CHAPITRE IV
La cause finale de Tordre logique La connaissance de la vérité
175. La Logique au service de la science de la vérité. Vue rétrospective du chemin parcouru. — La
Logique a pour objet les actes de la raison (objet matériel) ; elle y considère leur adaptabilité à la science (objet /or;«^// L'objet matériel a été étudié dans la Première Partie (Chapitre II) du traité ; l'objet formel, dans la Seconde Partie (Chapitre III).
L'acte le plus élémentaire, l'appréhension simple, engendre le concept. Considéré au point de vue de son rôle dans la science, le concept est un prédicat susceptible d'être rangé dans l'une des dix catégories de la pensée ; il tient au sujet par un lien nécessaire ou contingent, indépendant ou dépendant de l'existence des choses sensibles.
Le jugement, deuxième acte de la raison, attribue le prédicat au sujet. Il 3' aura donc des jugements en matière nécessaire, d'autres en matière contingente.
Le raisonnement, troisième acte de la raison, passe de jugements immédiats, — les principes, — à des jugements médiats, les conclusions. Le procédé logique de la raison raisonnante est le syllogisme.
382 LA CAUSE FIXALE DE l'ORDRE LOGIQUE
Moyennant quelques abstractions pratiquées sur des données d'observation rudimentaire, l'esprit forme les termes des principes en matière nécessaire ; la raison en tire des conclusions d'ordre idéal, et ainsi se constituent les sciences « rationnelles x,
La perception des termes destinés à fournir des principes aux sciences d'observation nécessite un travail préliminaire, l'induction. Puis, la raison déduit, au moyen du syllogisme, des conclusions positives : ainsi se constituent les sciences < expérimentales ».
La science, n'importe à quel groupe elle appartienne, est donc un ensemble systématisé de propositions logiquement déduites de quelques premiers principes. L'objet auquel se réfèrent ces principes donne à la science son unité et sa spécificité.
Par quels procédés s'opère la systématisation de la science?
Pour construire une science rationnelle, la raison part de quelques notions indéfinissables, énonce spontanément les principes générateurs de la science, les combine et forme synthétiqiiement ses conclusions.
Dans les sciences expérimentales, l'analyse conduit aux notions primordiales, aux lois fondamentales ; puis, la synthèse parfait l'œuvre scientifique préparée par l'analyse (165).
Toutefois, pour être, à proprement parler, scientifique, la preuve doit faire comprendre la raison intrinsèque, prochaine de l'appartenance du prédicat de la conclusion à son sujet. Aristote appelle à7rôo£t.çi; oiôzi la démonstration parfaite qui joue ce rôle dans la science. Les vues purement spéculatives, les preuves extrinsèques, lointaines ne font pas partie intégrante des sciences.
Enfin, la science à son stade le plus élevé, Xsi philosophie, pratique aussi l'analyse et la synthèse et dans ses diverses parties et dans son organisation générale.
Cet exposé rapide, qui rappelle les idées fondamentales du
LA CAUSE FINALE DE l'oRDRE LOGIQUE 383
traité, ne montre-t-il pas que la Logique est le moyen d'ordonner les concepts, les jugements, les raisonnements en systèmes, de manière à former les sciences, la philosophie (16) ?
L'ordre que constitue la science est donc le but intrinsèque de la Logique.
Mais l'ordonnancement logique, comme tel, ne garantit pas la vérité.
Or, à quoi tend finalement l'esprit humain sinon à la connaissance de la vérité ?
Le but ultime, extrinsèque, il est vrai, du logicien est donc la connaissance certaine de la vérité. Seule, en définitive, cette connaissance est la science.
174. La connaissance certaine de la vérité, condition de la science. Définition de la science. — La certitude est un état qui naît dans l'âme lorsque le sujet a conscience de connaître la vérité.
« Pourquoi philosophe-t-on ? Pour savoir. Et qu'est-ce que philosopher ? Travailler à savoir, chercher le vrai. C'est la vieille réponse. Après mûr examen, je m'y tiens » ').
Aux conditions logiques de la science étudiées jusqu'à présent nous ajouterons donc ce caractère essentiel : la connaissance de la vérité, et nous serons fidèles à l'esprit du péripatélisme en définissant la science : Un ensemble de propositions évidentes et certaines^ nécessaires et universelles^ systématiquement organisées, qui sont tirées immédiatement on médiatement de la nature du sujet et donnent la raison intrinsèque de ses propriétés et des lois de son action.
l'^ Les propositions d'une science doivent être objectivement évidentes, c'est-à-dire manifestement vraies, telle que leur vérité s'impose à l'intelligence et emporte irrésistiblement son assentiment ').
') OUé-Laprune, La philosophie et le. temps présent, ch. IV. ^) « On dit volontiers la Science, comme volontiers on dit l'Art. On aime à personnifier ces produits de l'activité humaine. Je dirai non pas
2° Le résultat de l'évidence objective de la vérité est la certitude du sujet qui la perçoit et en prend réfiexivement conscience.
Un objet de foi est, par définition, formellement inévident, il n'est pas, comme tel, objet de science. Une opinion plus ou moins probable achemine peut-être l'esprit vers la science, présentement elle ne la lui donne pas.
La certitude scientifique est l'œuvre de la pensée réfléchie. L'homme du peuple qui, témoin passif des événements, en
la Science, mais les sciences mathématiques et physiques. Cela ôte le prestige, et c'est plus sûr. C'est très net, je vois tout de suite ce que je nomme. Quels sont donc les caractères des sciences mathématiques et physiques ? Ils sont connus et définis. Ce qui est scientifiquement établi, dans cet ordre de connaissances, c'est ce qui est susceptible de démonstration ou de vérification. La démonstration est à des conditions précises et strictes : si elles sont remplies, il y a démonstration ; si elles manquent, rien n'est fait. La vérification exige des opérations dont le nombre et la marche ne peuvent être fixés avec une absolue précision ; mais c'est très visiblement que l'hypothèse est vérifiée ou ne l'est pas. La conjecture aventureuse, la vue hardie, la théorie probable, la loi établie se distinguent nettement les unes des autres. L'explication qui a subi avec un succès constant le contrôle de l'expérience, est acquise, à l'égal des faits qui l'ont suggérée et qui la justifient; elle est elle-même l'expression des faits, elle est un fait général. Sans cesse, le moyen de la vérifier est là, à la disposition du savant, et ce recours au fait triomphe de toute résistance. La dispute continue tout à l'entour : elle cesse dès que les expériences, c'est-à-dire les faits, autorisent ou démentent l'idée. La preuve est palpable, péremptoire, décisive, ou elle n'est pas, et, si la recherche est souvent tumultueuse, il y a un terme où l'on se repose en paix. Ce qui est établi est établi, ce qui est acquis est acquis ; il y a des points que Ton ne remet plus en question. De là on part pour aller plus loin, on ne revient plus en arrière. Des signes manifestes font reconnaître ce qui n'est plus à recommencer. La vérité scientifique s'impose à l'esprit par des preuves incontestables, et elle se transmet tout entière. Anonyme, sans marque d'auteur, sans date, elle est la même en ceux qui la re(;oivent qa'en ceux qui l'ont trouvée. La découverte a une histoire, et très intéressante ; la formule une fois fixée entre dans la trame de la science, et n'en sort plus
Quand on considère sans parti pris les sciences dites positives et la philosophie, on ne peut plus répéter qu'à celle-ci le caractère positif manque toujours et qu'à celles-là il ne manque jamais. Est positive toute
LA CAUSE FINALE DE l'oRDRE LOGIQUE 385
tire spontanément certaines inductions pour la conduite de sa vie, entre en possession d'un ensemble de vérités dites « vérités de bon sens », <' vérités de sens commun », il n'est pas un « savant ». Le savant observe délibérément^ regarde les faits avec une attention voulue, et, conscient de ce qu'il voit, cherche à se V expliquer réflexivement.
30 L'objet de la science est le nécessaire et Vuniversel. Collectionner des faits particuliers n'est pas faire œuvre de science. Tel qui, par un travail opiniâtre, aura accumulé des •observations et des conclusions fragmentaires sera un homme instruit, un érudit, une enC3xlopédie vivante peut-être, il ne sera pas un savant. La description minutieuse, précise des faits observés ; leur coordination méthodique préparent la science, ne la constituent pas. Le savant veut savoir ce que les choses sont, indépendamment de leurs circonstances contingentes et variables, quelle est la loi de leur action. < Il n'y a de science que de l'universel *, tel est le thème favori d'Aristote.
affirmation qui est posée ou qui pose son objet d'une manière assurée, sans aucun mélange de négation ni de doute. Ce qui est positif s'impose à notre créance ou par sa force propre ou par la force de preuves entièrement suffisantes. Plus particulièrement est positive toute affirmation appuyée sur des faits. Prouver positivement une conjecture, par exemple, et, partant, la faire passer de la région des conjectures dans celle des propositions étaWies, c'est montrer qu'elle a en des faits certains sa justification, qu'elle repose sur ces faits ; et c'est le montrer, non pas à peu près, mais distinctement, non pas d'une manière indécise, mais déterminément, non pas avec des réserves, mais complètement, et, pour tout dire d'un mot, d'une fa<;on suffisante. Voilà ce qui est positif et positivement prouvé. C'est ce qui tbt principe certain ou fait certain, et puis ce qui est dans une évidente dépendance soit d'un principe certain, soit plus particulièrement d'un fait certain. Le mot est dans la langue avec les deux acceptions. Le réserver à un certain ordre de connaissances ou de preuves exclusivement, c'est l'accaparer. C'est contre cet accaparement qu'il faut protester. Non, les sciences dites positives n'ont pas toutes seules le privilège de reposer sur des faits positifs et de prouver positivement -. 011é-Î..Ti runc, < ;.: cifi'. pp. 6G-7i).
40 La science est un système^ un organisme. Elle n'est pas une collection de propositions juxtaposées, mais un tout unifié. Considérée au point de vue statique, une science complète est comparable à une construction solidement assise sur ses fondations, un système ; mais en réalité, une science humaine n'est jamais achevée ; toujours en voie de développement interne, elle est, à un point de vue dynamique, plus semblable à un organisme vivant qu'à un mécanisme.
Qu'est ce qui donne à la science son unité ?
50 IJunité de la science, considérée formellement, consiste en ce que ses premières définitions posent les principes d'où se déduisent, par synthèse, toutes les propositions ultérieures. Objectivement, l'unité tient à ce que les principes générateurs d'une science sont fondés sur l'objet formel de cette science. Cet objet est, sinon l'essence, au moins une propriété naturelle d'un sujet réel. En conséquence, la raison intime de l'unité de la science est Vessence, la nature, le xô xi ÈaTi de l'objet sur lequel se concentre l'effort scientifique : les principes et les conclusions tirent leur unité de leur connexion avec la définition de cet objet primordial.
Bien entendu, cette unité est Vidéal d'une science parfaite. Mais, en fait, la pensée scientifique demeure bien au-dessous de cet idécil. Même dans les sciences les mieux achevées, — telles la géométrie, l'ontologie, — l'unité n'est que relative., parce que plusieurs propositions sont indispensables à la définition du sujet auquel la raison rattache ensuite les conclusions.
Go La nature du sujet, le xi iax'. est la source des propriétés et, dès lors, la raison explicative primordiale des théorèmes rationnels, dans les sciences idéales, des faits observés, dans les sciences expérimentales. Aussi Aristote fait-il remarquer que le xi èaii se confond avec le oioti. Faire comprendre comment les propriétés des objets d'ordre idéal, les forces et les lois des choses d'expérience découlent de la nature de
l'objet d'une science est la tâche définitive de la recherche scientifique.
175. Comment les problèmes scientifiques se ramènent à l'unité. — Aristote consacre le second livre de ses Derniers Analytiques à l'examen des problèmes scientifiques. Autant nous nous posons de questions, dit-il, autant la science a de problèmes à résoudre. Nous nous posons quatre questions ; -b oxi, -à oiôzi, s: sait, xi èaT-.v. Cela est-il? Pourquoi cela est-il ? — Cela existe-il ? — Ou est-ce ? Ta ^Y^xo'j[ji£vâ èat'.v laa tôv àçi:%-\ibv SaaTcsp â7i'.a-à|A£\>-a. Zr^xoOjisv oè xéxTapa, xb oti, xb ovôxi, zl saxi, xl èax'.v.
La première question a pour objet la vérité du jugement. Aussitôt qu'un jugement est formulé, on peut, en effet, se demander si la relation énoncée entre le prédicat et le sujet est telle que le jugement l'énonce. Est-ce que ceci est cela ? Question xb ot-..
Dans l'affirmative, pourquoi le prédicat convient-il ou ne convient-il pas au sujet ? Question xb ovcxi : pr opter quid.
Certains jugements énoncent Vexistence d'une chose dans la nature: La chose qui est dite exister existet-elle? Question ei sax'..
Si elle existe, qu^est-elle, quelle est sa nature ? Question xi èax'.v.
Diverses fois, nous avons fait remarquer que la science a pour objet la liaison du grand extrême d'une conclusion au petit extrême, par l'intermédiaire d'un troisième terme, appelé tenne moyen (79 et suiv.).
Ailleurs, Aristote nous a dit que la science consiste à connaître les choses par leurs raisons ou par leurs causes. Puis, restreignant cette notion de la science, il nous disait que la preuve causale qui atteint les raisons intrinsèques et immédiates des choses, ôi.z.ibi'.l'.z b'.ix'. est seule, en rigueur de termes, une démonstration scientifique.
Enfin, nous rappelions, il y a un instant, que la nature du
388 LA CAUSE FINALE DE l'ORDRE LOGIQUE
sujets -'. £J~'., doit, dans une science complète, fournir la raison primordiale de ce qui faisait, au point de départ, l'objet de la recherche scientifique.
D'autre part, savants et philosophes disent couramment aujourd'hui que la science s'enquiert du comment et du pourquoi des événements ; qu'elle a pour objet les lois et les 'dé/initio7is.
Comment mettre d'accord ces différentes données ?
La conception moderne de la science est-elle la même que celle qu'en avait Aristote ? Comment coïncident-elles ou en quoi diffèrent-elles ?
Reprenons, d'abord, la. pensée d'Aristote.
Un fait immédiat ne soulève pas de problème. Lorsque j'entends un accord agréable, je ne songe pas à mettre en question l'existence de la sensation agréable que j'éprouve. Cela seul qui se cache par delà l'immédiat peut faire l'objet d'une recherche. D'où vient que cet accord m'est agréable ? Quelle est la cause d'un accord consonant ? Chercher cette cause, c'est chercher le terme moyen de la preuve qui m'expliquera que (oti) tel accord est consonant et agréable.
La réponse aux questions : Ceci est-il ? Ceci existe-t-il ? tô 6x1 et ci: ï'j-j., — appartenance d'une des dix catégories au sujet, ou existence du sujet (56), — est donc à chercher dans le terme moyen d'une démonstration (79).
Souvent ce moyen de démonstration est emprunté d'abord à des considérations lointaines ou extrinsèques; mais celles-ci seraient sans valeur si elles n'étaient reliées au sujet lui-même ; tôt ou tard, la preuve devra se dégager du sujet lui-même, apporter au problème une solution prochaine, intrinsèque^ oLlzioL o'y.s'Ia (155 et 136).
Quelle est cette raison intrinsèque, immédiate de l'appartenance nécessaire du grand extrême au petit extrême de la conclusion ? Seules les propriétés et les notes essentielles sont en connexion nécessaire avec le sujet. La propriété du sujet.
LA CAUSE FINALE DE l'ORDRE LOGIQUE 389
proprium^ <^ passio subjecti >, sera donc le terme moyen de la démonstration (35) ; la propriété elle-même, étant fondée sur la nature du sujet, doit se comprendre par elle (174, b^ et 60); en conséquence, la définition de la nature du sujet est le premier principe de la science ; plus exactement, elle fournit les propositions qui sont les principes générateurs de la science (126, Î68, 174).
La démonstration causale répond à la question o'.ô-'., la définition de la nature du sujet répond à la question xi iz-\ : Puisque la démonstration causale emprunte ses principes aux propriétés et finalement à la nature du sujet, la solution de la question c^is--., propter qtiid^ s'identifie avec celle de la question -:' eau, qtiid.
La preuve que les angles du triangle valent deux angles droits réside dans une propriété du triangle : les trois angles du triangle sont égaux aux angles qui comprennent tout l'espace au-dessous d'une droite (140) ; or, cette propriété résulte nécessairement de la figure formée par trois lignes qui se coupent deux à deux, c'est-à-dire de la définition du triangle. Les deux solutions o'.c't'. et -: è^t'. coïncident au fond ; il n'y a entre elles qu'une distinction de point de vue.
Pourquoi deux sons forment-ils un accord consonant >, c'est-à-dire agréable à l'oreille ? Parce que les nombres de vibrations ,qui correspondent à ces deux sons sont en rapport simple, c'est-à-dire sont entre eux comme des nombres entiers très petits. Telle est la réponse à la question propter quid,
Or, qu'est-ce qu'un accord harmonieux ? Celui qui est formé par deux sons tels que les nombres de leurs vibrations sont en rapport simple. Qu'est la consonance d'un accord? La simplicité du rapport entre les nombres de vibrations de deux ou plusieurs sons. Telle est la réponse à la question quid^ -i Ijt:. Encore une fois, les réponses aux deux questions l.i-.: et xi irsx: coïncident.
Au surplus, le nombre de vibrations d'un son pendant l'unité de temps est une propriété du son, du corps sonore, de sorte que, en dernière analyse, la double réponse aux questions oiôxi et xi èaii est tirée de la nature du sujet, de sa définition essentielle.
La théorie aristotélicienne de la science paraît donc établie. -L'esprit se pose quatre questions ; la science a un quadruple objet de recherche. Deux de ces questions Sti et d saxi n'ont de signification qu'à propos de termes qui échappent à une constatation immédiate, elles doivent donc être résolues par la découverte d'un terme moyen qui fera comprendre la cause ou la raison de la proposition mise en cause ou de l'événement dont l'existence est affirmée. Tandis qu'il nous apportera l'assurance réclamée par les questions oxi ou zl satt, le terme moyen de la démonstration nous fera voir pourquoi la chose est ce que le jugement dit qu'elle est ou pourquoi l'événement est dit existant. De pourquoi en pourquoi la raison arrivera à celui qui, serrant la question de plus près, appellera une démonstration oiot'., propter quid, tirée d'une propriété ou de l'essence du sujet. Les questions biôx'. et x: èaxt coïncident ; la môme réalité, — la propriété et la nature du sujet, — répond à l'une et à l'autre. Bref, les problèmes de la science se ramènent à l'unité.
La conception moderne de la science ne diffère pas, au fond, de celle qui vient d'être exposée.
Lorsque, dans une science rationnelle, les termes d'un théorème sont donnés, la preuve de la vérité du théorème (6'x'.) fait voir le pourquoi du théorème, la raison formelle de l'appartenance du prédicat au sujet. Où se trouve cette raison formelle, sinon dans une propriété, qui elle-même finalement se déduit de la définition du sujet ? (80 ; 140).
Dans la science expérimentale, lorsque l'expérimentateur se trouve en présence de faits (si saxi), il doit se demander comment le fait s'est produit, quelle est la loi de son apparition.
Or l'induction fait voir que la loi repose sur une propriété et finalement sur la nature du sujet (141 et 145).
Sans doute, l'induction peut avoir pour objet immédiat la recherche de la cause matérielle^ id ex quo et in quo^ mais cette cause est subordonnée à la cause formelle. Elle peut rechercher immédiatement la cause efficiente, id a quo, mais, par delà celle-ci, elle vise la nature du sujet, c'est-à-dire le sujet spécifié par sa cause formelle, finalisé par sa cause fnale. D'où que l'on parte, on aboutit toujours à la nature du sujet ') (145).
Il n'y a donc, somme toute, qu'un seul problème scientifique, un seul objet de science : ce qu'une chose est, zi -.i iaz: slvai.
Saisir, par des abstractions successives auxquelles nous condamne notre humaine faiblesse, les éléments constitutifs d'une chose ; à cet effet, partir de l'action de la chose sur nous pour pénétrer ensuite au sein de sa constitution ; réordonner, d'après leurs relations d'interdépendance ontologique, les éléments abstraits ; comprendre les principiés par les principes, instituer un ordre logique en conformité avec l'ordre ontologique ; à l'essence de la chose, à sa nature, rattacher ses propriétés passives, ses principes d'action, son action et les lois de son action, telle est la tâche grandiose mais laborieuse dévolue à la science.
Les sciences particulières réunissent les matériaux de l'ordre ontologique.
La plvilosopliie, — c'est-à-dire la physique générale, la mathématique, la métaphysique, — établit entre ces matériaux
') « Et sic patet quod accipiendo propter quid per demonstrationem accipimus quid est, quia Ipsum médium osttndens propter quid, est ratio definitiva primi termini, id est najoris extremitatis... Cum enim subjectum sit causa passionis, necesse est quod definitio passionis domonstratur per delinitionem subjecti ». S. Thomas, In II Anal. post., lect. 7'*.
Sq2 LA CAUSE FINALE DE l'ORDRE LOGIQUE
un ordre hiérarchique ; elle fait comprendre comment les sciences d'observation se subordonnent aux lois du mouvement, celles-ci aux rapports de la quantité et du nombre, la physique et la mathématique elle-même, enfin, aux indéfinis-" sables et aux principes fondamentaux de la philosophie première ^).
La Logique étudie l'ordre interne de la science : elle démonte pièce par pièce les rouages de ce mécanisme compliqué qu'est une science, la science, la philosophie; puis, elle le reconstitue afin de mieux se fendre compte de son fonctionnement.
La Critériologie^ dont l'existence autonome est de date relativement récente, se préoccupe d'expliquer l'accord de l'ordre logique avec l'ordre ontologique.
Le but interne de la Logique est donc subordonné au but de la philosophie critique, à la connaissance de la vérité.
La connaissance de la vérité est le but extrinsèque direct de la Logique.
Éviter l'erreur est sont but indirect.