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III. — LA LOGIQUE INDÉPENDANTE DE LA PHILOSOPHIE

a) Lors de la Renaissance, les savants rompirent non seulement avec les traditions de la scolastique,mais encore avec les traditions de la science grecque, sauf en ce qui concerne les mathématiques, qui du reste s'inspiraient, chez les Grecs eux-mêmes, d'une méthode bien différente de la dialectique et de la syllogistique. On peut même dire qu'une des caractéristiques de la Renaissance scientifique, c'est d'avoir essayé d'appliquer à la mécanique et à la physique, d'une façon générale à la nature matérielle, sinon la méthode ma thématique, du moins une méthode qui s'en inspire [Gali Descartes), L'autre caractéristique essentiel h1 de l'esprit moderne, c'est d'avoir demandé à l'observation rigoureuse et à l'expérience conduite avec méthode, le contenu de toutes les propositions scientifiques relatives à la nature. Sous cette double inspiration, les sciences se constituèrent d'une façon indépendante de la philosophie, et leurs méthodes se différencièrent absolument de la méthode syllogistique: elles atteignirent du reste presque immédii ment des résultats considérables et d'une très haute valeur. La pensée humaine se trouvait donc eu possession pour rechercher et découvrir la vérité de méthodes nouvelles, et la que-lion se posait d'analyser et de critiquer ces méthodes et d'énoncer leurs

principes. Ces! ce qu'onl fail Bacon ^ dans le Sovum organum pour la méthode expérimentale, el Descartes dans le Discourt de la méthode pour l'extension de la méthode mathématique aux sciences physiques <m peut dire qu'à pe poinl de vue ces ouvrages constituent les preml aais inconscients «l'une Logique <jiii, au lieu de se placer au point de vue de la raison pure pour construire ces règles, en chercherait au contraire le fondement dans l'analyse <les méthodes que les savants appliquent à leurs recherches. Ce sont les premiers essais «Tune logique indépendante de considération métaphysique et a priori, bien que pourtant leur réalisation marque encore une très forte empreinte métaphysique.

b) Il a fallu attendre, malgré de nombreux essais au xviir9 siècle (Conditlac, les médecins, les psychologues), le milieu du xixe siècle pour que se précisât et s'affirmât la conception d'une logique positive qui traiterait les sciences, leurs méthodes, les démarches de l'esprit humain comme des faits, et chercherait empiriquement, inductivement, les principes mis en œuvre par la pensée" et les règles qu'elle suit lorsqu'elle obtient des résultats utiles. Les philosophes anglais ont les premiers essayé de réaliser cette conception indiquée déjà nettement dans la première leçon du cours de philosophie positive d'Auguste Comte : Stuart Mill, Bain, Wliewell, Jevons^ Bosanquet, etc. Les Allemands avec Lotze, Sigwart, Wundt, etc., et surtout les Américains tout récemment avec James, Vewey, ont continué dans cette voie.

D'autre part, les savants eux-mêmes, dans presque tous les ordres de sciences, se sont occupés, avec beaucoup plus de soin qu'avant, de la clarté et de la précision des principes, de la rigueur du raisonnement, du développement delà pensée, et dans tous ces travaux ils ont apporté à la logique de précieuses contributions. On peut dire que se sont eux qui, vraiment, fournissent les éléments d'une logique indépendante de toute spéculation philosophique, inspirée par l'expérience, a posteriori, puisqu'elle émane de la pratique quotidienne du raisonnement ou du laboratoire.

La logique peut alors être définie, soit comme par Stuart Mil/, la science de la preuve, c'est-à-dire des moyens par lesquels la pensée contrôle dans toutes ses démarches les résultats qu'elle obtient, et met en évidence leur bien fondé, — soit d'une manière plus large, la technique des démarches de la pensée susceptibles d atteindre la vérité, fart de bien conduire sa pensée. Elle utilise à la fois et les renseignements de la psychologie comme l'école américaine, et les renseignements de l'histoire et de la sociologie (représentations collectives, moyens d'expression collectifs de la pensée, grammaire, langage, histoire des sciences etc.), et les travaux des savants sur leurs méthodes.

LES DIFFÉRENTES C0NC1 PTIONS DE LA LOGIQUE 513

De mémo que lé inorale peut être considérée comme une application technique, un ensemble de règles déduites de la science des mœurs, la logique serait une application technique déduite de renseignements d'ordre psychologique et historique. Ainsi L'hygiène ou la médecine déduisent leur- règles et leurs conseils des sciences biologiques.

c) Que devient alors la logique formelle. — On peut se demander ce que devient, dans cette conception, la logique formelle, car, si la logique tout entière s'extrait de l'analyse et de la critique que les savants font de leurs méthodes, il n'y aura point de place pour elle : la logique formelle, le syllogisme n'étant qu'un moyen tout Ii t'ait accessoire, secondaire dans la méthode scientifique. On raisonne par syllogisme dans les sciences ; mais le syllogisme n'existe guère que dans l'expression verbale que l'on emploie pour communiquer sa pensée dans le discours.

Faudrait-il alors considérer la logique formelle comme une spéculation très abstraite, sans rapport avec la réalité, se mouvant dans le champ de la raison pure, de la réflexion indépendante des faits, en somme comme une spéculation philosophique? On ne conserverait alors, en fait de logique positive, que la logique des sciences ou méthodologie. C'est ce qu'ont pensé quelques savants.

Mais on peut penser aussi que la logique formelle doit être réintégrée dans la logique positive, en l'entendant d'une façon différente de la façon dont elle avait été entendue jusqu'alors. La logique formelle comprend, en effet, ces procédés très simples de la pensée qui sont utilisés par toutes les sciences car on ne pourrait penser sans eux. Absolument indépendantes des moyens effectifs par lesquels nous trouvons la vérité, les indications de la logique formelle seraient relatives aux procédés universels par lesquels nous présentons la vérité une fois qu'elle a été découverte, et par lesquels la pensée se formule à elle-même son contenu dans ses différentes démarches. Aristote en aurait découvert les premiers éléments.

1° Avec l'école américaine, on pourrait considérer alors que la logique formelle est un art, un ensemble des règles que l'on doit déduire de la psychologie du concept, du jugement et du raisonnement, et qui ont pour but de décrire les formes normales, saines, utiles de ces opérations. La logique formelle, ainsi entendue, serait l'utilisation des données de la psychologie relatives à la pensée traite, une application de la psychologie. Elle précéderait naturellement l'étude (les démarches particulières delà pensée dans chaque science et l'utilisation des résultats de ces études.

2° Avec l'école sociologique, on pourrait encore — et cette vue

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s'allie très bien .ivre, la précédente — considérer la pensée humaine comme étant, au moins pour une 1res grande partie, un produit de la vie sociale. C'est alors par l'étude de la vie sociale el par des travaux historiques que Ton découvrirai les facteurs el les lois de l'évolution de la pensée. L'histoire «les manières de pens si l'on parvenait à reconstituer l'organisation progressive «le qos différentes opérations logiques, et l'histoire des scien aous fourniraient les plus précieux enseignements.

d) La logique, ami positif et rationnel. — D'une façon générale, la togique, dans toutes ces conceptions, devient un arl positif et rationnel déduit de l'analyse des procédés des savants, puis de données scientifiques fournies par les sciences psychologiques, historiques et sociales. Elle contient l'ensemble des règles nous permettant d'estimer et de vérifier toutes nos connaissances. La logique et la technique de la preuve, l'art d'arriver, par l'administration de la preuve, \\ la vérité, ou d'éviter l'erreur.

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