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Unité du savoir. — Les penseurs de la Grèce, les

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Pères de l'Eglise, les Maîtres de la Scolastique ne désarticulaient point le savoir. L'étude des cieux, des éléments terrestres, la science des nombres faisaient partie de la philosophie d'Anaxagore, de Parménide, de Pythagore. Platon et Aristote, à la suite de Socrate, y ajoutèrent la morale. Platon s'intéressait à la religion et au bonheur de la cité autant qu'à l'interprétation des « Idées ».

Les penseurs chrétiens étendirent leurs préoccupations à l'étude approfondie des enseignements révélés auxquels ils avaient foi.

Saint Jean Chrysostome parle couramment de la philosophie, zO.'-^jcziy., pour désigner l'idée générale que, du point de vue chrétien où il se place, le penseur se fait du monde, de son histoire, de sa destinée.

Albert le Grand et Thomas d'Aquin sont d'avis que juger

l'univers de haut, d'après ce que la foi et la raison réunies

nous enseignent sur Dieu dans ses rapports avec les choses

créées, c'est éminemment faire œuvre de « sasresse ^ M. / . . .

Ils ne séparaient donc ni le théologien du philosophe, ni

') « Sacra doctrina maxima sapientia est inter omnes sapientias humanas, non quidem in aliquo génère tantum, sed simpliciter. Cum enim sapientis sit ordinare, et judicare, judicium autem per altiorem causara de inferioribus habeatur ; ille sapiens dicitur in unoquoque génère qui considérât causam altissimam illius generis; ut in génère a;dificii artifex, qui disponit formam domus. dicitur sapiens et architectus, respectu inferiorum artificum qui dolant ligna, vel parant lapides. Et rursus in génère totius humanaa vitœ prudens sapiens dicitur, in quantum ordinat humanos actus ad debitum tînem. Ille igitur qui considérât simpliciter altissimam causam totius universi, quas Deus est, maxime sapiens dicitur ; unde et sapientia dicitur esse divinorum cognitio, ut patet pei Augustinum de Trinit. (lib XII, c. XIV). Sacra autem doctrina propriissime déterminât de Deo secundum quod est altissima causa, quia non solum quantum ad illud quod est per creaturas cognoscibile i^quod philosophi cognoveruntt, ut dicitur Rom. 1, 19 : Quod notum est Dei vtanjfesfiun est illis ; sed etiam quantum ad id quod notum est sibi soli de se ipso, et aliis per revelationem communicatum. Unde sacra doctrina ma.\ime dicitur sapientia ». Summ. T licol , 1», q. 1, a. 6.

le philosophe du théologien. Ils ne songaient pas davantage à parquer les hommes voués à la spéculation rationnelle en observateurs, en mathématiciens, en méditatifs : l'homme qui pense, se disaient-ils, ne se désintéresse de rien ; la philosophie de la nature et de son mouvement général, la science du continu et du nombre, la philosophie première sollicitent son attention ; assurément, les « doctes » et les géomètres se spécialiseront, — la vie est trop brève, les forces de l'individu trop limitées pour permettre à chacun d'accorder à toutes les parties du savoir un égal intérêt, — le « sage » sera tributaire de leurs travaux, il accueillera avec confiance leurs conclusions unanimes ; eux, de leur côté, recevront de la philosophie première leurs principes et la chargeront, éventuellement, d'en montrer aux sceptiques le bien fondé.

Voilà comment la philosophie spéculative des Scolastiques est une science une qui se distribue en trois parties : la Physique, la Mathématique, la Métaphysique.

Le dédain de certains idéalistes à l'endroit des sciences, les tendances exclusives de nombreux spécialistes, le mépris affecté d'Auguste Comte pour la métaphysique sont en opposition avec la loi fondamentale de la raison réfléchissante qui est la recherche de l'unité du savoir. Leur action sera passagère. Les génies, — Galilée, Descartes, Leibniz, Pascal Newton, Pasteur, Helmholz, — étaient mieux avisés ; les esprits les plus puissants parmi les savants contemporains pratiquent largement la synthèse métaphysique et plusieurs, dont le programme est positiviste, ne font pas seulement de la métaphysique, comme Monsieur Jourdain faisait de la prose, sans le savoir, ils en' font sans le vouloir ; ils sont mécanistes, déterministes, évolutionnistes, phénoménistes, monistes, donc, malgré qu'ils en aient, métaphysiciens. Violenta non durant, La nature reprend ses droits un moment méconnus.

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168. Pratique de l'analyse et de la synthèse en philosophie. — Dans chacune de ses parties la philosophie pratique la méthode analytico-synthétique.

Prenons, à titre d'exemple, la philosophie de la nature, — la Physique des Anciens, — que l'on répartit aujourd'hui en Cosmologie, philosophie de la nature inorganisée, et en Psychologie, philosophie de la nature vivante.

Les sciences physiques, chimiques, minéralogiques complétant et précisant les résultats de l'observation vulgaire, mettent sur la voie de cette interprétation générale : Les corps subissent sans relâche des changements, les uns superficiels, les autres profonds, mais n'en laissent pas moins subsister des types permanents reconnaissables à leurs propriétés inaliénables ; il y a donc des espèces chimiques entre lesquelles se produisent des transformations substantielles sans doute, mais telles que leur succession ramène toujours les mêmes types spécifiques.

La substance corporelle est composée de matière et de forme ; la forme rend la substance dont elle est la forme, capable de produire certaines opérations propres à cette substance, elle la rend susceptible de certaines « passions » caractéristiques. Telle est la conclusion inductive générale de la Cosmologie.

Moyennant ce double principe : la composition de la substance corporelle, la spécificité des substances basée sur le principe de finalité interne auquel leur action respective est soumise, le philosophe rendra compte synthétiquement et du mouvement de la nature corporelle et de la diversité comme de la stabilité des lois qui les régissent.

Il en va de même en psychologie. Certaines fonctions de l'organisme, — nutrition, reproduction, sensations, désirs sensibles, mouvements spontanés, — accusent un sujet composé de matière ; d'autres fonctions de la vie chez l'homme accusent un sujet immatériel ; les unes et les

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autres, cependant, appartiennent à un même sujet. Ces faits autorisent une conclusion inductive : Le sujet premier de la vie humaine est un composé matériel informé par une âme immatérielle. Cette conclusion, principe de la psychologie synthétique, fait mieux comprendre l'objet propre de la raison humaine, — l'intelligible abstrait du sensible, — la -complexité de la vie psychologique et l'interdépendance de ses diverses manifestations, elle nous renseigne sur les conditions naturelles de notre destinée.

La philosophie des mathématiques est liée, en fait et en droit, à la science mathématique. Les mathématiciens n'ont jamais séparé leurs théorèmes des axiomes d'où ils sont déduits. Quelques observations rudimentaires suggèrent les axiomes, principes des synthèses qui forment les sciences du nombre et de la quantité et conduisent ultérieurement aux spéculations plus abstraites de la géométrie pure.

Dans l'ensemble, la philosophie met en œuvre la méthode dont elle use en ses différentes parties. Chacune de celles-ci conduit à des objets indéfinissables : la Physique, à la substance composée de puissance et d'acte, de matière et de forme, à des mouvements produits en un sujet passif par une cause efficiente déterminée par une fin intrinsèque ; la Mathématique, à l'un, au distinct, à l'addition, au nombre, etc., ou à la quantité continue, telle que la ligne, la surface, etc. ; la Critériologie, à la vérité ; l'Éthique, à la fin morale, au bien moral ; la Logique, enfin, à l'être de raison, à l'ordonnancement des objets de la raison. La philosophie prend pour oVjjet ces indéfinissables et leurs relations ; elle est, à ce titre, la philosophie première^ fondamentale : aboutissement de la Physique et de la Mathématique, dans le processus analytiqtie^ ces « indéfinissables » sont le point de départ de la syjithèse générale qui constitue, dans l'acception formelle et stricte, la sagesse rationnelle ou la philosophie.

L'analyse, dans son acception étymologique, va du composé

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au simple, du moins général au plus général ; la synthèse procède à rebours. Le composé est tantôt le tout, tantôt l'effet, tantôt le moyen, tantôt enfin, dans l'ordre logique, la conclusion ; le simple est l'élément composant : les causes matérielle et formelle ; la cause efficiente ; la cause finale ; le principe. La signification de l'analyse a été élargie en conséquence et sert à désigner le procédé logique qui va du composé aux composants, de l'effet à la cause, du moyen à la fin, des conséquences au principe. La synthèse désigne la marche inverse des éléments au composé, de la cause à l'effet, de la fin aux moyens, du principe à ses conséquences.

La philosophie ne se borne pas au processus interne qui subordonne la physique et la mathématique à la métaphysique générale ; son idéal serait de pouvoir rendre compte de l'univers, de ses éléments et de ses lois, au moyen d'une connaissance synthétique, aussi parfaite que notre nature peut l'obtenir, de la Cause première qui a créé le monde par un acte de sa toute-puissance, et continue de le gouverner par sa sagesse providentielle.

Or, l'homme doit partir d'effets complexes, connus par l'observation, pour s'élever à la connaissance des causes et en particulier de la Cause suprême.

Il doit débuter par Vanalyse ; mais celle-ci achevée, il en comparera les résultats, en déduira les conséquences possibles, afin de saisir, le mieux qu'il pourra, la nature de l'Ktre suprême, et de redescendre alors de la contemplation de la cause créatrice à l'interprétation de ses œuvres; il complétera ainsi et, au besoin, corrigera les premiers résultats de l'analyse et fera comprendre plus distinctement, en les regardant sous des rapports nouveaux, l'origine première des choses, leur destinée, les lois de leur activité et l'harmonie générale que ces lois réalisent.

J. Simon compare l'Être divin à une statue élevée au milieu

d'une clairière, dans un parc, et à laquelle aboutissent toutes les avenues ; mais, selon que nous suivons l'une ou l'autre, nous apercevons tel ou tel aspect de la statue.

Il faut rapprocher mentalement ces multiples aspects pour comprendre la physionomie de la statue ""j.

Le retour synthétique parfait les investigations patientes de l'analyse ^).

Ici encore, on retrouve le processus analytico-synthétique qui, étant la loi naturelle de la pensée, est inévitablement la méthode de la science et de la philosophie.

On a montré ailleurs (14) comment Yempirisme positiviste et matérialiste pèche par défaut, Yidéalisme ontologiste ou moniste, par excès, contre la méthode de la philosophie.

L'étude de la systématisation scientifique (Article III) finit ici. Elle clôt la Seco7ide Partie constitutive du Traité (Chapitre III) ^ l'étude de la cause formelle de V ordre logique.

Un aperçu général sur le but de l'ordonnancement logique fera l'objet d'un Chapitre quatrième et dernier et mettra fin à cet ouvrage.

Mais quelques mots sur la méthode d'enseignement ne seront pas ici hors de propos.

La méthode d' enseignement

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