NATURALISTE OU EMPIRIQUE
En réalité, la conscience, les relations des consciences entre elles son! des faits naturels. L'homme h tout le moins doit-il agir dans et sur la nature, par l'intermédiaire d'un organisme rigoureusement assujetti aux lois naturelles. Il est donc chimérique et dangereux d'aller chercher on dehors de la constatation exacte des faits, et des données brutes de la science, des règles d'action. Le danger est même considérable: on ne dompté la nature y n'en lui obéissant. (jui se révolte contre elle est vaincu d'avance. Allez donc essayer de violer les lois de la pesanteur! Or, aujourd'hui, psychologie et sociologie établissent à noire égard des lois aussi inflexibles. La m< c le en doit être Y application technique immédiate et directe, comme l'art de l'ingénieur ou du mécanicien, l'industrie du chimiste, la thérapeutique du médecin sont l'application i\r< lois mathématiques, physiques, chimiques et biologique.
« Déjà Descartes avait entrevu la possibilité de traiter la morale comme une science. Avec Spinosa, celte idée se précise; et depuis de nombreux philosophes ont tenté de la mettre à exécution. Aujourd'hui, il semble qu'elle soit vraiment en voie de réalisation et (jue Les grandes lignes d'une morale scientifique soient définitivement tracées... On n'ira pas chercher dans les traditions morales, dans les préjugés, des solutions imposées d'avance aux recherches scientifiques; on n'érigera pas en maximes impératives les données confuses et suspectes de la conscience individuelle: on observera, du dehors, les lois générales du monde el de la vie : et de ces lois on déduira celles qui. à leur escient ou à leur insu, régissent mécaniquement la conduite des hommes. //. Spencer ei Darwin nous offrent ce dernier type de morale, (l'est la morale traitée suivant la méthode des sciences naturelles... Si le dernier mot de la morale scientifique ae se rencontre pas encore4 dans le darwinisme proprement dit, nous le trouvons enfin dans nombre de travaux récents, ou l'évolutionnismeet le darwinisme sont développés dans un sens scrupulei nient naturaliste. La vraie morale naturaliste n'est, à la lettre, que
l'histoire naturelle de la moralité, sans aucun mélange a" hy pot érigée en règle impérative. Les sciences naturelles recherchent les
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lois qui régissent la formation et les changements des divers ôtres de la nature. Jolies nous font voir sans aucune idée préconçue par quelles phases successives ils ont passé pour parvenir à leur état actuel. On applique puremenl et simplement celte méthode de recherche à l'élude deiôlre moral. On montre comment nos sentimentsmoraux, qui nous apparaissent commessimples etinnés, sont en réalité dérivés et complexes; et tant par synthèse que par analyse on cherche à les relier aux causes mécaniques générales de l'univers. Dès lors la méthode est absolument scientifique, et la morale comme science est absolument fondée. » (Boutroux, Id. , 41.)
Cette conception est beaucoup plus séduisante que la précédente. Elle a le grand avantage de nous remettre à notre place au milieu des autres êtres naturels, et de ne rien postuler à notre é^ard qui soit en contradiction avec ce que toutes les sciences nous apprennent sur l'univers, et les lois qui le régissent. Chaque jour, la psychologie et la sociologie nous montrent que les phénomènes moraux sont soumis à des lois qui enchaînent notre liberté. 11 ne suffit donc pas de puiser dans la conscience un idéal pour qu'il soit réalisable.
Le moraliste a beau dire que la morale n'est pas une recherche de fait qui décrit et explique ce qui est, mais une recherche de droit qui construit un idéal qui doit être, il ne peut plus aujourd'hui aller contre les faits que commencent à déterminer les sciences psychologiques et sociales, pas plus qu'il ne peut aller contre les autres lois naturelles.
C'est de ce point de vue que partent les systèmes de morale objectifs et uniquement empiriques.