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CONSIDÉRÉE COMME UNE PARTIE DE LA PHILOSOPHIE

Il est compréhensible que, lorsqu'on se propose d'apprécier la valeur de notre raisonnement et les conditions des démarches de la pensée qui doivent nous faire atteindre la vérité, on soit porté- à considérer de suite le problème a un point de vue général et phiphique. On posera d'abord une définition de la vérité, puis, m vertu de cette définition, on cherchera, a priori^ les conditions du raisonnement qui permet d'atteindre la vérité, les méthodes qui doivent toujours nous préserver de l'erreur. Envi s i ce point

de vue, la logique esl absolument indépendante de l'expérieu

LOGl

Elle doil se développer tout entière a priori.

En effet, déterminer la vérité à un poinl de vue idéal, déterminer ce que. doit être une vérité n'est possible, que si l'on a de La pen humaine une conception complète, définitive. Cette conception né peut pas être demandée à l'expérience, car l'expérience n'est jamais complète, et est toujours sujette à revision. Aussitous les philosophes qui ont conçu une logique philosophique, ont-ils d'abord déterminé, par intuition, les lois nécessaires et universelles de lapens Ces lois étant connues, on peut alors définir d'une façon définitive la vérité, et donner également d'une façon définitive les du

raisonnement.

La logique est alors un savoir définitif, absolu, qui suppose que nous sommes capables d'avoir une connaissance métaphysique de certaines réalités : ici, la pensée et ses lois.

a) Aristote eut de la logique cette conception..

Il en fit en quelque sorte l'introduction, la propédeutique de la métaphysique. Avec l'école socratique, il considérait en effet que le concept, c'est-à-dire l'idée générale, est une intuition directe de la réalité, de la nature éternelle et absolue des choses, par l'esprit. La définition du concept doit nous donner la connaissance définitive et complète de l'objet de ce concept. Nous arrivons à cette définition, qui représente alors la vérité au sens le plus fort du mot, en suivant par le raisonnement rordred'enchaînement réel des concepts. De cet enchaînement réel nous avons encore l'intuition, car si les concepts sont la réalité, les rapports qui s'établissent dans notre pensée entre ces concepts sont aussi les rapports de la réalité : les lois de la pensée abstraite sont les lois du monde réel. La logique & Aristote chercha donc comment nos idées s'enchaînaient abstraitement dans l'esprit; elle fit la théorie de cet enchaînement, qui est le raisonnement abstrait indépendant de toute expérience : la déduction formelle ; elle établit les règles de ce raisonnement, et ainsi fut fondée, et pour longtemps considérée comme achevée, la logique, au sens d'un savoir définitif et absolu des principes sur lesquels s'appuie toute connaissance véridique et des règles suivies dans toute connaissance véridique. La scolastiqae jusqu'à la Renaissance ne conçut pas d'autres méthodes scientifiques parfaites que la logique d'Aristote.

b) A la Renaissance, la logique d'Aristote fut fortement attaquée par tous les savants, entre autres Galilée, Bacon, Descartes, Pascal.

La critique, d'une façon générale, établit que la pensée abstraite était incapable de nous faire découvrir quoi que ce soit. Seule

Ils DIFFÉRENTES CONCEPTIONS DE LA LOGIQUE

était féconde la pensée concrète, soi! qu'elle s'appuie sur l'expérience el L'induction comme avec Galilée et Bacon y soit qu'elle s'appuie sur les intuitions du nombre et de la grandeur, sur les notions mathématiques, qui, bien que vues par l'esprit, sont des objets individuels concrets (et non des idées abstraites el générales), comme dans la conception de Descartes et de ses disciples.

La logique à'Aristote n'a donc pas de valeur? Si : elle conserve une valeur, mais uniquement comme forme d'exposition des véril ;s ouvertes et contrôlées par d'autres méthodes. Elle sert à exprimer sans risque d'erreur ce que l'induction ou ce que L'intuition nous ont permis d'atteindre. La logique d'Aritoste est une logique formelle. Elle est impuissante à nous indiquer une vérité réelle. Elle ne concerne pas le contenu de la pensée. Elle n'a de valeur et d'utilité que pour donner aux idées abstraites el générales qui, elles non plus, ne sont pas des réalités, mais simplement le si{ avec Lequel nous exprimons la réalité, la forme et L'enchaînement le plus rigoureux.

A partir de ce moment, La logique A'Aristote n'est plus consi rée, sous le nom de Logique formelle, que comme une partie de la Logique.

Kant conserve cette conception. La Logique formelle est un savoir rigoureux el définitif, mais qui ne concerne en aucune façon la réalité. Il ne porte que sur les principes et sur les règles de la pensée abstraite, considérée a priori. C'est à d'autres méthode fournira la pensée réelle un contenu, et ce contenu a d'autres lois, d'autres principes. La Logique formelle n'est que la bas" de l'organisation par laquelle La pensée se représente ce contenu.

C) TOUS LES ii:\V\(X DE LOGIQUE CONTEMPORAINS QUI MAINTIENNENT DES RAPPORTS INTIMES ENTRE LA PHILOSOPHIE ET LA LOGIQUE se placent

maintenant à ce point de vue. Ils divisent la logique en deux grandes parties : la logique formelle, qui est la recherche a pr des principes de la pensée pure, de la raison et 'I les né<

saires, d'après Lesquelles cette pensée, cette rais< n traiteront tous les objets, quels qu'ils soient, auxquels elles s'appliquent. C'est le moule général dans lequel nous devons faire entrer toutes nos connaissances, mais qui, par lui-m st incapable de rien nous

faire connaître.

A côté de cette logique formelle, nous avons une logique appliquée, une Logique des sciences qui étudie, d'après les méthodes

scientifiques, les manières donl notre espril apprend peu connaître le réel, en vérifiant Lesrésultats, en administrant la preuve, dans chaque ordre de connaissances.

Le ils les plus métaphysiques se contentent de cher( her à

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déduire la logique appliquée de [a logique formelle en | tant

celle-ci comme la base nécessaire decelle-là. Ceux qui sont moins métaphysiques juxtaposent les deux parties,, sans cherche) déduire, comme deux recherches qui portent sur des objets différents, ot qui ont une origine différente : la logique formelle ayant une existence a priori, la méthodologie résultant d'une critique a posteriori des sciences.

Cette conception aboutit à définir la logique comme une science particulière et originale, comme une science philosophique . Ell< distinguera des sciences au sens ordinaire du mot en ce qu'elle normale et régulatrice, c'est-à-dire en ce qu'elle donne des règles, tandis que les sciences proprement dites, les sciences positives cherchent seulement les lois des phénomènes, comment ils passent et non comment ils doivent se passer. Mais elle est une science et non un art, en ce qu'elle ne dérive pas les règles qu'elle nous donne d'une science positive , mais de lois qu'elle établit ellemême a priori : Ces lois sont les lois de la pensée pure, et on les découvre lorsque la pensée réfléchit sur elle-même pour voir comment elle raisonne, lorsqu'elle s'analyse dans son fonctionnement. La logique est donc bien dans le cadre de cette philosophie, qui se définit une réflexion sur P esprit ; et elle est avant tout la logique formelle, remaniée d'ailleurs, et complétée, de façon à nous présenter une toute autre physionomie que celle à'Âristote

d) Ce remaniement a été surtout l'œuvre d'un certain nombre de mathématiciens contemporains. — Etant donné que notre raison ne fonctionne pas à vide, mais raisonne pour connaître, et que connaître c'est établir des relations entre des objets, la logique peut alors être définie non seulement comme la science des lois de la pensée pure, de la raison, et par suite des règles du raisonnement, tel qu'il doit être, mais aussi comme la science des rapports les plus généraux que peuvent avoir entre eux les objets de notre pensée.

Dans toute opération intellectuelle, dans tout exercice de la pensée nous cherchons à établir des relations spéciales entre certains objets ou plutôt entre certaines qualités des objets. Le mathématicien, par exemple, étudie toutes les relations entre les objets au point de vue du nombre et de la grandeur, les relations numériques, ou les relations de position. Mais faisons abstraction de tout point de vue particulier. 11 reste les relations tout à fait générales qu'un objet de la pensée peut avoir avec un autre objet, lorsqu'on néglige toutes les propriétés particulières de ces objets (propriétés numérique, géométrique, physique, etc.).

Or un objet à ce point de vue si général n'est plus qu'un terme,

LES DIFFÉRENTES CONCEPTIONS DE LA LOGIQUE

une forme de la pensée, un concept. Les rapports entre de pareilles abstractions sont les propositions ou les jugements considérés indépendamment de ce qu'ils signifient. Les rapports entre ces propositions sont les différentes formes de raisonnement déductif. Nous retrouvons ainsi tous les éléments étudiés pur la logique formelle. On voit alors qu'on peu! définir la logique formelle la science des relations les plus générales, des objets de la pensée. La Logique d'Âristote fut une première ébauche de cette logique, ébauche restée sans retouche jusqu'à la fin du xix* siècle. Ce sont des mathématiciens, Iioole, Schruder, Peano, qui, à notre époque, ont élargi considérablement le point de vue (VArislote, en construisant sur le type des mathématiques toutes les relations que l'on peut établir entre des termes ou des propositions, c'est-à-dire entre les objets de pensée, considérés seulement en tant qu'objets de pensée. Cette extension a été considérée par certains philosophes [Couunit), comme l'extension normale de fa logique formelle, et le fondement de la philosophie universelle et éternelle. D'aulres n'y voient qu'une province de l'analyse mathématique, son chapitre préliminaire.

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