; et si l'on gravit les montagnes, où les germes doivent devenir de moins en moins fréquents en proportion de la hauteur, le nombre des organismes produits doit décroître graduellement. Or tous ces faits se sont vérifiés. C'est la méthode des variations concomitantes.

L'emploi de ces trois méthodes fait conclure que l'apparition de la vie a pour cause le développement d'un germe de vie préexistant, la proHfération d'un être vivant antérieur.

11 s'ensuit finalement que l'être vivant a la propriété natte-

1) Ctr. Janet, Traité de philosophie, n. 14G. Paris, Delagrave, 1879.

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relie de se reproduire, qu'un nouvel être vivant vient naturellement d'un être vivant antérieur.

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