B.1KT ET CAIM DE LA MORALE
raie. Tout acte vraiment moral suggère le respecl pour celui qui l'a fait, et on se respecte soi-même, on garde intact le sentiment de sa dignité, quand on agit conformément à la loi morale. Le respecl, voilà donc un sentiment qui nous permettra de reconnaître chez les autres et en nous l'accomplissement du devoir. Kant peut donc formuler une troisième maxime qui définit encore nos devoirs particuliers : « Agis toujours de manière à respecter la personne en toi-même et chez les autres, à la prendre toujours comme fin de tes actions et jamais comme moyen. »
3° Passage de la métaphysique des mœurs a la critique de la raison pure pratique. — Kant essaye alors de démontrer les rapports qui existent entre ces trois formules et de les ramener à défi rapports d'identité. Cette déduction est obscure et a été considérée encore par presque tous les critiques comme artificielle. La critique de ces formules par lesquelles se manifeste la raison, dans son usage pratique , paraît insuffisante.
Critique générale. — Il reste toujours en eflct que, parti d'un principe qui est une forme vide et abstraite, on ne pourra lui fournir un contenu et en tirer des devoirs réels et concrets, qu'eu faisant appel à l'expérience, et non en procédant par déduction a priori, comme le veut faire Kant. De toutes laçons, on ne peut sans illogisme, en sappuyant sur la seule conscience individuelle, établir une morale concrète qui règle tous les rapports sociaux. La morale formelle de la raison pure est le plus vigoureux effort qu'on ait tenté en ce sens, mais il aboutit à un écliec, tout comme les morales du sentiment, et cet échec a l'avantage de nous montrer qu'on ne peut, en morale, rester enfermé dans des considérations purement individuelles, et faire appel à de prétendues intuitions mystiques de la pens
Au fond, dans tous les systèmes individualistes et subjectifs, reste impliquée cette idée que notre conscience est une réalité spéciale, Irréductible aux autres réalités naturelles, un empire dans un empire. Llle ne suit pas des lois que l'observation des faits aurait seule qualité pour révéler; mais, libre dans son essence, elle se donne à elle-même sa loi, et n'a à tenir compte que d'elle-même, dette conception métaphysique a présidé implicitement aux recherches morales. « A vrai dire, les résultats étaient posés d avance. Le philosophe a démontré ce qu'il voulait démontrer. » (Boutruu.v M., 39.)
Ce qui le montre bien, c'est que, par sa morale. Kant établit les principes de la métaphysique courante : liberté de l'homme, immortalité de l'àme, existence de Dieu. Pour lui autant de postulats de
la loi morale, d'exigences absolues de sa conception1. Mais n'est-ce pas que sa conception visait tout entière à aboufir a ces postulats et à, les justifier? L'histoire de sa pensée Le montrerait suffisamment. Loin d'être des postulais ultimes, c'étaient, dès l'origine, les idées directrices plus ou moins conscientes d'un système, qui, malgré ses tendances rationnelles, reste impérieusement religieux.
Kant prétend que, par une révolution analogue à celle de Copernic, alors que les anciens moralistes déduisaient le devoir individuel du bien universel, i! déduit, lui, le bien du devoir, et fait tourner le monde autour de l'individu. Cette révolution n'est guère qu'un artifice de forme, car il l'entreprend avec une idée préconçue sur le bien universel. Et, d'ailleurs, elle semblerait plutôt un retour au systèmedePtolémée, car elle ramène tout, anthropomorphiquement. à l'homme.
Nous voilà avec cette méthode en face de toutes les objections que l'on peut soulever contre la morale dépendant de la métaphysique. De plus est-il bien philosophique, au moment où toutes les sciences rétablissent l'unité et la continuité dans la nature, où, en particulier, psychologie et sociologie montrent les relations étroites de la conscience avec des conditions naturelles de toute espèce (organisme, milieu, société), d'isoler ainsi l'homme moral au sein du monde? — Ses prétendues intuitions se sont-elles bien constituées librement et spontanément, ne sont-elles pas le résidu d'expériences sans nombre, déguisées par une illusion que nous ren-
1. Remarque importante. — La critique a trouvé encore, en général, que ces postulats étaient insuffisamment établis. Voici, en gros, comment Kant procède :
1° L'obligation n'est compréhensible que si l'individu qui se sent obligé est libre d'obéir ou non à cette obligation; sans cela elle serait absurde: un individu qui n'est pas iibre n'a pas à se demander s'il doit faire une chose plutôt qu'une autre La liberté indémontrable en elle-même, est donc requise, par Vr.risfence de l'obligation dans la conscience, comme un postulat, de même que le postulat (VEuclide, sans pouvoir être démontré lui-même, est requis par l'existence des vérités géométriques qu'il sert à établir; — 2° Il en est de même de l'immortalité de l'âme. Dans l'expérience actuelle, la vertu ne peut être réalisée complètement. 11 serait absurde qu'un individu fui obligé, si l'obéissance à l'obligation était pour lui impossible, dans sa plénitude. Il lui faut donc l'immortalité pour loi permettre, en continuant le progrès moral commencé dans cette vie, d'atteindre la saink'te oui est sa limite et d'arriver a satisfaire entièrement l'obligation morale. L'immortalité de l'âme, indémontrable en elle-même, est un postulat requis par l'existence morale. — 3* La vertu n'a aucun lieu avec le bonheur, d'après les principes de Kant. Mais ne serait-il pas absurde qu'un individu fût obligé, et que l'obéissance à l'obligation fût pour lui aussi et même plus désastreuse que sa résista- L'existence de l'obligation morale dans la conscience requiert, bien qu'on ne puisse la démontrer, à titre de postulai, l'existence d'un être tout-puissant, infiniment sage <>t bon, qui seul peut réaliser l'harmonie de la vertu et du bonheur, laquelle, en elle-même et par les seules lois naturelles, est irréalisable.
• OBJ El II CARACTÈRE DE L \ MORALE 7 i I
controns à chaque pas dans son étude ? La conscience enfin est
éminemment individuelle ; peut-on sans sophisme en tirer des es universelles?