CHAPITRE II La matière
ou
cause matérielle de Pordre logique
28. Objet et division du Chapitre II. — On appelle matière ou cause matérielle de l'ordre logique, ce dont cet ordre est fait ^ id ex quo aliquid fit^ les matériaux à mettre en œuvre pour le constituer.
Les matériaux élémentaires sont les concepts et les termes.
Une science, dit Taine, n'est qu'un ensemble de propositions^ et toute proposition ne fait que lier ou séparer un sujet et un attribut ').
Ce Chapitre sera subdivisé en deux Articles qui traiteront respectivement des concepts (Article I) et des termes (Article II).
\J Article I aura pour objet : Le concept, son objet, ses propriétés (§ I), la division des concepts (§ 2).
') Taine, Le positivisme anglais., \i. 18.
ARTICLE I Les Concepts
§ I Le concept, son objet, ses propriétés
exposé à grands traits l'origine psychologique du concept et décrit ses caractères distinctifs.
Au point de vue logique^ le concept est un élément de jugement : il est apte à remplir le rôle de sujet ou de prédicat dans une proposition, « notio subjicibilis vel prœdicabilis in enuntiatione >.
- Le jugement est l'acte principal de l'entendement : L'appréhension prépare les éléments du jugement ; le raisonnement forme, au moyen de jugements déjà connus, un nouveau jugement.
Le jugement énonce un objet de pensée d'un autre objet de pensée. Il s'exprime par une proposition.
L'objet qui s'énonce d'un autre et celui dont on l'énonce sont des concepts (objectifs).
Leur liaison, la copule^ se fait par le verbe être.
Les deux concepts, le sujet (id quod est subjectum attributioni vel prsedicationi), et le prédicat ou V attribut (id quod prœdicatur vel attribuitur), s'appellent les termes (termini) de la proposition ; ils en sont, en effet, les points extrêmes, les limites.
LA CAUSE MATÉRIELLE DE l'ORDRE LOGIQUE 89
Bossuet justifie très bien la distinction entre la simple appréhension et le jugement : « Dans une proposition, c'est autre chose d'entendre les termes dont elle est composée, autre chose de les assembler ou de les disjoindre ; par exemple, dans ces deax propositions : Dieu est éternel ; Vhomme n?est pas éternel, c'est autre chose d'entendre ces termes. Dieu, homme, éternel ; autre chose de les assembler ou de les disjoindre, en disant : Dieu est éternel, ou : L'homme n'est pas éternel.
Entendre les termes : par exemple, entendre que Dieu veut dire la première cause, qu'homme veut dire animal, qu'éternel veut dire ce qui n'a ni commencement ni fin ; c'est ce qui s'appelle conception, simple appréhension ; et c'est la première opération de l'esprit.
Elle ne se fait peut-être jamais toute seule, et c'est ce qui fait dire à quelques-uns qu'elle n'est pas. Mais ils ne prennent pas garde qu'entendre les termes est chose qui précède naturellement les assembler : autrement on ne sait ce qu'on assemble.
Assembler oii disjoindre les termes, c'est en assurer un de l'autre, ou en nier un de l'autre, en disant : Dieu est éternel, L'homme n'est pas éternel : c'est ce qui s'appelle proposition ou jugement » ').
30. Compréhension et extension du concept. — Soit l'idée abstraite d^hoinme. Lorsque nous considérons ce que cette idée représente, nous trouvons en elle différents caractères tirés par abstraction des individus. Ce contenu de l'idée, les caractères ou notes qu'elle comprend^ c'est sa compréhension.
Lorsque nous considérons les individus chez lesquels le contenu de l'idée est réalisé et auxquels, par conséquent, il est attribuable, les sujets auxquels s'applique ou peut s'appliquer, s'étend ou peut s'étendre l'idée abstraite, nous envisageons la sphère d'applicabilité de l'idée, son extension.
On considère ainsi le concept abstrait et universel comme un tout., soit métaphysique, soit logiqtie.
L'homme est un tout métaphysique, qui comprend la corporéité, la vie, la sensibilité, la raison, comme autant de parties métapJiysiques.
L'idée d'homme est attribuable à tous les hommes passés,
') Connaissance de Dieu et de soi-même, ch. XIII.
90 LA CAUSE MATÉRIELLE DE l'ORDRE LOGIQUE
présents, à venir ou simplement possibles ; elle forme un tout logique, dont les hommes, pris distributivement, sont les parties logiques.
Les mots latins totns et omnis répondent aux deux branches de cette distinction,
Une idée est plus ou moins compréhensive, selon qu'elle renferme plus ou moins de notes.
Elle a plus ou moins d'extension, selon qu'elle s'applique à un nombre plus ou moins considérable de sujets.
Ces deux propriétés de l'idée sont en raison inverse l'une de l'autre : plus Vidée a de compréhension, moins elle a d'' extension et réciproquement.
31. A quel titre la Logique s'occupe-t-elle de l'acte de simple appréhension? — La Logique s'intéresse aux actes de la raison dans la mesure où elle peut les diriger vers le vrai. Or, il n'y a vérité ou erreur que dans le jugement, lorsque l'esprit rapporte l'un à l'autre les objets de la pensée çX prononce qu'ils se conviennent ou ne se conviennent pas ^). La simple appréhension produit le concept qui n'est ni vrai, ni faux.
A quel titre alors, l'acte de simple appréhension appartientil à la Logique ?
Effectivement, les concepts ne sont ni des vérités, ni des erreurs, mais ils fournissent la matière de vérités et occasionnent des erreurs. La Logique apprend à s'en servir de manière à mieux assurer la connaissance de la vérité et met en garde contre les erreurs auxquelles ils peuvent donner lieu.
Représentez-vous les idées que désignent respectivement
*) Toute expression signifie quelque chose, mais toute expression n'énonce pas quelque chose ; un énoncé a pour propriété d'être une vérité ou une fausseté. "Edtt 8è Xdyo; ara; }j.èv aT)t/.avTty.o';, à7ro(pavxr/.o; ôè où Traç, à'XX' èv tîj zo àXTjOsûeiv \ ^eûôcaOa-. ÛTiâpj^et. Arist., De Interpr., G. 4, édit. Didot.
LA CAUSE MATÉRIELLE DE l'ORDRE LOGIQUE QI
les mots : soleil, brillant, solide, ou les nombres 1, 2, 3, 4 ; vous ne penserez rien de vrai, ni rien de faux. Seulement, lorsque les concepts s'uniront ou s'excluront et que vous penserez : le soleil est brillant, le soleil n'est pas solide ; 1 -f- 2 est égal à 3, 1 -\- 2 n'est pas égal à 4^ vos pensées seront vraies : aussi sont-elles des jugements. De même, lorsque vous penserez : le soleil n'est pas brillant, le soleil est solide ; 1 + 2 est égal à 4, 1 + 2 n'est pas égal à 3, vos pensées seront erronées, mais, encore une fois, elles sont des jugements.
Envisagés pour eux-mêmes, à un point de vue absolu, les concepts n'appartiendraient pas à la Logique ; ils lui appartiennent, parce qu'ils sont les matériaux du jugement et du raisonnement.
32. Problèmes logiques que soulève l'acte de simple appréhension. — Le concept ne peut appartenir à la Logique qu'à l'un de ces deux titres, parce que sujet ou parce que prédicat.
Qu'est le sujet du jugement ?
Qu'est le prédicat ?
Le sujet de la proposition est toujours, en dernière analyse, mais en dernière analyse seulement, individuel. Sans doute, la proposition peut avoir, a même souvent pour sujet un type abstrait, mais celui-ci est alors lui-même prédicat d'un sujet antérieur.
La raison de cette thèse est double, psychologique et ontologique.
La raison psychologique réside en ce fait que le premier objet de la pensée est emprunté à l'expérience sensible, qui est incapable de saisir autre chose qu'une réalité individuelle et concrète.
La raison ontologique consiste en ce que seuLL'indijvidu est, en rigueur de termes, sujet.
Aristote l'appelle -pw-crj oùac'a, première substance. Car,
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d'une part, elle n'est attribuable à aucun sujet antérieur. L'individualité est, en effet, incommunicable à autrui ; Socrate est Socrate, il n'est identifiable qu'à lui-même. D'autre part, cette substance première est le sujet de concepts abstraits et universels qui, à divers titres, peuvent lui être attribués ').
Soit la proposition : La neige fond au soleil.
La neige est un sujet abstrait.
Mais qu'est-ce que la neige ? Quelque chose de blanc, que je vois tomber en flocons légers et que je sens froid au contact. Ce quelque chose blanc aux yeux, froid aux mains, qui tombe en flocons légers est de la neige.
Ce quelque chose, que nos sens perçoivent blanc, froid, léger, est un premier sujet : de ce premier sujet la neige est un prédicat. La neige devient ensuite le sujet d'un prédicat ultérieur, la propriété de fondre au soleil.
L'examen des termes d'une proposition nous met donc en présence d'un premier terme qui est originairement un sujet individuel, xôos xi, selon le mot d'Aristote, ce quelque chose auquel la pensée reporte tous ses prédicats.
Le sujet individuel mis hors de cause, reste le prédicat.
Le prédicat fait l'objet d'une triple étude logique :
1° Que représente-t-il ; que dit-il du sujet ? Etude des catégories ou prédicaments logiques.
2o Comment tient-il au sujet ; de quelle manière faut-il le lui attribuer ? Etude des catégorèmes ou des prédicables.
Les prédicats universels ont chacun leur place respective dans l'échelle de nos pensées.
Tel d'entre eux, plus universel, est commun à plusieurs autres : le premier forme un genre que les autres spécifient. Décomposer un type spécifique en son genre et sa note
') « Omnium eorum, quac sunt, alia sunt ejusmodi, ut de nullo alio vere possint universe praedicari, velut Cleon et Callias, et res singularis et quod solis sensibus subjicitur, de ipsis autem alia praedicentur ; uterque enim illorum et homo est et animans ». Aristoteles, .(4»«/. /«r., I, 27.
différentielle, c'est le définir. La définition de l'espèce ne va pas sans la division du genre en ses espèces. D'où une troisième question :
30 Quel est le degré d'universalité du concept ; quelle est sa place dans l'échelle des prédicats universels ? Définition du concept et, consécutivement, sa division.
Reprenons ces trois problèmes.
33. I. Les catégories. — Évidemment, il ne peut être question de parcourir dans le détail tous les prédicats des jugements qu'énonce, sous des formes indéfiniment variées, l'esprit humain. Mais n'y a-t-il pas moyen de les réduire à quelques types, à l'effet de comprendre quelles déterminations ils apportent au sujet fourni par l'expérience ? On arriverait ainsi à ranger sous un même type d' attribution^ — ^//it^^: x^ç %atYjY<2pîaç, typus prœdicationis, — et par suite, en une même catégorie les concepts homogènes ; à classer à part chaque catés'oi'ie hétérogène ; on mettrait de l'ordre dans les connaissances acquises, et l'on faciliterait les recherches à venir.
Supposé, en effet, que ce travail de classification générale aboutît, on ne devrait plus, pour étudier tel ou tel être déterminé, le comparer à tous les êtres de la nature qui lui sont plus ou moins semblables, et déterminer alors à grand'peine ce qu'il a de commun avec eux et ce qui le différencie des autres ; le classement serait fait, une fois pour toutes, et le chercheur rangerait plus aisément, dans des cadres déjà tracés, l'objet de ses analyses.
Le génie d'Aristote réussit à embrasser dans leur ensemble les concepts qui occupent le champ de la pensée ; il les analysa et les réduisit à dix genres divers, qui sont à la fois
d'une simplicité extrême et inidentifiables entre eux.
Ces dix genres suprêmes d'attributs {T/r^\l3.-x tf;; xatr,- Yopîaç) dont le total équivaut virtuellement à tous les trésors de la pensée humaine, parmi lesquels il y a possibilité de
94 LA CAUSE MATÉRIELLE DE l'oRDRË LOGIQUE
ranger n'importe quel concept, sont les dix catégories aristo- ><^ téliciennes, les (^àxjyrédicaments.
1° La première catégorie est la substance. Ce quelque chose que nos sens perçoivent blanc, froid, léger, est de la neige.
La neige représente, sous forme abstraite, la substance à laquelle nos sens trouvent attachées les déterminations accidentelles qu'expriment les adjectifs blanc, froid, léger.
Lorsque l'esprit attribue au sujet concret, xcos ti, perçu par les sens, une substance abstraite, il lui applique la première catégorie^ ■fi oùaia., zi âaxî.
Par opposition au sujet individuel, Âiponr^ oOaîa, prima substantia^ sur lequel reposent tous les prédicats, la catégorie de substance est appelée osuispa oùaîa, secîinda siibstantia. Celle-ci est, en effet, le sujet d'attributs, mais elle présuppose un sujet concret auquel elle est reportée.
2° Les neuf autres catégories représentent des déterminations accidentelles.
Parmi celles-ci il en est qui sont inhérentes au sujet auquel l'esprit les attribue ; deux d'entre elles sont inhérentes au sujet considéré absolument^ ce sont les catégories de quantité et de qualité^ subjectum est in se quantum (zoaôv) et qîiale (uoidv) ; une troisième appartient au sujet en rapport avec un être ou des êtres autres que lui, — c'est le prédicament de relation, Tzp6ç xi.
Certains prédicats représentent quelque chose d'extrinsèque au sujet: les prédicats de lieu^ de temps^ sont empruntés à la mesure, l'un de la quantité, l'autre de la durée du sujet.
Uaction et la passion sont attribuables au sujet, parce qu'il est le principe de la première, le terme ou le but de la seconde.
Les deux dernières catégories, dont la signification tourmentait beaucoup les commentateurs d'Aristote, semblent avoir été heureusement interprétées par le philologue Max
LA CAUSE MATÉRIELLE DE l'oRDRE LOGIQUE Q^
Mûller qui voit dans le y.zZrjd-x'. Vaction intrmisitive^ le verbe actif iniransitif, dans le s'/s'-v Vétat passif intransitif *).
L'exposé qui précède se trouve condensé en ces quelques lignes d'Aristote :
« Les éléments du discours sont parfois reliés, parfois sans liaison. En voici qui sont liés : un homme court, un homme triomphe. En voici sans liaison : homme ; courir ; triompher- Un élément du discours, qui n'est pas lelié à un autre, signifie soit une essence, soit une quantité, soit une qualité, soit une relation, soit le lieu, soit le temps, soit Vaction intransitive, soit Y état passif intransitif soit faire, soit subir quelque chose.
Ire \Jessence ou la substance (o'!»a:a) est ce que nous désignons en disant, par exemple : homme, cheval.
2"ie La quantité {-o'sàv) est ce que nous signifions en disant : grand de deux, de trois coudées.
3™e La qualité (-o'.ôv) est ce que nous signifions en disant : blanc, lettré.
4'"e La relation i~^iz x:) est ce que nous signifions en disant: double, demi, plus grand.
5n^e Le lieu (7:00) est ce que nous signifions en disant : dans le Lycée, sur la place publique.
^) S. Thomas (Jn Met., V, lect. 9} résume à peu près en ces termes l'exposé motivé de la division aristotélicienne : L'entité énoncée du sujet constitue le sujet ou lui est ajoutée. Si elle constitue le sujet, nous avons la catégorie de substance ; si non, elle est un accident. L'accident est absolu ou relatif. S'il est absolu, il est fondé sur la matière, c'est la quantité, ou sur la forme, c'est la qualité. S'il est appuyé au sujet mais ne lui convient que par rapport à un autre terme, nous avons la catégorie de relation.
Parfois, l'attribution a sa source hors du sujet, soit dans ce qui mesure sa quantité ou sa durée, — catégories de lieu ou de temps, — soit dans un effet dont l'être est le principe ou le sujet, — catégories à^action et de passion.
Pour la signification des deux dernières catégories, comme nous l'avons dit, nous préférons l'interprétation de Max Millier à celle des anciens commentateurs.
6"!^ Le temps (ttoté) est ce que nous signifions en disant : hier, l'an passé.
7me L'action exprimée par le verbe actif intransitif ^ se tenir dans tel ou tel état ("/.cTaOat,) ; par exemple, je me tiens debout, ou encore, je marche, je tremble, j'ai peur. Ces actions^ qui ne vont pas à une terme extérieur, trouvent leur expression dans le verbe actif intransitif.
8»"^ U état passif intransitif ey^eiv, — non pas habere, mais se habere, — se trouver dans tel ou tel état, y.aXwç ou y.c(.yMç £X£iv, se porter bien ou mal, ou encore se trouver chaussé, armé, etc. ').
9mc U action transitive (noieiv) est ce que nous signifions en disant : il taille la pierre, il chauffe du fer.
10""'^ La passion (îïâaxciv) est ce que nous signifions en disant : la pierre est taillée, le fer est chauffé » ^).
^) Le traité intitulé Categoriae decem, — attribué à tort, paraît-il, à saint Augustin, — traduit ïyzi'^ par habere, avoir ou posséder, et range huit espèces dans cette catégorie. Categoriae decem, cap. XVI.
-) Tôiv XeyoïJLÉviov xà ji-èv xaxà cufXTtXoy.fiV léyzza'., xà Se à'vsu (îUfjL7rXoX7)ç, Ta (jlIv o'jv xaxà au'xTrXoxT^v, oTov àvOpWTîoç xpiyti, avOpco~o; vtxâ' xà 8è àvîu aujxTiXoxTir, oTov àvOpwTroc, Pou;, xpéj^st, vtx^. Tdiv xaxà [jL-fjÔ£;j.îav CTuij,TrXoxT)v XEyoïJ.EVojv É'xaaxov rjxot oùaîav <TTj[j.aîv£t, tj Ttoadv, î^ Tïoto'v, t\ 7:pd; xt, y^ ttoû, t^ TToxs, T^ Y.tiahci.1, Tj £/£iv, r^ Tzolzvj, Tj Tzia-yziv. ^'Euxi o£ ouata ;j.èv, cb; xÛTrtf) eItteTv, oîov av6pw7ro<;, tTnro;. Iloaàv 8É, oTov StTTTj^^u, xpt'irTjy^u. IToiôv 8i, oîov Xeuxo'v, ypa[j(,!J.axixdv. IIpo'ç xt Se, otov ôiTrXâaiov, îîiJ.ia\>, (xeIÇov. Hou Se', oTov ev AuxEÎiji, Ev àyopqc. rioxè Se, oiov I/ôe'ç, TCE'pucjtv. KETaôat os, oTov àvâxEixai) xâÔTjxat. ^'Ey^sw Se, oTov uTioSÉSExai, toTîXtdxat. IIoi£"tv Se, oTov xÉuvêt, xatEi. Ildca/Eiv Se, oTov X£|i.v£xai, xat'sxai. Categ., c. 2.
On a fait à la classification d'Aristote pas mal d'objections. J.-Stuart Mill, par exemple, en parle avec dédain. Elle ne mérite pas, dit-il, un examen attentif.
Il lui reproche de ne pas faire de place aux sensations et aux sentiments et de distinguer à tort la 5""^ (-nrrj) et la 7°^^ catégorie txEfaOaO. System of Logic, B. 1, ch. 3, pp. 29-30.
Un examen attentif eût peut-être fait comprendre au logicien anglais que le grec xETaOai ne désigne pas une simple position dans l'espace, mais un état, une manière d'être, et que les sensations ou les sentiments rentrent soit dans la T^e catégorie, ïyiiv, se habere, soit dans la 9™e ou la 10™«, selon le sens qui s'attache à ces termes souvent imprécis. Cfr. M. Millier, Science ofthotight, p. 430.
La cause matérielle de l'ordre logique 97
Le fondateur du Lycée énumère, décrit, et compare, les catégories dans un traité concis : Katr^^op-'a'., Liber de praedicmnentis ^).
Les catégories sont donc à la base de la philosophie péripatéticienne, ^^rrvxf
Les diverses parties du discours^ que les grammairiens "^ ■ ' }^ ramènent à-ciix, sont l'expression plus ou moins adéquate des f ''^ lùA^^ prédicaments, en sorte qu'à leur tour elles nous renseignent ^^"^Jil. ^^^^Iaa sur les choses -).
En résumé, dans leur acception superficielle, les catégories désignent les parties du discours.
Dans leur acception principale, elles représentent les divers genres de déterminations attribuables à un sujet individuel, les genres suprêmes: de prédicats, xà v,ovn^{ 7,aTrf,''opoD;j.cva.
Par suite, elles conduisent la pensée aux divers genres de choses que comprend la nature, yévtj xoiva, xà -pwta ^).
')L'écrit entier embrasse trois parties. Aristote commence par quelques observations préliminaires sur les appellations qui nous servent à désigner les êtres que nous connaissons ; c'est une sorte de antepraedi' cameiita (ch. I-III). Puis viennent la distinction des dix catégories ou praedicameiita et l'étude détaillée de leurs propriétés, de celles des L/ quatre premières surtout: les six dernières sont traitées très brièvement (ch. IV-IX). A cette étude détaillée des praedicamenta fait suite le dernier traité, les posipraedtcamenta, que les commentateurs ont appelé hypothéorie. Aristote y examine les suites logiques des catégories, c'està-dire ce qui convient sinon à toutes les catégories, au moins à plusieurs d'entre elles. Il en énumère cinq : l'opposition, la priorité ou la succession, la simultanéité, le mouvement et les attributs variés qu'exprime le verbe avoir : de opposiiis, de priori, de simiil, de motii, de habere (ch. X-XV). — Les limites de notre traité ne nous permettent pas d'étudier par le menu tous les postpraedicamenta ; nous avons dû nous borner à un aperçu sur les divers modes à.'' opposition.
^) Sur les différentes significations du mot catégorie et leur dérivation de la signification primordiale, voir Prantl, Gesch. d. Logik, I, pp. 184-210.
=') L'objet de la métaphysique générale est immatériel ou tout au moins conçu immatériellement. Or, parmi les dix catégories aristotéliciennes, les uneS; celles de substance, de qualité, de relation, d'action et
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34. Signification logique des catégories. — Le verbe y.axYjYopsîv signifie de prime abord parler contre, accuser ; le substantif y.'xxr^^opi'x signifie accusation.
En matière judiciaire, l'accusé est le sujet d'un acte d'accusation ; les charges qui pèsent sur lui sont alors réunies sous certains chefs d'accusation.
Vraisemblablement, ces notions auront été transportées à l'ordre logique. Les prédicats accusent le sujet, et l'on appelle catégories., les chefs d'accusation auxquels le sujet est soumis.
De part et d'autre, les chefs d'accusation ne sont pas l'expression directe, mais une interprétation de la réalité.
Il s'ensuit que l'on n'est pas en droit de passer, sans examen préalable, des catégories conceptuelles aux genres métaphysiques.
Aussi bien, une même réalité, considérée sous des aspects différents, fournit matière à diverses catégories : Ainsi, le lieu est attribuable au corps localisant ou au corps localisé. Dans le premier cas, il désigne la catégorie 7:oadv, la quantité., dans le second cas, il désigne la catégorie tïoù, le lieu propre au corps localisé. De même, la motion « motus » désigne, selon le point de vue auquel on l'envisage, la catégorie de passion ou celle ù' action ^).
Faisons remarquer, en passant, que les catégories ont, dans la philosophie kantienne, une signification tout autre
de passion, s'étendent au delà des limites du monde matériel ; elles appartiennent donc à la métaphysique générale: les autres appartiennent à la cosmologie.
') <^ Sed sciendum est quod prasdicamenta diversilicantur secundum diversos modos prœdicandi. Unde idem, secundum quod diversimode de diversis preedicatur, ad diversa prœdicamenta pertinet. Locus enim, secundum quod prœdicatur de locante, pertinet ad genus quantitatis. Secundum autem quod pr;edicatur denominative de locato, constituit praidicamentum ubi. Similiter motus, secundum quod pracdicatur de subjecto, in quo est, constituit prœdicamentum passionis. Secundum autem quod prœdicatur de eo a quo est, constituit praedicamentum actionis ». S Thomas, In Met., XI, lect. 9.
que chez Aristote. Kant appelle catégories « les concepts primordiaux de l'entendement pur », « die Stammbegriffe des reinen Verstandes », formes a priori^ c'est-à-dire antérieures à toute expérience, soit externe soit interne, à l'empire desquelles se trouve soumis l'exercice de la pensée. Elles se ramènent aux quatre suivantes : la quantité, la qualité, la relation, la modalité, qui se déduisent de la nature du jugement.
55. II. Les prédicables ou catégorèmes. — La pensée humaine est abstractive ou iinitive : elle représente la réalité de la nature au moyen d'un ensemble de notes abstraites, susceptibles d'être généralisées. Comment ces notes contribuent-elles à la formation d'un objet intelligible total ? Quelles relations existent entre elles ?
La solution de ces questions importe manifestement à la direction de la pensée.
La Logique de l'acte d'appréhension étudie les notes diverses dont la réunion intègre un objet de la pensée : on recherche quelle liaison, ou nécessaire ou contingente, existe entre elles, à l'effet de voir de quelle nature est le rapport que le jugement doit établir entre les prédicats et leur sujet, comment les prédicats sont < prédicables » de leur sujet.
Certains prédicats ont avec le sujet une liaison nécessaire^ c'est-à-dire qui ne peut pas ne pas être ; d'autres ont avec lui une liaison contingente^ c'est-à-dire qui pourrait n'être pas. II. importe de les distinguer.
Parmi les caractères nécessaires, les uns constituent tessence de la chose, ce qui fait que la chose est ce qu'elle est (quod quid est, lô xî yjv elvai) et sans quoi elle ne pourrait ni exister ni être conçue : telles l'animalité et la raison chez l'homme *).
') Nous ne pouvons nous dispenser de fournir ici quelques notions de métaphj'sique générale :
On appelle essence d'une chose ce par quoi avant tout la chose est ce
D'autres attributs ne constituent pas la substance, mais en résultent nécessairement. D'une manière constante^ ils traduisent, développent la perfection constitutive du sujet : on les appelle ses propriétés (proprium, loiov).
D'autres, enfin, ont avec l'essence un lien contingent ; on les appelle accidents contingents (contingit ut sint, a'Jix,j£^3rf/,d;) ou, tout court, accidents.
Voilà donc trois façons différentes dont un caractère peut appartenir à une substance et lui être attribué ; trois modes suivant lesquels un prédicat est prédicable : les prédicables essentiels, — nécessaires, quoique non essentiels, — contingents ; V essence, — \qs propriétés, — les accidents ').
qu'elle est, ou, — ce qui revient au même, — ce dont la négation entraînerait la suppression de la chose elle-même, en un mot, le constituant primordial d'une chose.
Si l'essence est cela, on comprend qu'elle est aussi ce par quoi une chose est foncièrement distincte de toute autre, la caractéristique primordiale d'une chose.
Enfin, l'essence étant le premier fond de réalité d'un être, on comprend que toutes les perfections qu'un être peut posséder ou acquérir sont la manifestation ou le complément de sa perfection essentielle : l'essence est la source originelle de tout ce qu'il y a de perfection dans un être.
L'essence auisi définie s'appelle, selon le point de vue où l'on se place pour la considérer, essence ou quiddité, nature, snbsiance.
On l'appelle essence (essentia, terme abstrait de esse) ou quiddité (quidditas, id quod aliquid est) lorsqu'on y voit le premier principe constitutif de ce que la chose est ; nature lorsqu'on la considère comme le premier principe intrinsèque des opérations de l'être ainsi que des modifications qu'il subit ; substance, enfin, lorsqu'on la considère comme le premier sujet sur lequel repose intrinsèquement tout ce qu'il y a dans l'être.
Les réalités qui présupposent un sujet antérieur, auquel elles ont besoin d'être inhérentes, s'appellent des accidents (accidens, i-i^uu.- ^p-Jif{/.ùz„ ens entis).
Les accidents sont les uns nécessaires, les autres contingents.
>) On le voit, il faut se garder de confondre l'accident (ontologique) que l'on oppose à la substance, — peu importe qu'il ait avec celle-ci des attaches nécessaires ou contingentes, — avec l'accident (logique) qui s'oppose immédiatement à l'essence, d'une part, et aux accidents appelés propriétés, d'autre part.
L'ol)jet de l'intelligence n'est pas l'essence individuelle, mais l'essence spécifique représentée par différents concepts abstraits et universels. U espèce (siooç) désigne l'ensemble des notes abstraites et universelles qui constituent une essence telle que l'esprit humain la connaît ^).
Certaines de ces notes constitutives d'une espèce lui conviennent en même temps qu'à d'autres espèces, on les appelle génériques, elles constituent le genre (y^voç) ; les autres lui appartiennent en propre et la différencient des autres espèces du même genre, c'est la différence spécifique (v.a^opà).
De là trois prédicables essentiels distincts : X espèce et ses deux parties constitutives, le genre et la différence spécifique.
Ajoutez à ces trois prédicables le propre et V accident : en tout cinq prédicables ou catégorèmes.
Les propriétés (îo'.ov, proprium) sont les déterminations qui, sans être de l'essence de la chose, en sont une suite nécessaire, et ne peuvent, par conséquent, en être séparées.
On dit d'un caractère qu'il est propre à une espèce, lorsqu'il appartient exclnsizenient à une espèce donnée, îiniversellenient à tous les représentants de l'espèce, et cotistainment à chacun d'eux. « Proprium dicitur quod convenit soîi alicui speciei, omni et semper ».
Ainsi, l'aptitude radicale à apprendre les lettres appartient en propre à l'homme ; l'incorruptibilité est propre aux substances immatérielles ; la limitation est propre aux créatures. Dans cette acception, la Seule rigoureuse, la propriété a la même extension que l'essence -).
Lorsqu'un caractère ne réunit pas les trois conditions men-
') Ne pas confondre Vespèce dans l'acception logique que nous venons de définir, avec l'espèce entendue dans le sens qu'y attachent les naturalistes. Pour ceux-ci l'espèce désigne une collection d'individus avant certaines propriétés, parmi celles dont s'occupe une science naturelle donnée, qui sont communes.
*) lo'.ov 0£ ÈffTiv 0 [x\ ôtjXo"; it.ï'i ~h -': r,-i îTva'., aovti) S u~3tpy£'. /.ai àvT-.xaTT.vo-
tionnées, il n'est plus, en rigueur de termes, une propriété ; il n'est plus convertible avec l'essence.
Il justifie néanmoins, mais dans une acception amoindrie, cette appellation, lorsqu'il présente une ou deux des trois notes distinctives de la propriété : Un caractère qui convient exclusivement au type spécifique, encore qu'il n'appartienne ni universellement ni constamment aux représentants de l'espèce, est, en ce sens, une propriété : ainsi, il est propre à l'homme d'être médecin, d'être géomètre.
De même, le caractère qui se retrouve chez tous les individus de l'espèce, et toujours, mais ne leur appartient pas d'une façon exclusive, peut être dit une propriété : en ce sens, dit Porphyre, il est propre à l'homme d'être un animal à deux pieds.
Tel est aussi le caractère qui est commun à tous les représentants de l'espèce et à eux seuls, mais temporairement : ainsi, selon Porphyre, il serait propre à l'homme, à tout homme, à l'homme seul, de blanchir dans sa vieillesse ^).
La qualité accidentelle commune, accidens (a'Jii^SsJjr^VvC; opposé à ïoiov, accide?îs commune opposé à proprium) peut être définie d'une façon négative : la qualité qui n'est pas une propriété, dans l'acception stricte du mot. D'une façon positive. Porphyre la définit : Un accident à la présence ou
pslxai TOJ TrpâyijLaToc. OTov iStov àvOowTrou xb '{Çi'x\x\j.'xzv/..ri- sTvxi ôexTixdv. El yàp àvôpco-d; etti, Ypa|x;j.aT'./.î;^ oî/.Ttxoî Èjt'., xa'i i\ ypauu.aTt/.T,; SîX'rty.d; èjT'.v, à'vBpioTTÔ; èa-civ. Top., lib. I, c. 4. n. 5.
*) « Proprium vero quadrifariam dividunt. Nam et id quod soli alicui speciei accidit, etsi non omni, proprium dicitur : ut homini esse medicum vel geometram Et quod omni accidit etsi non soli, quemadmodum homini esse bipedem. Et quod soli, et omni, et aliquando ; ut homini in senectute canescere. Et quod soli, et omni, et semper : quemadmodum homini esse risibile ; nam etsi non semper rideat, tamen risibilis dicitur, non quod semper rideat, sed quod aptus natus sit ad ridendum ; hoc autem ei semper naturale est, quemadmodum et equo hinnibile. Haec autem nominantur vere propria, quoniam etiam convertuntur, quidquid est hinnibile est equus ». Porphyre, Isagoge, cap. 3.
LA CAUSE MATÉRIELLE DE l'oRDRE LOGIQUE IO3
à l'absence duquel l'essence du sujet est indifférente ; « accidens est quod adest et abest praeter subjecti corruptionem ». Cajetan traduit plus explicitement la même définition en ces termes : « Accidens, id est, accidentale prgedicatum, id esse dicitur, quod indifferenter affirmari et negari contingit absque hoc quod subjecti ratio destruatur ').
La qualité accidentelle commune, ajoute Porphyre, parfois est constante, parfois ne l'est pas mais ne convient au sujet que d'une façon intermittente ; « dividitur accidens in duo : in separabile et in inseparabile ». On peut dire de l'animal qu'il dort ; on peut attribuer au corbeau, d'une façon constante, un plumage noir -).
D'où l'on voit qu'il faut se garder de confondre la qualité même constante avec la propriété.
Les qualités accidentelles dont parle Porphyre, ne sont pas dites indifférentes au sujet, en ce sens qu'elles doivent faire défaut à certains types de l'espèce, soit régulièrement, soit tout au moins à certains moments de leur existence. Il y a, au contraire, des qualités dites accidentelles dont la présence constante est régie par une loi de la nature : l'Éthiopien est noir, tous les Ethiopiens sont noirs; la couleur noire n'en est pas moins une qualité « accidentelle », parce que l'on comprend qu'un Ethiopien fût blanc ou jaune, sans perdre ce qui constitue le type humain. Tous les corbeaux sont noirs: mais la noirceur du plumage n'est ni un caractère essentiel ni une propriété stricte du corbeau : on comprend chez le corbeau un changement de couleur sans que le type essentiel de cet oiseau s'évanouît, « absque hoc quod subjecti ratio destruatur ».
Elle révèle donc une grande finesse d'analyse la distinction
•) Liber prœdicahilium, in cap. 4.
') Porphyre, Isagoge, cap. 4.
porphyrienne des accidents communs, les uns « séparables », les autres « inséparables » ^).
Cela même qui est inséparable selon le cours ordinaire de la nature, est jugé « séparable », lorsque sa disparition est compatible avec la persistance de l'essence.
Les scolastiques, qui ont unanimement adopté cette division, reconnaissaient donc que la simple observation des faits ne suffit point à opérer le discernement d'une propriété. Ce discernement, nous le verrons plus tard, fait l'objet de l'induction scientifique. La détermination des propriétés, entendues au sens strict du mot, n'est pas l'œuvre de la seule méthode de « concordance », elle réclame l'emploi des méthodes expérimentales.
Considérées les unes par rapport aux autres, les notes d'un objet intelligible sont donc essentielles, nécessaires ou contingentes., accidentelles.
Quelle est l'utilité de la distinction des divers ordres de prédicables ?
56. Utilité de l'étude des prédicables. — Aristote a commencé l'étude des catégories., de V énonciation et de la démonstration sans avoir fait l'analyse des prédicables ; Porphyre a suppléé à cette lacune et les logiciens de la scolastique ont sagement tiré parti de ses travaux. La distinction des prédicables contribue à l'intelligence des catégories, car le sujet des catégories comprend une espèce, donc un genre et une différence spécifique ; il possède des propriétés et des qualités accessoires. Elle aide aux procédés de définition et de division. Elle est indispensable, enfin, — on s'en rendra compte plus loin, — à l'intelligence de la démonstration scientifique -).
') i^'jaijEPrjV.o; oÉ Èaxiv, rj yivôxai ■/.al àTroyîvîTai X^P"'^ "'■'ï-' '^'^'■^ OTtox.stiJLîvou cOopâç. Aiaipôlxai Se sî; cl'jo. To \}.vi yàp aùxo'j •/loouxov ètjxt, xô Se ÔLyjjioiiio^ . Isagoge, cap. V.
-) c Necessaria est horum (prccdicabilium) notitia ad praedicamenta ;
Entre divers prédicables il y a des relations de subordination.
57. Relations de subordination entre les idées sous le rapport de leur extension (30). — Il y a des degrés dans l'universalité des concepts ; ceux qui se réfèrent à une même catégorie forment ainsi une échelle logique.
Au plus bas degré se trouve la substance individuelle^ qui n'est attribuable à aucun sujet et à laquelle tous les prédicats sont attribués.
Immédiatement au-dessus vient X espèce qui s'énonce des individus. Puis le genre qui s'énonce et des espèces subalternes et des individus.
Les genres à leur tour peuvent être plusieurs, genre prochain ou immédiat, genres intermédiaires ou subalternes^ genre suprême ou le plus général ^).
Porphyre a dressé une table indiquant les prédicables essentiels de la substance et leur mutuelle subordination.
quoniam prcedicamentum integratur ex génère, specie, et differentia tanquam partibus ; et habet aliqua propria, et aliqua accidentia communia etc. Ad diffinitivam vero artem ; quoniam diffinitio constat ex génère et differentia ut partibus, species vero est quas diffinitur ; propria autem magnam partem conferunt ad cognoscendas diffinitiones, et saspe, loco differentiarum ponuntur. Accidentia autem evitari debent, incognita autem non nisi casu caventur. Ad divisivam autem artem ; quoniam divisio est vel generis in species per differentias, vel subjecti in accidentia propria, vel in accidentia communia : vel e converso accidentis in subjecta etc. Ad demonstrativam artem ; quoniam demonstrationis médium est diffinitio, qua; ex génère et differentia constat, minor autem extremitas species est, major vero proprium, qaod de specie concluditur. Accidens autem procul a demonstrationibus rejicere oportet ». Cajetan, In Pnedicabilia Porphyrii^Vïoœm\um.
') Aristote dit à ce sujet : Ojuîa 5s sjttv t) xjp'.wTatâ ~t y.al 7:ptô-(o^ y.al ;j.âX'.7~a XîYO,U£VT), r\ \).f\~z xaft' uîro/îtuLïvo'j Ttvô; Xv^izai, [xr^'z' Èv û— o"/.ît;j.£v(u Tivt Èffxiv, oïov 6 Tt? àvOpojTTo;, T( ô xXz V-TTo;. AôuTioai 8e ojaîai Xi'fou'zi: h oT; eI^ît'.v al TTpioTWs o'j<j'!ai Xcvojjievai ^iizioyo'j^'. ' xajtâ xî xal xà xwv eiSùiv xoûxcov yi^y], oTov 6 xl; àvOpco~o^ Iv eVoi'. ;j.èv 'j~iy/zi xcô àvOptô— (o, -'Évo; 6è xoô î":5o'j: Èjxt xô Çcoov ' lÎE'jxspat o'jv ajiot'. Xc'yovxa'. o'jiizi, oTov o xï ivOptoro; xat xo Çwov, Categ.^ c. 111.
« On appelle siihstauce au sens propre, premier et principal du mot
I06 LA CAUSE MATÉRIELLE DE l'oRDRE LOGIQUE
Ne fût-ce qu'à raison de son importance historique, elle mérite d'être reproduite :
Genus generalissimum Substantia
Differentia . Corporea Genus siibaltern
Iijcorporea
Corpus
Differentia . Animatum Geniis subaUern
Inanimatum
Vivens
Differentia Sensibile
Genus subaltern. ...
Insensibile
Animal
Differentia . Rationale Species
Irrationale
Homo
Individua
Supposita
Singularia
Aliquis homo
Socrates
Iste homo
Aliquis equus
Bucephalus
Iste equus
(première substance), celle qui a le double privilège de ne s'énoncer d'aucun sujet et de ne se trouver dans aucun sujet, par exemple, cet homme-là, ce cheval-là. On appelle substances au sens dérivé du mot (substances secondes)^ celles dans lesquelles comme en des espèces se trouvent les substances au sens premier du mot : les substances secondes
LA CAUSE MATÉRIELLE DE l'ORDRE LOGIQUE IO7
58. Comparaison des idées sous le rapport de leur compréhension (50). Relations d'identité ou d'opposition. — Deux idées sont identiques ou diverses selon qu'elles ont le même contenu ou un contenu différent : les idées d'homme et d'animal raisonnable sont identiques, celles d'homme et d'animal sont différentes.
Des idées non identiques sont les unes compatibles, les autres incompatibles. Liquide et sucré sont compatibles ; liquide et solide sont incompatibles, deux idées opposées.
sont donc les espèces et les genres de ces espèces. Ainsi, par exemple, cet homme-là se trouve exister dans l'espèce homme, et le genre de cette espèce c'est le genre animal ; dès lors, l'homme et l'animal sont des substances que l'on appelle secondes » (Chap. V).
La substance indique une chose qui est conçue négativement comme n'ayant point de sujet d'inhérence et, d'une façon positive absolue, comme existant en elle-même ; d'une fanon positive relative, comme étant le sujet d'êtres accidentels, quand il y a lieu pour elle d'en avoir. Etymologiquement, le mot substantia, substance rappelle plutôt ce dernier point de vue; les mots o-jjîa, zelfstandigheid, le point de vue positif absolu.
Or l'individu réalise mieux que l'espèce et le genre ce double caractère.
Donc à l'individu revient en première ligne l'appellation de substance ; les espèces et les genres ne la justifient que dans une acception amoindrie.
L'individu, en effet (Platon, cet homme-là), n'a ni sujet d'inhérence dans la nature (subjectum inhassionis), à la façon deT"àccTdents qui pour exister doivent être inhérents à une substance, ni sujet d'attribution (subjectum prœdicationis), à la façon des universaux.
Au contraire, les espèces et les genres n'ont pas de sujet d'inhérence, il est vrai, dans la nature ; ils sont donc substances et non pas accidents, mais ils présupposent nécessairement un sjjiet d'attribution ; car Vhomnie, l' cttumaTTrie peuvent exister que dans tel ou tel homme, dans tel ou tel animal particulier.
L'espèce est positivement sujet d'accidents et de réalités plus universelles ou supérieures ; aussi, à ce titre encore, l'espèce peut s'appeler substance, mais, à ce second point de vue comme au précédent, l'individu est plus substance que l'espèce, attendu qu'il supporte tout ce que supporte l'espèce et Vespèce en plus.
L'individu s'appelle donc substance au premier chef, substance première, tandis que les genres et les espèces ne méritent cette appellation que secondairement ; ils sont des substances secondes.
I08 LA CAUSE MATÉRIELLE DE l'ORDRE LOGIQUE
Uoppositioii entre deux idées se produit de quatre façons : elle est contradictoire, privative, contraire, relative.
L'opposition contradictoire est de toutes la plus radicale : les deux termes d'une contradiction n'ont rien de commun, car l'un des termes est l'être, l'autre le néanj. Deux idées sont, en effet, contradictoires quand l'une est la négation de l'autre, ni plus, ni moins. Telles sont les idées bla^ic et pas blanc, juste tX pas juste, etc.
La privation est la négation d'une perfection chez un sujet qui est naturellement apte à la posséder, « negatio alicujus formas in subjecto apto nato habere illam » ; ainsi la cécité est la privation de la vue, la mort est la privation de la vie. Privation n'est pas simplement synonyme de négation ou d'absence ; le minéral n'a pas la vue, mais n'en est point privé. La privation sous-entend un sujet fait pour avoir ce dont on le dit privé.
Les contraires forment les deux points extrêmes d'une série d'éléments réunis sous un même genre. Supposé, par exemple, que les degrés de lumière soient mentalement disposés en série, les deux termes extrêmes de la série, le blanc et le noir, sont deux contraires. Il y a opposition de « contrariété » entre choses qui, tout en pouvant se ramener à une même classe, ne peuvent coexister en un même sujet. La santé et la maladie, la justice et l'injustice, le courage et la timidité, sont des contraires.
Enfin, l'opposition relative ou la relation est la forme la plus mitigée d'opposition, elle est une « contraposition », une sorte de symétrie, plutôt qu'une exclusion absolue. Elle a lieu entre deux termes qui, tout en étant différents, ne s'expliquent que l'un par l'autre. Telles sont les idées de père et de fils, du double et de la moitié, de la connaissance et de l'objet connu.
On comprend combien ces distinctions importent à la clarté
LA CAUSE MATÉRIELLE DE l'ORDRE LOGIQUE IO9
des idées et à la rigueur des définitions et des classifications dont le logicien doit s'occuper.
59. III. La définition et la division. — Dans son acception principale, la connaissance de la vérité a pour objet ce que les choses so7it Y essence des choses. L'énoncé adéquat, explicite de l'essence d'une chose, s'appelle sa définition
Donc, au sens principal de l'expression, connaître la vérité veut dire énoncer la définition de l'essence d'une chose. La définition s'obtient par voie de décomposition ou d'analyse. L'esprit décompose le sujet et rapporte ensuite à ce même sujet, sous forme d'attributs^ les éléments qui résultent de la décomposition.
La division explique le contenu d'un objet en dégageant les parties qui le composent. La division est l'auxiliaire de la définition.
La nature et les règles de la définition et de la division seront étudiées dans le Chapitre IV.
40. Conclusion. — On a étudié le concept au point de \/ vue psychologique ; on a indiqué, d'une façon sommaire, comment il prend naissance, à quelles conditions il est soumis, sous quelles formes variées il se produit : autant de questions préliminaires à la Logique qui ont fait l'objet d'un Premier Chapitre: Cause efficiente de V ordre logique.
On l'a étudié ensuite (Chap. II, Art. I) k \in point de vue logique : on a fait voir les catégories conceptuelles auxquelles v se ramènent les prédicats ; de quelle nature est la liaison entre un sujet et ses prédicats ; quelles sont les propriétés logiques (extension, compréhension) du concept ; quelles relations surgissent entre les concepts lorsqu'on les compare, sous le rapport de ces deux propriétés (relations de subordination et d'opposition) ; enfin, on a mentionné les
*) 'Op'.7;j.ô^ aèv yào toj ~l iiT; xa\ ojTia;. Anal, post., II, 3.
deux procédés logiques qui contribuent à l'éclaircissement des idées : la définition et la division.
De l'étude du concept en général, passons à l'étude des concepts.
Division des concepts