I. — MÉTHODE INTUITIVE
La tendance métaphysique et mystique est générale en morale, même en acceptant l'idée d'une morale indépendante; — on se laisse influencer souvent par une métaphysique latente: c'est que la morale ne peut s'édifier sur des faits que si nous possédons sur la nature humaine et les relations sociales des vues assez complètes. Or l'essor scientifique ne date vraiment que du xvm° siècle, et les
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sciences morales en sont à leur début. De là une tendance inconsciente à édifier la morale sur des principes tirés directement «Je la réflexion.
L'interprétation purement idéaliste que l'on donnait de la science, à peu près réduite alors aux mathématiques, était faite pour favoriser celte conception morale; la méthode suivie se trouvai! être la même dans les deux cas : développer de'ductivement des intuitions créées par l'esprit en dehors de toute expérience : «Les mathémati jues déterminent les rapports qui se réalisent nécessairement dans la matière; lu morale cherche tout ce qui doit être fait par un être intelligent et libre... Kant (par exemple) part de ce principe que l'idée du devoir a pour chacun de nous la même évidence que les axiomes mathématiques. Il est impossible à une conscience qui s'interroge de bonne foi de douter qu'il y ait pour elle un devoir à remplir... Sur ce fondement, Kant édifie toute sa morale. » (Boutroux, Questions de morale et d'éducation, 30.)
En général, on prend certaines idées ou certains sentiments qui concernent l'idéal de la conduite. Sans en faire une critique bien profonde, on postule que ces idées ou ces sentiments sont impe par la conscience. Ou les ramène au principe de dignité de la personne humaine ou à un sentiment d'amour, très élevé, de charité supérieure (morale* religieuses, Jaeobi, Rousseau, Proudhon) : « Conscience! Conscience! instinct divin, immortelle et céleste voix : guide assuré d'un être ignorant et borné, mais intelligent et libre; juge infaillible du bien et du mal, qui rend l'homme semblable à Dieu ! » (Iiousscau, Emile, iv.)0n fortifie ces prétendues intuitions immédiates et universelles en montrant que la morale a pour but mous donner des règles, des ordres. Elles nous commandent d'accomplir oeriains actes à venir. Or ce n'est pas en constatant des faits, en se reportant à ce qui est, qu'elle pourrait accomplir i œuvre, c'est au contrai re en réfléchissant sur les tendances de i vie intérieure, sur ce qui doit être, sur Y idéal.